Résurrection du Christ, transfiguration de l’homme

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Affiche colloque Résurrection du Christ, transfiguration de l'homme

194 Affiche colloque Résurrection du Christ, transfiguration de l'homme

2017 Livres

Daniel Vigne (éd.), Résurrection du Christ, transfiguration de l’homme, Actes du Colloque organisé par la Faculté de Théologie et l’Unité de Recherche CERES de l’Institut Catholique de Toulouse (Toulouse, 21-22 mai 2015), Paris, Parole et Silence/Presses Universitaires de l’Institut Catholique de Toulouse, coll. « Histoire et Théologie », 2017, 236 p., ISBN 978-2-88918-774-4. [éditeur]

Résurrection du Christ, transfiguration de l’homme

La résurrection de Jésus est l’évènement fondateur du christianisme. Mais sa signification  dépasse nos catégories ordinaires de pensée. À travers l’évocation de quelques Pères de l’Église, d’Irénée de Lyon à Augustin, d’Origène à Grégoire de Nysse, de Justin de Rome à Jean Damascène, ce colloque permettra à tous publics d’entrer dans le mystère de ce message. Il sera aussi l’occasion de découvrir quelques trésors archéologiques. L’équipe de recherche Patristique et Spiritualité de l’Institut Catholique de Toulouse organise ce troisième colloque des Recherches Patristiques Inter-Universitaires, après Barcelone (novembre 2014) et Lyon (mars 2015).

Présentation par Daniel Vigne

Le double titre de ce volume suggère bien ce qui fut l’enjeu de notre colloque : à l’écoute des Pères de l’Église, approcher le mystère de la résurrection comme étant déjà accompli dans la personne du Christ et en voie d’accomplissement dans l’homme. En effet, l’événement de Pâques relaté par les Évangiles n’est pas seulement un fait unique, une singularité historique sans pareille. Il déborde de part et d’autre du temps : en direction du passé, dans le mystère de la descente aux enfers, que le colloque de Lyon[1] a permis d’explorer avec une attention renouvelée ; en direction de l’avenir, c’est-à-dire du temps de l’Église, dont le colloque de Barcelone[2] a étudié les premiers siècles surtout du point de vue liturgique et archéologique, avec une attention spéciale à la tradition hispanique.

Le colloque de Toulouse devait approfondir plus spécialement, à partir de la tradition patristique, ce lien entre la résurrection de Jésus et le salut des croyants. Le mot transfiguration nous a semblé approprié pour désigner cette participation de la vie du chrétien au Christ ressuscité. D’autres choix auraient été possibles : rédemption, pour souligner l’effet libérateur de l’œuvre du salut ; sanctification, pour évoquer en elle la présence et l’action de l’Esprit Saint ; divinisation, pour en suggérer la portée ontologique ; illumination, pour en rappeler le fondement baptismal. Mais en tout cas l’attention devait se porter sur la résurrection de Jésus, non seulement pour en contempler l’aspect personnel et miraculeux, mais pour comprendre comment la vie du Ressuscité se déploie dans celle des croyants, anticipant en eux la résurrection finale.

En rassemblant les contributions des onze intervenants de ce colloque, j’ai pu mesurer l’ampleur de leurs recherches et le grand intérêt de l’ensemble qu’elles constituent désormais. Chaque conférencier a revu et enrichi le texte qui, donné oralement, avait parfois dû être abrégé. La valeur scientifique des articles s’en trouve ainsi encore mieux mise en évidence, notamment dans les notes de bas de page. La liste des auteurs, à la fin du livre, présente leurs titres, engagements universitaires et domaines d’études – ce pourquoi nous ne le faisons que très sommairement ici. Quant à l’équilibre général de l’ouvrage, on peut le montrer en y distinguant trois parties principales :

1 . La première partie concerne la période pré-nicéenne, à commencer par le Nouveau Testament, dont le P. Armand Puig, Recteur de l’Athénée Universitaire « Sant Pacià » de Barcelone, nous permet d’explorer l’immense richesse dans son article intitulé « Le corps du Christ ressuscité en tant que corps cosmique et mystique ». À travers la pensée de Paul notamment, on y voit le mystère de Pâques se déployant dans l’Église et dans l’univers tout en demeurant parfaitement individué. Le Christ sorti du tombeau n’est pas désincarné, mais sa chair glorifiée, désormais affranchie des limites de l’espace-temps, nous communique sa puissance vivifiante et inaugure le Royaume.

Ma propre recherche porte sur la transition entre l’époque apostolique et celle des Pères apologistes. Sous le titre « « Vraiment ressuscité » : du kérygme aux Apologistes », elle s’attache à montrer que le kérygme primitif, comme annonce de la résurrection de Jésus, a suscité d’emblée hésitations et incompréhensions. D’où l’apparition rapide, chez Clément de Rome et Ignace d’Antioche, puis Justin, Théophile, Athénagore et Tertullien, d’un discours apologétique qui non seulement authentifie la réalité de l’événement, mais défend son caractère raisonnable et même rationnel : face à la mort, les hommes doivent savoir que leur corps revivra, uni pour toujours à leur âme.

Marie-Laure Chaieb, enseignant-chercheur en patristique à l’Université Catholique de l’Ouest, propose dans son étude sur « L’économie de la résurrection selon Irénée de Lyon » d’analyser un texte-clé du Contre les hérésies qui montre que l’auteur relie en profondeur la résurrection de Jésus à celle de toute l’humanité : dans le projet de salut de Dieu, la première récapitule et anticipe la seconde. De même, en chaque croyant, cette vie nouvelle n’est pas séparable d’un agir concret inspiré par l’Esprit et d’une vie ecclésiale centrée sur l’eucharistie. En grand théologien de l’unité, Irénée s’appuie sur la résurrection pour combattre à la racine le dualisme gnostique.

Comme le montre l’article « La résurrection de Jésus dans le Contre Celse d’Origène » de Gianluca Piscini, doctorant de l’Université François Rabelais à Tours, Origène s’affronte à un adversaire non moins redoutable en la personne de ce philosophe païen. Celse considère comme pure légende, ou du moins comme événement sans importance, la résurrection de Jésus. Plus significatif encore, il ne voit aucun lien entre cet événement et la croyance chrétienne à la résurrection des morts. Mais sa « démythologisation » de l’Évangile sera brillamment récusée par Origène, qui retourne contre Celse ses propres arguments et fait du Contre les chrétiens une « exégèse critique » d’une grande finesse.

2. La deuxième partie de l’ouvrage concerne la suite de l’époque patristique. Elle est introduite par une recherche sur « L’iconographie de la résurrection en Occident du IVe au VIIIe siècles », sujet peut souvent abordé. Le professeur Carlo Dell’Osso, de l’Institut Pontifical d’Archéologie Chrétienne de Rome, avait accompagné sa conférence d’une projection d’images, dont les plus significatives ont été retenues pour illustrer cet ouvrage. En complément de la couverture de ce livre, la fresque de l’église Saint-Sauveur in Chora, si représentative de la tradition byzantine, ces images montrent que l’art occidental a lui aussi, sous des formes plus volontiers sculpturales, exprimé la foi au Ressuscité.

Après ce détour par l’art sacré, nous renouons avec les textes des Pères à travers le récit bouleversant de la mort de Macrine, en 380, relatée par son frère Grégoire de Nysse. Dans l’article « Union au Christ ressuscité et transfiguration de l’homme chez Grégoire de Nysse », Isabelle Pommel, enseignante en patristique à l’Institut Catholique de Toulouse, montre l’importance affective de ce deuil dans la vie du Cappadocien, et combien cette épreuve a été pour lui l’occasion d’un approfondissement radical de la condition humaine. Le Dialogue sur l’âme et la résurrection, véritable « Phédon chrétien », sera le précieux fruit de sa méditation.

En Occident, saint Augustin envisage le mystère de la résurrection de façon plus pastorale, mais enracinée dans une expérience tout aussi profonde. Sa conversion dans le jardin de Milan, en 386, n’est-elle pas une résurrection personnelle, une illumination, que viendra confirmer l’extase d’Ostie où il reçoit avec sa mère un avant-goût du ciel ? Marie-Anne Vannier, spécialiste de cet auteur et directrice de la revue Connaissance des Pères de l’Église, a fait à ce sujet une conférence intitulée « Résurrection et transfiguration de l’être humain chez saint Augustin », dans laquelle elle étudie l’anthropologie de l’auteur à la lumière de l’idée de transformation spirituelle, comme acquisition d’une « forme belle » (forma formosa) dans le Christ transfiguré et ressuscité.

C’est à une profonde réflexion mystique que nous introduit le P. Jean-Miguel Garrigues o.p., patrologue et spécialiste de cet auteur, en présentant « Les dimensions anthropologiques et cosmiques de la résurrection chez saint Maxime le Confesseur ». Les Centuries sur la théologie et l’économie de Maxime – autrefois appelées Centuries gnostiques – relisent en effet le mystère de Pâques à travers le symbolisme liturgique, celui du Triduum. Elles montrent comment l’œuvre du Christ, en divinisant l’homme, renouvelle l’univers entier à travers lui. Leurs « modes » d’existence, ressaisis par la grâce du Ressuscité, sont en effet élevés bien au-delà de ce qu’ils étaient dans la première création.

3. La troisième et dernière partie regroupe trois articles à caractère plus synthétique. Le P. Édouard Divry o.p., auteur d’une thèse sur La Transfiguration selon l’Orient et l’Occident, propose sous le titre « De la Transfiguration à la Résurrection. Interprétations patristiques » une étude documentée dans laquelle il parcourt treize d’histoire pour voir si et comment les Pères ont explicitement lié entre eux ces deux mystères de la vie du Christ. De Tertullien à Jean de la Rochelle en Occident, de Clément d’Alexandrie à Grégoire Palamas en Orient, en passant par des auteurs moins connus tels Anastase le Sinaïte ou Élisée l’Arménien, on y découvre à la fois leurs différences et leurs convergences.

Prolongeant cette étude historique, l’article du P. Olivier Peyron, enseignant en Patristique à l’Université catholique de Lyon, montre que la spiritualité byzantine, avant et après Grégoire Palamas, voit dans la transfiguration de Jésus une prophétie de la résurrection de l’homme. Dans son étude « Divinisation et transfiguration de l’homme : une théologie de la Lumière thaborique », il étudie le thème des énergies divines et de la lumière incréée, cher à la tradition hésychaste, et montre qu’il sous-tend jusqu’aujourd’hui la théologie orthodoxe, représentée par des penseurs tels que Vladimir Lossky et Olivier Clément.

L’article final de Françoise Vinel, professeur émérite de la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg, renoue avec l’Écriture sainte à travers un passage très dense de la deuxième Épître aux Corinthiens : « Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, par le Seigneur qui est Esprit. » (3, 18) La richesse interne de ce texte n’a pas échappé aux Pères de l’Église, notamment aux Pères grecs qui en font de multiples lectures. Deux d’entre elles sont ici étudiées : la lecture baptismale de Jean Chrysostome, centrée sur notre identification au Christ ressuscité, et la lecture mystique de Grégoire de Nysse, centrée sur la métamorphose de notre nature humaine. À leur manière, ces deux auteurs illustrent parfaitement le lien indissoluble entre les deux approches, christologique et anthropologique, d’un unique mystère que notre colloque a tenté d’explorer.

Il me reste à remercier chacun de ces collaborateurs pour leur compétence, leur amitié et leur disponibilité, ainsi que les éditions Parole et Silence, qui publient ici un cinquième volume d’études patristiques dans la collection « Histoire et Théologie ». En lien avec l’Unité de Recherche CERES, récemment créée par l’Institut Catholique de Toulouse, nous nous réjouissons de contribuer ainsi à mieux faire connaître les Pères de l’Église et à diffuser leur immémoriale sagesse.

[1] Roberto Baró, Albert Viciano, Daniel Vigne (éd.), Mort et résurrection dans l’Antiquité chrétienne. De la mort à la vie, l’espérance en la résurrection dans l’Antiquité tardive. Histoire, archéologie, liturgie et doctrines. Colloque organisé par la Faculté Antoni Gaudí, Athénée Universitaire Saint Patien (AUSP) (Barcelone, 20-21 novembre 2014), Paris, Parole et Silence (coll. « Histoire et Théologie »), 2017.

[2] Élie Ayroulet (éd.), Entre Passion et Résurrection, la descente du Christ aux enfers, Colloque organisé par la Faculté de théologie de l’Université Catholique de Lyon avec la collaboration de l’équipe des Sources Chrétiennes et du laboratoire HiSoMa du CNRS à Lyon (Lyon, 12-13 mars 2015), Paris, Parole et Silence (coll. « Histoire et Théologie »), 2017.

Table des matières

Armand Puig – Le corps du Christ ressuscité en tant que corps cosmique et mystique

Daniel Vigne – « Vraiment ressuscité » : du kérygme aux Apologistes

Marie-Laure Chaieb – L’économie de la résurrection selon Irénée de Lyon

Gianluca Piscini – La résurrection de Jésus dans le Contre Celse d’Origène

Carlo Dell’Osso – L’iconographie de la résurrection en Occident du IVe au VIIIe siècles

Isabelle Pommel – Union au Christ ressuscité et transfiguration de l’homme chez Grégoire de Nysse

Marie-Anne Vannier – Résurrection et transfiguration de l’être humain chez saint Augustin

Jean-Miguel Garrigues – Les dimensions anthropologiques et cosmiques de la résurrection chez saint Maxime le Confesseur

Édouard Divry – De la Transfiguration à la Résurrection. Interprétations patristiques

Olivier Peyron – Divinisation et transfiguration de l’homme : une théologie de la Lumière thaborique

Françoise Vinel – « Transformés à son image… » La divinisation selon les Pères de l’Église

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