Le courage des Apôtres

Deux apôtres, baptistère des Ariens, Ravenne, Ve s. b

Deux apôtres, baptistère des Ariens, Ravenne, Ve s. b

2006 Homélies

Daniel Vigne, Le courage des Apôtres (Ac 5, 27-42), église Notre-Dame-du-Rosaire, Toulouse, 26 décembre 2006. [pdf]

Le courage des Apôtres

« Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là. » […] Pierre et les Apôtres déclarèrent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. […] Après les avoir fait fouetter, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus. […] Quant à eux, sans cesse, ils enseignaient et annonçaient la Bonne Nouvelle. (Ac 4, 27-29.40-42)

Voilà donc comment les disciples, aux premiers temps de l’Église, ont été persécutés par les autorités juives. Ce beau récit nous encourage. Il nous fait aussi réfléchir.

Il nous encourage d’abord, en nous montrant comment les apôtres, et les premiers chrétiens à leur suite, ont rendu témoignage au Christ vivant, ressuscité. Contre vents et marées, malgré les pires difficultés, avec une sorte de courage joyeux, ils ont dit ce qu’ils avaient vu. On a pu les saisir, les emprisonner, les flageller, les menacer ; mais on n’a pas pu arrêter leur parole.

L’Évangile, depuis ce temps, traverse les siècles. Il est arrivé jusqu’à nous, il ira plus loin que nous. Il ne nous appartient pas : il nous est donné comme un trésor à transmettre, comme un feu qu’il est impossible de le garder dans ses mains.

Car le courage des apôtres n’est pas extraordinaire : il fait partie de la vie chrétienne « normale ». Les apôtres n’étaient pas des surhommes, mais simplement des hommes, dans l’Esprit Saint.

Qu’ont-ils donc fait pour recevoir ce courage ? Ils ont laissé la force de Dieu se déployer dans leur faiblesse. Ils ont permis à l’Esprit Saint de se servir de leur petitesse, et même de leurs défauts. Leur barque était petite, un peu trouée, mais ils ont hissé les voiles. Ils ont compris que les méthodes et les tracas humains sont peu rentables ; qu’il existe une logique plus profonde, une force supérieure, un courant divin. Et ils ont osé s’y abandonner. Ils ont choisi, comme dit le texte, d’« obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Ils ont misé sur l’absolu, et ils ont gagné !

Redisons-le : ils ne sont pas une exception, mais sont un exemple. Ils ont ouvert ce chemin-là pour nous. Pour nous qui souvent laissons notre foi à l’arrière-plan. Pour nous qui gardons le don de Dieu caché, enfoui, sous beaucoup de pudeur et de respect humain. Qui n’osons pas porter devant les hommes ce Dieu, cette Vie divine qui habite au profond de notre cœur. Nous croyons au Christ, mais quelque chose nous empêche de tout fonder sur lui, de nous fondre en lui. Si la difficulté survient, nous nous replions sur nous-mêmes, nous nous enfonçons dans notre coquille. Et là, nous nous trouvons médiocres, et parfois même misérables.

Certes, il est sage et bon, dans certaines circonstances, de voiler notre foi, par humilité, par respect des autres, par patience, peut-être par prudence. Mais ne nous y trompons pas : être chrétien, c’est être porteur d’un feu, d’une foudre. Ne disons pas : « je ne suis pas un apôtre, moi. » L’amour de Dieu qui est en nous (car il est en nous, nous nous en rendons compte, au moins à certains moments), cet amour-là n’est pas du tout embarrassé par notre timidité. Il n’est pas gêné par elle : il s’en sert, il la traverse, il la transfigure. Osons le dire : pour transmettre l’Évangile, il vaut mieux être un peu timide que trop sûr de soi !

Seigneur, souffle sur nous. Souffle sur cette braise que Tu as déposée en nous. Ranime sa flamme, augmente sa chaleur, fait briller sa lumière. Fais de nous des disciples de ton Fils Jésus-Christ, des porteurs de son Esprit, des témoins transparents de son amour. Amen.

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