La raison, ennemie de la foi ?

La raison, ennemie de la foi ?

La raison, ennemie de la foi ?

2026 Sagesse

Daniel VigneLa raison, ennemie de la foi ?, 72 pensées inédites (1986-2026) ©www.danielvigne.fr [pdf 27 pages].

La raison, ennemie de la foi ?

Ce préjugé très répandu mérite d’être mis en question. Car les présupposés de l’athéisme (1) appellent une conversion de l’intelligence (2), et le rationalisme étroit appelle des réponses (3). Le scientisme est un drame (4) dont il nous faut guérir (5) en vue d’une nouvelle concorde entre science et foi (6).

 

1. Présupposés de l’athéisme

2018 – Cosmologue

Je demeure stupéfait que l’intelligence, la finesse et l’humour de Stefen Hawking ne lui aient pas permis de s’ouvrir au mystère de la foi. Une telle capacité à s’interroger sur l’origine et la fin de l’univers aurait dû, de toute évidence, le rendre sensible à la question du Sens !

Mais non, ce grand esprit se borne à nous décrire des trous noirs et autres effondrements d’atomes, et à nous servir des platitudes : que nous serions nés par hasard sur une planète banale, tournant autour d’une étoile ordinaire…

2003 – Philosophistes (1)

Michel Onfray, Éric Lowen et quelques autres ténors d’une philosophie « populaire, hédoniste et matérialiste », enfin dégagée des « grands systèmes » et des « vieilles métaphysiques », se proposent de la diffuser partout, du café-philo à la place publique.

Leur zèle est remarquable, leurs talents sont incontestables, et j’admire la polyvalence de leur savoir.

Je reste cependant perplexe devant le fait qu’au centre de ce tourbillon se devine une farouche, opiniâtre et définitive opposition au christianisme. De la part de gens si intelligents, ce n’est pas normal.

2003 – Philosophistes (2)

Je ne puis comprendre que la pensée chrétienne soit disqualifiée sans appel par des personnes faisant profession d’intelligence.

Sauf à considérer que tout penseur chrétien soit un idiot qui s’ignore, on ne peut quand même pas faire comme si Origène et Augustin, Anselme et Thomas d’Aquin, Pascal et Kierkegaard, Bergson, Blondel et Simone Weil, pour ne parler que de ces grandes figures, n’ont rien à dire de pertinent.

Qu’on les écarte de la scène médiatique, passe encore. Mais qu’on les brocarde comme des « spiritualistes » dépassés et ringards, c’est trop fort !

2007 – SDF

Une femme très pauvre, mais digne, s’est mise à lire ma thèse par-dessus mon épaule dans la gare de Montpellier, où un retard m’avait bloqué.

« Ah, la philosophie ! J’aimerais bien en faire ! Je passerais ma vie, moi, couchée sur un tapis, à lire tous ces gens-là ! » Et d’engager avec moi une discussion pointue sur la théorie des sept sens, qu’elle découvrait chez Lanza del Vasto.

Son agilité intellectuelle me laissait pantois. Au bout de trois quarts d’heure, j’ai cru bon de lui dire : « En fait, pour moi, l’essentiel c’est la foi… » Elle a éclaté de rire : « Ah ! ah ! Vous êtes là-dedans ! » Et elle est partie.

2019 – Légion

J’identifie de mieux et mieux, dans mes cours de philosophie, les racines de l’athéisme contemporain. Je suis frappé à la fois par leur diversité et par leur convergence : entre Marx et Nietzsche, par exemple, rien de commun, sinon le rejet du christianisme : de même entre Auguste Comte et Schopenhauer, ou entre Freud et Sartre…

Ils sont totalement opposés entre eux, sauf dans le mépris commun de l’héritage chrétien. Au fond, c’est bon signe : comme disaient les Pères, l’erreur est multiple, de même que les démons sont « légion ». Mais la vérité est une.

2014 – Récrimination (1)

« Dieu ne s’intéresse pas aux choses qui m’intéressent », disait Céline à Louis Pauwels qui, en 1961, l’interrogeait sur les causes de son athéisme. Je vois dans cette phrase une triste méconnaissance du Christ, Dieu incarné, qui s’est penché sur notre condition au point de l’épouser. N’a-t-il pas partagé nos fragilités, nos soucis, nos appétits, nos désirs ?

En lui, vraiment, Dieu s’est intéressé à nous, c’est-à-dire à ce qui nous intéresse le plus. Ne pas le savoir, ou plutôt refuser de le croire, c’est se faire de lui une fausse image.

2014 – Récrimination (2)

Il y a une autre erreur, assez frappante, dans la phrase de Céline. C’est qu’elle semble exiger que Dieu s’intéresse à nos affaires, sans suggérer que nous pourrions nous intéresser aux siennes. C’est qu’elle est résolument autocentrée. Au fond, elle est puérile et manque de curiosité.

Car tant que ce sont des choses qui me fascinent, je suis comme un enfant prisonnier de ses caprices. Je fétichise mes petites envies. C’est aux personnes que doit s’ouvrir mon intérêt, de façon plus haute et plus gratuite, pour découvrir l’Amour.

2014 – Médiéval

Je supporte mal ce propos banal, si fréquent dans les dissertations que je corrige actuellement, selon lequel le Moyen Âge fut une époque obscure dont nous ont délivré la Renaissance et les Lumières. Il y a là un tel schématisme, une telle caricature, que j’en suis agacé.

Car la foi fait les frais de cette lecture binaire et simplificatrice de l’histoire qui oppose croyance et intelligence, religion et raison, etc. Mais il est vrai que c’est une grave erreur de la chrétienté que d’avoir voulu à tout prix, y compris par la violence, les souder.

2004 – Comparaisons (2)

J’admire certains athées comme étant bien plus sages, plus lucides et plus profonds que moi. Régis Debray et Alain Finkielkraut, par exemple, ne m’impressionnent pas seulement par leur intelligence et leur culture, mais par des qualités d’intuition spirituelle que je n’ai pas, et dont beaucoup de croyants se trouvent dépourvus.

Je croirais volontiers que cette disposition de l’âme, quoique non référée explicitement à Dieu, leur tient lieu de foi. Que sans le voir et sans le savoir, ces agnostiques sont plus proches de Dieu que moi. Que tout athées qu’ils soient, ils me précèderont dans le Royaume des cieux.

2001 – Enthéisme

Parce que rien n’est étranger à la vérité, l’athéisme a du sens, dans le Christ. Il lui est relatif, d’une manière ou d’une autre. La négation du vrai ne se comprend que par rapport au vrai qu’elle nie. Ainsi l’athéisme est ordonné au Dieu qu’il refuse ou ignore.

Il y a même, dans le rejet de la foi, quelque chose comme une foi ; dans le désespoir, une aspiration à l’espérance. Même l’indifférence et l’agnosticisme placide, dans leur souci de s’en tenir au réel, à ce qui est, sont un hommage indirect à Celui qui est.

 

2. La conversion de l’intelligence

2017 – Malins

L’intelligence n’est pas une qualité : elle est seulement une faculté. Le diable veut nous faire croire qu’elle est désirable pour elle-même, mais c’est un dangereux mensonge. La société moderne exalte et valorise les gens intelligents, mais c’est une grave erreur, car les plus dangereux et les plus pervers ont une extrême capacité à se servir de leur mental pour faire le mal.

La seule utilité véritable de l’intelligence est du côté de la conscience de ses propres limites, ce par où, humblement, elle s’achemine vers la foi.

1998 – Cerveau

« Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3, 6). On pourrait faire de cette phrase une lecture platonicienne, dépréciant le corps au profit de l’intellect.

Mais ce serait mal la comprendre, en ne remarquant pas qu’elle s’adresse justement à un intellectuel. « Tu es Maître en Israël et tu ignores ces choses ? » (Jn 3, 10).

C’est lui que Jésus voit comme « charnel », c’est-à-dire incapable de comprendre les vérités d’en haut. Ce n’est pas le corps qui est étranger à l’Esprit ; ce sont nos pseudo-connaissances, cérébrales et stériles.

2020 – Maurice

Intelligence et connaissances ne nous sont utiles, dans notre chemin vers Dieu, qu’au prix d’une purification et d’une transformation de celles-ci, faute de quoi elles nous encombrent et complexifient notre avancée vers Lui.

Je l’ai vérifié hier soir en faisant la connaissance d’un candidat au baptême.

À 74 ans, cet homme volubile et très cultivé ne manque pas d’atouts cérébraux, mais il a quelque difficulté à « déposer ses pensées » sur la poitrine du Christ et à se faire petit entre ses mains. Seigneur, bénis-le !

2014 – Antignose

Pour Platon et pour les gnostiques, c’est par défaut de connaissance que les esprits ou les éons, s’éloignant de leur source, tombent dans la matière.

Pour la Genèse au contraire, c’est par excès de connaissance qu’Adam et Ève ont rompu l’alliance première avec leur Créateur.

L’arbre dont il ne fallait pas manger symbolise l’intelligence devenue folle, se prenant elle-même pour critère ultime. Et le retour au Paradis passe par le renversement de nos facultés mentales, qui doivent rendre la priorité au cœur.

2022 – Intelligence (3)

Les Anciens, et Origène en tête, me paraissent peu sensibles à l’ambivalence de l’intelligence de la connaissance humaine. Ils en ont une vision foncièrement optimiste : le νοῦς n’est jamais envisagé comme tourné vers le mal et les ténèbres, mais toujours vers le bien et la lumière.

Peut-être a-t-il fallu que la modernité nous mette sous les yeux l’étonnant dévoiement dont cette faculté est capable lorsqu’au lieu de s’élever vers le ciel, elle s’enferme sur elle-même et sur ses petites certitudes…

2020 – Logos

Les anciens n’avaient pas l’idée que le logos, dans l’homme, puisse être opposé au Logos divin. User de la raison, c’était aller dans le sens du bien.

Nous, modernes, avons compliqué le problème. Nous concevons très bien, car nous le constatons, que la raison est capable, pour son malheur, de se couper de Dieu et d’être au service du mal.

Mais cette distorsion de l’intelligence est-elle vraiment un acte intelligent ? Quand la raison se croit autosuffisante et se veut toute-puissante, ne tombe-t-elle pas dans le déraisonnable ? Au fond, les anciens ont raison : il n’y a qu’une logique.

2022 – Intelligence (4)

La nécessité d’une conversion de l’intelligence est une des idées les plus originales et les plus précieuses que Lanza del Vasto nous laisse en partage.

Si l’Antiquité avait, à l’égard de l’homme comme être de connaissance, une sorte d’admiration et de confiance sans réserve, notre époque nous l’interdit et nous invite à la prudence, voire la méfiance qui s’imposent quand on prend conscience de ce fait vertigineux : que le diable est, à sa manière, supérieurement intelligent. Ô sainte stupidité !

 

Répondre au rationalisme

2007 – Concurrence (1)

Le matérialisme accule les croyants à certaines réactions de défense qui sont, me semble-t-il, vouées à l’échec.

L’une d’elles est d’essayer de mettre en avant des faits qui résistent à l’explication scientifique : miracles, phénomènes surnaturels, traces de finalité dans la nature ou de liberté chez les êtres humains… L’entreprise est risquée, tant que l’on reconnaît à la science la capacité d’expliquer validement tous les autres phénomènes.

Car dans une telle perspective, les quelques faits lui qui résistent ne sont que des bastions fragiles, des îlots menacés par la montée des eaux de l’analyse rationnelle. Un jour ou l’autre, se dit le savant, j’en trouverai l’explication.

2010 – CRPure (1)

Kant affirme qu’il n’y a pas d’intuition intellectuelle, c’est-à-dire d’expérience sensible de l’au-delà. Pour lui, par conséquent, toute mystique est à jeter au panier de l’illuminisme, toute révélation est une imposture, et toute vision céleste une dangereuse illusion.

Car le procès qu’il fait à Swedenborg ne concerne pas seulement les spirites, médiums et autres devins : il peut s’étendre aux religions de tous les temps et de tous les continents, dans leur dimension extatique et surnaturelle.

Quelle prétention monumentale, mon cher Emmanuel !

2010 – CRPure (2)

Au tribunal de sa petite raison, Kant convoque toute l’expérience humaine du monde invisible, tous les explorateurs du continent spirituel, toutes les découvertes qu’ils y ont faites, et les déclare non seulement invalides, mais inexistantes.

C’est un peu comme si, après de longues recherches en bibliothèques, un ethnologue en concluait que l’Australie n’est qu’un mythe.

On aurait beau lui présenter un boomerang, un kangourou, un aborigène, il n’y verrait qu’un stratagème pour le faire changer d’idée. Quelle étroitesse, quelle pitié !

2010 – CRPure (3)

Je devine l’objection que l’on peut faire à ma critique du rationalisme kantien.

Que l’humanité se soit trompée pendant des millénaires, dira-t-on, c’est un fait certain du point de vue scientifique : on croyait que la terre était plate, que le soleil tournait autour, etc. Pourquoi ne pas accepter qu’il en soit de même du point de vue philosophique et religieux ?

On a invalidé l’astrologie, pourquoi n’invaliderait-on pas la métaphysique comme une croyance du même type ? Mais entre les deux plans, il y a une différence essentielle…

2010 – CRPure (4)

Les représentations du monde qui sont celles des sociétés préscientifiques ne sont pas à confondre avec les expériences spirituelles des hommes de ces temps-là et de tous les temps. Car si les premières sont conjoncturelles, datées, bricolées et contestables, les secondes ont un caractère achevé, universel et indiscutable.

La profondeur divine du silence, par exemple, ou encore l’intuition qu’il y a dans l’homme quelque chose d’immortel et d’impérissable, ne sont pas des petites idées particulières : elles sont le trésor commun de toute l’humanité.

2010 – CRPure (5)

Non, décidément, le verdict du professeur Kant ne doit pas être considéré comme sans appel. Il a lui-même outrepassé les possibilités de la raison en déclarant invalide ce que la raison ne peut expliquer.

Car dans ce décret, il y a une anomalie : c’est que la raison est à la fois juge et partie. Elle s’auto-limite, mais à partir de ses propres certitudes et de ses propres présupposés. Elle s’enferme donc dans un cercle. Il eût été beaucoup plus sage de juger le rationnel à la lumière du spirituel que le contraire.

2004 – Credere

La foi est reléguée par nos contemporains dans le domaine de la croyance, c’est-à-dire de la supposition intellectuelle, de l’opinion sans fondement. Sur ce plan, tous les avis se valent, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. D’où l’impossibilité d’amener à la foi celui qui ne l’envisage que sous cet angle. Croire reste pour lui une hypothèse gratuite, voire un pari absurde.

Il en va tout autrement lorsque la foi est envisagée comme une expérience spirituelle, comme une transformation de l’être, progressive et concrète. Elle devient une aventure passionnante !

2007 – Concurrence (2)

Une autre réponse au rationalisme consiste à lui céder l’étage inférieur de la connaissance, pour se réfugier au grenier. À vous la physique, à nous la métaphysique !

Mais cette position de surplomb est une victoire à la Pyrrhus. Elle donne aux croyants une supériorité trompeuse, car une fois monté à l’étage supérieur, on ne peut plus en redescendre : le rationaliste athée a retiré l’échelle.

Continuez de spéculer dans les hauteurs, dit-il, et laissez-moi comprendre le monde réel. Le croyant se trouve dès lors « parqué » dans sa croyance, c’est-à-dire gentiment disqualifié…

1994 – Foi (1)

La foi chrétienne ne saurait être autre chose qu’un hyper-réalisme, une conscience partielle, mais ultra-certaine de « ce qui est ». Il ne s’agit pas d’une fable consolante, mais d’une perception attentive de la réalité même, dans sa profondeur vibrante et vivante, dans son intime intensité.

C’est pourquoi son rapport à l’athéisme n’est pas un rapport d’opposition, mais une simple différence de plan. La foi n’exclut pas le doute, elle l’inclut, le traverse, le comprend et l’assume. Si l’athée est sincère, s’il accepte de ne pas en rester à un matérialisme de surface, sa lucidité désolante est sœur de celle, consolante, du croyant, parce qu’elles portent sur le même objet, sur l’unique réel.

1994 – Foi (2)

La foi ne repeint pas le monde en rose : elle en capte la lumière secrète, celle qui brille au cœur même des ténèbres les plus noires. Pour être plus précis, il faudrait dire : la foi se met à l’écoute d’une symphonie souterraine, d’une Parole dont elle n’a pas l’initiative, et qui lui vient d’un ailleurs imprévisible.

S’il y a opposition entre foi et athéisme, ce sera sur la nature de cet « ailleurs ». Car l’athée le verra comme la négation de l’ici, comme un arrière-monde illusoire inventé pour oublier le réel. Mais le croyant le vivra, en sens inverse, comme ce qui fonde le réel et lui confère sa pleine réalité.

1994 – Foi (3)

Le ciel n’est pas le vis-à-vis fictif de la terre : il l’enveloppe de toutes parts, il la pénètre (le monde atomique n’est-il pas « céleste » ?), de telle manière que c’est plutôt, scientifiquement, la croyance à une matière compacte et mécanique qui relève aujourd’hui de l’illusion !

Il y a là tout un symbole. La foi ne nous propose pas un univers parallèle, avec nuages et angelots joufflus : elle descend aux « enfers » du monde réel et les découvre remplis de lumière. Elle nous révèle que la terre est le ciel, ou du moins, peut l’être.

Le cœur qui croit, et qui aime, est le lieu où s’opère cette transmutation. La foi est la découverte d’une formidable énergie divine, invisible et pourtant plus réelle que tout, qui nous porte et nous aime. Comme l’énergie nucléaire, cette force « contamine » celui qui s’en approche. Mais alors que la radioactivité désagrège les vivants qu’elle affecte, cette force-là les sauve, les restaure, les glorifie.

1994 – Foi (4)

La vie divine n’altère rien ni personne, ne rend pas autre, ne transfère pas vers un autre monde dont celui-ci serait l’antithèse maudite ou illusoire : elle redresse au contraire chaque être dans son identité la plus inaliénable, le fait enfin être celui qu’il est, et là où il est.

Car là où je suis, là est la grâce divine, si je l’accueille. Sans elle, je suis comme un poussin prisonnier de sa coquille. J’ignore qui je suis, je ne vis pas même la moitié de ma propre vie.

La foi est ce coup de bec salutaire qui m’ouvre à l’existence vraie, insoupçonnée, et pourtant infiniment réelle. Éberlué, je respire, et je marche, et j’ouvre mes petites ailes. La foi n’est pas une illusion : c’est une éclosion.

2011 – Relativisme (1)

Le pape Benoît XVI critique à juste titre le relativisme qui prévaut aujourd’hui, et qui a succédé aux certitudes idéologiques du siècle passé. On avait voulu remplacer la vérité chrétienne par des contre-vérités (marxienne, nietzschéenne, freudienne…) d’ordre philosophique, mais ces discours se sont avérés plus friables qu’on ne le pensait.

D’où le passage, via le structuralisme, à la « pensée molle » qui étend désormais son règne et qui tend moins à combattre le christianisme qu’à le noyer dans l’indifférence. Ce nouvel ennemi, n’ayant pas de visage, n’est pas facile à débusquer…

2011 – Relativisme (2)

Comment affronter le relativisme, cette hydre sans forme, sans conviction, sans arguments clairs et repérables ? C’est une non-doctrine, plus néfaste encore que le scepticisme, lequel se donnait au moins des vérités à mettre en doute.

Ici, rien de tel : toute affirmation est neutralisée sans être contestée, comme l’expression d’un simple point de vue. Nietzsche parlerait de « perspectivisme », mais nous sommes désormais passés à l’étape suivante, celle de l’indifférentisme, en attendant le stade final : celui de la non-pensée et de l’hébétude.

2011 – Relativisme (3)

Contre le relativisme, il me semble peu adapté de brandir des valeurs inamovibles, des principes absolus, des vérités incontestables, car on court le risque de renforcer le mal au lieu de le guérir.

L’indifférentisme, en effet, se nourrit des convictions des autres, qu’il oppose entre elles et qu’il interprète comme du fanatisme. Plus vous êtes sûr de vous, moins vous êtes audible.

Mais Benoît XVI, me semble-t-il, est conscient de ce problème (en tout cas plus que Jean-Paul II) et le contourne en se montrant moins massivement assertif que son prédécesseur.

 

4. Le drame du scientisme

2006 – Frontières

Pour dire ce qu’est la science, il faut la distinguer de tout ce qu’elle n’est pas. Elle n’est pas un savoir de type métaphysique, portant sur les réalités invisibles et spirituelles ; ni de type religieux, engageant la personne dans sa relation à l’absolu et à Dieu ; ni de type moral, prescrivant le bien et dénonçant le mal ; ni de type esthétique, à l’écoute de la beauté ; ni de type philosophique, à la recherche de la Vérité.

Mais ainsi limitée et délimitée, comment peut-elle se prendre pour le savoir par excellence, pour la seule forme valable de connaissance ? Quelle prétention !

2018 – Myopie

La posture mécaniste et réductionniste dans laquelle s’est enfermée la science m’apparaît de plus en plus comme une absurdité. Considérer que les phénomènes n’ont pas de sens, que les êtres n’ont pas d’âme, que les connaître consiste simplement à observer leur fonctionnement sans s’interroger sur leur provenance et leur destination ultime, relève d’une étroitesse d’esprit tout bonnement affligeante.

Comment de grands esprits tels qu’Albert Einstein, Stephen Hawking ou même Hubert Reeves peuvent-ils s’en contenter ?

2014 – Scientisme (3)

On aime la science comme on aime l’argent : comme un réservoir de possibles, un symbole d’acquisitions à venir. La connaissance est une fuite en avant dans laquelle le meilleur est toujours pour demain.

Toutes les revues de vulgarisation scientifiques font miroiter les applications inouïes que permettent d’entrevoir les nouvelles découvertes. Mais cette avidité de l’intelligence est une forme d’avarice et s’avère décevante. Comme l’argent, la science ne nourrit pas notre âme, mais la dessèche et la dévitalise.

2011 – Scientisme (1)

Notre regard sur la nature est aujourd’hui cassé en deux, frappé de strabisme divergent. D’un côté la science, bardée de présupposés matérialistes, nous décrit le réel comme résultat de lois purement mécaniques.

Pour elle, le chant d’oiseau ne diffère pas du tic-tac de l’horloge ; c’est un phénomène déterminé, explicable et manipulable. Imaginer qu’il est porteur d’une intention, d’une signification, c’est tomber dans l’animisme et le finalisme, que la science récuse et combat.

2011 – Scientisme (2)

Parallèlement au regard scientifique, ou plutôt de façon oblique par rapport à lui, notre sensibilité continue de nous faire percevoir la beauté et l’harmonie de la nature, comme étant porteuses d’un message caché.

Car ce chant d’oiseau parle à mon cœur : c’est un langage, riche de nuances et d’intentionnalité, dont je fais l’expérience sur un plan esthétique, que la science tolère sans aucunement le valider : elle n’y voit qu’illusion, aimable fantaisie, à dissiper pour parvenir au « vrai ».

2011 – Scientisme (3)

Ainsi la science serait, par essence, en rupture avec l’expérience humaine en ce qu’elle a d’immédiat et de natif. Selon un schéma bien connu, l’esprit humain devrait abandonner le mythos au profit du logos, passer du naïf géocentrisme au savant héliocentrisme, comme un enfant renonce à ses divagations puériles.

Le problème est que le mythe a la vie dure : loin de mourir sous les coups de la science, il ressurgit en elle sous la forme du scientisme.

Il se mêle à elle comme la Grèce, vaincue par Rome, a colonisé son vainqueur.

2011 – Scientisme (4)

La science n’a pas tué l’imaginaire : elle le laisse subsister, soit hors d’elle, soit en elle, de façon persistante et irréductible.

En dehors d’elle, dans les croyances, les rêveries, les impressions sensibles, pour lesquelles elle n’a que mépris, mais dont elle continue d’être tributaire. En elle, dans le rêve scientiste et la prétention plus ou moins avouée d’être la seule source de vérité.

Dans les deux cas, l’imagination est vue comme contraire à l’intelligence et à la raison, et c’est regrettable.

2015 – Lectio (1)

Voici sous nos yeux un chef-d’œuvre, par exemple La légende des siècles. Les esprits savants, « trop intelligents », qu’en font-ils ?

Ils le désossent, le décortiquent. Ils en comptent le nombre de voyelles, de virgules, de voyelles suivies d’une virgule. Ils en tirent des statistiques.

Ils observent gravement qu’à chaque fois qu’un nom commun est au singulier, son adjectif qualificatif l’est aussi (ce qui n’est pas toujours vrai, ainsi quand on écrit : la langue et la culture antiques). Ils en font une lecture grammatique…

2015 – Lectio (2)

Que nous sert de savoir si La Légende des siècles comporte autant de rimes féminines que masculines, quelle est la longueur moyenne des poèmes ou de leurs parties, si l’auteur emploie plus ou moins de points d’exclamation au début ou à la fin du livre, et à quelles dates exactes il a été écrit ?

Ce à quoi ces pages nous appellent, c’est à une lecture poétique et pneumatique. C’est à une découverte émerveillée. Ainsi le livre de la nature, où Dieu nous parle par-delà les discours et les calculs des scientifiques…

2015 – Pseudo-science (1)

Le désenchantement du monde perpétré par la science est un énorme mensonge, justifié par le fait qu’il a dissipé quelques erreurs. Certes, nos ancêtres avaient sur la nature des illusions et des idées fausses. Certes, la mentalité dite magique était rêveuse et puérile.

Mais l’intuition de fond qui a toujours guidé les hommes est celle d’un univers plein de sagesse divine, et cette idée est elle-même pleine de sagesse. Alors que celle d’un monde réduit à l’état de machine stupide est elle-même une idée tout à fait stupide.

2019 – Réenchantement

La science a cru devoir désenchanter le monde pour le comprendre. Elle a mis de côté tout sentiment d’émerveillement sacré, adoptant plutôt l’attitude froide calculatrice de celui à qui « on ne la fait pas ».

Mais si un peu de science éloigne d’un tel sentiment, beaucoup de science y ramène. Il n’est pas interdit d’espérer que les savants de demain retrouveront l’humilité et le respect qui conviennent à l’étude du réel.

Si prodigieusement riches et complexes, le moindre insecte, le plus petit caillou ! On ne devrait les approcher qu’à genoux.

2020 – Prétention

Je ne reconnais pas à la science l’autonomie et l’autosuffisance qu’elle revendique. On fait une grave erreur en voyant en elle un discours parallèle à celui de la foi, et en lui faisant toujours les politesses d’usage.

On déclare ne pas vouloir empiéter sur son domaine – moyennant quoi elle ne cesse d’empiéter sur celui de la religion, dont elle fait un objet d’étude sans rien y comprendre.

On accueille ses résultats comme des vérités intangibles, alors qu’ils ne sont que des miettes de savoir, à réinterpréter entièrement et à remettre en perspective

2000 – Science (2)

Toute cosmologie repose sur des présupposés. Les mythes antiques, personnifiant les forces de la nature, voyaient a priori le monde comme divin.

La pensée biblique et moderne rompt avec ce panthéisme et pose, d’une part, la liberté transcendante du Créateur, d’autre part le déterminisme du créé. Une science du cosmos devient alors possible.

Mais loin d’être purement objective, la science décrit le monde à partir des principes qui sont les siens. À la différence du mythe, qui se croit intemporel, la science est un discours daté qui doit s’avouer comme tel.

2014 – Postulats

Notre vision du monde est toujours sous-tendue par des présupposés, des préjugés, des croyances. La science moderne n’échappe pas à ce principe, quand bien même elle croit s’en être dégagée.

Sa pseudo-objectivité repose sur des convictions tout à fait discutables et gratuites, comme l’idée qu’il n’y a pas de finalité dans la nature.

Sa façon radicale de « désenchanter » le monde procède d’un apriori largement inconscient, mais d’autant plus puissant que la science croit et dit qu’elle n’a pas d’a priori.

2014 – Hégémonie

La science nous sauvera-t-elle de ses propres méfaits ? J’ai posé la question à mes étudiants de Prépa : ils en ont été franchement déroutés.

Comme si l’idée même de méfaits de la science leur restait inaccessible et impensable, et plus encore, l’idée de chercher ailleurs que dans la science la solution à quelque problème que ce soit.

J’ai mesuré par là le degré de conditionnement auquel la mentalité scientifique nous a pénétrés : elle est vraiment notre puissance tutélaire, quasi divine…

 

5. Guérir du scientisme

2015 – Pseudo-science (2)

Notre regard sur le monde a besoin d’être guéri. L’emprise technologique que nous avons sur les choses nous donne à croire qu’elles sont de simples matériaux manipulables, et non pas des réalités suscitant l’émerveillement et méritant le respect.

Mais cette façon de voir les êtres procède d’une maladie : l’insensibilité spirituelle, l’anesthésie de l’âme, grave pathologie. L’homme que la science rend incapable de s’étonner, de tressaillir, de balbutier devant le mystère du monde, est un homme à moitié mort.

2017 – Rupture (1)

L’autonomie de la science est un des dadas de la modernité, une idée fausse qu’il faut oser combattre. Ni dans ses objectifs, ni dans ses présupposés, ni dans ses méthodes, ni dans ses moyens financiers, ni dans ses applications techniques, la science ne peut se déclarer indépendante et autosuffisante.

En amont, elle dépend d’une vision du monde, d’une épistémologie, d’une métaphysique. En aval, elle dépend d’un projet de société, donc de lois politiques, de règles économiques, de normes juridiques et éthiques…

2007 – Concourance (1)

Comment respecter la démarche scientifique sans la laisser prétendre ni à l’hégémonie, ni à l’autosuffisance ?

Je dirais : en l’incluant généreusement dans une vision du monde où non seulement la science ne menace pas la foi, mais où elle l’alimente et la renforce. En faisant de la connaissance scientifique un lieu d’étonnement, d’émerveillement, de méditation toujours renouvelée.

Le croyant ne doit pas se protéger du savant, mais l’inviter à prendre conscience du caractère extrêmement mystérieux de tout ce qu’il découvre.

2007 – Viae

Entre science et foi, entre vérité factuelle et vérité spirituelle, je discerne trois passages, trois voies conduisant vers la profondeur.

L’une est d’ordre esthétique : dans le monde que les savants étudient, il y a incontestablement quelque chose que notre esprit nomme le Beau.

La deuxième est d’ordre éthique : quelque chose que notre esprit nomme le Bien.

La troisième est d’ordre sémiologique ou téléologique : dans ce monde, il y a incontestablement quelque chose que notre esprit perçoit comme un Sens et une Fin.

2014 – Scientisme (1)

L’arrogance scientifique se déploie à trois niveaux. Premièrement, celui de l’efficacité technique qui dit : les applications de la science et sa maîtrise de la nature ont une puissance incontestable.

Deuxièmement, celui du principe philosophique qui dit : la raison est la source d’une connaissance indiscutable. Troisièmement, celui des promesses utopiques qui disent : quel que soit le problème rencontré, la science en viendra à bout.

Même s’il se dit modeste, tout savant qui se respecte est habité par ce triple préjugé.

2014 – Scientisme (2)

C’est sur les trois plans à la fois qu’il faut aider la science à se dégager de la prétention scientiste.

Au plan concret et pratique, en lui montrant les effets négatifs d’un grand nombre de ses inventions.

Au plan théorique, en lui faisant prendre conscience des limites intrinsèques de l’explication rationnelle, à laquelle beaucoup de réalités essentielles échappent et échapperont toujours.

Enfin, au plan « messianique », en dénonçant le caractère idolâtrique de la foi en la science et en ses capacités infinies.

2011 – Dé-mesure (1)

La science nous habitue à regarder le monde d’un point de vue objectif et quantitatif d’après lequel, évidemment, les phénomènes cosmiques de grande ampleur sont plus importants que tel petit événement local, à taille humaine.

Mais j’ai eu avant-hier, pendant la messe, la certitude du contraire.

Il m’est apparu avec force que ce dont nous faisions mémoire, si infime que cela fût au regard de l’histoire universelle – un homme et ses amis partageant un peu de pain – avait un « poids » ontologique et qualitatif infini.

2011 – Dé-mesure (2)

La science devrait se dégager du mirage objectiviste et quantitatif en constatant que dans l’univers, les grandes réalités sont beaucoup moins intéressantes que les petites.

Il y a dans l’espace infiniment plus de vide que de matière, mais celle-ci est infiniment plus riche.

Les étoiles sont énormes par rapport aux planètes, à plus forte raison aux planètes habitables, mais seules celles-ci peuvent abriter la vie.

Il existe infiniment plus de matière inanimée que de matière animée, mais seule celle-ci peut abriter la conscience, qui est « sans étendue »…

2005 – Migration

Le scientisme est mort, dit-on. Je crois plutôt qu’il a déménagé. Après avoir régné en maître dans les sciences dures, il a été détrôné par leur progrès même et a migré vers les sciences de la vie. La biologie est sous son emprise, les sciences humaines pourraient l’être bientôt.

Paradoxe : le scientisme est d’autant plus prégnant que l’état des sciences est peu avancé. Tant que notre savoir balbutie, il se présente comme un principe indiscuté. Là où nos connaissances s’étendent et s’approfondissent, il apparaît comme vieillot et dépassé.

2005 – Sémiologie

On croit que nos ancêtres étaient superstitieux par indigence d’esprit. Que c’est par manque d’intelligence qu’ils voyaient partout des signes, des appels, des avertissements, des messages fastes ou néfastes.

Mais cette sensibilité au mystère du monde est plutôt une marque de santé spirituelle. Celui qui la perd s’étiole et se dessèche. En mettant son âme sous cloche, il empêche sa raison de respirer.

Puisse notre science vivifier nos croyances, les soutenir, les clarifier, non les tuer ! Puisse notre intelligence voler de ses deux ailes…

 

6. Vers une concorde

2013 – SRM

Science et religion sont-elles condamnées à rester deux discours étanches, parallèles et rivaux ? Je ne le crois pas. Mais pour qu’elles convergent et communient, il faut que la science renonce à sa position de toute-puissance matérielle, que la religion renonce à sa position de toute-puissance spirituelle, et que chacune accepte d’être à l’écoute de l’autre, dans une humilité et un émerveillement partagés.

Il faut aussi, sans doute, que leur relation soit médiatisée par la morale, comme par un entre-deux.

2003 – Concorde

La différence entre le « comment » et le « pourquoi » fait partie de l’attirail de tout philosophe qu’on interroge sur les rapports de la science et de la foi. J’y ai souvent recours, en toute bonne conscience et avec des résultats plutôt satisfaisants.

Mais je m’interroge sur sa pertinence ultime, car après tout, le « comment » dit forcément quelque chose du « pourquoi ». Car ce que la science nous apprend de nos origines, par exemple, ne peut être étranger au dessein de Dieu sur nous.

Un grand travail est à faire pour rapprocher et même unir ces deux discours.

2015 – Physique

Le christianisme, dit Jean-Marc Audouin, a répondu à la plupart des inquiétudes de l’âme humaine, excepté le désir de comprendre le réel. D’où le peu d’intérêt de l’Église pour les sciences, et la perte d’influence qu’elle subit depuis quelques siècles dans une société qui, au contraire, s’appuie de plus en plus sur le savoir scientifique.

Mais on peut analyser le phénomène de façon très différente, comme le fait Marcel Gauchet pour qui le christianisme est, au contraire, à l’origine même de la science. Le sujet mérite donc réflexion.

2017 – Rupture (2)

C’est par rapport à la religion catholique, dont elle est historiquement issue, que la science s’est forgée son indépendance. « Ni Dieu, ni maître », pourrait-on écrire à l’entrée des laboratoires.

Mais cette posture de fils prodigue enferme la science dans une solitude mortelle. Coupée de ses sources spirituelles, l’activité scientifique ne peut que s’enfoncer toujours davantage dans la sécheresse de la matière.

Quand verra-t-on l’Église et les savants, redevenus amis et partenaires, s’honorer mutuellement ?

2000 – Science (1)

Il n’y a pas à s’étonner que le récit des origines du monde, tel que la science nous le propose aujourd’hui, soit si proche de celui de la Genèse. Je suis convaincu que le second a permis le premier. C’est la révélation judéo-chrétienne qui a rendu possible une approche scientifique, c’est-à-dire démythologisée, du réel.

En réalité, la science marche sur les pas de la Bible. Elle en est secrètement marquée. Le récit de la Création fonctionne comme un texte-phare et fascinant, dont la science ne s’éloigne qu’en vue de le rejoindre.

2017 – Discordisme (1)

Les scientifiques, croyants ou non, font à Pie XII un mauvais procès lorsqu’ils l’accusent de concordisme à propos de son discours de 1951, dans lequel il faisait le rapprochement entre le Big-bang et le Fiat lux.

Comment ne pas voir qu’entre les découvertes de l’astrophysique et le message biblique, il y a ici une évidente convergence ?

On dira que la papauté n’a pas à valider telle théorie scientifique parce qu’elle semble prouver que la Bible a raison, pas plus qu’à invalider celles qui semblent prouver que la Bible a tort. Mais cette séparation totale est invivable.

2017 – Discordisme (2)

Quand Rome oblige Galilée à renier la théorie de Copernic, on reproche à l’Église catholique, à juste titre, de barrer le chemin à la science et de s’enfermer dans une posture rétrograde. Mais quand Pie XII fait un discret éloge de la théorie de Georges Lemaître, on lui reproche de s’aventurer dans des domaines qui ne sont pas les siens !

J’y vois plutôt une marque d’ouverture et de respect de la science, un geste d’amitié et de bienveillance. Pourquoi le christianisme ne saluerait-il pas, avec une certaine distance et prudence, les découvertes des savants ?

2017 – Discordisme (3)

Le concordisme est devenu la bête noire des scientifiques catholiques. Ils y voient un danger pour l’Église : celui de mêler les genres et de s’immiscer sur des terrains où elle n’a pas de compétence. Ils plaident donc pour une séparation absolue des approches, savante d’une part, croyante d’autre part, du réel.

Outre qu’ils se rendent eux-mêmes schizophrènes, je trouve qu’ils rendent au christianisme, en croyant le protéger, un très mauvais service. Ils me rappellent ceux qui, au nom de la loi de 1905, voudraient enfermer l’Église dans une sacristie et réduire la foi à une affaire privée.

2017 – Discordisme (4)

Les mêmes scientifiques, souvent catholiques, qui refusent d’associer la théorie du Big-bang à la foi en la Création (au motif de ne pas mélanger les genres et d’éviter tout concordisme) refuseront aussi d’associer les découvertes concernant le Saint Suaire à la foi en la Résurrection.

Ces découvertes ne « prouvent » rien, diront-ils : la raison doit rester dans son domaine, celui de l’étude des faits, sans en tirer aucune conclusion transcendante.

Mais comment ne voient-ils pas que dans les deux directions, celle de l’origine et celle de la fin, l’esprit humain est aux portes du mystère ?

2017 – Intégrismes (1)

Jacques Arnould croit de bon ton, aux yeux de ses amis scientifiques, de dénigrer le cardinal Christoph Schönborn (pourtant dominicain comme lui) lorsqu’il affirme qu’un regard intelligent sur la nature ne peut qu’y reconnaître l’expression d’un Projet et d’un Sens.

Horreur et abomination : voilà l’Église catholique devenue complice des partisans de l’Intelligent Design, lesquels sont soupçonnés d’être le cheval de Troie du créationnisme, lequel relève du plus stupide des fondamentalismes ! Pour ma part, c’est ce jugement « en escalier » que je trouve incensé.

2017 – Intégrismes (2)

Je soupçonne Jacques Arnould (qu’il me pardonne) d’être lui-même, à sa façon, un intégriste. Car dans sa conception des rapports entre science et foi, il est frappant de constater que c’est toujours la seconde qui est invitée à se remettre en question devant les découvertes de la première, et jamais le contraire.

Certes, il répondrait habilement que la science se remet toujours elle-même en question, ce que la foi a du mal à faire. Mais elle le fait en fonction de ses propres principes et présupposés, dans une surdité totale à l’égard de ceux de la foi. Elle est donc dogmatique.

2015 – Concorde

Je ne comprends pas qu’il faille rejeter le concordisme comme une erreur et un danger.

J’entends bien l’argument selon lequel les théories scientifiques (par exemple du Big bang ou de l’évolution) n’ont pas à être « canonisées » par une certaine lecture de la Bible, car ces théories peuvent changer. Mais enfin, tant qu’elles font autorité, comment ne pas les accorder le mieux possible avec la vérité révélée ?

D’ailleurs, s’il n’est pas schizophrène, tout savant qui a la foi est nécessairement un peu concordiste.

2007 – Design (1)

La théorie du Dessein intelligent s’attire aujourd’hui les foudres des savants matérialistes, qui y voient le cheval de Troie du créationnisme et un relookage du vieux finalisme. Ils la détestent.

Quant aux savants croyants, ils ne peuvent l’envisager sans une certaine sympathie : ne rejoint-elle pas leur conviction profonde ? N’est-elle pas une façon possible d’articuler foi et raison ?

Mais d’un autre côté, le fait qu’elle émane de milieux militants, trop ouvertement apologétiques, la rend infréquentable…

2007 – Design (2)

Qu’il y ait une finalité dans la nature, la science moderne le nie de façon radicale et systématique. Face à ce refus, que faire ? Faut-il le combattre au plan scientifique, celui de l’observation et de l’expérimentation ? Je crains que ce soit peine perdue.

Faut-il élever le débat au plan philosophique, en prenant fermement appui sur la raison tout en l’ouvrant sur d’autres horizons ? J’en rêve, mais je constate que celui qui se ferme à cette démarche y reste imperméable. Faut-il se placer d’emblée au plan spirituel, voire mystique ? Même difficulté…

2007 – Design (3)

La seule issue au problème douloureux du finalisme est de conjuguer étroitement, sans les mélanger, les trois plans.

D’abord, de respecter intégralement la démarche scientifique en ce qu’elle a de descriptif et de mécaniste, mais sans s’y enfermer ni l’absolutiser. Puis de ressaisir la question au plan philosophique, en l’ouvrant notamment sur ses aspects existentiels et moraux. Enfin, de suspendre le tout à une interrogation d’ordre métaphysique.

Car les trois questions distinguées par Kant ne sont pas totalement séparables. Lui-même le dit, elles n’en font qu’une : « Qu’est-ce que l’homme ? »

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Table

1. Présupposés de l’athéisme

Je demeure stupéfait : n° 64.239 – 28.04.2018
Michel Onfray, Éric Lwen : n° 49.449 – 03.11.2003
Je ne puis comprendre : n° 49.450 – 03.11.2003
Une femme très pauvre : n° 53.256 – 30.04.2007
J’identifie de mieux et mieux : n° 65.634 – 25.09.2019
Dieu ne s’intéresse pas : n° 60.835 – 22.12.2014
Il y a une autre erreur, : n° 60.836 – 22.12.2014
Je supporte mal ce propos banal : n° 60.712 – 24.10.2014
J’admire certains athées : n° 50.302 – 14.04.2004
Parce que rien n’est étranger : n° 47.362 – 25.06.2001

2. La conversion de l’intelligence

L’intelligence n’est pas une qualité : n° 63.221 – 08.04.2017
« Ce qui est né de la chair : n° 44.302 – 30.08.1998
Intelligence et connaissances : n° 66.607 – 22.09.2020
Pour Platon et pour les gnostiques : n° 60.750 – 12.11.2014
Les Anciens, et Origène en tête : n° 67.841 – 23.01.2022
Les anciens n’avaient pas l’idée : n° 66.484 – 28.07.2020
La nécessité d’une conversion : n° 67.842 – 23.01.2022

3. Répondre au rationalisme

Le matérialisme accule les croyants : n° 53.485 – 17.08.2007
Kant affirme qu’il n’y a pas : n° 56.627 – 06.12.2010
Au tribunal de sa petite raison : n° 56.628 – 06.12.2010
Je devine l’objection : n° 56.629 – 07.12.2010
Les représentations du monde : n° 56.630 – 07.12.2010
Non, décidément, le verdict : n° 56.631 – 08.12.2010
La foi est reléguée : n° 50.258 – 25.03.2004
Une autre réponse au rationalisme : n° 53.486 – 17.08.2007
La foi chrétienne ne saurait être : n° 40.132a – 00.07.1994
La foi ne repeint pas le monde : n° 40.132b – 00.07.1994
Le ciel n’est pas le vis-à-vis fictif : n° 40.132c – 00.07.1994
La vie divine n’altère rien ni personne : n° 40.133a – 00.07.1994
Le pape Benoît XVI critique : n° 57.572 – 01.09.2011
Comment affronter le relativisme : n° 57.573 – 02.09.2011
Contre le relativisme : n° 57.574 – 02.09.2011

4. Le drame du scientisme

Pour dire ce qu’est la science : n° 52.421 – 22.08.2006
La posture mécaniste et réductionniste : n° 64.382 – 05.07.2018
On aime la science : n° 60.643 – 23.09.2014
Notre regard sur la nature : n° 57.462 – 11.07.2011
Parallèlement au regard scientifique : n° 57.463 – 12.07.2011
Ainsi la science serait, : n° 57.464 – 12.07.2011
La science n’a pas tué : n° 57.465 – 13.07.2011
Voici sous nos yeux un chef-d’œuvre : n° 61.235 – 26.03.2015
Que nous sert de savoir : n° 61.236 – 26.03.2015
Le désenchantement du monde : n° 61.283 – 19.04.2015
La science a cru devoir désenchanter : n° 65.411 – 12.06.2019
Je ne reconnais pas à la science : n° 66.512 – 08.08.2020
Toute cosmologie repose : n° 46.344 – 05.06.2000
Notre vision du monde : n° 60.667 – 05.10.2014
La science nous sauvera-t-elle : n° 60.125 – 23.01.2014

5. Guérir du scientisme

Notre regard sur le monde : n° 61.284 – 19.04.2015
L’autonomie de la science : n° 63.715 – 26.11.2017
Comment respecter la démarche : n° 53.487 – 18.08.2007
Entre science et foi : n° 53.124 – 26.02.2007
L’arrogance scientifique se déploie : n° 60.641 – 22.09.2014
C’est sur les trois plans : n° 60.642 – 22.09.2014
La science nous habitue : n° 57.317 – 13.04.2011
La science devrait : n° 57.318 – 13.04.2011
Le scientisme est mort : n° 51.105 – 13.01.2005
On croit que nos ancêtres : n° 51.615 – 17.11.2005

6. Vers une concorde

Science et religion : n° 59.712 – 30.11.2013
La différence entre le « comment » : n° 49.211 – 15.04.2003
Le christianisme, dit Jean-Marc Audouin : n° 61.22 – 18.03.2015
C’est par rapport à la religion catholique : n° 63.716 – 26.11.2017
Il n’y a pas à s’étonner : n° 46.343 – 05.06.2000
Les scientifiques, croyants ou non : n° 62.818 – 02.01.2017
Quand Rome oblige Galilée à renier : n° 62.819 – 03.01.2017
Le concordisme est devenu la bête noire : n° 62.820 – 03.01.2017
Les mêmes scientifiques, souvent catholiques : n° 62.829 – 08.01.2017
Jacques Arnould croit de bon ton : n° 62.848 – 17.01.2017
Je soupçonne Jacques Arnould : n° 62.849 – 18.01.2017
Je ne comprends pas : n° 61.134 – 06.02.2015
La théorie du Dessein intelligent : n° 53.269 – 07.05.2007
Qu’il y ait une finalité : n° 53.270 – 07.05.2007
La seule issue au problème : n° 53.271 – 07.05.2007

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