Pierre et Paul, deux colonnes

Pierre et Paul, chapelle palatine de Palerme, v. 1340

Pierre et Paul, chapelle palatine de Palerme, v. 1340

2018 Homélies

Daniel Vigne, Pierre et Paul, deux colonnes (Ga 1, 11-20 et Jn 21, 15-19), église Notre-Dame-du-Rosaire, 29 juin 2018. [pdf]

Pierre et Paul, deux colonnes

Je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. (Ga 1, 18)

– « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » […] – « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » – « Sois le berger de mes brebis. (Jn 21, 17)

L’Église aujourd’hui nous fait vénérer deux hommes, deux saints qui, humainement parlant, n’étaient pas faits pour s’entendre et qui probablement n’auraient jamais dû se trouver associés. Entre le pêcheur de Galilée, avec son accent campagnard et son caractère emporté, et le pharisien de Silicie, venu étudier à Jérusalem, ultra-compétent dans les choses de la loi, quelle différence ! Entre Tarse et Capharnaüm, quel écart !

Deux tempéraments, deux métiers, deux profils bien distincts, et jusque sur les icônes et les tableaux qu’il représente, on voit au premier coup d’œil qui est l’un, qui est l’autre.

L’épisode d’Antioche, bien connu, dans lequel Paul reprend vertement le premier des apôtres, suffit à nous montrer qu’entre ces deux hommes-là le courant n’est pas toujours passé. Du moins, disais-je, humainement parlant. Car voici le miracle : ces deux êtres si différents, le Christ les a pris, l’un puis l’autre, l’un et l’autre. Avec force et par grâce.

Pas moyen d’en douter, pas moyen de tergiverser : que ce soit au bord du lac de Tibériade ou sur le chemin de Damas, Jésus leur a fait entendre sa voix. Il leur a parlé au cœur. Il les a liés pour toujours à sa propre mission, donc aussi liés l’un à l’autre dans cette mission, dans cette maison spirituelle qu’est l’Église. Il les a posés comme deux colonnes pour porter l’édifice. C’est un peu écrasant, d’être une colonne, et on ne souhaite à personne d’être choisi pour cela.

Mais notez bien qu’une colonne toute seule ne porte rien du tout. Il en faut au moins deux pour faire une arche, un porche, un équilibre, une harmonie. Et voici Pierre et Paul postés comme deux colonnes maîtresses, comme ces deux grandes figures qui nous accueillent à Saint-Pierre de Rome.

Oh, ils ne se tombent pas dans les bras, ils sont à une certaine distance l’un de l’autre, et c’est bien ainsi. Car dans l’Église, nous le savons, l’unité n’est pas l’uniformité. Et c’est cela même qui fait sa beauté, sa grandeur, et le miracle d’une communion qui est plus qu’humaine.

Car voici encore la signature du miracle : c’est que du corps de ces deux hommes, le sang a coulé, un même sang rouge vif. L’un crucifié, l’autre décapité, se sont donnés tout entier, non par fanatisme, mais par amour et dans l’humilité. Et pour toujours leurs différences, et même leurs divergences, ont été comme lavées. Oui, voici Pierre et Paul comme modèles d’une unité plus qu’humaine, et par là même, d’une immense fécondité.

Frères et sœurs, nos différences ne sont pas des obstacles au plan de Dieu. Elles sont le matériau du miracle qu’est l’Église. Avec Pierre, avec Paul, autour d’eux comme autant de petites colonnettes, de pierres vivantes, soyons la maison de Dieu. Une maison qui respire, un corps vivifié par le sang très précieux du Seigneur et de ses martyrs. Amen.

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