Daniel Vigne – L’unité des savoirs, 93 pensées inédites (1981-2025) ©www.danielvigne.fr [pdf 35 pages].
L’unité des savoirs
La dispersion de nos connaissances pose problème. Aux mirages de l’érudition (1), aux dérives de l’intellectualisme (2), au savoir morcelé (3), il faut répondre par un acte d’intelligence qui met en lien (4), qui va vers l’unité et la simplicité (5), vers une synthèse (6) : lent travail que ce site aimerait illustrer.
1. Mirages de l’érudition
1981 – Infos
Informations, informations. Agressives, bariolées, inutiles. Est-ce tellement mieux que quand chacun vivait à l’ombre de son clocher ? Je me demande si on n’y a pas gagné en surface ce qu’on a perdu en profondeur. L’esprit de clocher avait ses tares, l’esprit de télé en provoque d’autres.
1982 – Legenda
L’histoire, l’histoire : pour se la mettre sous la dent « telle que les choses se sont passées » ils sont comme des fourmis à grappiller les faits, à construire et reconstruire ce que le prochain historien va détruire. Ils se dispersent dans une poussière de connaissances dont, à la fin, plus personne ne sait rien.
J’opte résolument pour la légende : étymologiquement, pour « ce qui est à lire » dans l’histoire.
1983 – Savant
Tel auteur m’agace, mais comme j’admire sa science ! De ces deux sentiments, je ne sais lequel prendra le dessus.
1983 – Érudits
Les écrivains savants ont la manie des notes. Elles sont là comme un essaim de mouches au bas de chaque page, quand toutefois elles ne l’envahissent pas complètement.
Et non seulement ils font comme s’ils avaient tout lu des livres qu’ils citent, mais c’est comme si le lecteur lui-même était censé connaître huit langues, et avoir tous ces livres dans sa bibliothèque. Poudre aux yeux !
1981 – 614
Vient d’arriver à la bibliothèque, en 614 pages, un Traité d’anthroponymie houtzoule dont le contenu me semble extrêmement fastidieux. Il y a vraiment des gens qui ont du temps à passer sur de tels sujets ?
1991 – M
Je confonds Malraux, Mauriac, Maurois ; les deux Blondel ; les trois Dumas ; les quatre Carnot. « Pauvre sens et pauvre mémoire », disait… je ne sais plus qui.
1983 – Acuité
« Tout ce qui est précis est intéressant ». Un éminent linguiste m’a confié ça comme une devise. J’ai eu envie d’ajouter : et tout ce qui est compliqué est inintéressant.
2025 – Cuistres
Les érudits ont le chic pour faire valoir leurs connaissances avec la fausse modestie de ceux qui, du moins en apparence, ne disent que des choses que tout le monde sait.
Cet habile procédé les dédouane de toute posture savante au moment même où ce qu’ils énoncent n’est connu, en réalité, que par très peu de leurs auditeurs ! Les autres, comme moi, se sentent honteusement ignorants, du moins dans le domaine abordé.
La stratégie est bien rôdée, elle assure à son auteur une supériorité tranquille et une aura incontestée.
1997 – « Savance »
Le style universitaire, si apprécié dans le milieu professoral que je fréquente, m’apparaît de plus en plus comme basé sur le mépris. Peu importe ce que vous dites, l’essentiel est que vous médisiez. La hauteur de votre intelligence se mesure au surplomb d’où vous jugez les idées des autres, et l’étendue de votre savoir, à l’aisance avec laquelle vous présentez comme banales et connues des connaissances dont vous êtes seul à disposer.
Cette hypocrisie de savants m’agace. Signe que je ne suis pas fait pour ce milieu… ou précisément, que j’en suis ?
1997 – Savoirs
L’érudition brillante a toujours, finalement, quelque chose d’étroit et de dérisoire. La science du détail ressemble aux commérages : mesquine comme eux, elle aime pareillement médire de tel ou tel, laisser entendre qu’elle pourrait en rajouter, etc. Piètre trésor intellectuel, souvent moins étendu qu’on voudrait le laisser croire.
À l’idéal de celui qui sait presque tout (ou fait semblant), je préfère le modèle socratique, de celui qui ne sait presque rien (ou fait semblant) – mais qui, curieusement, comprend tout !
2008 – JM (1)
Le premier contact que j’ai eu avec un certain intellectuel qu’il n’est pas nécessaire de nommer ici me laissa longtemps une impression étrange. Nous n’étions pas ensemble depuis vingt secondes qu’il ne se mit à me parler de tel auteur, de moi inconnu, auquel il semblait accorder une importance extraordinaire.
L’ayant quitté, je m’empressai de me renseigner sur cet écrivain – dont j’ai, à vrai dire, oublié le nom. J’offris même à mon interlocuteur une cassette audio sur ce prétendu grand penseur.
Il ne m’en remercia ni ne m’en parla jamais, pendant les douze années que nous nous sommes connus !
2008 – JM (2)
L’érudition est une arme que tout intellectuel soucieux de son image doit sortir du fourreau aussi vite que possible dans la conversation. Il faut tout de suite montrer à l’autre qu’on a des références, de préférence inconnues de lui, et ainsi le mettre en position de faiblesse.
Les noms de personnes, en particulier, ont cet effet magique de suggérer à l’interlocuteur qu’on a de quoi lui en remontrer : qu’on a des alliés, physiques ou mentaux. Mais cela n’est, le plus souvent, que bluff et poudre aux yeux.
2000 – Précision
Il y a nécessairement un seuil à partir duquel nos connaissances sont trop précises.
Je sais que Descartes est mort en 1650, c’est bien. Le 11 février à Stockholm, d’un coup de froid attrapé lors de ses enseignements matinaux à la reine Christine, c’est encore mieux. Qu’il avait refusé les soins des médecins de la cour, ne se fiant qu’à sa propre médecine, c’est parfait.
Mais quel intérêt y aurait-il à ce que je sache combien de fois il a toussé, ou à quelle altitude volaient les mouettes ce jour-là ? Savoir, c’est savoir ce qu’il est bon d’ignorer.
1997 – (T)rois
La monarchie française a connu trois dynasties successives : les Capétiens, les Valois, les Bourbons.
Je note que chacune d’elles a pris fin après le règne de trois rois qui étaient trois frères : Louis X, Philippe V et Charles IV pour les Capétiens ; François II, Charles IX et Henri III pour les Valois ; Louis XVI, Louis XVIII et Charles X pour les Bourbons.
Mais cette remarque, utile d’un point de vue mnémotechnique, n’a probablement aucune signification historique particulière. C’est comme ça, voilà tout ! Moralité : quand trois poules vont au champ…
1998 – Dépôt
J’ai visité la Très Grande Bibliothèque, dont François Mitterrand a voulu faire le signe et le symbole de sa propre grandeur. De fait, on y admire une Babel du savoir, avec ses quatre tours et ses onze millions de livres, ses huit kilomètres de rails par où les livres voyagent dans des caissons futuristes, ses deux mille employés, ses halls, ses esplanades.
Mais ce Dépôt légal où viennent s’entasser tous les imprimés de France, du roman de bas étage à la revue porno en passant par les petites annonces et les tickets de cinéma, n’est-il pas en réalité un gigantesque Dépotoir ?
1998 – Chiffres
Les neuf dixièmes des livres archivés par la Très Grande Bibliothèque ne seront jamais étudiés par personne. Et sur les 10% restants, une proportion semblable ne sera consultée, peut-être, qu’une fois par siècle… Ce qui fait d’environ 1% du stock total, soit un peu plus de cent mille livres, le contenu véritablement opérationnel de ce colossal hangar.
Lorsqu’on sait qu’il a coûté sept milliards de Francs, plus un milliard par an de frais de fonctionnement, on est quelque peu saisi de vertige à la pensée que chacun de ces cent mille livres a déjà coûté plus de 120.000 F à la France.
1998 – Semences
Effrayante disproportion, donc, entre le coût d’un tel bâtiment et son utilité effective. Mais c’est la loi du genre : toute production intellectuelle s’appuie sur 99% d’efforts inutiles, pour 1% de résultat effectif. Toutes les bibliothèques, et aussi la mienne, regorgent d’ouvrages qui ne seront pas lus.
Faut-il s’en plaindre ? Regarde les peupliers du parc, comme ils produisent et répandent leurs milliards de semences, qui ces jours-ci blanchissent tout le quartier d’un givre volage : combien d’entre elles germeront ? Et de ces pages même où j’écris, de ces pensées, combien subsisteront, et pour qui ?
1998 – Éden
Au centre de la Très Grande Bibliothèque, on aperçoit derrière les murs vitrés un jardin inaccessible. Rappel de celui dont Adam et Ève sont sortis : au commencement, nous habitions ce Paradis, où il ne fallait pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance.
Mais désormais nous habitons la Connaissance, dont ces murs sont le signe et le temple. Et le jardin d’Éden n’est plus qu’un souvenir, comme ce parc est un espace interdit. Nous avons préféré la Science à la Vie ! Le bois de l’Arbre de la Connaissance, nous en faisons désormais du papier pour nos livres…
1999 – Sumos
Un reportage sur les sumos japonais m’a fait découvrir hier ces lutteurs énormes, à la fois puissants et placides, que l’on engraisse comme des bêtes pour le plaisir de les voir s’exclure d’une petite arène de sable.
Aussitôt après, je visitais la bibliothèque de nos amis dominicains où étaient exposés les plus grands auteurs médiévaux, grands commentateurs des Écritures, tels Nicolas de Lire (« Il avait tout lu !» me dit avec admiration le frère Jean-Hugo), ou grands dogmaticiens tel saint Thomas d’Aquin, le « bœuf de Sicile ». Le rapprochement m’a effleuré…
2. Les tropintelligents
1982 – Dessous
Les modernes et surtout les savants ont l’âme déchiquetée. Autre ce qu’ils savent, autre ce qu’ils croient, autre ce qu’ils croient savoir. Autres leurs profondeurs, autres leurs surfaces.
Je note chez les anciens et les Pères, un sens de l’homme et une conscience d’eux-mêmes infiniment plus ramassée, compacte. J’y adhère. Du moins j’y tends.
2017 – Tropintellignents
Je reste stupéfait par le contraste entre l’intelligence de certains de mes collègues et ce que je perçois comme d’énormes carences en termes de relations humaines, de bon sens moral, de sagesse spirituelle. Comme si l’inflation ou même l’enflure de leur intellect avait paralysé d’autres parties, pourtant essentielles, de leur âme.
C’est évidemment d’autant plus regrettable chez des prêtres et des religieux. Mais ce contraste n’a-t-il pas été pointé du doigt par le Christ ? Il l’observait déjà chez ses coreligionnaires…
2011 – Découplage
Un astronome indien, aux cheveux blancs et aux dents blanches, nous explique avec passion comment les nouveaux télescopes traquent les ondes qui voyagent dans l’univers.
Je regarde cette émission, éberlué par les progrès de la science, quand la caméra, se promenant sur notre bonne vieille terre, croise des vaches faméliques gardées par des paysans misérables.
Et je me dis : entre ces deux plans de la réalité, quel rapport ? Aucun. L’homo scientificus vit hors-sol, hors-humanité. C’est la définition de la folie.
2024 – Cerveaux
La forme d’intelligence que je rencontre chez les Normaliens me rend à la fois plein d’admiration et un peu inquiet. Leur aisance, leur mémoire, leur vivacité sont saisissantes : quoi qu’on fasse, on est dépassé.
Pourtant, je ne souhaiterais pas avoir ces talents quelque peu hors-normes, qui invalident la supposée normalité de ceux qui les possèdent. Une certaine ignorance fait du bien à mon esprit, une certaine nescience me paraît préférable à l’omniscience. Tout gigantisme, y compris cérébral, n’a-t-il pas quelque chose d’une anomalie ?
2016 – Mentalisme
Que la stupidité soit contraire à l’amour, on en conviendra facilement. Que l’intelligence puisse l’être aussi est plus difficile à admettre. Pourtant, il est clair que les plus grandes horreurs et les pires crimes ont été perpétrés par des gens qui n’étaient pas du tout des imbéciles.
Il y a malheureusement une lucidité dans le mal qui fait de la lucidité elle-même un mal. Notre époque trop cérébrale ferait bien d’y prendre garde : le désir compulsif de tout calculer, de tout numériser, la mène à sa perte.
2003 – Cérébraux
Les intellos m’agacent. Preuve que j’en suis, sans doute. Mais j’en diffère aussi par un sens du concret, du geste, du corps, de l’histoire, qui m’éloigne de leurs jeux de langage et de leur culture livresque.
Je viens d’entendre, par exemple, un certain Daniel Lindenberg épingler ceux qu’il nomme Les nouveaux réactionnaires – catégorie mentale typique d’un intellectuel « branché ».
Il manie ce concept avec beaucoup d’habileté, mêlant l’ironie à l’érudition. Mais, caché derrière sa moustache, il ne disait rien avec ses yeux, ses mains, son corps. Il ne parlait qu’avec sa tête. On aurait dit… un bilboquet.
2013 – Élévation
Il y a des gens très intelligents auprès desquels on se sent bête. Il y en a d’autres auprès desquels on se sent intelligent. Les seconds sont évidemment préférables aux premiers et supérieurs à eux.
J’aime cette délicatesse, cette finesse d’esprit avec laquelle un être plus intelligent que moi me communique une part de ses lumières, comme à un frère et en toute simplicité. Je suis au contraire de plus en plus réservé face à ces érudits, grands docteurs et autres beaux parleurs qui m’assènent leur savoir et leurs certitudes.
2014 – Bavards
La jactance m’insupporte. Ces philosophes de salon que la télévision convoque, et qui n’ont que leur bavardage à y faire valoir, sont des cafards puants et nuisibles. Comment ont-ils perdu de vue le sens et l’essence même de notre discipline : l’amour de la sagesse ? Mais en vérité, l’ont-ils jamais eu, cet amour ?
Je crois plutôt que leur talent procède d’un appétit désordonné pour les choses de l’intelligence. Ils n’ont pas le goût de l’évidence, ils ne sont prêts à mourir pour aucune conviction. Ils ne savent que briller dans les salons.
2016 – Discorde
La rivalité des intelligences est leur persistance dans la bêtise. Plus elle veules s’élever l’une au-dessus de l’autre, plus elles se dévaluent et se fragilisent. Quel gâchis d’énergie que de chercher à se montrer le plus instruit, le plus savant, le plus malin !
Mais aussi bien sur le terrain politique que médiatique, et dans le milieu universitaire comme dans celui des affaires, cette concurrence fait loi. Je rêverais, pour ma part, de réflexion commune et de conciliabules dans lesquels on chercherait plutôt la convergence…
1999 – Règle
Je commence à mesurer la distance qui sépare la sagesse que je recherche et le discours intellectuel ambiant.
Les sophistes d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, n’ont en effet qu’une règle : plaire. Un seul critère : l’agrément. Leur parole est plaisante, voire complaisante. Pourvu que cette attente soit honorée, il leur est loisible de dire n’importe quoi.
Pour ma part, je désire et j’accepte que ma pensée se construise sur d’autres bases et puisse être critiquée selon d’autres normes. Je ne demande pas qu’elle plaise : je demande qu’elle soit vraie. Plutôt la rudesse de la vérité que les chatoiements de l’erreur !
2014 – Raphaël
Son allure de dandy, son propos volubile, son étonnante érudition nous promènent dans tous les sujets possibles, en compagnie d’un invité auquel il donne brillamment la réplique. On dit qu’il a vécu avec Carla Bruni avant qu’elle n’épouse Nicolas Sarkozy.
Grand séducteur, sans doute, mais surtout grand intellectuel. Raphaël Enthoven m’apparaît comme l’icône de la culture post-moderne : un savoir sans sagesse et sans religion, éclectique, bâti de bric et de broc comme le studio de son émission…
2014 – Enthoven
En observant plus attentivement le « jeu » des intervenants de l’émission Philosophie, je remarque à quel point ils sont indifférents à ce qui les entoure – sauf quelques images chocs devant lesquelles ils s’attardent.
Évoluant dans un décor inhabitable et absurde, où de temps en temps on leur sert le café, ils ne sont nullement gênés par cette insignifiance, pourvu qu’ils puissent continuer à jouir de leur intelligence et à échanger leurs idées.
Nous sommes là en plein gnosticisme, à la fois pédant et désincarné.
2001 – (Im)postures
J’ai bien ri en lisant le livre de Sokal et Bricmont sur les « impostures intellectuelles ». C’est un excellent coup de griffe lancé aux sophistes d’aujourd’hui, à leur jargon, à leur faux savoir scientifique.
Mais il faudrait élargir la critique. Ces gens-là ne nous bluffent pas seulement lorsqu’ils nous parlent de relativité ou de mécanique quantique : ils nous trompent quand ils prétendent éclairer notre vie et nos mœurs, dans la mesure où les leurs sont incohérents et chaotiques.
Qui osera l’écrire, et les attaquer sur ce plan ?
2014 – QI
Ce n’est pas la bêtise qui tuera le monde, mais l’excès d’intelligence. Je suis de plus en plus frappé par la puissance ravageuse de cette intelligence surdimensionnée, devenue folle. La technoscience est un de ses lieux favoris, mais elle s’illustre aussi en politique, en philosophie, dans l’art, dans les médias…
De grands esprits qui manquent de cœur fascinent les foules et les mènent à l’abîme. Ils sont les plus dangereux des hommes, quoique souvent les plus séduisants. Ils sont, sur cette terre, les suppôts de Satan.
3. Le savoir en morceaux
2020 – Section
En Terminale, j’ai eu pour manuels de philosophie deux livres intitulés « La connaissance » et « L’action ». Division hautement significative : d’un côté le savoir, de l’autre le faire, sans que l’on voie par où ils sont reliés.
Maladie de la modernité, qui se dote d’un cerveau surdimensionné et d’un corps surpuissant, mais malheureusement, sans qu’un cœur les unisse. Summum de la connaissance : la science. Summum de l’action : la technique. Dans ce dyptique, où sont passés la beauté, la souffrance, le mystère et l’amour ?
1995 – Savoir (1)
Science et technique sont parvenues à un tel degré de complexité que je me demande comment tout ce savoir pourra être engrangé par les générations futures. Il est possible que bien des connaissances disparaissent, faute d’héritiers pour les recueillir.
Il en serait comme de ces innombrables langues (des centaines chaque année) qui, paraît-il, s’éteignent faute d’usagers. Elles ont fait partie du patrimoine humain, mais la plupart d’entre elles sont perdues à jamais.
1995 – Savoir (2)
L’augmentation des connaissances n’est pas un processus linéaire : il comporte des effondrements périodiques, d’inévitables diminutions de capital. L’humanité doit oublier pour apprendre.
Les encyclopédistes de toutes les époques ont voulu résister à cette fatalité : mais vient un jour où leur entreprise de sauvegarde est elle-même engloutie. Un beau matin, la bibliothèque d’Alexandrie brûle, et personne ne la reconstituera jamais !
Il est possible, au fond, que ces progrès et ces reculs du savoir oscillent autour d’une constante. L’homme disposerait d’un certain volume de connaissances, auquel tout ce qu’on ajoute suppose de faire de la place en faisant disparaître une partie de ce qui s’y trouvait.
Si c’est le cas, il est heureux que la science progresse par autocritique et auto-simplification : faute de quoi elle finirait par nous rendre bêtes.
2001 – Invisibilia
On parle de la science comme du savoir par excellence, dont les diverses sciences seraient des sous-ensembles. Mais c’est cette science elle-même qui est un sous-ensemble, et elle n’en est qu’un département très limité !
Ce qu’on appelle la science n’est qu’une science, celle du monde visible et matériel. D’immenses domaines lui échappent, qu’elle a malheureusement tendance à nier.
Qui nous ouvrira les portes de ces espaces spirituels, de ces liaisons invisibles ? Saint-Exupéry avait raison : on ne voit bien qu’avec le cœur…
1997 – Spécialité
La spécialisation comporte un paradoxe : c’est que l’on y particularise des aptitudes qui pourraient s’exercer dans toutes sortes de domaines.
Le domaine précis auquel on s’attache n’est nullement évident dès le départ : le « spécialiste » n’est pas quelqu’un qui s’est découvert des capacités spéciales à faire ou à connaître ceci ou cela, mais au contraire, des dispositions très générales, qu’il va concentrer sur tel ou tel domaine de connaissance ou d’action. On ne naît pas spécialiste, on le devient.
En ce qui me concerne, sans doute est-il temps de faire le choix qui convient.
2024 – HPI
L’attention que l’on porte aujourd’hui aux surdoués est marquée par une culture de la performance. Qu’on le veuille ou non, avoir un haut potentiel intellectuel est valorisée. Un Q.I. dépassant 130 est vu comme un record sportif, et admiré.
Mais l’excellence dans un domaine se paye souvent par une déficience dans d’autres domaines : quand une faculté est exacerbée, les autres souffrent. À l’anthropologie de l’exploit, il faut préférer celle de l’équilibre, de l’harmonie, de la modestie, de la modération et de la complémentarité.
2007 – Transversalité
Quelle autre approche possible du savoir que le désir de « possession territoriale » qui prévaut parmi les savants ?
Chacun occupe son créneau, se taille son petit empire, et de là regarde les autres comme des rivaux. Logique guerrière, où les coups de bluff et l’intimidation de l’adversaire (par les coups de canon de l’érudition) sont aussi nécessaires que le brandissement du drapeau (le diplôme) et l’écrasement des contradicteurs.
Mais moi, mes chers amis, je voyage sans armes, sans titres de propriété, et je traverse volontiers vos frontières.
1995 – Talents
Virtuosité du pianiste, précision du chirurgien, énergie du sportif, génie de l’écrivain, force de l’homme politique : que de talents, dont chacun semble franchir les limites du possible !
Je reste stupéfait devant cette aptitude multiforme de l’être humain à se dépasser lui-même en dépassant les autres. On dirait qu’une aspiration infinie porte l’humanité au-delà de toute frontière, et choisit des êtres particuliers pour les franchir. Chacun d’eux fait brèche, élargit le passage, et à sa suite en viendront d’autres qui porteront l’effort plus loin encore.
Pourtant, cette vision générale ne répond pas au problème de fond qui reste celui de la destinée individuelle, en l’occurrence la mienne. À quoi bon être ceci ou cela dans l’aventure totale de l’espèce humaine, puisque j’y serai de toutes façons oublié, enseveli ? Pourquoi porter ma pierre à cet édifice gigantesque, qui sera mon tombeau ? Et quelle dérision de s’enorgueillir de tel ou tel exploit que la prochaine génération considérera comme primaire !
Ce n’est donc pas de manière collective et comparative que j’ai à envisager mon existence. Le secret se trouve ailleurs. La vraie réussite n’est pas de s’élever au-dessus des autres, dans je ne sais quelle compétition indéfinie, mais d’être avec eux et pour eux un vrai vivant, un éveillé. L’infini n’est pas pour demain : je le respire en ce moment même.
Seigneur, délivre-moi de l’insatisfaction, mirage menteur, dépréciatif et dérisoire. Délivre-moi du ridicule de vouloir être grand. Merci pour mon petit talent, car il est tout, car il est… Toi.
2011 – Découpages
Les études supérieures tendent de plus en plus à focaliser l’intelligence et les connaissances du chercheur sur un domaine précis, à l’exclusion des autres. Cette spécialisation est sûrement efficace d’un point de vue scientifique, mais discutable du point de vue humain et spirituel.
Ne vaudrait-il pas mieux que chacun soit capable d’exercer plusieurs métiers, de voyager entre plusieurs domaines du savoir, et surtout, d’en faire l’unité dans sa personne et dans sa vie ? Poser la question, c’est y répondre.
2002 – Basique
À l’exploit, préférer l’équilibre. À la performance, la polyvalence. Que me sert de connaître le sanskrit, si je ne sais pas discuter avec mon voisin de palier ? Ou d’avoir un torse puissant, si mon foie est en mauvaise santé ? Ou d’être connu sur la place publique, si je ne m’entends pas avec ma femme ?
L’excellence véritable n’est pas de briller dans un domaine à l’exclusion des autres, mais d’être « à peu près bon » dans un grand nombre de domaines, et si possible, dans tous les aspects principaux de la vie. Il y a là une sagesse… élémentaire, mon cher Watson !
2004 – Panacée
Plutôt savoir un peu de toutes choses que tout d’une seule chose, dit Pascal, et il a raison. Il ne s’agit pas ici de dispersion, mais de répartition.
Je vis sur ce modèle qui invite à de ne rien oublier, ou le moins possible. Je veux avancer sur tous les fronts où je suis engagé, sans en négliger aucun : familial, professionnel, ecclésial, corporel, spirituel, matériel, intellectuel…
Par petites touches, je passe mes journées à y pourvoir, empêchant chaque aspect de prendre le pas sur les autres. C’est moins glorieux que d’être un spécialiste, mais plus équilibrant.
2006 – Polymathie
Lanza del Vasto le disait, Gandhi aussi, quoique d’une autre manière : une éducation réussie est polyvalente. Elle n’a pas pour but de transmettre des compétences, mais d’épanouir des personnes, de les déployer dans toutes leurs dimensions.
D’où, chez Gandhi, la place du travail manuel à l’école et le refus de l’hyperspécialisation. D’où surtout, chez Lanza, une certaine vision de l’homme, harmonisant ses facultés sans en minimiser aucune : il ne s’agit pas de performance, mais de complétude.
Il y a là une sagesse dont j’ai bénéficié et que j’aimerais transmettre.
2007 – Diagramme
Disposer les diverses facultés de l’esprit en étoile, comme Lanza del Vasto aime à le faire, n’est pas seulement une démarche théorique. Derrière cette schématisation abstraite, parfois un peu arbitraire, il y a un message éthique et pratique qui est le suivant : ne développez pas tel aspect de votre personne au détriment des autres.
Toutes les dimensions de votre être méritent d’être honorées, comme une étoile rayonne dans toutes les directions. Que dirait-on d’un astre qui n’aurait qu’un ou deux rayons ? Une anthropologie stellaire, c’est le refus et le rejet de l’hyperspécialisation.
2001 – Morcelage
La subdivision scolastique d’un exposé, d’un cours ou d’un programme est le plus sûr moyen d’en oblitérer l’essentiel. Plus je fractionne le savoir, moins j’en sais. « Multiple savoir, belle supercherie », disait déjà Héraclite.
Certes, ce fractionnement est pédagogiquement utile et psychologiquement rassurant. Mais je ne me laisserai pas entraîner à la manie intellectuelle dont témoignent les manuels de philosophie thomiste : parties, sous-parties, chapitres, paragraphes, alinéas… La dissection est dessiccation.
2001 – Dichotomie
Toute réalité que je subdivise ne devient plus claire que dans la mesure où elle n’est pas spirituelle. Tout ce qui relève de l’esprit ne se comprend, au contraire, que sur le mode du lien et de l’unité.
C’est ce que n’a pas vu Descartes lorsqu’il prescrit de « diviser les difficultés ». Car en coupant une vérité en deux, je n’obtiens pas deux vérités, mais deux erreurs, de même qu’en coupant un être vivant, je n’obtiens que deux moitiés d’un cadavre, et qu’en décomposant le mouvement ; je n’obtiens qu’une série de points immobiles.
1997 – Structures
Il me semble que la pensée peut difficilement dépasser trois étages d’organisation, je veux dire trois subdivisions du type « deuxième chapitre, cinquième paragraphe, quatrième alinéa ». Si elle en envisage d’autres, en amont ou en aval, c’est en perdant de vue une partie de ce premier champ de conscience, qui est déjà maximal.
Visualiser clairement cette arborescence à trois niveaux suppose en effet une certaine habitude, et une hiérarchisation claire (ce pourquoi je préfère les notations différenciées, du type II-5-c aux notations indifférenciées du type 2.5.3).
1999 – Duplice
Les symétries parfaites ont quelque chose de troublant, tant sur le plan physique qu’intellectuel. On dit souvent qu’un visage parfaitement symétrique est perçu comme anormal.
Pour ma part, ce sont surtout les systèmes de concepts, les constructions mentales qui me perturbent, dès lors que j’y rencontre un équilibre impeccable, une bilatéralité sans reproche.
C’est comme si l’on se trouvait devant deux figures humaines, dont on sait que l’une n’est que le reflet de l’autre ! Il faut briser le miroir, sortir de cette magie qui n’est pas sans rapport avec l’antique fruit défendu.
2001 – Calculite
Avoir la mémoire des chiffres est une espèce de maladie, signe de mécanicité de l’intelligence, symptôme certain d’une sclérose mentale. Je plains ceux que leur métier ou leur fonction oblige à enregistrer des chiffres en grand nombre : c’est une certaine partie de leur esprit (je leur laisse le soin de calculer laquelle) qui s’en trouve encombrée.
La catégorie de la quantité, si importante qu’elle soit, ne doit pas étendre ses ramifications au-delà des certaines circonvolutions cérébrales. Passé cette limite, elle est à réprimer.
4. L’intelligence comme mise en lien
1995 – Inter-legere
La connaissance n’est pas une collection de choses sues, mais un réseau de relations entre des choses qu’on ignore, ou du moins, que l’on connaît très mal. Elle ne se définit pas en termes de possessions effectives, mais de connexions potentielles. Elle est toujours en puissance plus qu’en acte, et son acte est toujours plus qu’un acte, et cet acte est toujours d’inventer des liaisons.
La connaissance vise à inter-legere, c’est-à-dire à relier ce qui était disjoint, à créer des ponts, et des ponts reliant les ponts eux-mêmes…
1983 – Conception
Aux concepts qui définissent clairement leur objet (si affectionnés par la scolastique), il faut préférer les concepts qui impliquent et relient plusieurs objets.
L’idée en effet n’est pas un moule appliqué sur les choses, c’est un pont jeté à travers les choses et dans l’esprit. L’idée est « vectorielle », indicative, relationnelle. Au fond, il n’est d’intelligence que symbolique.
1984 – Intuitio
L’analyse étale, la synthèse superpose. L’esprit logique est analytique, il distingue et divise. L’esprit intuitif est synthétique, il relie et unit. L’intuition est donc supérieure.
L’esprit de géométrie, comme l’appelle Pascal, s’intéresse à la quantité. Il atteint son objet de manière extérieure et métrique. L’esprit de finesse vise la qualité, la valeur intime. Il la saisit de l’intérieur et de façon immédiate. Il va donc plus loin.
L’esprit analytique descend, l’esprit synthétique monte. Le premier se termine dans l’objet, le second dans le sujet. Le premier court après l’objet, mais celui-ci lui échappe et s’émiette. Le second l’attire à soi, l’assimile et l’infuse ; il est donc préférable.
Le propre de l’intuition, c’est le sens hiérarchique. C’est l’art d’aller à l’essentiel. C’est la capacité de distinguer une vérité première en conséquence. L’analyse veut tenir compte de tout, l’intuition marche par préférences. Elle se greffe constamment sur ce qui est meilleur. Elle est donc plus fiable.
1986 – Intuiter
L’intuition est un raisonnement rapide. Le raisonnement est une suite d’intuitions.
2011 – Système (1)
On oppose quelquefois la pensée linéaire et la pensée circulaire, comme la déduction à l’intuition. Mais il serait dommage de priver la seconde forme de pensée de la force de la première, en y voyant une visée vague et décousue.
Car l’intuition a sa cohérence, sa logique, que je vois se déployer dans des « colliers » d’idées. Chacune a une place précise, qui tient compte de ses voisines, mais qui est éventuellement modifiable, sans ruiner l’harmonie de l’ensemble. Et surtout, ces perles sont reliées par un fil unique, unificateur…
1995 – Méthode
« Avoir une méthode, c’est ne rien trouver », dit René Girard. Je conteste doublement cette formule, certes intéressante, mais trompeuse.
D’une part, elle est quelque peu pédante dans la bouche d’un homme qui a tant travaillé, et non pas sans méthode, pour trouver ce qu’il a trouvé. On croit entendre un grand sportif faire des coquetteries pour ne pas parler de ses heures d’entraînement ! Qu’on ne me dise pas que la pensée de Girard s’est construite sans méthode, et surtout, qu’il ne le dise pas lui-même, car ce n’est pas vrai.
D’autre part, il n’est pas vrai que la méthode ferait passer à côté de l’essentiel, en sorte qu’on ne pourrait rien en attendre dans l’ordre de la découverte. Toute invention géniale s’enracine dans un patient effort.
La trouvaille, certes, déborde la méthode : mais elle la suppose. Et quand bien même une découverte se ferait par pur hasard, que peut en retirer celui qui ne sait pas y mettre de l’ordre et la faire fructifier ?
Ne pas avoir de méthode, c’est non seulement risquer de ne rien trouver, mais être sûr de ne rien faire de ce qu’on a trouvé.
1997 – Système
Il est de bon ton de critiquer les systèmes, comme étouffant la pensée vivante et la philosophie en acte. Le système serait le résidu de la pensée une fois morte, son squelette.
Je crois plutôt que tout réel effort de pensée s’organise inévitablement en système, et que cette systématisation manifeste justement la vitalité de la réflexion.
Plus un penseur est grand, plus son œuvre est porteuse d’une architecture forte, d’un ensemble structuré de concepts et d’affirmations. J’aimerais les dégager chez tous les auteurs que j’étudie, y compris les plus réfractaires, comme Gabriel Marcel.
1995 – Culture
Il est une quantité invraisemblable de choses que nous savons comme ne les sachant pas, c’est-à-dire superficiellement et par ouï-dire. Ces pseudo-connaissances flottent dans nos têtes de telle sorte que leur évocation nous est familière, mais sans que nous soyons capables de les situer. L’approximation est notre lot, et notre faiblesse.
Ne serait-il pas possible de se dégager d’un tel brouillard ? Et si oui, comment ? À en croire Spinoza, ce premier « genre » de connaissance peut-être dépassé par l’accès à la rationalité, à l’articulation logique.
Je souhaite faire un effort dans ce sens : non pas celui d’un intellectualisme desséchant, mais simplement celui d’une intel-ligence vivante, capable de lier et de mettre en relation ce qui mérite de l’être. Je décide de mettre ma raison au service de ma mémoire, et de partir à la conquête de ce tout ce que je « sais » sans avoir fait l’effort de « savoir que je le sais ».
La méthode ? Elle est simple : relier, toujours relier. Rattacher l’imprécis au précis, par cercles concentriques, et ainsi élargir peu à peu mon réseau de connaissances « fiables ».
Ce travail sera long et ardu. Il n’en est pas moins nécessaire. Il ne s’agit pas (surtout pas) d’accumuler des références hétérogènes, de chercher à devenir un dictionnaire ambulant : l’entreprise se rapproche plus de l’Encyclopédie de Hegel, ô combien systémique, que de celle de Diderot. Pas d’éclectisme, donc, mais un réel effort de synthèse et de sérieux. Ma culture, au sens actif (Bildung), est à ce prix.
1989 – Un
Prise de conscience nocturne, sur cette terrasse face aux montagnes. Les lumières de la nuit et celles des étoiles étaient impossibles à distinguer. Feux des hommes, feux des astres trouaient identiquement la nuit de leur petit scintillement tremblé. Et dans mon esprit, comme une grande clarté, cette vérité que tout est un.
Le lointain et le proche nous sont connaturels, l’atome est notre frère et l’étoile notre sœur, le monde créé et le monde fabriqué sont un seul monde, notre humble terre et le ciel divin sont un seul monde. Nos microscopes sont faits d’atomes, nos télescopes sont faits d’étoiles. Tout est un, fondamentalement.
De cette vérité ontologique découlent un certain nombre de conséquences morales, et d’abord le devoir de communion qu’elle m’impose à l’égard de tout homme. Chaque homme est du même tissu que moi, de la même substance, de la même étoffe…
Nous sommes un, même si nous sommes aussi uniques. Nos différences, au niveau naturel, n’existent que comme des expressions diverses d’une seule et même réalité. En elle nous sommes unis sans même le vouloir, foncièrement, définitivement.
Traduire cette unité de nature en communion de personnes, telle est l’œuvre de la volonté ; tel est le choix libre auquel nous sommes appelés. Peut-être est-ce finalement notre seule tâche en ce monde.
2000 – Liens
« Je ne vois pas le rapport », disent les gens pour indiquer qu’ils n’ont pas compris. Et de fait, comprendre, c’est mettre en rapport. C’est établir ou percevoir des relations là où apparemment elles font défaut. C’est relier, à la fois dans l’espace et dans le temps, des réalités qui semblaient séparées.
L’intelligence, Lanza del Vasto a raison de le dire, est inter-ligence, liaison entre les choses qu’elle examine. Je retrouve dans cette affirmation tout ce que j’ai moi-même écrit sur la lecture, la religion… et les fils électriques (tant pis pour les inintelligents qui ne « voient pas le rapport ») !
1998 – Système
« L’enseignement que tu as reçu est déjà trop vaste pour l’esprit humain » (Si 2, 23). De fait, mon but ne saurait être d’accumuler des connaissances au point de devenir, comme disait Saint-Exupéry, un « livre qui marche ».
En réalité, j’en sais déjà trop, ou du moins bien assez. Mais ce qui est désormais impératif, c’est de relier ces connaissances les unes aux autres, de les organiser en cercles et en cycles, d’une façon authentiquement encyclopédique : non point celle de Diderot et de ses collaborateurs, mais celle de Hegel et de Lanza, digne d’un penseur.
2022 – Intelligence (2)
Origène use abondamment du mot νοῦς, que la plupart des traducteurs rendent actuellement par « intellect ». J’y résiste, à cause du caractère quelque peu élitiste du mot « intellectuel » (surtout comme substantif) et du caractère péjoratif du mot « intellectualiste ».
Je préfère dire « intelligence », mot plus large et plus neutre, surtout quand on l’entend au sens étymologique : inter-legere, « faire du lien entre », mais aussi « choisir parmi », ce qui suggère qu’elle ne doit pas partir dans toutes les directions, mais être régulée.
1998 – Réseau
Si ces pensées sont comme des points, les mettre en relation (je le fais ces jours-ci, au prix d’un gros travail de classement) crée entre ces points comme des lignes, à l’intersection desquelles sont créés de nouveaux points, lesquels peuvent être reliés par de nouvelles lignes, et ainsi à l’infini !
Le nombre de lignes ainsi créées (en supposant les points placés régulièrement, en cercle) croît assez vite, selon une fonction f(n) = 1 + 2 +… (n – 1). Quant aux nouveaux points, ils surabondent, mais j’ai du mal à trouver selon quelle fonction.
1998 – 153
Avec un peu de patience, je parviens à calculer le nombre de points créés par des figures régulières à n côtés (ou points initiaux). Pour 4 côtés : 1 point. Pour 5 : 10 points, 5 placés à l’intérieur du cercle circonscrivant la figure, et 5 à l’extérieur. Pour 6 : 31 points, dont 13 intérieurs et 18 extérieurs. Pour 7 : 84 points, dont 35 et 49.
Et pour 8, chiffre biblique de la résurrection… sauf erreur, 153 (49 + 104) ! Le mathématique bascule ici dans le symbolique. Les cent cinquante-trois poissons de Tibériade (Jn 21, 11), fruits du mystère du Huitième Jour…
5. Unité et simplicité
2024 – Éclectisme (2)
Malgré l’intérêt que j’ai porté à beaucoup de choses, comme en témoignent mes Cahiers de culture et toutes les « collections » de ma bibliothèque, j’ai toujours critiqué les savoirs dissociés. Plus encore aujourd’hui, je veux être attentif à la cohérence, à l’unité de cette diversité.
Cela demande un effort très conséquent, car s’il est assez facile d’engranger des connaissances, il est beaucoup plus difficile de se demander quel lien elles ont entre elles, comment les organiser et les hiérarchiser.
2008 – Cultura
Tonneau percé, malheureusement, que celui de mes connaissances. J’ai beau le remplir, il fuit de toutes parts. D’ailleurs j’y remet périodiquement les mêmes données, les mêmes éléments, qui s’en échappent comme par enchantement.
Mais qu’importe ? La culture n’est pas un avoir, mais un acte, comme on le voit dans la culture physique : il s’agit d’en faire, non d’en posséder !
Je persévérerai donc à apprendre ce que je savais, à m’imprégner de choses déjà connues, puis oubliées. De ces informations, je ne retiendrai pas la matière, mais peut-être la forme, le parfum ?
2001 – Intello ?
Je refuse que mon esprit périsse enseveli sous des montagnes de connaissances, sous des monceaux d’informations. La civilisation médiatique nous gave de savoirs possibles : je lui résisterai. Je n’écarterai rien, mais je discernerai tout.
J’élargirai mon intelligence et je simplifierai mon cœur. Je ne m’engluerai pas dans le savoir, mais j’y trouverai de quoi mieux comprendre et mieux aimer. Et quand bien même ma culture aurait des habits d’Arlequin, j’y ferai habiter mon âme, unique, naïve et palpitante.
2002 – Geist
Je suis professeur de culture générale, terme dont j’aime l’ampleur et la puissance. La seule matière à laquelle rien n’est étranger ! Cet enseignement tous azimuts, incluant des réalités aussi diverses que l’art et la politique, la religion et la littérature, les sciences et la philosophie, me convient à merveille.
Mais plus encore qu’un savoir étendu, je vise à atteindre un savoir profond, unifiant, humanisant. Une sorte de lien entre ces divers domaines, une sève circulant de l’un à l’autre et les structurant de l’intérieur. Ce que Hegel nomme l’Universel, l’Esprit.
1997 – Système
J’aspire à créer un système. Ou plutôt à le voir apparaître comme le soubassement caché, l’ossature secrète de ma pensée.
Je crois avec Leibniz que le vrai doit pouvoir s’exprimer sous forme de propositions simples (et pourtant subtiles), dialectiquement reliées (mais selon une algèbre tout aussi subtile, de type infinitésimal).
Or, aucun des systèmes philosophiques que je connais ne m’offre de modèle pleinement approprié à la démarche que je ressens comme mienne, c’est-à-dire dialogale et théologale. Il faudra le façonner.
2000 – Récapitulation
Environné de tant de savoirs, qu’ai-je à en faire, puisque mon but n’est pas de devenir une bibliothèque ? J’ai à les déchiffrer – non à la lettre, mais dans l’Esprit. J’ai à les relire à la lumière du Christ.
L’exégèse patristique de l’Ancien Testament est ici le modèle d’une herméneutique « tous azimuts », montrant dans le Christ la tête de l’humanité entière et dans sa Croix le chiffre qui l’illumine.
Mon ami Pierre Gardeil a raison de partir de ce principe, que j’espère mettre en œuvre sur mon propre chemin – en Celui qui est l’unique Chemin.
2000 – Alchimie
La transmutation des métaux en or est l’image exacte de ce à quoi j’aspire au plan de mes connaissances, aujourd’hui froides et clinquantes.
Quel miracle en fera un savoir chaleureux, savoureux ? Quel feu consumera cette masse d’informations, la métamorphosera en sagesse spirituelle ?
Je ne veux être ni un érudit, ni un encyclopédiste, ni même, ce qui serait un comble, un spécialiste de culture générale ! Je suis un alchimiste. Tout mon effort ne tend qu’au Grand Œuvre dont le Christ est la pierre philosophale.
2006 – Λαλοῦμεν
« Nous parlons de ce que nous savons » (Jn 3, 11), dit Jésus à Nicodème. Phrase doublement instructive, d’abord en ceci qu’elle s’adresse à un docteur de la Loi, un homme érudit. Comme si Jésus lui glissait à l’oreille que toutes ses connaissances, cet homme ne les a pas vraiment assimilées : il ne parle que de ce qu’il a appris, ce qu’il a lu dans les livres.
Mais nous, dit Jésus (et ce pluriel est l’autre détail remarquable), c’est-à-dire moi et mes disciples, nous parlons avec le cœur ; notre discours vient de l’intérieur. Le christianisme, c’est la religion de l’inspiration.
2001 – Entrelacs
Je suis quelqu’un pour qui, toujours, tout commence. Le sigle « ~ », qui rythme mes pensées, en est la trace : ondulant, ondoyant, il signifie « à suivre ».
D’ailleurs le point final a souvent sous ma plume le sens d’un point de suspension. Sinueuse pensée, qui croise et recroise les mêmes thèmes et les enlace ! Jamais, semble-t-il, je n’atteins le dernier mot d’aucune question.
À moins qu’au contraire, cette course sans fin ne tourne autour d’un centre parfaitement permanent, d’un point focal parfaitement identifiable, autour duquel je virevolte comme un papillon de nuit ?
2024 – Éclectisme (1)
Suis-je trop peu capable de reconnaître et d’apprécier des valeurs culturelles qui diffèrent des miennes ? Peut-être, et dans ce je dois m’en corriger.
Mais le temps n’est plus où je disais : « Tout m’intéresse » de façon un peu naïve, où ma curiosité naturelle et intellectuelle se déployait simultanément dans toutes les directions.
Je sais désormais, ou plutôt je pressens, que le temps est court et qu’il faut choisir. Tant pis, donc, pour l’encyclopédisme. Je me concentrerai sur ce qui me paraît le meilleur.
2020 – Inter
Toute sagesse authentique donne accès à un lieu intermédiaire et médiateur, un espace mitoyen et réconciliateur. À commencer par le bel adage : « Rien de trop ». Il dit parfaitement que le sage ne déborde ni à droite ni à gauche, mais se tient dans un juste milieu.
Socrate jouait avec ce thème en affirmant que son daïmon n’était, comme Éros, ni divin ni humain mais entre les deux. Platon, par la dialectique, cherchait le lien et le passage entre le sensible et l’intelligible. Aristote prônait la vertu comme « médiété ». Et les Stoïciens faisaient remarquer l’existence de « l’indifférent »…
2006 – Summum
Non, la valeur d’une œuvre ne se mesure pas à la quantité des textes produits ; j’aurai beau ajouter des pages à ces pages, et cela jusqu’à la fin des siècles, leur somme ne vaut que ce que vaut chacune d’elles. Il suffirait qu’une seule mérite d’être retenue pour sauver l’ensemble, comme le fruit tout entier se concentre dans sa graine et survit grâce à elle.
Ainsi mon effort quotidien n’est-il pas de bâtir un édifice, mais de trouver la perle rare, l’intuition géniale. Qui sait ? Peut-être m’a-t-elle déjà visité ?
2007 – Acribie
Mon intelligence s’apaise et se simplifie de façon un peu inquiétante. L’habitude des synthèses et des mises en lien me donne une sorte d’aisance tranquille, y compris dans des domaines que j’ignore ou que j’ai peu explorés. Mais n’est-ce pas une facilité trompeuse ?
Il faut éviter le piège (dont Lanza del Vasto ne s’est peut-être pas suffisamment gardé) du généralisme et de l’éclectisme.
Les vérités auxquelles j’adhère n’ont rien à craindre de l’épreuve des faits, bien au contraire. Je veux les vérifier dans le détail, de façon concrète et précise. Au travail !
2015 – Amnésie
Tant de livres lus, de connaissances acquises, de pensées patiemment déchiffrées, qui désormais se simplifient et se synthétisent dans ma tête !
J’ai parfois l’impression de ne plus rien savoir, alors même qu’aucun domaine du savoir ne l’est complètement étranger. Parcourant ma bibliothèque, je n’y croise que des noms familiers (oui, je les connais tous, ces auteurs si variés)… Et pourtant, ce qu’ils disent, je l’ai largement oublié.
On dit que c’est la définition de la culture. J’espère que ce n’est pas plutôt le début de la sénilité !
2006 – Décantation
Ma pauvre intelligence est moins curieuse, moins volubile, moins réceptive aussi qu’autrefois. Elle se simplifie, se concentre.
Je ne voudrais pas que ce processus fût celui d’un tassement stérile, d’un regrettable dessèchement. Je sais qu’il est un effet de l’âge (je viens d’avoir cinquante-deux ans), et que la maturité implique ce type de transformation. Mais plus profondément, je veux y voir un renouveau et une libération.
Oui, préférer résolument la sobre sagesse au pétillement des connaissances livresques ! Et par-dessus tout, l’amour.
2016 – Faille
Ma pauvre tête se vide, mes pensées se simplifient.
C’est comme si, en tout domaine de connaissance, j’avais accès au point par où les savoirs s’articulent, lequel m’intéresse plus que les savoirs eux-mêmes.
Comme si j’avais trouvé la faille ou l’interstice me permettant de circuler librement entre des blocs de savoir que je n’éprouve plus le besoin de pénétrer.
Position très particulière, qui tient à la fois de l’ignorance et de l’omniscience. Je ne me plains pas de cette nouveauté : quoiqu’un peu inconfortable, elle est assez agréable.
6. Vers une synthèse
1981 – Nouée
Tel professeur jésuite m’a dit que ma pensée gagnerait à être encore plus « nouée ». Nouée, pourquoi ? Pour qu’elle ne puisse plus bouger ? Laissez-la vivre !
Mais si je me défends de l’esprit de système, c’est peut-être qu’il me guette ?
1990 – Soif
Voici venu le temps des révisions, des reprises. Rien n’est à négliger dans cette démarche ; mais tout est à relier à l’essentiel.
Tout est à revoir, à retrouver, à découvrir, à reconsidérer ; mais à partir d’un centre, d’un axe et en fonction de lui.
Une immense soif de connaître s’est ouverte en mon âme. Je bois, je regarde, je lis, j’engrange, je macère. Je guéris !
« De quel étranglement, thyrse, sors-tu,
rameau ressuscité tout revêtu
de festons verts et tout riant de vrilles ? »
(Lanza del Vasto, « La vigne »).
1998 – Bilan
J’ai des idées (l’avez-vous remarqué ?). Voilà bientôt dix-huit ans que je les note et les médite, avec une ténacité presque pathologique.
Mais il est temps d’en faire une relecture sommative et critique, une synthèse. Est-il possible que ces intuitions éparses s’organisent, se rassemblent comme les pièces d’un puzzle ?
J’ai des idées, mais suis-je capable, comme on dit, d’aligner deux idées ?
Nos prochaines vacances en pays basque devraient me permettre de le savoir. Je te confie cette démarche décisive, Seigneur !
1999 – Racines
Il faut creuser plus loin. Oser penser plus fort, plus sérieusement, s’enfoncer plus résolument à la recherche du vrai.
Il n’est pas question que ces lignes quotidiennes s’en tiennent à des idées superficielles, se contentent de petites considérations plus ou moins pertinentes sur des thèmes variés. Il en va d’un système, d’un réseau de pensées auquel je n’ai jamais renoncé, et qui finira bien par se dégager.
Sans doute faudra-t-il pour cela choisir, tailler, trancher et retrancher. Mais c’est dans la profondeur que se joue l’unité de ce tout dont je dois dégager les idées maîtresses.
2000 – Pyramide
L’étendue de mes connaissances ne me sera d’aucun secours si je ne parviens pas à les ordonner verticalement : à les hiérarchiser. Dégager les principes, les idées forces, construire le savoir non pas seulement en largeur et en surface, mais en hauteur, telle est la tâche.
Mes recherches sur Lanza del Vasto m’amèneront bientôt à cette nécessaire relecture, très sélective, des données que j’aurai rassemblées. L’étage supérieur comportera forcément moins d’éléments que celui sur lequel il repose : c’est une pyramide qui est à bâtir, avec ses idées mais aussi avec les miennes. Lesquelles incluront celles de l’autre ?
2002 – B.A.BA
Je viens de mettre le doigt sur la faiblesse de ces notes quotidiennes : c’est que pour le moment elles ne construisent rien, ne s’ajoutent pas les unes aux autres, mais se juxtaposent plutôt qu’elles ne se superposent. Dès lors la hauteur de l’ensemble ne dépasse pas celle de ses parties : j’ai là une série de briques alignées, pas un édifice.
Cette prise de conscience me navre. Je ne vois qu’un moyen de surmonter la tristesse qu’elle m’inflige : c’est d’entreprendre, résolument, de passer de cet alphabet aux mots et à la phrase.
2011 – Système (2)
Les pensées de mes carnets ne peuvent pas être mises bout à bout comme les étapes d’un raisonnement linéaire. Mais elles ne sont pas pour autant dispersées et incohérentes.
Je les organiserais volontiers en « bouquets », avec de grandes tiges comme idées directrices, des bourgeons comme idées prometteuses, des fleurs ouvertes comme idées épanouies, et dans celles-ci, un centre autour duquel rayonne une couronne de pétales, le tout disposé avec ordre et précision : bref, une façon de réconcilier esprit de géométrie et esprit de finesse.
2001 – Doctor
J’aspire depuis longtemps à unifier ma pensée, à rassembler mes intuitions en un bouquet, ou mieux, en un système.
Mais il ne s’agissait jusqu’ici que d’un désir personnel de cohérence et de synthèse. J’aspire depuis peu à quelque chose de plus précis : une doctrine, au sens noble du terme.
J’aimerais pouvoir offrir à d’autres ce réseau de pensées dont je sais qu’il m’a construit et me fait vivre. Tant de fadaises, de discours creux se font entendre en ce monde ! Ma parole en vaut d’autres, et sûrement mieux que beaucoup de bavardages.
2008 – Organicité
Serait-il possible, après tant d’années de notes et de réflexions, de dégager les axes philosophiques et théologiques de ces quelque cent dix carnets de pensées ?
Leur unité intellectuelle ne fait pas de doute, ni leur caractère foncièrement religieux. Mais comment s’organise ce corps, quelle en est la structure, la charpente ? J’aimerais voir celle-ci se dégager.
Mon index thématique n’est qu’un classement commode, un outil nécessaire mais insuffisant. Je dois réenvisager cet ensemble, le considérer et le constituer comme un corps vivant – si Dieu, du moins, lui prête vie.
2000 – Sagesse
J’aimerais fondre toutes mes connaissances au feu d’un amour unique, d’une conviction brûlante qui les purifie et les synthétise. Toutes ces miettes de savoir, il s’agit d’en faire un pain comestible. Mais je veux aussi résister aux simplifications réductrices, aux amalgames schématiques, aux généralités superficielles.
Comment tenir l’équilibre entre ces deux exigences, d’unité et de précision ? Sans doute en élaborant un « système souple », capable de s’adapter et d’intégrer des connaissances nouvelles.
2016 – Ordis
Je retrouve avec étonnement, dans les armoires de mon bureau, des carnets, fichiers, classeurs datant de mes études de théologie (1977-1984) et obéissant exactement à la logique des ordinateurs d’aujourd’hui : classement par thèmes et sous-thèmes, indexation systématique, tableaux à double entrée…
Avec une puissance incomparable, l’informatique a pris le relais de cette organisation, mais dès avant l’apparition du PC je m’y retrouvais. En parlant de « noosphère », Teilhard de Chardin n’avait-il pas en quelque sorte prophétisé l’internet ?
2016 – Florilège
Je rêve d’un site internet qui rassemblerait ces pages en un immense bouquet, une arborescence, un réseau fractal et interconnecté. On pourrait y chercher ce qu’on veut, par thème ou par mot-clé. On y voyagerait en toute liberté, mieux que dans un livre et sans les limites inhérentes au papier.
L’aspect esthétique de l’ensemble est essentiel et doit être soigneusement pensé. Je l’imagine conjuguant rigueur et fantaisie, régularité et variété. Le format constant de mes textes s’y prête : chacun serait la tesselle d’une vaste mosaïque…
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Table
1. Mirages de l’érudition
Informations, informations : n° 27.268c – 00.00.1981
L’histoire, l’histoire : n° 28.265c – 00.00.1982
Tel auteur m’agace : n° 29.107b – 00.00.1983
Les écrivains savants : n° 29.105b – 00.00.1983
Vient d’arriver : n° 27.259a – 00.00.1981
Je confonds Malraux : n° 37.116b – 00.09.1991
Tout ce qui est précis : n° 29.218a – 00.00.1983
Les érudits ont le chic : n° 71.775 – 22.12.2025
Le style universitaire, si apprécié : n° 43.117 – 22.03.1997
L’érudition brillante a toujours : n° 42.576 – 16.02.1997
Le premier contact que j’ai eu : n° 54.690 – 30.11.2008
L’érudition est une arme : n° 54.691 – 01.12.2008
Il y a nécessairement un seuil : n° 46.538 – 04.09.2000
La monarchie française a connu : n° 43.232 – 09.07.1997
J’ai visité la Très Grande Bibliothèque : n° 44.171 – 19.05.1998
Les neuf dixièmes des livres archivés : n° 44.172 – 20.05.1998
Effrayante disproportion : n° 44.173 – 21.05.1998
Au centre de la Très Grande Bibliothèque : n° 44.174 – 22.05.1998
Un reportage sur les sumos : n° 45.138 – 21.03.1999
2. Les tropintelligents
Les modernes et surtout les savants : n° 28.159b – 00.00.1982
Je reste stupéfait par le contraste : n° 63.177 – 20.03.2017
Un astronome indien : n° 57.659 – 12.10.2011
La forme d’intelligence que je rencontre : n° 70.618 – 25.09.2024
Que la stupidité soit contraire à l’amour : n° 62.593 – 21.09.2016
Les intellos m’agacent : n° 49.218 – 22.04.2003
Il y a des gens très intelligents : n° 59.653 – 05.11.2013
La jactance m’insupporte : n° 60.455 – 28.06.2014
La rivalité des intelligences : n° 62.239 – 06.04.2016
Je commence à mesurer : n° 45.412 – 27.11.1999
Son allure de dandy : n° 60.129 – 25.01.2014
En observant plus attentivement : n° 60.130 – 25.01.2014
J’ai bien ri en lisant : n° 47.334 – 11.06.2001
Ce n’est pas la bêtise : n° 60.250 – 23.03.2014
3. Le savoir en morceaux
En Terminale, j’ai eu pour manuels : n° 66.523 – 14.08.2020
Science et technique sont parvenues : n° 41.449a – 08.10.1995
L’augmentation des connaissances : n° 41.449b – 08.10.1995
On parle de la science : n° 47.238 – 27.04.2001
La spécialisation comporte un paradoxe : : n° 43.209 – 16.06.1997
L’attention que l’on porte aujourd’hui : n° 70.354 – 25.05.2024
Quelle autre approche possible : n° 52.738 – 17.01.2007
Virtuosité du pianiste, précision du chirurgien : n° 41.022 – 22.02.1995
Les études supérieures tendent : n° 57.660 – 12.10.2011
À l’exploit, préférer l’équilibre : n° 48.611 – 22.08.2002
Plutôt savoir un peu de toutes choses : n° 50.567 – 12.12.2004
Lanza del Vasto le disait, Gandhi aussi : n° 52.603 – 15.11.2006
Disposer les diverses facultés : n° 53.120 – 24.02.2007
La subdivision scolastique : n° 47.637 – 01.11.2001
Toute réalité que je subdivise: n° 47.636 – 31.10.2001
Il me semble que la pensée : n° 43.252 – 29.07.1997
Les symétries parfaites : n° 45.341 – 28.09.1999
Avoir la mémoire des chiffres : n° 47.701 – 30.11.2001
4. L’intelligence comme mise en lien
La connaissance n’est pas une collection : n° 41.611 – 24.12.1995
Aux concepts qui définissent : n° 29.104a – 00.00.1983
L’analyse étale : n° 30.040a – 00.11.1984
L’intuition : n° 32.082d – 00.00.1986
On oppose quelquefois la pensée linéaire : n° 57.557 – 25.08.2011
Avoir une méthode, c’est ne rien trouver : n° 41.052 – 21.03.1995
Il est de bon ton de critiquer les systèmes : n° 43.231 – 08.07.1997
Il est une quantité invraisemblable de choses : n° 41.401 – 21.08.1995
Prise de conscience nocturne : n° 35.055c – 00.00.1989
Je ne vois pas le rapport : n° 46.734 – 06.12.2000
L’enseignement que tu as reçu : n° 44.179 – 27.05.1998
Origène use abondamment : n° 67.840 – 22.01.2022
Si ces pensées sont comme des points : n° 44.276 – 12.08.1998
Avec un peu de patience, je parviens à calculer : n° 44.277 – 13.08.1998
5. Unité et simplicité
Malgré l’intérêt que j’ai porté : n° 70.156 – 22.02.2024
Tonneau percé, malheureusement : n° 54.320 – 07.06.2008
Je refuse que mon esprit : n° 47.514 – 03.09.2001
Je suis professeur de culture générale : n° 48.821 – 27.11.2002
J’aspire à créer un système : n° 43.422 – 28.12.1997
Environné de tant de savoirs : n° 46.104 – 17.02.2000
La transmutation des métaux : n° 46.163 – 16.03.2000
Nous parlons de ce que nous savons : n° 52.584 – 09.11.2006
Je suis quelqu’un : n° 47.729 – 14.12.2001
Suis-je trop peu capable de reconnaître : n° 70.155 – 22.02.2024
Toute sagesse authentique : n° 66.422 – 27.06.2020
Non, la valeur d’une œuvre : n° 51.677 – 18.01.2006
Mon intelligence s’apaise : n° 53.466 – 07.08.2007
Tant de livres lus, de connaissances acquises : n° 61.569 – 30.08.2015
Ma pauvre intelligence : n° 51.679 – 20.01.2006
Ma pauvre tête se vide : n° 62.509 – 10.08.2016
6. Vers une synthèse
Tel professeur jésuite m’a dit : n° 27.279a – 00.00.1981
Voici venu le temps des révisions : n° 36.083a – 00.00.1990
J’ai des idées : n° 44.258 – 25.07.1998
Il faut creuser plus loin : n° 45.323 – 10.09.1999
L’étendue de mes connaissances : n° 46.694 – 19.11.2000
Je viens de mettre : n° 48.180 – 24.02.2002
Les pensées de mes carnets : n° 57.558 – 25.08.2011
J’aspire depuis longtemps : n° 47.380 – 04.07.2001
Serait-il possible, après tant d’années : n° 54.683 – 27.11.2008
J’aimerais fondre : n° 46.388 – 27.06.2000
Je retrouve avec étonnement : n° 62.741 – 28.11.2016
Je rêve d’un site internet : n° 62.688 – 04.11.2016
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