La connaissance de soi – 61 pensées

Connais-toi toi-même

Connais-toi toi-même

2026 Sagesse

Daniel VigneLa connaissance de soi, 61 pensées inédites (1981-2025) ©www.danielvigne.fr [pdf 24 pages].

La connaissance de soi

Comment connaître quoi que ce soit sans la conscience de soi ? L’antique inscription du fronton de Delphes, « Connais-toi toi-même » (1), soulève donc la question du sujet connaissant (2), mais aussi de l’acte de connaître (3), du monde connu et inconnu (4), et plus spécialement aujourd’hui, des rapports entre cerveau et pensée (5) ou entre pensée et machine (6).

 

1. Connais-toi toi-même

2013 – Cassiciacum

Durant les mois qui précèdent son baptême, saint Augustin dialogue avec « la Raison », qu’il identifie plus ou moins à Dieu. Les Soliloques témoignent de cette ouverture au divin qui se veut avant tout une pleine fidélité à soi-même, de cette connaissance de soi fondant celle de Dieu.

Mais dans les Confessions, il revisite le problème et tient à marquer, au contraire, l’écart entre l’une et l’autre. Ce n’est pas au fond de moi, dans ma mémoire, dit-il, que j’ai trouvé Dieu, mais en me laissant toucher par sa grâce…

2025 – Confusion

Noverim me, noverim Te ! Cette phrase des Soliloques de saint Augustin, Lanza en fausse le sens en la traduisant : « Si je me connaissais, je Te connaîtrais. »

Car ce n’est pas une affirmation, mais une prière : « Que je me connaisse, que je Te connaisse ! », sans qu’aucune équivalence soit établie entre soi-même et Dieu.

À plus forte raison, tirer de cette phrase l’idée que la connaissance de soi peut suffire, dispensant de celle de Dieu, trahirait complètement ce que veut dire Augustin. Au contraire, il aspire à rencontrer Dieu comme un Autre…

2023 – Ego

La connaissance de soi s’égare, je pense, dans une sorte de mythe de la préexistence de l’âme si elle croit pouvoir rejoindre un « moi » premier, originel, vierge de toute histoire et de toute blessure. Un tel effacement de notre itinéraire, notamment familial et culturel, est tout simplement impossible.

Nous sommes par essence (wesen), comme dirait Hegel, ce que nous sommes devenus (gewesen). Notre passé nous porte, nous détermine d’une façon qui n’est pas à renier mais à accepter, à assumer et à transfigurer.

2022 – Seipsum

De divers côtés, j’entends parler de la connaissance de soi comme d’un « chemin vers soi-même », voire d’une rencontre avec soi-même. Un tel vocabulaire me met mal à l’aise. La vraie démarche, à mes yeux, ne consiste nullement à se prendre pour but, mais à s’identifier comme point de départ.

Se connaître, c’est simplement se reconnaître tel que l’on est, avec humilité, devant Celui dont nous provenons et qui nous dépasse, et non pas s’imaginer ne faire qu’un avec lui, ce qui est tout bonnement de l’autolâtrie.

2018 – Γνθι (1)

Trois lectures possibles du fameux « Connais-toi toi-même ». La première, appuyée sur les sagesses archaïques, est de type cosmique et mythique. Elle consiste à prendre sa juste place dans le monde, en accord avec lui. Elle se souvient de la suite de la phrase : «et tu connaîtras l’univers et les dieux. »

Elle invite à épouser l’ordre des choses, ou plutôt leur mélange d’ordre et de désordre, en étant conscient de notre dignité et de notre responsabilité. C’est elle qu’évoquait le temple de Delphes.

2018 – Γνθι (2)

La deuxième interprétation est de type indien. Elle est mystique, acosmique et apophatique.

Elle veut nous délivrer de l’ignorance qui consiste à croire que ce monde et nous-même sommes des réalités  autonomes et distinctes. Elle nous apprend que nous ne sommes rien de tel : l’univers et le moi sont illusoires.

Seul le Soi est, pour l’hindouisme, et pour le bouddhisme, il est vacuité : « Tu es Cela », disent les Upanishad, c’est-à-dire rien de ce qui paraît. Sache-le, tu n’es pas !

2018 – Γνθι (3)

La troisième est proprement socratique. Elle infléchit la première en direction d’une démarche individuelle, critique et ironique.

Elle invite à prendre conscience, avant tout, de notre ignorance. Elle nous arrache à toute doxa, que ce soit celle de l’opinion ou de la gloire.

Elle avance à tâtons vers la lumière de la vérité, qu’elle entrevoit parfois sur la pupille d’un autre, comme Socrate le fait remarquer au jeune Alcibiade. Elle est une maïeutique, un douloureux chemin d’enfantement de soi-même.

2017 – Danshors

Trouver en soi le point précis où l’on coïncide avec son propre être, ce n’est nullement se refermer sur soi : c’est au contraire voir s’épanouir nos potentialités comme autant de pétales entourant ce cœur.

Comme si le fait de toucher le centre du cercle en agrandissait la circonférence.

Il y a là une expérience très précieuse et un peu paradoxale, de plongée en soi-même débouchant sur une sortie de soi.

L’activisme, au contraire, nous vide de notre centre en nous projetant au dehors. Entre ces deux démarches, j’ai résolument choisi.

2013 – Cassiciacum (2)

« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». L’antique adage ne craignait pas d’établir une sorte d’équivalence entre la connaissance de soi et celle de Dieu.

Lanza le souligne et insiste : « Ce n’est pas nous qui parlons, ce sont les Upanishads qui parlent, c’est la Bible qui parle, c’est toute la tradition de sagesse qui parle, et de toutes les sagesses » (Approches de la vie intérieure, p. 23).

À cette tradition, Augustin appartient encore en ce début de l’année 387 qui sera celle de son baptême. Mais par la suite, il ne s’exprimera plus ainsi…

2013 – Cassiciacum (1)

Noverim me, noverim Te ! C’est de façon un peu rapide et inexacte que Lanza traduit cette formule de saint Augustin par : « Si je me connaissais, je Te connaîtrais » (Approches de la vie intérieure, p. 24).

Car le sens littéral de ce subjonctif parfait est plutôt : « Que je me connaisse et que je Te connaisse ! » (Soliloques, II, 1), sans que soit exprimé un lien de cause à conséquence entre les deux propositions.

Il y a donc là plutôt une prière et un souhait plutôt qu’un postulat philosophique. Mais sur le fond, Lanza a raison, car l’Augustin de cette époque est encore très platonicien…

2006 – Γνωqι (1)

J’ai distingué trois façons de comprendre le « Connais-toi toi-même ».

La première y voit le sommet, la synthèse, de toute la sagesse archaïque. Elle se souvient de la suite de la phrase : « Et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Elle souligne le lien intime entre l’homme et le monde, entre notre âme et la réalité extérieure.

Ne sommes-nous pas, d’après cette sagesse, des microcosmes du grand Tout ? Le ciel est un tableau de nos dispositions intérieures (astrologie), les animaux sont des forces auxquelles nous sommes reliés (animisme)…

2006 – Γνωqι (2)

La seconde interprétation nous vient des religions asiatiques. Elle veut dissiper le voile d’illusion qui entoure le moi et qui le coupe de l’Absolu.

Elle dit : connais ce que tu es vraiment, et « tu es Cela ». Elle invite à faire mourir l’ego séparé, l’individualité limitée, pour l’ouvrir à sa vraie nature. Ou encore, elle met de côté le moi et se consacre au Même, commun à tous les êtres et en qui ils fusionnent.

« Connais-toi toi-même » signifie ici : mets fin à ta finitude, fonds-toi en Dieu, tu es toi-même le Soi divin !

2006 – Γνωqι (3)

La troisième lecture serait celle de Socrate, qui prend une distance ironique par rapport à tous les savoirs antérieurs, cosmiques et religieux. Il nous dit simplement : « Qui es-tu, toi qui prétend connaître ? Connais d’abord ta connaissance, et vois sur quelles fragiles bases elle repose ».

Cette démarche critique est l’acte de naissance de la philosophie. Elle n’a rien d’un scepticisme facile et désabusé : elle est une noble exigence de la pensée. Elle fonde la culture occidentale, son humanisme laïque, sa rigueur scientifique…

2003 – Nobody

La connaissance de soi est le centre intime de la philosophie de Socrate, comme de celle de Lanza del Vasto. Le thème est si connu qu’il paraît banal. Je m’aperçois cependant que peu d’hommes s’y attachent.

La connaissance de soi, la présence à soi, la relation à soi, sont des attitudes rares. La défense de son ego, par contre, est un souci universel.

Chacun durcit sa coquille et oublie de l’habiter. D’où l’impression de vide que me laisse parfois tel ou tel regard, tel ou tel visage : il y a quelqu’un là-dedans, certes, mais où ?

2002 – Σεαυτόν

La connaissance de soi n’est pas la connaissance du moi, c’est-à-dire l’étude de son caractère et de sa personnalité, l’introspection psychologique ou psychanalytique, le fait de s’intéresser à son ego. Elle est au contraire un moyen de se détacher de ce moi charnel, en ce qu’il a de particulariste et d’égoïste.

Elle vise à l’oubli de ses revendications, à l’effacement de ses aspérités. Elle ne s’intéresse pas à ses zones obscures, à ses traumatismes, à ses complexes : elle simplifie, dédramatise, éclaire. Elle émonde, elle décante. Elle va au centre et à l’essentiel.

 

2. Le sujet connaissant

2014 – Perspicacité

Non au relativisme, soit ; mais comment refuser un certain « perspectivisme » ? Pas celui de Nietzsche, quoiqu’il soit l’inventeur du mot, mais simplement celui qu’exigent l’honnêteté intellectuelle et la lucidité spirituelle.

Car il est évident que les choses ne sont jamais seulement ce qu’elles sont, mais sont toujours saisies dans un regard, à partir d’un certain point de vue et en fonctions de certaines intentions.

L’erreur de Nietzsche n’est pas d’avoir montré ce fait, mais d’avoir choisi un mauvais poste d’observation.

1996 – Co-naître

On ne connaît vraiment que ce dont on accepte d’être connu. Ce n’est pas dans la saisie conceptuelle, ni dans la maîtrise rationnelle, que s’accomplit l’acte de connaître, mais dans un dévoilement et une révélation du sujet connaissant lui-même, car son désir profond n’est pas seulement de voir, mais d’être vu.

La connaissance ne se déploie que provisoirement sur le registre de l’avoir : en vérité elle tend vers celui de l’être, et plus précisément du naître, c’est-à-dire de l’être-dans-le-regard-d’autrui.

Savoir, c’est recevoir sa vie de ce que l’on sait. La gnose, ultimement, est genèse. La connaissance est naissance partagée.

1995 – Ratio (1)

Le projet d’une philosophie à caractère quantitatif et mathématique, d’une philosophie en chiffres, est pour l’intelligence extrêmement séduisant. Mais il est aux antipodes de celui vers lequel je penche, d’une philosophie qualitative et personnaliste.

La grande différence est que le premier ne peut inclure en lui-même la source d’où il jaillit, alors que le second se comprend lui-même jusqu’en ses origines.

Ainsi l’Éthique de Spinoza est un admirable ouvrage, exposé more geometrico, mais qui ne nous apprend rien de Spinoza « en personne ». Comme toute pensée ultra-rationaliste, elle comporte un impensé, et cet impensé, c’est le penseur. Ce genre de système est entièrement détachable de celui qui l’invente.

La pensée de type personnaliste, au contraire, est indissoluble de la personne qui pense. Elle ne sépare pas l’effort fourni et ses résultats, le travail subjectif et les conclusions objectives auxquelles ce travail mène. Les Pensées de Pascal en sont un magnifique exemple.

1995 – Ratio (2)

La philosophie que j’évoque ici pourrait être appelée, plus précisément, une philosophie de l’invocation. Loin de se déployer à l’extérieur de l’intelligence comme un objet manipulable, elle s’ouvre comme espace intérieur et accueil d’une Présence. Elle est transrationnelle et trans-mathématique.

Elle n’exclut nullement la raison déductive, mais la situe consciemment par rapport à son fondement intuitif. Elle est honnête à l’égard de ses propres racines, que les rationalistes préfèrent occultes.

Elle n’oublie pas que toute démonstration procède d’un indémontrable, que la rationalité comme telle ne saurait s’expliquer, et que la raison la plus rigoureuse, dans sa quête du vrai, est portée par un élan qui ressemble beaucoup à une prière.

2001 – Idéalisme

J’ai des affinités avec l’idéalisme, et je crois que l’on caricature cette philosophie lorsqu’on la fait passer pour un solipsisme absurde.

Que l’esprit façonne le monde qui l’entoure ne signifie pas qu’il le crée ! Que le réel trouve son sens dans l’esprit qui le perçoit, ne signifie pas qu’il soit en lui-même insensé.

Comment ne pas prendre en compte cette découverte merveilleuse des philosophes modernes, que la réalité ne peut être définie comme existante que par rapport à une intériorité ? Il n’y a d’objet que pour un sujet !

1995 – Sujet

La philosophie moderne a, paraît-il, vidé le « sujet classique » des attributs d’autonomie, de liberté et de conscience qu’on croyait pouvoir lui attribuer. Carrefour de structures langagières, de déterminismes sociaux et de mécanismes psychologiques, l’homme n’est plus ce sujet souverain, « maître de son âme et seigneur de sa vie », qu’envisageaient les penseurs d’antan.

Fort bien, mais comment n’aperçoit-on pas que cette prise de conscience renforce la thèse qu’elle croit combattre ?

Car depuis Socrate déjà, la connaissance de notre ignorance est un savoir supérieur : comprendre que nous ne sommes pas si lucides que nous pensions, c’est évidemment acquérir une lucidité plus grande. La philosophie moderne n’a donc rien retiré au « sujet », elle a seulement déplacé le point de vue à partir duquel on en parle.

Ainsi la topique freudienne est une version moderne du Cogito cartésien, quand bien même si elle le conteste : distinguer dans le psychisme ces diverses instances que sont le Ça, le Moi et le Surmoi, c’est augmenter la connaissance du « sujet » global, et non pas la restreindre.

La découverte de l’inconscient n’appauvrit donc la conscience qu’en l’enrichissant de plus belle, puisque par la découverte de ce qui la limite, la conscience se connaît mieux.

On pourrait même dire que la philosophie moderne, loin de faire disparaître le « sujet », a permis l’émergence d’un « sujet » toujours plus libre, autonome et conscient : celui du philosophe lui-même, critique, sceptique, lucide – et froid.

Tel est le triste portrait que j’avais de Gilles Deleuze, dont je ne connais pas bien la pensée, mais dont je constate qu’elle allait dans le sens d’une érection de subjectivité toujours plus aiguë, pointue et pertinente : une conscience en forme de tête d’épingle, et par là en danger d’implosion. Cette semaine (Seigneur ! reçois-le dans Ta lumière), il s’est suicidé.

1982 – Conscience

La conscience enfantine et la conscience béatifique se ressemblent plus qu’on ne croit.

On dit que l’enfant, le nouveau-né, n’a pas de véritable conscience parce qu’il ne distingue pas le sujet et l’objet, lui-même et la chose qu’il a en main. C’est vrai. Mais cette connaissance-là est déjà déchue, et nous gangrène jusqu’à la mort, moment où l’objet envahit complètement le sujet, où mon corps devient chose, où le sujet devient objet pour lui-même et avec horreur.

Or l’enfant, avant cela et très tôt, a une conscience bien plus intéressante et plus fondamentale, celle qui distingue ou plutôt qui relie le sujet et le sujet : les personnes, les objets, le sein, le lait maternels, les cheveux, l’odeur de sa mère, n’ont d’existence que dans cette relation, ce vis-à-vis.

Pour lui la « nature » objectivée n’existe pas : tout le créé est transparence, docilité, don des personnes. Langage, visage, présence. Cadeau et communication.

Le ciel, c’est cela : non pas une élimination de la création, mais son assouplissement. Pas non plus une nouvelle création, un peu plus « céleste » que la première, avec nuages, paires d’ailes et petits oiseaux, mais le renouvellement de toutes choses, un embrasement intérieur par lequel le créé est rendu à sa « nature » communionnelle. Un embrasement pour un embrassement. Le ciel ? « Comme un enfant contre sa mère, mon âme est en moi comme un enfant comblé » (Ps 131, 2).

 

3. L’acte de connaître

1981 – Sapidité

Redécouvrir le savoir comme saveur. Le mot sapientia ne vient-il pas du verbe sapere ?

2024 – En-quête

Il nous a dit : « Qui cherche trouve » (Mt 7, 8), et nous y voyons la promesse heureuse qu’à celui qui cherche, il sera donné de trouver. Mais la phrase contient aussi une sérieuse mise en garde: car si celui qui cherche est assuré de trouver, celui qui ne cherche pas est assuré de ne pas trouver.

Or combien sont-ils, ces innombrables sots qui se croient dispensés de chercher Dieu, ou pire encore, qui se déclarent « chercheurs de Dieu » d’une manière qui leur garantit de ne pas le trouver ? Quelle misère, quelle pitié !

2020 – Mind

Notre mental (du moins le mien) est comme un insecte tournoyant dans l’espace et rebondissant sur des parois. Un rien le fait dévier, zigzaguer. Arrêter nos pensées, opération impossible, autant que de vouloir saisir un filet d’eau.

J’en fais l’expérience quotidienne à la fin de la sieste, moment d’entre-deux où j’assiste, intérieurement, au ballet de mes souvenirs, projets, soucis, réflexions et autres frémissements neuronaux. Leur vitesse et leur diversité m’impressionnent. Il faut ralentir, décanter tout cela !

2001 – Experimenta

L’expérience au sens scientifique pose sur le réel un regard analytique, sélectif, scrutateur et calculateur. Elle sélectionne les phénomènes, et ne retient que ceux qu’elle a techniquement paramétrés. Elle tranche et tue ce qu’elle observe. Elle est une perception forcée.

L’expérience au sens spirituel, et tout simplement humain, a les caractères inverses. Elle accueille le réel en sa générosité. Elle synthétise, relie, prolonge les phénomènes dans le noumène, la perception dans la pensée. Elle est une perception transfigurée.

1997 – Épistémè

Chaque connaissance nouvelle ajoute par son contenu objectif quelque chose au volume total des connaissances déjà acquises. Mais elle nous en apprend aussi, de façon plus discrète, sur les sujets dont cette connaissance émane.

La question qu’il est permis de se poser est la suivante : pourquoi ont-ils cherché à savoir ceci ? Quel intérêt particulier trouvaient-ils à explorer tel domaine de connaissance plutôt qu’un autre ? Il y aurait une histoire des sciences fort éclairante à écrire de ce point de vue proprement épistémique, et central.

1993 – Bis

On ne sait pour de bon que ce qu’on a appris plusieurs fois.

2017 –  Créateur

D’où l’être humain tire-t-il son incroyable capacité à comprendre les situations et inventer des solutions aux problèmes qu’il rencontre ? Toute explication de type déterministe est incapable de justifier une telle agilité mentale.

Nous ne sommes pas des singes savants, des animaux favorisés par les mécanismes ou les hasards de l’évolution. Ce n’est pas d’en bas que nous vient ce talent, mais d’en haut, d’au-delà du monde. Il y a en nous des choses qui ne préexistent nulle part, sinon de façon purement virtuelle.

1999 – Co-naître

Étonnante proximité entre le vocabulaire de la connaissance et celui de l’engendrement. Concevoir, par exemple, s’applique aussi bien à un concept qu’à un enfant : comme si l’idée était un être vivant, que la maïeutique délivre. La pensée serait-elle « enceinte » de ce qu’elle connaît, et qui lui serait comme une progéniture ? Ainsi le Fils est le Logos du Père…

Mais si connaître est faire naître, c’est aussi naître avec ce que l’on conçoit : en sorte que Dieu n’est Père que par son Fils. Connaître, c’est en quelque sorte s’auto-engendrer.

1994 – Savoir

Ceux qui savent n’ont qu’un droit de plus à l’égard de ceux qui ne savent pas : c’est de leur apprendre. Et ce droit est un devoir.

1984 – Concevoir

L’idée fatigue autant, voire plus que le fait. Ce n’est ni l’idée, ni le fait qu’il faut valoriser : c’est l’intuition et l’action. C’est une pensée vivante, une pensée en acte.

1992 – Écoute

Comprendre, disais-je, est plus important qu’apprendre. J’aime aussi ce beau mot : entendre. L’intelligence est une écoute, un « entendement ». La musique des êtres est leur mystère, et ce secret sonore a quelque chose à voir avec le temps.

1982 – Profondeur

« Profondeur » : quel beau mot. Une dimension comme inconnue, où se réconcilient la transcendance et l’immanence.

 

Le monde (in)connu

2008 – Olon (2)

Le Tout n’est pas objet de pensée, mais pourquoi le sujet ne serait-il pas « la pensée du Tout » au sens où, en lui, le Tout prend conscience de lui-même ? En d’autres termes, que le Tout soit impensable n’empêche pas qu’il puisse être pensant.

Telle est la réponse de Hegel à Kant. Pour Hegel, l’idée du Tout n’est pas sans contenu : cette idée de la raison pure elle est au contraire la pensée par excellence, coïncidant avec son contenu.

Dans la pensée du Tout, c’est le Tout qui se pense. C’est l’univers qui accède à la conscience de soi. Puissante réponse !

2008 – Olon (1)

L’idée métaphysique de « monde », c’est-à-dire d’univers au sens totalisant du terme, a été dénoncée par Kant comme un pseudo-concept, que la raison humaine produit sans en saisir le contenu.

De fait, le tout du Tout ne peut pas être un objet de pensée, pour la simple raison que penser cet objet supposerait d’en être distinct, dont qu’il y ait quelque chose d’extérieur au Tout, ce qui est contradictoire.

Mais une autre approche du problème est possible, dans laquelle la pensée ne s’ajouterait pas au Tout, mais y serait incluse…

2001 – Faille

La rupture entre sujet et objet, telle qu’elle s’exprime chez Descartes et Kant, a des conséquences culturelles immenses. Elle a rendu le moi prisonnier de lui-même et de ses fausses certitudes : le Cogito, l’a priori, miroirs où l’esprit n’étreint que son reflet et s’enferme dans le subjectivisme.

Elle a rendu le monde inaccessible en lui-même et seulement manipulable techniquement, de l’extérieur. L’objectivisme froid de la science et de la technique en est la tragique conséquence. Il est temps d’enjamber cet abîme. Merci à Lanza del Vasto de nous y aider.

2000 – Poièsis

Aucune théorie du Tout ne peut se présenter comme un simple décalque de la réalité. Qu’il soit scientifique ou philosophique, un tel système fera toujours beaucoup plus que reproduire le réel en équations ou en concepts : il ne sera pas une représentation, mais une invention originale et poétique, une interprétation personnelle de la réalité.

Derrière les mots et les chiffres les plus neutres et les plus objectifs, c’est toujours un génie particulier qui est à l’œuvre. Le grand livre de la création ne se prête pas à une simple lecture : pour le comprendre, il faut écrire entre les lignes.

1999 – Machin

Il faudrait mettre en évidence, de façon un peu détaillée, quels sont les présupposés à partir desquels la science moderne « modélise » le réel, et quelle vision du monde préside à ce travail de déchiffrement du monde.

L’idée que « la nature est écrite en langage mathématique » est évidemment centrale, ainsi que la croyance au caractère mécanique de tous les phénomènes, même vitaux.

Mettre le monde en équations, le démonter comme une machine, ces attitudes cachent à mes yeux un a priori plus fondamental encore, celui d’un univers « bête » (idiot, dirait Clément Rosset). Lourde erreur, car nous en sommes le fruit !

1999 – Épistémè

Certains savants reconnaissent aujourd’hui que la prétendue objectivité de la science est un leurre, dans la mesure où les objets scientifiques sont construits.

Chacun sait en effet que la science ne « décrit » pas le réel tel qu’il est, mais le « modélise » à l’aide de concepts et d’instruments humains qui ont pour origine une Weltanschauung particulière.

L’atome comme « système solaire en miniature », par exemple, n’était qu’une image d’une réalité beaucoup plus complexe. Tous les objets scientifiques sont, de même, des schèmes commodes de compréhension du réel. Mais d’autres modèles existent.

1995 – Sceaux

Je suis convaincu que la lecture modifie ce qui est lu. Qu’un livre, qu’une page qu’aucun œil n’a jamais parcourus, sont substantiellement différents de ceux qu’un regard a visités.

Absurde, dira-t-on, ou purement subjectif. Et pourtant, qui n’a pas fait l’expérience de poser les yeux sur un texte avec la certitude que celui-ci est vu pour la première fois ? Comme si l’esprit caché derrière la lettre attendait son libérateur.

Certes, ce moment initial se prolonge, pour ce premier lecteur et pour tous les autres, dans une découverte progressive de tout ce que le texte contient. L’esprit ne cessera plus de rayonner à travers la lettre. Mais l’instant magique où l’écrit sort de son mutisme et se met à exister « pour quelqu’un » le change intrinsèquement.

Il y a là, je le crois, plus qu’une perception : il s’agit d’une action dans laquelle, comme en physique quantique, « l’observateur modifie ce qu’il observe ». Connaître, c’est faire naître.

Ainsi un texte qui n’est pas lu gît dans une sorte d’inexistence. C’est pourquoi le visionnaire de l’Apocalypse « pleurait très fort » (5, 4) de ce que personne ne rompe les scellés des Écritures.

Mais l’ange le rassure : il est venu, Celui dont le regard « comme une flamme ardente » (1, 14 ; 2, 18 ; 19, 12) se pose sur le Livre enfin ouvert. Par lui, le texte du monde devient lisible. L’histoire n’est plus un amas de signes indéchiffrables, mais un poème à lire et à relire.

« Ce que Dieu voit, il l’illumine », disait Origène. Le regard de Jésus sur l’histoire en fait une lettre d’amour, car il révèle qu’elle est écrite et signée de son sang.

1997 – Vision

En d’autres temps les hommes avaient des visions, et dans d’autres cultures que la nôtre, certains en ont encore. Notre orgueil nous fait croire qu’ils fantasment. En réalité, ils ont un sixième sens qui n’est pas seulement perceptif, mais interprétatif et divinatoire.

Voir n’est pas percevoir, mais lire. La vision est un acte subjectif s’appliquant à un donné objectif. Les visionnaires mettent en œuvre ce discernement qui leur fait voir dans les choses plus que les choses, dans la nature une écriture, et dans chaque nuage un message.

Mais nous autres, civilisés, sommes devenus analphabètes.

 

5. Cerveau et pensée

2021 – Corporéité

Que le cerveau produise de la pensée comme le foie produit de la bile est un présupposé matérialiste très difficile à réfuter. En effet, le lien indéniable entre cerveau et pensée suggère à l’évidence que l’un ne va pas sans l’autre, et comme le développement de l’organe cérébral accompagne celui de l’intelligence et de la conscience, il semble établi qu’il en est la cause.

Mais il faut affronter ces préjugés scientistes à partir d’autres faits objectifs, tout spécialement les expériences de mort imminente…

2015 – Synapses (2)

Je ne crois pas que la pensée soit réductible à des mécanismes cérébraux, comme l’affirme Jean-Pierre Changeux dans L’homme neuronal. Mais je ne crois pas non plus qu’elle le transcende totalement, puisqu’elle s’appuie manifestement sur eux.

Entre corps et esprit, cerveau et pensée, il y a le même rapport qu’entre le piano et la musique : les notes sortent bien des cordes frappées, comme les pensées passent par les impulsions électriques des synapses. Mais derrière le piano, il y a un pianiste – lequel ne peut jouer sans piano.

2015 – Synapses (1)

Les neurosciences nous forcent à repenser les rapports du corps et de l’esprit ainsi que le problème de la conscience.

La connaissance des « mécanismes » du cerveau (quoique ce mot soit à mes yeux inadéquat) interdit désormais de concevoir la pensée comme une activité autonome et totalement immatérielle, comme le croyait Descartes, puisqu’il est évident qu’elle est conditionnée par des phénomènes neuronaux.

Mais devons-nous pour autant donner raison au monisme de Spinoza ? J’en doute.

2000 – Causalités

Passionnante conférence sur le cerveau et la conscience. Il est frappant de constater que les chercheurs renoncent désormais aux modèles mécanistes. Ils refusent de décrire uniquement des causalités « ascendantes », des parties vers le tout, des excitations cérébrales locales aux phénomènes de conscience, lesquels n’en seraient que le résultat.

Ils admettent désormais une causalité « descendante », du tout vers les parties, de l’unité de la conscience vers les réseaux de neurones qu’elle coordonne de façon extrêmement fine. C’est dans cette direction, déjà, qu’avançait Bergson.

1996 – Ordo

L’évolution du vivant comme le progrès technique procèdent par concentration de l’information en des espaces de plus en plus denses : le cerveau en biologie, l’« unité centrale » (quelle belle expression) en informatique…

Ma propre démarche intellectuelle, de même, va toujours des textes aux idées, des œuvres à leurs résumés. Connaître, c’est unifier et condenser, c’est relier et ordonner, c’est donner forme à la diversité. Malgré ses lourdeurs et son caractère mécanique, l’ordinateur est donc un paradigme de cette activité merveilleuse. Dieu fit le monde en calculant, disait Leibniz…

2000 – Ouvertures

Francisco Varela propose d’intégrer aux sciences du cerveau l’approche subjective, le discours du « je » qui reflète l’expérience vécue par chaque conscience, mais aussi l’approche intersubjective, le discours en « tu » qui met en relation les consciences entre elles.

Il crée pour cela le terme de neurophénoménologie, aux frontières de la science et de la philosophie, voire de la vie spirituelle – n’a-t-il pas publié des entretiens avec le Dalaï Lama ?

Je me réjouis de ces ouvertures. Elles marquent la fin du discours scientiste, clos et objectivant, qui ne savait parler qu’en troisième personne.

 

6. Pensée et machine

1997 – RAM

La mémoire vive d’un ordinateur a, comme on sait, des limites. Si on lui donne trop de données à gérer, elle sature, et la machine bredouille. Je crois qu’il en va de même de notre petite cervelle : trop de choses à faire, à penser, la paralysent.

Je veux m’appliquer à désencombrer mes journées de ces projets multiples, de ces préoccupations tous azimuts, qui me mettent l’esprit en lambeaux. Comment font les ministres, je n’en sais rien. Mais dans le gouvernement de moi-même, j’opte résolument pour l’organisation, la simplification et la concentration.

1997 – Pentium

Les générations d’ordinateurs se suivent dans une course folle, où chaque modèle nouveau est immédiatement dépassé. Des microprocesseurs de plus en plus rapides arrivent sur le marché, tendant tous vers la vitesse maximale, qui est celle de la pensée.

Mais il n’est pas à craindre qu’un ordinateur, un jour, « pense » plus vite que l’homme : c’est tout simplement impossible. L’esprit humain pourra déléguer autant qu’il voudra des opérations mentales aux machines, il reste leur concepteur et leur pilote, et gardera toujours sur elles un déclic d’avance.

1997 – Pensée

La logique binaire des ordinateurs impose à chaque impulsion électrique qui les traverse, donc à chaque recherche d’information, de passer par toute une arborescence de choix en « oui » ou « non ». L’électronique ne sait rien d’autre qu’organiser des dichotomies.

Mais la pensée vivante les transcende : elle sait atteindre son objet directement et pour lui-même, comme on le voit dans le cas du souvenir, qui ne requiert nullement la médiation d’une hiérarchie de fichiers ! Surtout, la pensée vivante n’est jamais prise au piège d’oppositions simples. Elle est invention, dirait Bergson, ou n’est rien du tout.

1996 – I.A.

La concentration des informations sur des volumes de plus en plus petits de composants électroniques est une des préoccupations majeures de la technologie actuelle. Les « puces » de silicium, et peut-être bientôt de bio-matériaux, se miniaturisent de façon étonnante.

Mais le cerveau humain garde sur ces réalisations une avance prodigieuse. La moindre synapse de nos cent milliards de neurones est d’une complexité à faire pâlir tous les ordinateurs du monde, non seulement par sa structure, mais par ses potentialités et sa polyvalence à l’intérieur du système cérébral conçu comme un ensemble.

Les cellules nerveuses se comportent, oserait-on dire, comme des agents de service hautement qualifiés, en adaptation constante, et coordonnés en réseaux modulables qui sont autant d’équipes de travail inventives et inséparables.

Leibniz avait raison de dire que la complexité du vivant – et à plus forte raison celle des phénomènes de conscience – pouvait être investiguée à l’infini, précisément à cause de leur unité « monadique », alors que le fonctionnement de n’importe quelle machine est toujours décomposable, et se ramène à un assemblage de mécanismes distincts.

En relisant ces quelques lignes, qui sont pourtant bien malhabiles, j’éprouve d’ailleurs l’intime satisfaction de me dire que jamais, jamais aucun computer n’en ferait autant.

1998 – Branché

L’Internet m’énerve, dans un sens physiologique très précis : il excite mon système nerveux. La cause en est sans doute que cette technique présente de fortes analogies avec nos fonctions cérébrales : connexions, associations, codage et stockage des informations, c’est ce que la pensée fait en permanence.

L’Internet agrandit ce pouvoir aux dimensions de la planète, mais de manière mécanique et matérielle, donc forcément bornée. Là est peut-être la source de mon agacement : l’intelligence artificielle, c’est prodigieux… et c’est stupide.

1999 – Toile

Je l’ai dit, l’Internet m’énerve, m’excite les nerfs. Ce prodigieux réseau d’informations est une sorte de cerveau artificiel auquel mon propre cerveau doit lui-même se « brancher ».

Lequel des deux conditionne l’autre ? Et n’y a-t-il pas un piège à s’enfoncer dans ce dédale dont les propriétés se modifient constamment, et où l’on rencontre le pire comme le meilleur ?

Je regarde cette « toile » flottant dans les airs, et rassemblant pêle-mêle tant de produits consommables, purs et impurs, avec la même perplexité que Pierre sur son toit (Ac 10, 11)…

1999 – Défragmenter

Les ordinateurs ont une fonction superbe, dite de défragmentation, qui réorganise entièrement le disque et regroupe tous les éléments d’information qui s’y trouvent dispersés.

Visuellement, ce travail est impressionnant. Les dizaines de milliers de clusters concernés s’allument, s’éteignent, changent de couleur et de place, jusqu’à former un bloc compact qui libère tout le reste du disque pour de nouvelles informations.

On aimerait pouvoir faire quelque chose d’analogue avec notre cerveau : le simplifier, le clarifier, l’alléger de ce qui l’encombre.

2000 – Logiciel

Ce néologisme est un des plus réussis de la langue française, dont on se plaint qu’elle soit si anglicisée. Une racine grecque a suffi à exprimer le concept, pourtant subtil, de capacité de traitement rationnel de connaissances, ou pour mieux dire, de « forme de l’information ».

L’idée est très proche de ce que les Anciens nommaient précisément les logoï, comme principes structurants, raisons des êtres. Tout logiciel participe, ultimement, du Logos divin « en qui se trouvent cachés les trésors de la sagesse et de la connaissance » (Col 2, 3), et comme des morceaux de ciel.

2006 – Discernement (4)

La « mémoire » d’une machine diffère de la nôtre en ceci qui est capital : c’est qu’elle est programmée, donc obéit servilement à une logique qui lui vient du dehors.

La nôtre, au contraire, s’autodétermine : elle se donne ses propres règles, ou plutôt les façonne et les modifie de façon souple, évolutive, presque imprévisible.

Tel bruit va-t-il donc me réveiller cette nuit ? Nul ne le sait, car il en va de mille facteurs impondérables et de la façon particulière que j’aurai, cette nuit, de les synthétiser. On n’explique pas l’esprit !

2006 – Échec

L’immense supériorité de Kasparov sur l’ordinateur qui l’a vaincu, ce sont ses larmes de déception.

Non seulement parce qu’elles signalent une intention consciente à laquelle la machine n’a évidemment pas accès, mais parce qu’elles témoignent de cette étrange possibilité, propre à l’homme, de penser le réel comme anormal, inacceptable, voire absurde et révoltant.

L’homme n’est pas tant le « berger de l’Être » que le souffre-douleur du Néant. Mais cette absence qui le taraude fait sa grandeur.

2010 – Ipad

Objet intelligent, cerveau prothétique, mémoire totale externalisée : ce bijou de technologie marque un seuil dans l’histoire de l’informatique, comme tous les spécialistes s’accordent à le remarquer.

Son apparente simplicité cache en effet des montagnes d’algorithmes, des milliards de calculs, des années de recherche et de programmation. Sous sa surface lisse et tactile, c’est un nouveau continent qui affleure : celui de la pensée numérisée.

Est-ce la fin programmée de la pensée archaïque, symbolique, « néolithique » ?

2010 – Meccano

L’homme ne fabriquera pas des machines conscientes : cela est impossible, car entre le mécanique et le psychique, il y a un saut incommensurable.

Nous ne réussirons jamais, en mettant bout à bout tels rouages d’atomes, à les rendre pensants. En revanche, sans doute réussirons-nous à mécaniser une pensée préexistante, c’est-à-dire à greffer des machines sur le cerveau.

Partant de l’esprit, on peut rejoindre la matière et se l’incorporer. Mais partant de la matière, on ne peut pas fabriquer de l’esprit : on peut seulement en rêver.

1997 – Visage

Parmi cent visages, je suis capable de reconnaître presque instantanément ceux que je connais, et d’éprouver le sentiment unique et distinct de leur personnalité. Stupéfiantes capacités du cerveau humain : même doté de reconnaissance faciale, l’ordinateur est loin d’une telle perspicacité.

Car l’unité et l’unicité d’un visage ne se réduisent pas à la combinaison des éléments qu’on y rencontre, mais sont une énigmatique synthèse, un je-ne-sais-quoi irréductible à l’analyse, un qui au-delà de tout quoi. C’est cette mystérieuse « personnité » que seule une autre personne peut saisir.

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Table

1. Connais-toi toi-même

Durant les mois qui précèdent son baptême : n° 59,149 – 12.03.2013
Noverim me, noverim Te : n° 71,684 – 09.11.2025
La connaissance de soi s’égare : n° 69,528 – 03.08.2023
De divers côtés, j’entends parler : n° 68,253 – 03.05.2022
Trois lectures possibles : n° 63,869 – 08.02.2018
La deuxième interprétation : n° 63,870 – 08.02.2018
La troisième est proprement socratique : n° 63,871 – 09.02.2018
Trouver en soi le point précis : n° 63,336 – 01.06.2017
Connais-toi toi-même : n° 59,148 – 11.03.2013
Noverim me, noverim Te : n° 59,147 – 11.03.2013
J’ai distingué trois façons : n° 52,113 – 18.02.2006
La seconde interprétation : n° 52,114 – 19.02.2006
La troisième lecture serait celle : n° 52,115 – 20.02.2006
La connaissance de soi : n° 49,48521.11.2003
La connaissance de soi : n° 48,44024.06.2002

2. Le sujet connaissant

Non au relativisme : n° 60,221 – 09.03.2014
On ne connaît vraiment : n° 41,652 – 04.02.1996
Le projet d’une philosophie : n° 41,549a – 08.12.1995
La philosophie que l’évoque ici : n° 41,549b – 08.12.1995
J’ai des affinités avec l’idéalisme : n°47,107 – 25.02.2001
La philosophie moderne a, paraît-il : n° 41,523 – 12.11.1995
La conscience enfantine : n° 28,278a – 00.00.1982

3. L’acte de connaître

Redécouvrir le savoir comme saveur : n° 27,140a – 00.00.1981
Il nous a dit : Qui cherche trouve : n° 70,648 – 10.10.2024
Notre mental (du moins le mien) : n° 66,319 – 10.05.2020
L’expérience au sens scientifique : n° 47,251 – 04.05.2001
Chaque connaissance nouvelle ajoute : n° 43,338 – 14.10.1997
On ne sait pour de bon : n° 38,189c – 00.09.1993
D’où l’être humain tire-t-il : n° 63,441 – 21.07.2017
Étonnante proximité : n° 44,479 – 29.01.1999
Ceux qui savent : n° 39,131b – 00.01.1994
L’idée fatigue autant: n° 30,041b – 00.12.1984
Comprendre, disais-je : n° 37,135d – 00.03.1992
Profondeur : quel beau mot : n° 28,272b – 00.00.1982

4. Le monde (in)connu

Le Tout n’est pas objet de pensée : n° 53,834 – 25.01.2008
L’idée métaphysique de « monde » : n° 53,833 – 25.01.2008
La rupture entre sujet et objet : n° 47,632 – 29.10.2001
Aucune théorie du Tout : n° 46,485 – 12.08.2000
Il faudrait mettre en évidence : n° 45,389 – 15.11.1999
Certains savants reconnaissent : n° 45,388 – 14.11.1999
Je suis convaincu que la lecture : n° 41,038 – 08.03.1995
En d’autres temps les hommes : n° 42,539 – 10.01.1997

5. Cerveau et pensée

Que le cerveau produise de la pensée : n° 66,82804.01.2021
Je ne crois pas que la pensée : n° 61,248 – 01.04.2015
Les neurosciences nous forcent : n° 61,247 – 01.04.2015
Passionnante conférence : n° 45,46 – 115.01.2000
L’évolution du vivant : n° 42,519 – 21.12.1996
Francisco Varela : n° 45,462 – 16.01.2000

6. Pensée et machine

La mémoire vive d’un ordinateur : n° 43,367 – 10.11.1997
Les générations d’ordinateurs se suivent : n° 43,247 – 24.07.1997
La logique binaire des ordinateurs : n° 43,133 – 08.04.1997
La concentration des informations : n° 42,129 – 16.03.1996
’Internet m’énerve : n° 44,416 – 13.12.1998
Je l’ai dit : l’Internet m’énerve : n° 44,476 – 26.01.1999
Les ordinateurs ont une fonction : n° 45,102 – 13.02.1999
Ce néologisme : n° 46,166 – 18.03.2000
La « mémoire » d’une machine : n° 52,256 – 06.06.2006
L’immense supériorité de Kasparov : n° 52,262 – 09.06.2006
Objet intelligent, cerveau prothétique : n° 56,322 – 30.06.2010
L’homme ne fabriquera pas : n° 56,626 – 05.12.2010
Parmi cent visages, je suis capable : n° 43,413 – 19.12.1997

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