Nicolas Cabasilas – La vie en Jésus-Christ

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Nicolas Cabasilas (1322-1392)

Nicolas Cabasilas (1322-1392)

Livres religieux

Nicolas Cabasilas – La vie en Jésus-Christ, par Daniel Coffigny, Paris, Éditions du Cerf, 1993 (résumé-citations D. Vigne, 38 pages pdf).

Nicolas Cabasilas

La vie en Jésus-Christ

L’auteur

Enfance (1320-1330). Naissance de Nicolas Cabasilas à Thessalonique entre 1319 et 1325 page 7. Le long règne (1282-1328) d’Andronic II touche à sa fin. C’est l’ère de la magnifique éclosion du monachisme, spécialement au mont Athos8. Crise très dure entre l’empereur et son petit-fils, le futur Andronic III : la guerre des deux Andronic (1321 à 1328)8.

Adolescence (1330-1341). Barlaam est déjà depuis 1330 à Constantinople. Il est envoyé auprès du pape Benoît XII comme porte-parole de l’Église grecque pour préparer l’Union des Églises. […] Barlaam recourt à la philosophie « nominaliste » de Guillaume d’Ockham qui séduisait alors l’Occident. […] C’est au nom du nominalisme qu’il rejette la prétention des latins de « connaître » Dieu et de « démontrer » la procession du Saint-Esprit.10

Grégoire Palamas affronte Barlaam sur son « agnosticisme nominaliste ».11 Barlaam soupçonne alors Palamas de reprendre à son compte le « messalianisme ». […] Grégoire précise donc que « voir Dieu face à face » ne signifie pas « voir l’Essence divine ».12

Le « palamisme » comporte, aussi, la réactualisation de la « Prière de Jésus ». Cette oraison heurte, de plein fouet, la suffisance intellectuelle de Barlaam.14 Ainsi Barlaam qui avait fui, en Occident, le réalisme intellectuel de la Scolastique thomiste se heurtait ainsi en Orient au réalisme mystique des moines.16

En 1341, Andronic III réunit un concile. Barlaam, condamné, fait route vers l’Italie. Quatre jours après la fin du concile de juin, Andronic III meurt. Jean VI Cantacuzène préside l’assemblée d’août. On y condamne, sans le nommer, Akindynos, le disciple de Barlaam. D’autre part, on promulgue le Tome synodal qui approuve l’œuvre de Grégoire Palamas. […] Mais la querelle hésychaste s’amplifie.17

Le polémiste (1347-1354). Nicolas a commencé ses études à Thessalonique et les achève, vers 1340, à Constantinople.17 Passionné de l’Antiquité grecque et de ses philosophies, […] il est ouvert à l’humanisme qui se fait jour au-delà des frontières de l’orthodoxie. […] On trouve dans son livre la théologie palamiste distillée et ouverte à une audience plus large.18

Avec l’avènement de Jean VI Cantacuzène en 1347, le mouvement hésychaste reprend de l’empereur. Démétrios et Nicolas sont appelés comme conseillers de l’empereur. Grégoire Palamas est ordonné archevêque de la capitale macédonienne.19

Durant une année 1347, Nicolas demeure au mont Athos, auprès de Grégoire Palamas, qui attend de pouvoir rejoindre sa ville épiscopale.19

Nicéphore Grégoras mène une lutte acharnée contre les « palamistes ». Nicolas Cabasilas entre en lice et publie un pamphlet intitulé : Contre les radotages de Grégoras. Cette situation conflictuelle pousse Jean VI à convoquer, en juillet 1351, un troisième concile, aux Blachernes à Constantinople. Nicéphore Grégoras et les adversaires de Palamas sont condamnés. L’hésychasme est reconnu entièrement conforme à la mystique orthodoxe et à la tradition des Pères de l’Église d’Orient. Ce concile marque aussi le premier désaccord de fond entre Nicolas et son ami Démétrios Kydonès (qui deviendra catholique)20.

L’écrivain (1354-1398). Jean V Paléologue fomente un coup d’État et entre triomphalement à Constantinople le 22 novembre 1354. Jean VI Cantacuzène abdique. […] Nicolas Cabasilas, retiré de la vie publique, compose l’Explication de la Divine Liturgie et La Vie en Christ.

Nil Cabasilas, son oncle maternel, a succédé à la tête de l’Église de Thessalonique à Grégoire Palamas en 1359. Mais Nil meurt sans avoir pu être intronisé. […] Nicolas publie, en le faisant précéder d’une Préface de sa plume, l’ouvrage de son oncle sur La Procession du Saint-Esprit.21.

Il meurt vers 1397-139821. L’Église orthodoxe a canonisé Nicolas Cabasilas en 198222.

Livre I

Nous devons déjà commencer, en notre existence d’ici-bas, à produire les premiers fruits de notre vie en Christ49. La nature façonne le fœtus pour l’existence qu’il va recevoir. On observe quelque chose de semblable chez les saints51. Cette vie future est comme « infusée » en notre existence présente à laquelle elle se mélange52.

À qui pouvons-nous être plus étroitement uni qu’à nous-même ? Cette unité est plus faible pourtant que notre union avec Christ55. Nous n’employons pas constamment toutes les fonctions de nos sens et de nos membres, mais seulement de temps à autre15. […] Le Sauveur, au contraire, est toujours présent auprès de ceux qui vivent en Lui de manière à combler chacun de leurs besoins57.

Les saints n’ont besoin de rien que Lui-même ne soit pour eux. […] Non seulement Il est Lui-même la Voie, mais Il est le refuge sur le chemin et le but du voyage57. Ainsi, de toutes parts, Il nous tourne vers Lui. Il ne nous laisse pas nous occuper d’autre chose ni nous éprendre de quelqu’un d’autre que Lui58.

Il y a un élément qui vient de Dieu, et un autre qui vient de notre propre ardeur. Le premier dépend totalement de Lui. L’autre exige nos efforts. Cependant, le deuxième ne dépend de nous que dans la mesure où nous nous soumettons à Sa bonté59.

Lorsque Christ Lui-même est présent, Il répand en nous l’essence même de la vie dans notre âme plus qu’on ne peut le dire, car Il est réellement présent59.

Par certains signes et symboles, Il renouvelle ceux qui imitent, comme en la reproduisant, la mort qu’Il a réellement subie pour notre vie. Il les crée à nouveau par ces actes eux-mêmes et les rend participants de Sa propre vie60.

L’action de Dieu consiste toujours à communiquer Sa bonté ; c’est dans ce dessein qu’Il accomplit toutes choses. C’est le but des événements passés et à venir, puisque « le bien tend à se répandre et à se communiquer » (Denys l’Aéropagite, Des noms divins, IV ; cf. Grégoire de Nazianze, Discours 38,11)65.

Il n’a pas trouvé un chemin déjà tracé et conduisant au ciel, mais c’est Lui-même qui a ouvert cette route. Si cette voie avait déjà existé, c’est que quelqu’un d’autre l’aurait ouverte70.

Les portes des sacrements sont plus importantes et bénéfiques que celles du paradis. Les portes de celui-ci ne s’ouvrent qu’à ceux qui ont d’abord franchi les portes des mystères. […] Les portes du paradis ont laissé sortir ceux qui y étaient, tandis que les portes des mystères font entrer seulement et ne laissent plus sortir72.

Les portes du paradis furent ouvertes par Adam. […] Mais les portes des sacrements c’est Christ qui les ouvre73.

Il fut pour Ses bourreaux une source de grâce au-delà de ce qu’eux-mêmes pouvaient désirer ou espérer76.

C’est le sang d’un Dieu qui a été répandu sur la Croix. Quoi de plus précieux que cette mort ? Quoi de plus terrible ?77.

Par quel moyen cette vie pénètre nos âmes ? Cela se réalise par notre initiation aux mystères, c’est-à-dire, être baptisés et chrismés et communier à la sainte Table. Grâce à cela, Christ vient et demeure en nous77.

Lorsque nous sommes initiés, nous méprisons le tyran, nous lui crachons dessus et nous le rejetons. Nous louons notre champion, nous L’admirons, Nous L’adorons et L’aimons de toute notre âme, et dans l’excès de notre amour, nous Le mangeons comme du pain80.

Par nos sens, Il entre en notre âme. Par l’odorat, Il vient sous forme de chrême dégageant une suave odeur. Par le goût, Il vient comme nourriture. Nous Le respirons81.

Nous pouvons nous étonner : sans partager Ses plaies ni Sa mort, qu’Il a subies tout seul, Il nous invite à participer avec Lui à Sa gloire au moment d’être couronné81.

Livre II

Une vie sainte a sa source dans les sacrements Voyons maintenant comment chacun de ceux-ci nous rend participants de cette vie. Si vivre en Christ, c’est être un avec Lui, comment chaque sacrement nous unit-il à Lui ?85

Le baptême est une naissance. La chrismation est principe d’énergie et d’agir. Le pain de la vie et la coupe d’action de grâce sont vraiment nourriture et boisson286.

Comme une statue défigurée qu’un sculpteur restaure en sa forme première, ainsi le baptême nous remodèle88. Quand un objet nouveau apparaît, il reçoit une appellation spéciale : c’est une « statue », une « bague », ou tout autre nom qui n’indique plus le métal, mais uniquement la forme qu’il a désormais acquise90. Voici pourquoi le jour bénéfique de notre baptême devient le jour où nous recevons un nom90.

Celui à qui nous voulons ressembler, Christ, a oint Sa nature humaine par Sa divinité. Nous aussi nous participons à cette même onction. L’onction que nous recevons au baptême est le signe de Son onction96.

Disparaître en plongeant dans l’eau, c’est fuir l’air de cette vie. Or, fuir la vie, c’est mourir. Émerger pour revenir à l’air et à la lumière, c’est montrer qu’on cherche la vie et qu’on l’a obtenue98.

L’image de Dieu dans l’homme se dessine avec plus de précision qu’auparavant. La statue est modelée de manière plus vraie selon le modèle divin98.

Avec le Père, nous sommes réconciliés, le Fils est le Réconciliateur. Le Saint-Esprit est le don accordé à ceux qui sont réconciliés avec Dieu. Le Père nous libère. Le Fils est la rançon versée pour nous libérer. L’Esprit est liberté99.

On pressentait la Trinité lors de la première Création. Le Père alors créa. Le Fils était la main de Celui qui créait. Le Paraclet était le souffle de Celui qui insufflait la vie100.

La triple immersion, suivie de l’émersion, représente les trois jours de la mort du Sauveur ainsi que Sa résurrection, sommet de tous Ses dons. C’est avec raison que nous proclamons, tout haut, le dogme trinitaire, alors que notre salut est exprimé, par des actes, dans le silence101.

Nous sommes tout simplement remis en liberté. Le chrême est répandu, sa suave odeur imprègne tout l’univers ; il ne nous reste qu’à la respirer ! Mieux encore, la tâche de respirer ne nous incombe même pas. Cette faculté a été préparée par le Sauveur, ainsi que la possibilité d’être libérés et illuminés105.

En Son inexprimable sollicitude, Christ accomplit tout ce qu’il faut pour nous affranchir. Il nous demande, cependant, de contribuer si peu que ce soit à notre liberté, en particulier de croire que le baptême nous procure le salut. Christ nous dit aussi d’approcher volontairement du baptême afin de nous en imputer le mérite106.

Nul ne peut entrer vivant dans le monde bienheureux s’il n’a été préparé par la vie de Christ et formé selon Son image et Sa ressemblance. Le baptême, en effet, est une naissance, c’est Christ qui nous engendre et c’est Sa propre vie qui nous est donnée108.

De même qu’Il nous crée sans que nous le voulions, de même Dieu nous ressuscite sans notre coopération. Le Royaume, la vision de Dieu et l’union à Christ sont des privilèges du vouloir109.

Le baptême referme et perfectionne en nous le principe qui dirige nos actions : l’autonomie de la raison et de la volonté113. Ce principe directeur n’est sujet à aucune pression. Rien ne peut vaincre notre personnalité, pas même Dieu114.

Dieu infiniment bon veut pour nous tous les biens désirables et nous les accorde, moyennant le libre exercice de notre propre volonté. Tel est le bien du baptême114.

Dieu a insufflé en notre âme le désir d’atteindre le bien qu’elle souhaite, et de posséder aussi la vérité qu’elle cherche. Nous soupirons après le bien plutôt qu’après le mal, après la vérité plutôt qu’après l’erreur. Car personne n’aime être trompé ou être égaré131.

Notre cœur est un écrin si grand, si vaste, qu’il peut même contenir Dieu. Ainsi, rien ici-bas ne nous comble parfaitement et rien n’apaise notre désir131.

L’âme de l’homme a soif, pour ainsi dire, d’une eau infinie. Comment ce monde limité pourrait-il lui suffire ?132

L’œil fut créé pour percevoir la lumière, l’oreille pour entendre les sons, et chaque membre pour atteindre une fin déterminée. Mais le désir de l’âme a pour unique objet Christ en personne132.

L’âme humaine a une grande et merveilleuse capacité d’amour et de joie. […] Cette joie n’est profitable qu’étant présent Celui qui est parfaitement digne d’amour133. Voilà ce que le Seigneur qualifie de joie dans la plénitude134.

Pour quelle raison descendit-Il sous forme de langues ? À mon avis, parce qu’Il est venu pour expliciter le Verbe135.

Livre III

L’onction et l’imposition des mains ont même effet et même force. […] En effet, les plus saints désignent l’imposition des mains sur les prêtres comme chrismation. Initiant ceux auxquels ils confèrent le mystère du chrême, ils prient pour qu’ils reçoivent l’Esprit Saint142.

Nous savons que le Maître Lui-même a été oint. On ne Lui a pas versé de chrême sur la tête, mais Il reçut l’Esprit saint. Dans la chair qu’Il avait assumée, Il devint le trésor de toute énergie spirituelle. Il est non seulement Christ, c’est-à-dire « oint », mais l’Écriture on lit : « Ton nom est une huile qui s’épanche ». Il est Christ depuis toujours, c’est plus tard qu’Il est devenu chrismation. Avant de prendre la chair en laquelle Dieu voulait se communiquer aux hommes, Il était l’Oint demeurant en Lui-même. Quand Il s’incarna, la chair reçut, alors, toute la plénitude de la divinité. Jean dit : « Dieu Lui donna l’Esprit sans mesure ». Ce sont toutes les richesses de Sa nature qu’Il infuse. Alors, l’onction s’étant répandue sur Sa chair, Christ devient réellement et est désormais appelé « Onction ». Christ Se communique : voilà pour Lui, ce qu’est devenir onction et se répandre143.

La double muraille entre Dieu et nous est anéantie ! En s’incarnant, le Sauveur a supprimé le mur de la disparité de nature. En mourant crucifié, Il nous a libérés de cette autre muraille qu’était notre volonté corrompue par le mal144.

Les hommes étaient séparés de Dieu de trois manières : par la nature, par le péché et par la mort. Écartant successivement les obstacles, le Sauveur a œuvré pour que les hommes puissent Le posséder parfaitement et Lui être unis sans aucune entrave. Il enlève le premier obstacle en partageant notre humanité. Le second, en mourant sur la Croix. Quant au troisième, la tyrannie de la mort, Il l’a totalement anéanti pour notre nature par Sa résurrection145.

Jadis, ce mystère de la chrismation conférait aux baptisés des charismes de guérison, de prophétie, de langues et bien d’autres encore, témoignant ainsi devant tous du pouvoir surnaturel du Christ. Ces charismes furent indispensables tant que le christianisme s’implantait et, avec Lui, la vraie foi. De nos jours, quelques-uns bénéficient encore de ces dons146. Tout récemment, des hommes ont prédit des événements futurs, chassé des démons et guéri des maladies par leur prière. Ces merveilles, ils les ont accomplies non seulement de leur vivant, mais encore de leur tombeau, car l’énergie de l’Esprit ne quitte pas ces êtres bienheureux, même après leur mort147.

Serait-il logique que certains sacrements soient efficaces et que celui-là soit inutile ? […] Dieu est fidèle, non seulement dans les autres mystères, mais aussi dans le rite de chrismation. Nous ne devons déprécier aucun sacrement148.

Le mystère de chrismation produit donc ses effets en tous ceux qui ont été initiés. Cependant tous n’ont pas la perception de ces dons. […] Ces dons reçus ne nous sont d’aucun profit si nous vivons dans l’insouciance. L’effort et la vigilance s’imposent, donc, à ceux qui veulent que ces charismes soient efficaces en eux149.

Quand on trouve dans les hommes l’énergie spirituelle qui rayonne des grâces de ce mystère, il faut alors l’attribuer aux prières et à la sainte chrismation150.

Deux conditions établissent notre réconciliation avec Dieu et en elles se trouve le salut de tout homme. La première nécessite que nous soyons initiés à ces mystères sacrés ; la seconde, que nous exercions notre volonté à la vertu. Les efforts humains n’ont d’autre rôle que de conserver ce qui nous a été donné et tendent à ne pas gaspiller ce trésor151.

On ne peut pas toujours constater l’efficacité du don spirituel lorsqu’on le reçoit, c’est souvent bien plus tard qu’on en découvre l’efficience. Nous ne devons pas ignorer la cause et l’origine de son pouvoir151.

Christ est chrême à cause de l’Esprit saint153.

Livre IV

Après la chrismation, nous allons vers la Table. Voici le sommet de la vie ! Pour ceux qui l’atteignent, il ne manque rien au bonheur qu’ils cherchent. Il n’est plus question de participer à la mort, à la sépulture ou à une vie meilleure mais il s’agit de posséder Celui qui est ressuscité155. C’est pour cela que ce mystère vient en dernier. Il n’est pas possible, en effet, d’aller plus loin ou d’y rien ajouter de meilleur156.

Si Christ demeure en nous, de quoi avons-nous besoin ? […] Quel mal peut résister à tant de bien ? Plus rien ne peut demeurer ou venir assaillir notre cœur, quand Christ Se manifeste ainsi, en nous158.

Qui ne voit que par le seul fait de venir parmi les hommes et d’être pleinement uni à notre chair, Christ témoigne de Celui qui L’a envoyé, de Sa bonté et de Son amour des hommes ?163

Il est évident que le Sauveur témoigne de l’extrême degré de l’amour de Dieu pour l’homme. Par ce qu’Il a fait, Christ, Lui seul, apprend aux hommes combien Dieu aime le monde et quelle est sa sollicitude pour l’humanité !163

C’est ce corps qui fut immolé sur la Croix. C’est ce corps qui, à l’approche du supplice, subit les terribles souffrances de l’angoisse et de l’agonie, ruisselant de sueur165.

Il ne nous était pas possible de nous élever jusqu’à Lui pour prendre part à Ses bienfaits. Il s’est alors parfaitement fondu à notre humanité qu’Il a prise et Il se communique Lui-même à nous en nous rendant ce qu’Il a reçu de nous. Quand nous partageons Son corps et Son sang humains, nous recevons Dieu Lui-même dans notre âme. C’est donc le corps et le sang de Dieu que nous recevons : c’est l’âme, l’esprit et la volonté de Dieu autant que ceux d’un homme169.

Il est donc clair que Christ pénètre en nous pour ne faire qu’un avec nous. Il nous change et nous transforme en Lui-même170.

Le potier doit sans cesse rester assis près de l’argile et lui restituer, très souvent, sa forme dès qu’elle s’estompe172.

De ce Cœur bienheureux, la vie véritable est impulsée en nous, grâce aux énergies de l’eucharistie172.

La nourriture naturelle est changée en celui qui la prend. Le poisson, le pain ou tout autre aliment se changent en sang humain. Ici, c’est l’inverse qui se produit : le Pain de vie change celui qui s’en nourrit173.

Par ce sacrement, nous devenons non seulement Ses membres, mais aussi Ses enfants. Nous L’adorons avec une soumission spontanée et de plein gré comme des enfants, , et avec exactitude comme des membres. […] Que nous puissions à la fois être sujets comme membres, tout en gardant notre liberté comme enfants : voilà qui est merveilleux !174.

En ce qui concerne nos parents, nous ne possédons pas, en même temps qu’eux, leur chair et leur sang, il ne s’agit donc pas de communion. Mais avec Christ, nous communions vraiment car en tout temps nous possédons Son corps, Son sang, et nous formons un corps aux membres communs avec Lui176.

Si le mot « parenté » implique une communion et indique ceux qu’unit un même sang, alors la seule communauté de sang véritable, la seule parenté, la seule filiation sont constituées par notre communion avec Christ177.

La seconde naissance l’a tellement emporté sur la première qu’il n’en reste ni trace, ni nom177.

Quand Il nous a mis sur terre, Christ n’a rien fait ni exigé de nous qui soit au-dessus de notre nature. De même, lorsqu’Il nous mène vers Dieu et nous enlève de la terre, Il ne laisse en nous rien de simplement humain. Mais Il s’adapte à nous pour répondre à tous nos besoins190.

Par la première création, Christ est maître de notre nature. Par la création nouvelle, Il a puissance sur notre volonté. Ceci revient vraiment à régner sur les hommes195.

S’unissant fondamentalement à notre corps et à notre âme, Christ se rend maître des corps, mais aussi des âmes et des volontés196.

Comment pourraient-ils subir la mort, alors que pour toujours ils communient au Cœur vivant ?197.

Livre V

C’est de l’autel que se diffuse toute activité sacramentelle : l’eucharistie ou la chrismation, l’ordination des prêtres et le baptême en sa plénitude203.

Nous allons décrire la consécration de l’autel et tout ce que doit faire le consécrateur203. Tout d’abord, le hiérarque se ceint de vêtements blancs qu’il noue à ses poignets et à sa taille. Il se prosterne devant Dieu de tout son long, sur le sol nu204.

Le consécrateur, lorsqu’il va accomplir la cérémonie, revêt des vêtements blancs. Il symbolise l’image de l’autel, qu’est l’homme206. Aussi, le consécrateur représente l’autel en sa personne, avant même de pénétrer dans le sanctuaire206.

Ce qui fait du consécrateur un modèle de l’autel, c’est qu’il est non seulement l’artisan, mais aussi le temple de Dieu et l’autel. La nature humaine, seule parmi les êtres visibles, peut être vraiment un temple et un autel. […] Il est donc indispensable que le modèle lui-même paraisse avant qu’on en reproduise l’image. Il faut que la réalité préside à l’élaboration de la reproduction207.

Le pouvoir de l’autel provient du chrême dont il est oint. Il faut que la matière soit adaptée à cette puissance. L’autel aura ainsi plus d’efficacité212.

(Le consécrateur) rend honneur aux reliques, de la même manière qu’il honore l’eucharistie. Ces ossements sont le temple véritable et l’autel de Dieu213.

Livre VI

Celui qui a choisi de vivre en Christ doit s’attacher à ce Cœur et à cette Tête, car nous n’obtenons la vie d’aucune autre source. Mais c’est impossible à ceux qui n’harmonisent pas leur volonté à celle de Christ. Il est nécessaire de s’entraîner à vouloir (autant qu’il est possible) rester en conformité avec la volonté de Christ. Cela en désirant ce qu’ll désire et en nous réjouissant de Sa joie220.

Nous devons donc, avant tout, essayer de détourner l’œil de notre âme des choses vaines. Laissons au contraire de bonnes idées envahir notre cœur, pour qu’à aucun moment, les mauvaises pensées n’y trouvent place221.

Avant tout, pensons à Celui qui est le dispensateur de tous ces dons, à Son extrême beauté, à Sa bonté, à Sa prédilection pour le genre humain et à l’immensité de Son amour222.

Lui, le Riche, vient jusqu’au taudis de l’indigent. S’approchant de lui, Il déclare Son amour et lui demande le sien en retour. Il ne se retire pas s’Il est méprisé, et ne montre pas de colère si on Le traite indignement. Même repoussé, Il se tient à la porte, et supporte tout pour nous montrer Son amour ; Il subit souffrances et mort pour nous en donner la preuve222.

Nos membres sont les membres de Christ, dont les chérubins adorent le chef ! Ces pieds et ces mains qui sont nôtres dépendent de Son cœur…226

Après avoir contemplé de si redoutables mystères, comment nos yeux s’attarderaient-ils vers ce qui est inconvenant ? Nous rendant compte de la grandeur de notre dignité, nous ne trahirons pas aisément226.

Qu’y a-t-il de plus sacré que notre corps ? Christ y adhère plus étroitement qu’en toute union physique ! Prodiguons-lui grand respect pour sa dignité et, conscients de sa merveilleuse splendeur, considérons-le avec les yeux de l’âme227.

Nous pensons que retourner à Dieu est un chemin difficile. Nous nous imaginons que Dieu est fâché et en colère contre nous. Nous pensons qu’il faut une très grande préparation pour nous approcher de Lui. La tendre bienveillance de Dieu bannit complètement cette idée de notre âme, sachant clairement combien Dieu est bon230.

Quelle faute nous empêcherait de retourner immédiatement vers Lui ? Voici le piège et la ruse de notre ennemi commun : Il nous pousse au péché avec une audace éhontée. Puis, après nos pires excès, il fait naître en nous remords et crainte irraisonnés230.

Soyons vigilants afin d’éviter la suffisance qui précède le péché, ainsi que la honte et la crainte qui le suivent230.

Aucun des péchés n’est trop grave pour le pardon231.

Il nous est bon de fixer notre mémoire , sur ce qui a trait à Christ : pensons à Lui sans nous lasser. Méditons sur Lui quand nous sommes seuls et prenons plaisir à parler de Lui avec d’autres. Nous devrions faire preuve, autant que possible, de cette incessante préoccupation tout au long de notre vie ou du moins fréquemment. Ayons cette pensée de telle sorte qu’elle s’imprime profondément dans notre cœur et l’absorbe entièrement234.

En avançant dans la vie, nous agissons avec plus de sagesse et de raison. Dans la mesure où le temps est plus court, il nous faut donc plus d’efforts et une attention constante pour ressentir un attrait pour le bien. Ce sentiment ne nous charme pas spontanément ; c’est plus tard qu’il nous atteint, habités que nous sommes d’autres passions234.

Pour devenir bons, il ne suffit pas de tenir des propos persuasifs quant à la bonté. On doit aussi passer du temps à méditer, et réfléchir longuement234.

Servons-nous de nos meilleures pensées comme conseillères, appliquant notre esprit à leur acquisition par l’étude. Éprenons-nous de l’amour de ce qui est véritablement bon ! Cela exige une méditation soutenue. Si notre esprit est occupé par de viles pensées et s’y arrête, c’est sa ruine235. Nous devons, au contraire, poursuivre la contemplation du bien236.

Notre engagement à l’égard de cette loi n’implique aucune épreuve spéciale. Il ne faut ni supporter de multiples peines, ni dépenser de l’argent. Il n’en résulte ni déshonneur, ni honte. Sous aucun aspect nous n’en serons amoindris. Cela ne nous empêche pas d’exercer notre métier et ne crée nul obstacle à nos occupations courantes. Un général continuera à commander, un fermier à cultiver le sol et un artisan à s’adonner à ses travaux. Personne n’est privé de ses biens à cause de cette loi. On n’est pas contraint de se retirer dans quelque coin désert, ni de manger une nourriture étrange, ni de s’habiller différemment, ni de ruiner sa santé ou de se risquer dans quelque action téméraire. Tout en restant chez soi et sans perdre aucun de ses biens, on peut, constamment, s’adonner à cette méditation…239.

Cette méditation est ce qui, naturellement et familièrement, nous est le mieux adapté. C’est la meilleure manière d’user de notre temps et l’occupation agréable, plus que toutes, pour des baptisés. […] Ces pensées ne font pas tort à notre vie humaine ; elles nous offrent plutôt plaisir et joie239.

Quand nos actions paraissent signes de haute vertu, elles deviennent alors occasion d’orgueil et celui qui a médité sur la vie de Christ, verra qu’il n’a rien accompli de grand. Il n’a rien fait pour se libérer de sa captivité et n’est même pas capable de sauvegarder sa liberté nouvelle. C’est Christ qui nous a rachetés par Son sang et nous rend la liberté après l’avoir payée à prix fort241. […] Nous, dont la vertu n’est guère efficace par elle-même ! Nous, en qui Dieu a implanté le bien sans effort de notre part !242.

Nous connaissons des témoins qui, après s’être dévêtus, se sont imposé tous les efforts pour le bien et la vertu. Ils ont fini, pourtant, par s’égarer dans les pires excès. Ils s’étaient d’abord réfugiés sur les montagnes. Fuyant tous les bruits et la vie en société, comme la peste, ils voulaient ne se préoccuper que de Dieu seul. Avec toute l’énergie dont des hommes sont capables, ils s’étaient surpassés en exploits magnifiques et comptaient obtenir de Dieu mieux encore. Mais, dès qu’ils ont relâché quelque peu leur espérance et leur confiance entière en Dieu, ils se sont, tout à coup, livrés aux actions les plus honteuses et n’ont reculé devant aucun vice242.

Il nous a cherchés. Il n’a laissé aucun espace de notre amour vide de Lui. Il se fait notre bienfaiteur et notre frère. Il est « un autre nous-mêmes »244.

La douceur, la maîtrise de ses passions et la patience envers ceux qui nous offensent : : voici la vraie sagesse que le Sauveur donna au monde247.

Il a osé le plus extraordinaire : Il est mort pour ceux qu’Il avait comblés de Ses faveurs, et ce sont eux pourtant qui tirent l’épée contre Lui247.

Quand Il se montre, le Sauveur converse amicalement avec lui (Pierre). Il lui demande si son amour pour Lui était plus grand que celui des autres. […] Christ veut montrer par là qu’Il ne lui garde pas rancune d’avoir renié ses affirmations antérieures. […] Mais il ravive en Pierre l’amour qui avait risqué de s’éteindre250.

Quoi qu’il fasse, le Sauveur rejette la colère et fait régner la douceur251. Sa voix s’élèvera jusqu’au Père en faveur de ses bourreaux. Cette voix n’accuse pas ceux qui Le maltraitent. Cette voix ne demande pas vengeance, comme la voix d’Abel contre son frère. Le sang de Christ opère notre rédemption. La voix de la victime appelle le pardon sur ses meurtriers252.

Être compatissant et partager la douleur de ceux qui souffrent, prendre en compte les malheurs des autres comme s’ils étaient nôtres, d’où obtenons-nous cela ? Si ce n’est de cette certitude : nous sommes pris en pitié, alors que nous ne sommes pas dignes de miséricorde252.

Quelle compassion peut être comparée à celle de Christ pour nous ! Il partage les souffrances des malheureux non seulement par la pensée ou le désir, mais en réalité. Il ne se contente pas de prendre une Part de nos malheurs, mais Il les assume tous et meurt de notre propre mort. L’expérience de Sa souffrance nous rend attentifs à nos semblables qui souffrent254. À notre tour, compatissons aux douleurs de ceux qui sont dans l’épreuve !254.

Au commencement fut créée la nature humaine pour en tirer l’homme nouveau. Notre intelligence et notre volonté sont façonnées dans ce but. Nous avons reçu notre raison afin de connaître Christ et notre volonté pour nous hâter vers Lui. Notre mémoire nous permet de Le porter en nous : Il est notre modèle, dès notre création. Le vieil Adam ne fut pas le modèle de l’homme nouveau. C’est le nouvel Adam qui le fut pour l’ancien259.

Du point de vue de notre nature déchue, le vieil Adam passe pour notre archétype, car nous le regardons comme notre ancêtre. Mais pour Celui qui voit tout avant que cela existe, le premier Adam est l’imitation du second. C’est selon le modèle et à l’image de Christ qu’il a été formé259.

L’homme, qui est la mesure du créé, surgit de la terre le tout dernier. Il est donc logique de penser que ce qui est parfait soit principe premier de ce qui est imparfait. Ainsi, pour toutes ces raisons, l’homme tend vers Christ, de par sa nature, sa volonté, ses pensées261.

Invoquons-Le en tout temps ! Qu’Il soit l’objet de nos méditations ! Il ne nous est demandé aucune forme particulière de prière. Pour L’invoquer : point n’est besoin d’un lieu spécial, ni de grandes vociférations. Il n’est absent d’aucun endroit. Il est impossible qu’Il ne soit pas en nous. Pour ceux qui Le cherchent, Il est en eux, plus intimement que leur propre cœur262.

Livre VII

Comment acquérir des pouvoirs miraculeux ? Personne, si intelligent fût-il, ne l’a jamais découvert ! Bien plus, ceux qui n’en jouissent pas ne les désirent pas et ne les recherchent en aucun cas. Possédant ces dons, il est préférable de ne pas nous en réjouir ! […] Ces pouvoirs ne produisent pas la vertu et n’en indiquent pas la présence, ne peinons pas à leur recherche269.

Quelle efficacité ont en nous les sacrements ? Ils nous préparent pour la vie future271.

Quand nous prenons conscience de nos péchés pour nous en repentir, nous éprouvons de l’affliction. Nous méprisons alors le plaisir tiré de ces péchés et nous combattons une passion par son contraire. […] Notre douleur devient alors la rançon pour nos péchés, dont elle nous purifie. Il n’est pas besoin d’autre châtiment !277.

Trois motifs nous inspirent le respect de Dieu : la crainte des châtiments qui attendent les impies ; la bonne espérance de ceux qui vivent dans la piété ; enfin l’amour pour Dieu et pour le bien. Mais aucun de ces motifs ne touche l’âme de ceux qui ont décidé de violer les lois de Dieu. La piété envers Lui grandit en ceux dont la vie se conforme à Ses lois et elle s’assèche peu à peu en ceux qui négligent Ses commandements278.

Les hommes de foi sont en éveil et ils s’attaquent à la racine du mal dès le début. Ils gardent leur cœur pour Dieu seul, Lui consacrant leur esprit comme un sanctuaire279.

L’âme baptisée est inviolable, car elle est le vrai temple de Dieu279.

Il est donc de la première importance pour nous qui vivons en Christ, d’être libres de tous soucis. Même si quelque chose nous semble utile et occupe notre volonté, cela ne doit pas nuire à notre détermination280.

Quand nous sommes incertains d’obtenir ce que nous désirons, nous sommes inquiets, une angoisse absurde s’empare alors de nous au sujet de ce que nous voulons obtenir et des moyens à employer pour y réussir281. […] Dans ce cas, ne faisons place ni aux préoccupations ni à la crainte. Nous entrerions alors dans ce qui fait l’inquiétude. Ce qu’on ressent est pourtant de la douleur, comme si le mal était présent282.

Rien de ce qui engendre l’angoisse ne trouble l’âme de ceux qui vivent en Christ. Ils sont libérés des inconvénients qui naissent de leur inquiétude. Ils ne se soucient pas des biens présents. Dans le travail qu’ils accomplissent pour vivre, ils connaissent le but de leurs occupations282. […] Ils ne s’inquiètent pas, même s’ils tardent à l’obtenir. Ils savent très bien que leurs prières seront exaucées. Ce qui leur arrive leur semble être le plus avantageux et ce qui correspond le mieux aux intentions pour lesquelles ils avaient prié. Tels sont ces voyageurs qui, ayant trouvé un guide capable de les conduire sans dommage à destination, n’ont peur ni de s’égarer ni de manquer de toit pour la nuit. Ceux qui s’en remettent entièrement au Sauveur, à qui tout est possible, abandonnent tout souci pour eux-mêmes. A Lui seul, ils ont confié leur existence et leurs soucis. Leur âme est donc libre de toute inquiétude284.

Ce ne sont pas, pour tous, les mêmes raisons qui rendent douloureux le péché. Certains pleurent d’orgueil, car ils avaient une très haute opinion d’eux-mêmes et ce qu’ils réalisent contredit leurs espérances. La perte de leurs récompenses est, pour d’autres, ce qui les afflige. La plupart craignent le châtiment. Les meilleurs, dans leur amour pour le législateur, ne supportent pas la transgression de la Loi. Certains, parmi les justes, tiennent le premier rang : car ils n’agissent ni par crainte des châtiments ni par espérance de gains ; seul les meut l’amour de Dieu. […] Les autres se tourmentent, en eux-mêmes, pour ressentir, en eux, la douleur. En fait, s’ils pleurent leurs péchés, c’est parce qu’ils s’aiment eux-mêmes !285

Seule est saine la douleur qui provient de l’amour de Dieu !286

Ceux en qui demeure l’amour de Dieu, même s’ils trébuchent, ne changent pas pour autant de route286.

Aucun homme n’est bon pour les autres s’il ne l’est d’abord envers lui-même. Comment peut-il être uni aux autres, s’il n’est pas déjà un en lui-même ?290

Cet homme existe pour lui-même, et il est d’abord son propre bien. Que chacun soit lui-même et le soit bien : tel est le désir premier et le plus répandu dans l’humanité ! Si quelqu’un souhaite le bonheur des autres et s’en réjouit quand ils le possèdent, il n’en est pas lui-même privé pour autant. Son souci des autres ne lui fera pas négliger sa personne, ce qui lui est utile et ce dont ù a besoin. Comment pourra-t-il souhaiter voir dans la main des autres ce qu’il sait faire défaut chez lui ?290

Les êtres qui participent au bien sont amenés à le montrer dans leurs actes, car la nature du bien est de se répandre et de se communiquer. De même que tout être vise au bien, de même, la nature du bien est de se communiquer à tous les êtres291.

S’il a souci de la santé de son âme, ce n’est pas par amour pour elle, ni pour son bonheur mais uniquement pour l’amour de Dieu, et de Ses lois. C’est un peu comme si l’on prenait soin d’un outil par amour du travail qu’on exécute avec lui296.

C’est en aimant Dieu que nous trouverons le vrai bonheur. Il est clair également qu’aimer Dieu, c’est aussi aimer notre âme296.

Nous aimons notre âme parce qu’elle est ce qu’il y a de plus intime en nous. Souvenons-nous que notre âme appartient au Sauveur. Il nous est plus intime encore à nous-mêmes que ce qui nous est le plus intime297.

Ceux qui vivent pour eux-mêmes, tout en recevant quelque joie de vrais biens, se rendent incapables de récolter une joie sans mélange. Pendant qu’ils se réjouissent de ces biens, certains maux, visibles ou non, leur causent des ennuis. En revanche, ceux qui remettent à Dieu leur existence jouissent d’un plaisir absolu et fuient toute tristesse298.

C’est pour cette raison, je crois, qu’on les a traités de « violents » ; eux prennent le royaume de Dieu de force. Ils n’attendent pas ceux qui le leur donneront, ni ne guettent ceux qui les choisiront. Ils occupent le trône de leur propre autorité, et se ceignent eux-mêmes du diadème298. […] D’eux-mêmes, ils accaparent leur bonheur. Ce sont ceux-là qui se renient eux-mêmes et qui perdent leur vie. Mais en contrepartie, ils reçoivent le maître des âmes299.

Alors que les hommes ne dépensent que de l’argent pour acheter un esclave, le Sauveur, Lui, s’est dépensé en personne. Pour nous rendre libres, Il a livré Son corps et Son âme. […] C’est ainsi que, Se livrant totalement, Il rachète l’homme tout entier. Il a donc acheté également notre volonté, d’une manière toute spéciale. À tous égards, Il était notre maître et maîtrisait toute notre nature. Mais notre volonté échappait à la Sienne. Il fit alors tout pour s’emparer de nous en totalité. C’était notre volonté qu’Il cherchait, Il ne lui fit pas de violence, Il ne s’en empara pas de force, mais Il l’acheta302.

Une personne droite et juste ne s’aime donc pas pour elle-même. Elle oriente en effet tout son amour vers Celui qui l’a rachetée303.

L’esclave d’un homme éprouve inévitablement de l’amertume. L’esclave de Christ, au contraire, ne peut que ressentir de la joie303.

Il alla jusqu’à la croix, non pas comme s’il n’avait qu’une seule volonté, ou une volonté composée de deux éléments, mais Il manifesta plutôt l’accord de deux volontés310.

La vie bienheureuse se manifeste aux yeux des vivants en l’amour inexprimable pour Dieu et la joie qu’elle suscite. Ces sentiments d’amour et de joie sont bien visibles et ils font percevoir la grâce invisible, car ils sont les fruits de la grâce312.

Telle est la vie en Christ : cachée, mais manifestée par la lumière des bonnes œuvres, c’est-à-dire, par l’amour. Car dans l’amour resplendit l’éclat de toute vertu. Autant que le peut l’effort humain, l’amour constitue la vie en Christ314.

 

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Nicolas Cabasilas

La vie en Jésus-Christ

(résumé-citations ordonné et thématique)

I – Le salut, don de Dieu

Le Christ s’abaisse jusqu’à l’homme

Qui ne voit que par le seul fait de venir parmi les hommes et d’être pleinement uni à notre chair, Christ témoigne de Celui qui L’a envoyé, de Sa bonté et de Son amour des hommes ?163

Il est évident que le Sauveur témoigne de l’extrême degré de l’amour de Dieu pour l’homme. Par ce qu’Il a fait, Christ, Lui seul, apprend aux hommes combien Dieu aime le monde et quelle est sa sollicitude pour l’humanité !163

Lui, le Riche, vient jusqu’au taudis de l’indigent. S’approchant de lui, Il déclare Son amour et lui demande le sien en retour. Il ne se retire pas s’Il est méprisé, et ne montre pas de colère si on Le traite indignement. Même repoussé, Il se tient à la porte, et supporte tout pour nous montrer Son amour ; Il subit souffrances et mort pour nous en donner la preuve222.

Il nous a cherchés. Il n’a laissé aucun espace de notre amour vide de Lui. Il se fait notre bienfaiteur et notre frère. Il est « un autre nous-mêmes »244.

L’onction de Jésus

Celui à qui nous voulons ressembler, Christ, a oint Sa nature humaine par Sa divinité. Nous aussi nous participons à cette même onction. L’onction que nous recevons au baptême est le signe de Son onction96.

Nous savons que le Maître Lui-même a été oint. On ne Lui a pas versé de chrême sur la tête, mais Il reçut l’Esprit saint. Dans la chair qu’Il avait assumée, Il devint le trésor de toute énergie spirituelle. Il est non seulement Christ, c’est-à-dire « oint », mais l’Écriture on lit : « Ton nom est une huile qui s’épanche ». Il est Christ depuis toujours, c’est plus tard qu’Il est devenu chrismation. Avant de prendre la chair en laquelle Dieu voulait se communiquer aux hommes, Il était l’Oint demeurant en Lui-même. Quand Il s’incarna, la chair reçut, alors, toute la plénitude de la divinité. Jean dit : « Dieu Lui donna l’Esprit sans mesure ». Ce sont toutes les richesses de Sa nature qu’Il infuse. Alors, l’onction s’étant répandue sur Sa chair, Christ devient réellement et est désormais appelé « Onction ». Christ Se communique : voilà pour Lui, ce qu’est devenir onction et se répandre143.

Christ est chrême à cause de l’Esprit saint153.

Le Christ choisit de nous sauver

Il n’a pas trouvé un chemin déjà tracé et conduisant au ciel, mais c’est Lui-même qui a ouvert cette route. Si cette voie avait déjà existé, c’est que quelqu’un d’autre l’aurait ouverte70.

Il alla jusqu’à la croix, non pas comme s’il n’avait qu’une seule volonté, ou une volonté composée de deux éléments, mais Il manifesta plutôt l’accord de deux volontés310.

Nous pouvons nous étonner : sans partager Ses plaies ni Sa mort, qu’Il a subies tout seul, Il nous invite à participer avec Lui à Sa gloire au moment d’être couronné81.

La mort du Christ en croix

C’est le sang d’un Dieu qui a été répandu sur la Croix. Quoi de plus précieux que cette mort ? Quoi de plus terrible ?77.

C’est ce corps qui fut immolé sur la Croix. C’est ce corps qui, à l’approche du supplice, subit les terribles souffrances de l’angoisse et de l’agonie, ruisselant de sueur165.

Le Christ pardonne à ses bourreaux

Il fut pour Ses bourreaux une source de grâce au-delà de ce qu’eux-mêmes pouvaient désirer ou espérer76.

Il a osé le plus extraordinaire : Il est mort pour ceux qu’Il avait comblés de Ses faveurs, et ce sont eux pourtant qui tirent l’épée contre Lui247.

Quand Il se montre, le Sauveur converse amicalement avec lui (Pierre). Il lui demande si son amour pour Lui était plus grand que celui des autres. […] Christ veut montrer par là qu’Il ne lui garde pas rancune d’avoir renié ses affirmations antérieures. […] Mais il ravive en Pierre l’amour qui avait risqué de s’éteindre250.

Quoi qu’il fasse, le Sauveur rejette la colère et fait régner la douceur251. Sa voix s’élèvera jusqu’au Père en faveur de ses bourreaux. Cette voix n’accuse pas ceux qui Le maltraitent. Cette voix ne demande pas vengeance, comme la voix d’Abel contre son frère. Le sang de Christ opère notre rédemption. La voix de la victime appelle le pardon sur ses meurtriers252.

Quelle compassion peut être comparée à celle de Christ pour nous ! Il partage les souffrances des malheureux non seulement par la pensée ou le désir, mais en réalité. Il ne se contente pas de prendre une Part de nos malheurs, mais Il les assume tous et meurt de notre propre mort. L’expérience de Sa souffrance nous rend attentifs à nos semblables qui souffrent254. À notre tour, compatissons aux douleurs de ceux qui sont dans l’épreuve !254.

Ineffable miséricorde de Dieu

Nous pensons que retourner à Dieu est un chemin difficile. Nous nous imaginons que Dieu est fâché et en colère contre nous. Nous pensons qu’il faut une très grande préparation pour nous approcher de Lui. La tendre bienveillance de Dieu bannit complètement cette idée de notre âme, sachant clairement combien Dieu est bon230.

Aucun des péchés n’est trop grave pour le pardon231.

Le Christ, vainqueur du mal

La double muraille entre Dieu et nous est anéantie ! En s’incarnant, le Sauveur a supprimé le mur de la disparité de nature. En mourant crucifié, Il nous a libérés de cette autre muraille qu’était notre volonté corrompue par le mal144.

Les hommes étaient séparés de Dieu de trois manières : par la nature, par le péché et par la mort. Écartant successivement les obstacles, le Sauveur a œuvré pour que les hommes puissent Le posséder parfaitement et Lui être unis sans aucune entrave. Il enlève le premier obstacle en partageant notre humanité. Le second, en mourant sur la Croix. Quant au troisième, la tyrannie de la mort, Il l’a totalement anéanti pour notre nature par Sa résurrection145.

Le Christ veut gagner notre volonté

Par la première création, Christ est maître de notre nature. Par la création nouvelle, Il a puissance sur notre volonté. Ceci revient vraiment à régner sur les hommes195.

S’unissant fondamentalement à notre corps et à notre âme, Christ se rend maître des corps, mais aussi des âmes et des volontés196.

Alors que les hommes ne dépensent que de l’argent pour acheter un esclave, le Sauveur, Lui, s’est dépensé en personne. Pour nous rendre libres, Il a livré Son corps et Son âme. […] C’est ainsi que, Se livrant totalement, Il rachète l’homme tout entier. Il a donc acheté également notre volonté, d’une manière toute spéciale. À tous égards, Il était notre maître et maîtrisait toute notre nature. Mais notre volonté échappait à la Sienne. Il fit alors tout pour s’emparer de nous en totalité. C’était notre volonté qu’Il cherchait, Il ne lui fit pas de violence, Il ne s’en empara pas de force, mais Il l’acheta302.

Notre volonté collabore au salut

Il y a un élément qui vient de Dieu, et un autre qui vient de notre propre ardeur. Le premier dépend totalement de Lui. L’autre exige nos efforts. Cependant, le deuxième ne dépend de nous que dans la mesure où nous nous soumettons à Sa bonté59.

En Son inexprimable sollicitude, Christ accomplit tout ce qu’il faut pour nous affranchir. Il nous demande, cependant, de contribuer si peu que ce soit à notre liberté, en particulier de croire que le baptême nous procure le salut. Christ nous dit aussi d’approcher volontairement du baptême afin de nous en imputer le mérite106.

De même qu’Il nous crée sans que nous le voulions, de même Dieu nous ressuscite sans notre coopération. Le Royaume, la vision de Dieu et l’union à Christ sont des privilèges du vouloir109.

Le baptême referme et perfectionne en nous le principe qui dirige nos actions : l’autonomie de la raison et de la volonté113. Ce principe directeur n’est sujet à aucune pression. Rien ne peut vaincre notre personnalité, pas même Dieu114.

Dieu infiniment bon veut pour nous tous les biens désirables et nous les accorde, moyennant le libre exercice de notre propre volonté. Tel est le bien du baptême114.

Deux conditions établissent notre réconciliation avec Dieu et en elles se trouve le salut de tout homme. La première nécessite que nous soyons initiés à ces mystères sacrés ; la seconde, que nous exercions notre volonté à la vertu. Les efforts humains n’ont d’autre rôle que de conserver ce qui nous a été donné et tendent à ne pas gaspiller ce trésor151.

Le Christ nous rend libres

Nous sommes tout simplement remis en liberté. Le chrême est répandu, sa suave odeur imprègne tout l’univers ; il ne nous reste qu’à la respirer ! Mieux encore, la tâche de respirer ne nous incombe même pas. Cette faculté a été préparée par le Sauveur, ainsi que la possibilité d’être libérés et illuminés105.

Par ce sacrement, nous devenons non seulement Ses membres, mais aussi Ses enfants. Nous L’adorons avec une soumission spontanée et de plein gré comme des enfants, et avec exactitude comme des membres. […] Que nous puissions à la fois être sujets comme membres, tout en gardant notre liberté comme enfants : voilà qui est merveilleux !174.

L’esclave d’un homme éprouve inévitablement de l’amertume. L’esclave de Christ, au contraire, ne peut que ressentir de la joie303.

Nous ne méritons rien

Quand nos actions paraissent signes de haute vertu, elles deviennent alors occasion d’orgueil et celui qui a médité sur la vie de Christ, verra qu’il n’a rien accompli de grand. Il n’a rien fait pour se libérer de sa captivité et n’est même pas capable de sauvegarder sa liberté nouvelle. C’est Christ qui nous a rachetés par Son sang et nous rend la liberté après l’avoir payée à prix fort241. […] Nous, dont la vertu n’est guère efficace par elle-même ! Nous, en qui Dieu a implanté le bien sans effort de notre part !242.

Être compatissant et partager la douleur de ceux qui souffrent, prendre en compte les malheurs des autres comme s’ils étaient nôtres, d’où obtenons-nous cela ? Si ce n’est de cette certitude : nous sommes pris en pitié, alors que nous ne sommes pas dignes de miséricorde252.

Le salut, œuvre trinitaire

Avec le Père, nous sommes réconciliés, le Fils est le Réconciliateur. Le Saint-Esprit est le don accordé à ceux qui sont réconciliés avec Dieu. Le Père nous libère. Le Fils est la rançon versée pour nous libérer. L’Esprit est liberté99.

On pressentait la Trinité lors de la première Création. Le Père alors créa. Le Fils était la main de Celui qui créait. Le Paraclet était le souffle de Celui qui insufflait la vie100.

Pour quelle raison descendit-Il sous forme de langues ? À mon avis, parce qu’Il est venu pour expliciter le Verbe135.

La triple immersion, suivie de l’émersion, représente les trois jours de la mort du Sauveur ainsi que Sa résurrection, sommet de tous Ses dons. C’est avec raison que nous proclamons, tout haut, le dogme trinitaire, alors que notre salut est exprimé, par des actes, dans le silence101.

 

II – Les sacrements

Grandeur des sacrements

Les portes des sacrements sont plus importantes et bénéfiques que celles du paradis. Les portes de celui-ci ne s’ouvrent qu’à ceux qui ont d’abord franchi les portes des mystères. […] Les portes du paradis ont laissé sortir ceux qui y étaient, tandis que les portes des mystères font entrer seulement et ne laissent plus sortir72.

Les portes du paradis furent ouvertes par Adam. […] Mais les portes des sacrements c’est Christ qui les ouvre73.

Le baptême est une naissance. La chrismation est principe d’énergie et d’agir. Le pain de la vie et la coupe d’action de grâce sont vraiment nourriture et boisson286.

Sanctifiés par les sacrements

Par certains signes et symboles, Il renouvelle ceux qui imitent, comme en la reproduisant, la mort qu’Il a réellement subie pour notre vie. Il les crée à nouveau par ces actes eux-mêmes et les rend participants de Sa propre vie60.

Par quel moyen cette vie pénètre nos âmes ? Cela se réalise par notre initiation aux mystères, c’est-à-dire, être baptisés et chrismés et communier à la sainte Table. Grâce à cela, Christ vient et demeure en nous77.

Par nos sens, Il entre en notre âme. Par l’odorat, Il vient sous forme de chrême dégageant une suave odeur. Par le goût, Il vient comme nourriture. Nous Le respirons81.

Une vie sainte a sa source dans les sacrements Voyons maintenant comment chacun de ceux-ci nous rend participants de cette vie. Si vivre en Christ, c’est être un avec Lui, comment chaque sacrement nous unit-il à Lui ?85

Quelle efficacité ont en nous les sacrements ? Ils nous préparent pour la vie future271.

L’efficacité secrète des sacrements

Le mystère de chrismation produit donc ses effets en tous ceux qui ont été initiés. Cependant tous n’ont pas la perception de ces dons. […] Ces dons reçus ne nous sont d’aucun profit si nous vivons dans l’insouciance. L’effort et la vigilance s’imposent, donc, à ceux qui veulent que ces charismes soient efficaces en eux149.

Quand on trouve dans les hommes l’énergie spirituelle qui rayonne des grâces de ce mystère, il faut alors l’attribuer aux prières et à la sainte chrismation150.

On ne peut pas toujours constater l’efficacité du don spirituel lorsqu’on le reçoit, c’est souvent bien plus tard qu’on en découvre l’efficience. Nous ne devons pas ignorer la cause et l’origine de son pouvoir151.

La vie bienheureuse se manifeste aux yeux des vivants en l’amour inexprimable pour Dieu et la joie qu’elle suscite. Ces sentiments d’amour et de joie sont bien visibles et ils font percevoir la grâce invisible, car ils sont les fruits de la grâce312.

Nous devons déjà commencer, en notre existence d’ici-bas, à produire les premiers fruits de notre vie en Christ49. La nature façonne le fœtus pour l’existence qu’il va recevoir. On observe quelque chose de semblable chez les saints51. Cette vie future est comme « infusée » en notre existence présente à laquelle elle se mélange52.

Un être nouveau au baptême

Le potier doit sans cesse rester assis près de l’argile et lui restituer, très souvent, sa forme dès qu’elle s’estompe172.

Comme une statue défigurée qu’un sculpteur restaure en sa forme première, ainsi le baptême nous remodèle88. Quand un objet nouveau apparaît, il reçoit une appellation spéciale : c’est une « statue », une « bague », ou tout autre nom qui n’indique plus le métal, mais uniquement la forme qu’il a désormais acquise90. Voici pourquoi le jour bénéfique de notre baptême devient le jour où nous recevons un nom90.

Disparaître en plongeant dans l’eau, c’est fuir l’air de cette vie. Or, fuir la vie, c’est mourir. Émerger pour revenir à l’air et à la lumière, c’est montrer qu’on cherche la vie et qu’on l’a obtenue98.

L’image de Dieu dans l’homme se dessine avec plus de précision qu’auparavant. La statue est modelée de manière plus vraie selon le modèle divin98.

Nul ne peut entrer vivant dans le monde bienheureux s’il n’a été préparé par la vie de Christ et formé selon Son image et Sa ressemblance. Le baptême, en effet, est une naissance, c’est Christ qui nous engendre et c’est Sa propre vie qui nous est donnée108.

La seconde naissance l’a tellement emporté sur la première qu’il n’en reste ni trace, ni nom177.

Quand Il nous a mis sur terre, Christ n’a rien fait ni exigé de nous qui soit au-dessus de notre nature. De même, lorsqu’Il nous mène vers Dieu et nous enlève de la terre, Il ne laisse en nous rien de simplement humain. Mais Il s’adapte à nous pour répondre à tous nos besoins190.

Le sens de la chrismation

L’onction et l’imposition des mains ont même effet et même force. […] En effet, les plus saints désignent l’imposition des mains sur les prêtres comme chrismation. Initiant ceux auxquels ils confèrent le mystère du chrême, ils prient pour qu’ils reçoivent l’Esprit Saint142.

Serait-il logique que certains sacrements soient efficaces et que celui-là soit inutile ? […] Dieu est fidèle, non seulement dans les autres mystères, mais aussi dans le rite de chrismation. Nous ne devons déprécier aucun sacrement148.

L’Eucharistie, sacrement suprême

Après la chrismation, nous allons vers la Table. Voici le sommet de la vie ! Pour ceux qui l’atteignent, il ne manque rien au bonheur qu’ils cherchent. Il n’est plus question de participer à la mort, à la sépulture ou à une vie meilleure mais il s’agit de posséder Celui qui est ressuscité155. C’est pour cela que ce mystère vient en dernier. Il n’est pas possible, en effet, d’aller plus loin ou d’y rien ajouter de meilleur156.

Il ne nous était pas possible de nous élever jusqu’à Lui pour prendre part à Ses bienfaits. Il s’est alors parfaitement fondu à notre humanité qu’Il a prise et Il se communique Lui-même à nous en nous rendant ce qu’Il a reçu de nous. Quand nous partageons Son corps et Son sang humains, nous recevons Dieu Lui-même dans notre âme. C’est donc le corps et le sang de Dieu que nous recevons : c’est l’âme, l’esprit et la volonté de Dieu autant que ceux d’un homme169.

La nourriture naturelle est changée en celui qui la prend. Le poisson, le pain ou tout autre aliment se changent en sang humain. Ici, c’est l’inverse qui se produit : le Pain de vie change celui qui s’en nourrit173.

En ce qui concerne nos parents, nous ne possédons pas, en même temps qu’eux, leur chair et leur sang, il ne s’agit donc pas de communion. Mais avec Christ, nous communions vraiment car en tout temps nous possédons Son corps, Son sang, et nous formons un corps aux membres communs avec Lui176.

L’autel signifie l’homme

C’est de l’autel que se diffuse toute activité sacramentelle : l’eucharistie ou la chrismation, l’ordination des prêtres et le baptême en sa plénitude203.

Nous allons décrire la consécration de l’autel et tout ce que doit faire le consécrateur203. Tout d’abord, le hiérarque se ceint de vêtements blancs qu’il noue à ses poignets et à sa taille. Il se prosterne devant Dieu de tout son long, sur le sol nu204.

Le consécrateur, lorsqu’il va accomplir la cérémonie, revêt des vêtements blancs. Il symbolise l’image de l’autel, qu’est l’homme206. Aussi, le consécrateur représente l’autel en sa personne, avant même de pénétrer dans le sanctuaire206.

Ce qui fait du consécrateur un modèle de l’autel, c’est qu’il est non seulement l’artisan, mais aussi le temple de Dieu et l’autel. La nature humaine, seule parmi les êtres visibles, peut être vraiment un temple et un autel. […] Il est donc indispensable que le modèle lui-même paraisse avant qu’on en reproduise l’image. Il faut que la réalité préside à l’élaboration de la reproduction207.

Le pouvoir de l’autel provient du chrême dont il est oint. Il faut que la matière soit adaptée à cette puissance. L’autel aura ainsi plus d’efficacité212.

(Le consécrateur) rend honneur aux reliques, de la même manière qu’il honore l’eucharistie. Ces ossements sont le temple véritable et l’autel de Dieu213.

 

III – La vie spirituelle

Nous sommes faits pour la vie en Christ

Dieu a insufflé en notre âme le désir d’atteindre le bien qu’elle souhaite, et de posséder aussi la vérité qu’elle cherche. Nous soupirons après le bien plutôt qu’après le mal, après la vérité plutôt qu’après l’erreur. Car personne n’aime être trompé ou être égaré131.

Notre cœur est un écrin si grand, si vaste, qu’il peut même contenir Dieu. Ainsi, rien ici-bas ne nous comble parfaitement et rien n’apaise notre désir131.

L’âme de l’homme a soif, pour ainsi dire, d’une eau infinie. Comment ce monde limité pourrait-il lui suffire ?132

L’œil fut créé pour percevoir la lumière, l’oreille pour entendre les sons, et chaque membre pour atteindre une fin déterminée. Mais le désir de l’âme a pour unique objet Christ en personne132.

L’âme humaine a une grande et merveilleuse capacité d’amour et de joie. […] Cette joie n’est profitable qu’étant présent Celui qui est parfaitement digne d’amour133. Voilà ce que le Seigneur qualifie de joie dans la plénitude134.

Au commencement fut créée la nature humaine pour en tirer l’homme nouveau. Notre intelligence et notre volonté sont façonnées dans ce but. Nous avons reçu notre raison afin de connaître Christ et notre volonté pour nous hâter vers Lui. Notre mémoire nous permet de Le porter en nous : Il est notre modèle, dès notre création. Le vieil Adam ne fut pas le modèle de l’homme nouveau. C’est le nouvel Adam qui le fut pour l’ancien259.

Du point de vue de notre nature déchue, le vieil Adam passe pour notre archétype, car nous le regardons comme notre ancêtre. Mais pour Celui qui voit tout avant que cela existe, le premier Adam est l’imitation du second. C’est selon le modèle et à l’image de Christ qu’il a été formé259.

L’homme, qui est la mesure du créé, surgit de la terre le tout dernier. Il est donc logique de penser que ce qui est parfait soit principe premier de ce qui est imparfait. Ainsi, pour toutes ces raisons, l’homme tend vers Christ, de par sa nature, sa volonté, ses pensées261.

Unité intime avec le Christ

À qui pouvons-nous être plus étroitement uni qu’à nous-même ? Cette unité est plus faible pourtant que notre union avec Christ55. Nous n’employons pas constamment toutes les fonctions de nos sens et de nos membres, mais seulement de temps à autre15. […] Le Sauveur, au contraire, est toujours présent auprès de ceux qui vivent en Lui de manière à combler chacun de leurs besoins57.

Lorsque Christ Lui-même est présent, Il répand en nous l’essence même de la vie dans notre âme plus qu’on ne peut le dire, car Il est réellement présent59.

Lorsque nous sommes initiés, nous méprisons le tyran, nous lui crachons dessus et nous le rejetons. Nous louons notre champion, nous L’admirons, Nous L’adorons et L’aimons de toute notre âme, et dans l’excès de notre amour, nous Le mangeons comme du pain80.

Il est donc clair que Christ pénètre en nous pour ne faire qu’un avec nous. Il nous change et nous transforme en Lui-même170.

Si le mot « parenté » implique une communion et indique ceux qu’unit un même sang, alors la seule communauté de sang véritable, la seule parenté, la seule filiation sont constituées par notre communion avec Christ177.

L’âme baptisée est inviolable, car elle est le vrai temple de Dieu279.

Le Cœur du Christ

De ce Cœur bienheureux, la vie véritable est impulsée en nous, grâce aux énergies de l’eucharistie172.

Comment pourraient-ils subir la mort, alors que pour toujours ils communient au Cœur vivant ?197.

Christ est tout pour nous

Les saints n’ont besoin de rien que Lui-même ne soit pour eux. […] Non seulement Il est Lui-même la Voie, mais Il est le refuge sur le chemin et le but du voyage57. Ainsi, de toutes parts, Il nous tourne vers Lui. Il ne nous laisse pas nous occuper d’autre chose ni nous éprendre de quelqu’un d’autre que Lui58.

Si Christ demeure en nous, de quoi avons-nous besoin ? […] Quel mal peut résister à tant de bien ? Plus rien ne peut demeurer ou venir assaillir notre cœur, quand Christ Se manifeste ainsi, en nous158.

Nous attacher fidèlement au Christ

Celui qui a choisi de vivre en Christ doit s’attacher à ce Cœur et à cette Tête, car nous n’obtenons la vie d’aucune autre source. Mais c’est impossible à ceux qui n’harmonisent pas leur volonté à celle de Christ. Il est nécessaire de s’entraîner à vouloir (autant qu’il est possible) rester en conformité avec la volonté de Christ. Cela en désirant ce qu’Il désire et en nous réjouissant de Sa joie220.

Il nous est bon de fixer notre mémoire , sur ce qui a trait à Christ : pensons à Lui sans nous lasser. Méditons sur Lui quand nous sommes seuls et prenons plaisir à parler de Lui avec d’autres. Nous devrions faire preuve, autant que possible, de cette incessante préoccupation tout au long de notre vie ou du moins fréquemment. Ayons cette pensée de telle sorte qu’elle s’imprime profondément dans notre cœur et l’absorbe entièrement234.

En avançant dans la vie, nous agissons avec plus de sagesse et de raison. Dans la mesure où le temps est plus court, il nous faut donc plus d’efforts et une attention constante pour ressentir un attrait pour le bien. Ce sentiment ne nous charme pas spontanément ; c’est plus tard qu’il nous atteint, habités que nous sommes d’autres passions234.

Pour devenir bons, il ne suffit pas de tenir des propos persuasifs quant à la bonté. On doit aussi passer du temps à méditer, et réfléchir longuement234.

La piété envers Lui grandit en ceux dont la vie se conforme à Ses lois et elle s’assèche peu à peu en ceux qui négligent Ses commandements278.

Ceux en qui demeure l’amour de Dieu, même s’ils trébuchent, ne changent pas pour autant de route286.

Notre corps sanctifié

Nos membres sont les membres de Christ, dont les chérubins adorent le chef ! Ces pieds et ces mains qui sont nôtres dépendent de Son cœur…226

Qu’y a-t-il de plus sacré que notre corps ? Christ y adhère plus étroitement qu’en toute union physique ! Prodiguons-lui grand respect pour sa dignité et, conscients de sa merveilleuse splendeur, considérons-le avec les yeux de l’âme227.

La vie spirituelle dans le quotidien

Notre engagement à l’égard de cette loi n’implique aucune épreuve spéciale. Il ne faut ni supporter de multiples peines, ni dépenser de l’argent. Il n’en résulte ni déshonneur, ni honte. Sous aucun aspect nous n’en serons amoindris. Cela ne nous empêche pas d’exercer notre métier et ne crée nul obstacle à nos occupations courantes. Un général continuera à commander, un fermier à cultiver le sol et un artisan à s’adonner à ses travaux. Personne n’est privé de ses biens à cause de cette loi. On n’est pas contraint de se retirer dans quelque coin désert, ni de manger une nourriture étrange, ni de s’habiller différemment, ni de ruiner sa santé ou de se risquer dans quelque action téméraire. Tout en restant chez soi et sans perdre aucun de ses biens, on peut, constamment, s’adonner à cette méditation…239.

Cette méditation est ce qui, naturellement et familièrement, nous est le mieux adapté. C’est la meilleure manière d’user de notre temps et l’occupation agréable, plus que toutes, pour des baptisés. […] Ces pensées ne font pas tort à notre vie humaine ; elles nous offrent plutôt plaisir et joie239.

Invoquons-Le en tout temps ! Qu’Il soit l’objet de nos méditations ! Il ne nous est demandé aucune forme particulière de prière. Pour L’invoquer : point n’est besoin d’un lieu spécial, ni de grandes vociférations. Il n’est absent d’aucun endroit. Il est impossible qu’Il ne soit pas en nous. Pour ceux qui Le cherchent, Il est en eux, plus intimement que leur propre cœur262.

Comment acquérir des pouvoirs miraculeux ? Personne, si intelligent fût-il, ne l’a jamais découvert ! Bien plus, ceux qui n’en jouissent pas ne les désirent pas et ne les recherchent en aucun cas. Possédant ces dons, il est préférable de ne pas nous en réjouir ! […] Ces pouvoirs ne produisent pas la vertu et n’en indiquent pas la présence, ne peinons pas à leur recherche269.

Du devoir de s’aimer soi-même

Aucun homme n’est bon pour les autres s’il ne l’est d’abord envers lui-même. Comment peut-il être uni aux autres, s’il n’est pas déjà un en lui-même ?290

Cet homme existe pour lui-même, et il est d’abord son propre bien. Que chacun soit lui-même et le soit bien : tel est le désir premier et le plus répandu dans l’humanité ! Si quelqu’un souhaite le bonheur des autres et s’en réjouit quand ils le possèdent, il n’en est pas lui-même privé pour autant. Son souci des autres ne lui fera pas négliger sa personne, ce qui lui est utile et ce dont ù a besoin. Comment pourra-t-il souhaiter voir dans la main des autres ce qu’il sait faire défaut chez lui ?290

S’il a souci de la santé de son âme, ce n’est pas par amour pour elle, ni pour son bonheur mais uniquement pour l’amour de Dieu, et de Ses lois. C’est un peu comme si l’on prenait soin d’un outil par amour du travail qu’on exécute avec lui296.

C’est en aimant Dieu que nous trouverons le vrai bonheur. Il est clair également qu’aimer Dieu, c’est aussi aimer notre âme296.

Nous aimons notre âme parce qu’elle est ce qu’il y a de plus intime en nous. Souvenons-nous que notre âme appartient au Sauveur. Il nous est plus intime encore à nous-mêmes que ce qui nous est le plus intime297.

Ceux qui vivent pour eux-mêmes, tout en recevant quelque joie de vrais biens, se rendent incapables de récolter une joie sans mélange. Pendant qu’ils se réjouissent de ces biens, certains maux, visibles ou non, leur causent des ennuis. En revanche, ceux qui remettent à Dieu leur existence jouissent d’un plaisir absolu et fuient toute tristesse298.

C’est pour cette raison, je crois, qu’on les a traités de « violents » ; eux prennent le royaume de Dieu de force. Ils n’attendent pas ceux qui le leur donneront, ni ne guettent ceux qui les choisiront. Ils occupent le trône de leur propre autorité, et se ceignent eux-mêmes du diadème298. […] D’eux-mêmes, ils accaparent leur bonheur. Ce sont ceux-là qui se renient eux-mêmes et qui perdent leur vie. Mais en contrepartie, ils reçoivent le maître des âmes299.

Une personne droite et juste ne s’aime donc pas pour elle-même. Elle oriente en effet tout son amour vers Celui qui l’a rachetée303.

Dons et charismes

Jadis, ce mystère de la chrismation conférait aux baptisés des charismes de guérison, de prophétie, de langues et bien d’autres encore, témoignant ainsi devant tous du pouvoir surnaturel du Christ. Ces charismes furent indispensables tant que le christianisme s’implantait et, avec Lui, la vraie foi. De nos jours, quelques-uns bénéficient encore de ces dons146. Tout récemment, des hommes ont prédit des événements futurs, chassé des démons et guéri des maladies par leur prière. Ces merveilles, ils les ont accomplies non seulement de leur vivant, mais encore de leur tombeau, car l’énergie de l’Esprit ne quitte pas ces êtres bienheureux, même après leur mort147.

Surveiller nos pensées, bannir l’inquiétude

Nous devons donc, avant tout, essayer de détourner l’œil de notre âme des choses vaines. Laissons au contraire de bonnes idées envahir notre cœur, pour qu’à aucun moment, les mauvaises pensées n’y trouvent place221.

Avant tout, pensons à Celui qui est le dispensateur de tous ces dons, à Son extrême beauté, à Sa bonté, à Sa prédilection pour le genre humain et à l’immensité de Son amour222.

Après avoir contemplé de si redoutables mystères, comment nos yeux s’attarderaient-ils vers ce qui est inconvenant ? Nous rendant compte de la grandeur de notre dignité, nous ne trahirons pas aisément226.

Soyons vigilants afin d’éviter la suffisance qui précède le péché, ainsi que la honte et la crainte qui le suivent230.

Servons-nous de nos meilleures pensées comme conseillères, appliquant notre esprit à leur acquisition par l’étude. Éprenons-nous de l’amour de ce qui est véritablement bon ! Cela exige une méditation soutenue. Si notre esprit est occupé par de viles pensées et s’y arrête, c’est sa ruine235. Nous devons, au contraire, poursuivre la contemplation du bien236.

Les hommes de foi sont en éveil et ils s’attaquent à la racine du mal dès le début. Ils gardent leur cœur pour Dieu seul, Lui consacrant leur esprit comme un sanctuaire279.

Il est donc de la première importance pour nous qui vivons en Christ, d’être libres de tous soucis. Même si quelque chose nous semble utile et occupe notre volonté, cela ne doit pas nuire à notre détermination280.

Quand nous sommes incertains d’obtenir ce que nous désirons, nous sommes inquiets, une angoisse absurde s’empare alors de nous au sujet de ce que nous voulons obtenir et des moyens à employer pour y réussir281. […] Dans ce cas, ne faisons place ni aux préoccupations ni à la crainte. Nous entrerions alors dans ce qui fait l’inquiétude. Ce qu’on ressent est pourtant de la douleur, comme si le mal était présent282.

Rien de ce qui engendre l’angoisse ne trouble l’âme de ceux qui vivent en Christ. Ils sont libérés des inconvénients qui naissent de leur inquiétude. Ils ne se soucient pas des biens présents. Dans le travail qu’ils accomplissent pour vivre, ils connaissent le but de leurs occupations282. […] Ils ne s’inquiètent pas, même s’ils tardent à l’obtenir. Ils savent très bien que leurs prières seront exaucées. Ce qui leur arrive leur semble être le plus avantageux et ce qui correspond le mieux aux intentions pour lesquelles ils avaient prié. Tels sont ces voyageurs qui, ayant trouvé un guide capable de les conduire sans dommage à destination, n’ont peur ni de s’égarer ni de manquer de toit pour la nuit. Ceux qui s’en remettent entièrement au Sauveur, à qui tout est possible, abandonnent tout souci pour eux-mêmes. A Lui seul, ils ont confié leur existence et leurs soucis. Leur âme est donc libre de toute inquiétude284.

Les pièges du diable

Quelle faute nous empêcherait de retourner immédiatement vers Lui ? Voici le piège et la ruse de notre ennemi commun : Il nous pousse au péché avec une audace éhontée. Puis, après nos pires excès, il fait naître en nous remords et crainte irraisonnés230.

Nous connaissons des témoins qui, après s’être dévêtus, se sont imposé tous les efforts pour le bien et la vertu. Ils ont fini, pourtant, par s’égarer dans les pires excès. Ils s’étaient d’abord réfugiés sur les montagnes. Fuyant tous les bruits et la vie en société, comme la peste, ils voulaient ne se préoccuper que de Dieu seul. Avec toute l’énergie dont des hommes sont capables, ils s’étaient surpassés en exploits magnifiques et comptaient obtenir de Dieu mieux encore. Mais, dès qu’ils ont relâché quelque peu leur espérance et leur confiance entière en Dieu, ils se sont, tout à coup, livrés aux actions les plus honteuses et n’ont reculé devant aucun vice242.

Bonnes et mauvaises raisons de se repentir

Quand nous prenons conscience de nos péchés pour nous en repentir, nous éprouvons de l’affliction. Nous méprisons alors le plaisir tiré de ces péchés et nous combattons une passion par son contraire. […] Notre douleur devient alors la rançon pour nos péchés, dont elle nous purifie. Il n’est pas besoin d’autre châtiment !277.

Ce ne sont pas, pour tous, les mêmes raisons qui rendent douloureux le péché. Certains pleurent d’orgueil, car ils avaient une très haute opinion d’eux-mêmes et ce qu’ils réalisent contredit leurs espérances. La perte de leurs récompenses est, pour d’autres, ce qui les afflige. La plupart craignent le châtiment. Les meilleurs, dans leur amour pour le législateur, ne supportent pas la transgression de la Loi. Certains, parmi les justes, tiennent le premier rang : car ils n’agissent ni par crainte des châtiments ni par espérance de gains ; seul les meut l’amour de Dieu. […] Les autres se tourmentent, en eux-mêmes, pour ressentir, en eux, la douleur. En fait, s’ils pleurent leurs péchés, c’est parce qu’ils s’aiment eux-mêmes !285

Seule est saine la douleur qui provient de l’amour de Dieu !286

Trois motifs nous inspirent le respect de Dieu : la crainte des châtiments qui attendent les impies ; la bonne espérance de ceux qui vivent dans la piété ; enfin l’amour pour Dieu et pour le bien. Mais aucun de ces motifs ne touche l’âme de ceux qui ont décidé de violer les lois de Dieu278.

Le bien tend à se répandre

L’action de Dieu consiste toujours à communiquer Sa bonté ; c’est dans ce dessein qu’Il accomplit toutes choses. C’est le but des événements passés et à venir, puisque « le bien tend à se répandre et à se communiquer » (Denys l’Aéropagite, Des noms divins, IV ; cf. Gr. de Nazianze, Discours 38,11)65.

Les êtres qui participent au bien sont amenés à le montrer dans leurs actes, car la nature du bien est de se répandre et de se communiquer. De même que tout être vise au bien, de même, la nature du bien est de se communiquer à tous les êtres291.

Amour et bonté, signes de la vie chrétienne

La douceur, la maîtrise de ses passions et la patience envers ceux qui nous offensent : : voici la vraie sagesse que le Sauveur donna au monde247.

Telle est la vie en Christ : cachée, mais manifestée par la lumière des bonnes œuvres, c’est-à-dire, par l’amour. Car dans l’amour resplendit l’éclat de toute vertu. Autant que le peut l’effort humain, l’amour constitue la vie en Christ314.

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