L’existence de Dieu – 79 pensées

Le mystère divin, par Hildegarde de Bigen, Scivias, XIIe s.

Le mystère divin, par Hildegarde de Bigen, Scivias, XIIe s.

2025 Théologie Sagesse

Daniel VigneL’existence de Dieu – 79 pensées inédites (1981-2025) ©www.danielvigne.fr [pdf 29 pages].

L’existence de Dieu

On peut la nier (1), tenter de la prouver (2), ou en avoir une intuition certaine (3). Mais dans tous les cas, elle transcende l’Être en tant que concept limité et humain (4). Pour l’approcher, il faut passer des noms de Dieu au mystère de sa Personne (5).

1. Impasses de l’athéisme

2017 – Précellence

Nous savons tous que la présence du mal dans le monde est un des arguments majeurs de l’athéisme. « Si Dieu existait, il ne laisserait pas faire ça. » Mais ce raisonnement est simpliste, car si le mal est inadmissible, cela ne peut être qu’au nom d’un Bien qui le précède et le transcende, ne serait-ce qu’à titre de postulat.

Si ce Bien n’existait pas, il serait absolument vain de se plaindre du mal, qui ne serait que fluctuation insignifiante. Le fait qu’il nous révulse et nous répugne, nous révolte et nous scandalise, atteste la sur-présence d’une plus grande Bonté.

2024 – Blasé

Qu’avons-nous à dire à l’athée heureux, qui se passe très bien de Dieu ? Pour lui, les grandes questions existentielles et les vastes problèmes du monde ont déjà trouvé leur réponse, et celle-ci ne doit au christianisme qu’un zeste de gratitude, un vague coup de chapeau. « J’ai remercié l’Église », disait mon ami Michel L., comme pour se justifier de ne plus la fréquenter.

On reste désemparé devant cette attitude ouvertement dédaigneuse et secrètement méprisante. Comment désaltérer une âme qui n’a plus soif ?

2020 – Incroyants (2)

Un athée n’a-t-il pas du mérite, lorsqu’il donne du sens à une vie qui par elle-même, à ses yeux, n’en a pas ? Camus, en prônant la révolte contre le mal et l’absurde, ne pose-t-il pas un geste qui a de la grandeur ? Loin de moi de vouloir déflorer ces existences, que je préfère sincèrement estimer.

Mais je ne peux m’empêcher de penser que de telles trajectoires auraient été encore plus belles si leurs auteurs avaient bien voulu croire en l’amour de Dieu et devant lui, humblement, s’agenouiller.

2022 – Théodicées (2)

À vrai dire, l’athéisme se justifie moins par l’absence de preuves de l’existence de Dieu que par la présence du mal, qui semble incompatible avec cette existence. La question n’est donc pas : que faudrait-il de plus pour que les athées croient, mais plutôt : que faudrait-il de moins…

Et la réponse est évidente : la guerre, la méchanceté, la maladie, l’injustice, la souffrances et la mort. D’où l’importance d’une théodicée montrant que Dieu ne peut être accusé de ces diverses formes du mal. Celle de Leibniz est excellente, quoique insuffisante.

2022 – Théodicées (3)

Il ne suffira pas à l’incroyant qu’on lui démontre rationnellement que ni le mal physique (maladie, douleur), ni le mal métaphysique (finitude, mort), ni le mal moral (méchanceté, cruauté) ne sont des objections à l’existence de Dieu.

Il faut qu’il sente que Dieu n’est pas seulement innocent, mais compatissant. Il lui faut éprouver dans sa chair quelque chose de la bonté, la tendresse, de l’amour infini de ce Dieu qui vient à nous en Jésus-Christ, prenant sur lui tout le mal et les péchés du monde, pour nous en délivrer.

2016 – Cache-cache

J’ai imaginé qu’un athée me dise : « Mais enfin, qu’est-ce que c’est cette histoire ? Un Être qu’on ne voit jamais, qui s’ingénie à se cacher, m’attendrait au tournant pour voir si je vais croire en lui, et dans le cas contraire, me jetterait en enfer ? Qu’est-ce que ce Dieu pervers auquel vous voulez que j’adhère ? »

Et dans mon impuissance à lui répondre de façon argumentée, j’ai senti le poids du mystère. Oui, Dieu est caché, mais pas comme un juge sadique : comme un enfant qui pleure parce que personne ne le cherche.

2023 – Démiurge (1)

Que Dieu, pur Esprit, fasse exister à côté de lui un monde matériel aussi hétéroclite et multiple que le nôtre, et plus grave encore, permette que nous y commettions toutes sortes d’erreurs et d’horreurs, cela est métaphysiquement impensable.

Je comprends l’incroyant qui se dit : c’est une blague, un rêve de gosse. Que ce vaste bazar, à plus forte raison souillé par l’action de l’homme, soit l’œuvre d’une sorte de Vieillard supra-céleste, d’une entité éternelle, impassible et infinie, c’est apparemment une croyance folle, indéfendable.

2023 – Démiurge (2)

Superposée à celle du monde ou projetée dans un « arrière-monde » fantasmé, l’existence de Dieu ne résout pas le problème du monde : elle l’aggrave.

C’est comme si, pour expliquer une pyramide, je supposais qu’un génie invisible, porté à son sommet ou caché dans ses entrailles, en était le bâtisseur.

Mais avec quelles mains, par quels moyens un esprit immatériel déplace-t-il des pierres ? Ce Père Noël censé nous distribuer « des joujoux par milliers », comment descend-il du ciel et passe-t-il par un conduit de cheminée sans être couvert de suie ?

2010 – Ratio

« Dieu est l’asile de la raison », aurait dit Spinoza cité par tel conférencier pédant et agnostique. Et d’ajouter : « Eh bien moi, je ne veux pas envoyer ma raison à l’asile. » Rires dans la salle. Le message est implicite, mais assez clair : le croyant est un aliéné.

J’ai attendu quelque temps, puis corrigé la citation, car Spinoza disait au contraire : « Dieu, l’asile de notre ignorance » – ce qui change tout ! En effet, ce que Spinoza refuse (avec raison), c’est le Dieu bouche-trou, aberrant, irrationnel. Mais le vrai Dieu n’a rien contre la raison !

2004 – Athéologie (1)

Le discours qui nous dit que l’au-delà est une invention consolante est très persuasif, pourquoi ? Parce qu’il contient et illustre la démarche qu’il décrit.

Parce que l’athéisme est lui-même, autant et plus que la foi, un postulat et un a priori. En sorte que l’athée qui dit que l’au-delà n’existe pas, puisqu’on n’en a pas de preuves, affirme lui-même quelque chose qu’il ne peut pas prouver.

L’incroyance est une foi comme les autres : en déclarant qu’il n’y a rien après la mort, le non-croyant cherche, lui aussi, à se consoler. Et ce qui le rassure face à l’inconnu, c’est de se dire que les croyants ont tort !

2004 – Athéologie (2)

Il y a là une dissymétrie fort intéressante. L’athéisme a besoin, foncièrement, d’un ennemi. Il se définit par cette négation, même sous la forme prudente de l’agnosticisme, qui comporte le même préfixe.

La foi, quant à elle, ne consiste pas à donner tort à l’incroyance : elle n’est pas le refus de la non-foi, mais une affirmation sans exclusive, une simple ouverture à l’Infini.

La victoire sur la mort n’en est ni le but, ni la cause, mais seulement la conséquence. Le but et la cause de l’athéisme, par contre, c’est la mort de la foi ; c’est la victoire du Rien.

2013 – José (1)

Étrange rencontre avec cet homme qui se dit foncièrement athée et qui, pourtant, vient suivre des cours de théologie, passe trois jours par semaine aux restos du cœur, se donne bénévolement à toutes sortes de bonnes œuvres… tout en gardant à l’égard des religions une distance critique et une méfiance presque méprisante.

Sa démarche m’est d’abord apparue sympathique : n’est-il pas l’image même de l’incroyant sincère, de l’agnostique de bonne volonté, qui sera sauvé non pour avoir cru, mais pour avoir agi selon sa conscience ? Et cependant…

2013 – José (2)

J’ai dû mettre en garde mon interlocuteur contre l’orgueil secret de son attitude, qui consiste précisément à se donner bonne conscience en faisant le bien, mais sans laisser son cœur s’ouvrir à l’Amour.

Je lui ai dit : ne comprenez-vous pas que les défauts des croyants, que vous constatez avec complaisance, ne sont choquants que par rapport à quelque chose de plus profond qui les habite, qui les transcende et qui nous dépasse tous ?

Allez-vous jusqu’au bout vous prendre pour un juste, sans admettre que vous êtes, vous aussi, un pauvre et un pécheur ?

1998 – Consensus

Sans vouloir faire de peine à ceux qui se disent athées, je me demande si l’athéisme n’est pas, au fond, antidémocratique. Car la négation de Dieu est une injure faite à la majorité des hommes, qui d’une manière ou d’une autre croient en Lui.

Se déclarer athée, c’est mépriser le peuple, en le considérant comme stupide et aveuglé. Militer pour la laïcité au nom de cet athéisme supérieur qui ne fait que tolérer les croyances de la masse, ce n’est pas respecter la volonté générale, mais placer au-dessus d’elle un avis particulier.

2012 – Sans-Dieu (1)

Je discerne trois formes d’athéisme, dont la première est massive et sûrement très ancienne : c’est l’athéisme pratique de tous ceux qui vivent sans Dieu, sans penser à lui, sans lui soumettre leur vie. Cette attitude est compatible, malheureusement, avec l’appartenance à une religion et même avec l’accomplissement de devoirs cultuels.

Elle définit très exactement l’état de l’humanité depuis le péché originel. Nous y sommes tous aux trois quarts immergés, vivant nos journées dans l’oubli de Dieu et dans une sorte d’hébétude, de cécité, de paralysie spirituelle.

2012 – Sans-Dieu (2)

La deuxième forme est celle de l’athéisme savant, ou du moins qui se croit tel. Ici Dieu n’est pas simplement absent, il est écarté comme une illusion, au nom des connaissances qui seraient censées le remplacées. Pensez donc, on n’a plus besoin de Création, depuis qu’on a découvert le Big-bang !

Très répandue en Occident depuis deux ou trois siècles, cette ,attitude n’a d’intelligent que le nom : car comment ne pas voir que les quelques équations que la science découvre laissent subsister un océan de mystères et de questions sans réponse ?

2012 – Sans-Dieu (3)

La troisième forme est celle de l’athéisme critique, je veux dire ici : critique à l’égard des chrétiens et surtout de l’institution ecclésiale. On lui reprochera d’être hypocrite, oppressive, dogmatisante, inquisitrice, moralisatrice, cléricale et que sais-je encore, et on aura en grande partie raison.

Mais comment ne pas voir que ces reproches sont ceux que Jésus lui-même adresse à la religion, c’est-à-dire qu’au fond, ce rejet de Dieu est inspiré par les valeurs de l’Évangile ?

Beaucoup de nos contemporains sont dans ce paradoxe : ils rejettent le christianisme, mais c’est à partir du Christ !

 

2. Les « preuves » et leurs limites

2013 – Viae (1)

J’ai distingué quatre chemins que l’esprit humain peut emprunter pour s’approcher de Dieu, ou du moins pour entrevoir son mystère.

Le premier, de type cosmologique, prend appui sur la connaissance du monde. Il regroupe les cinq « voies » énumérées par saint Thomas d’Aquin et ce que l’on nomme aujourd’hui le principe anthropique ou le Dessein intelligent.

Le deuxième prend appui sur la vie de l’esprit et la puissance de la pensée. Il inclut la preuve ontologique, la mystique plotinienne et la philosophie indienne…

2013 – Viae (2)

Par les uns, Dieu est perçu comme le grand Architecte ; par les autres, comme le Soi absolu. Mais à qui refuse ces deux itinéraires, un troisième chemin s’ouvre, plus risqué, plus inconfortable, à la manière de Pascal, de Kierkegaard ou de Simone Weil. Une tragique via ferrata, semée d’embûches, paradoxale, angoissée et pourtant authentique.

Ou encore un quatrième chemin, de type éthique et relationnel : celui du respect de la loi morale, énoncée par Kant et précisée par Levinas à travers la symbolique du visage.

Il y aurait aussi le chemin de l’Art…

2009 – Viae (1)

La preuve ontologique de l’existence de Dieu pousse l’esprit jusqu’au bout (ou plutôt au-delà) de lui-même. Elle prend appui sur une idée – celle de l’Infini – et en conclut, de façon vertigineuse, que son essence implique son existence.

Celui « dont rien de plus grand ne peut être pensé », dit saint Anselme, ne peut se borner à être seulement un produit de notre imagination. Plus qu’une hypothèse, il est une réalité.

Ce raisonnement se joue à la limite de la raison raisonnante et de la raison croyante, ou même de la foi…

2009 – Viae (2)

Les preuves – ou plutôt les « voies » – cosmologiques de l’existence de Dieu ont des caractères très différents de ceux de la preuve ontologique. D’abord, elles prennent appui sur le monde sensible et non sur l’intelligible pur – confirmant par là leur parenté avec la philosophie d’Aristote plutôt qu’avec celle de Platon.

Ensuite, elles sont multiples (cinq chez Thomas d’Aquin), plurielles, comme la réalité dont elles partent, alors que dans la preuve ontologique, tout repose, peut-on dire, sur la tête d’épingle du sujet pensant et sur la finesse de son intuition.

2009 – Viae (3)

Le caractère « subjectif » de la preuve ontologique contraste évidemment avec le caractère « objectif » de la preuve cosmologique. Je vois de part et d’autre des avantages et des inconvénients.

Côté subjectif, une implication plus intime et une connaturalité plus étroite de l’esprit pensant et de l’Infini pensé – avec le risque de les confondre, à terme, dans une sorte de monophysisme mystique.

Côté objectif, un plus grand respect de la consistance du monde et de l’altérité du Dieu qui l’a créé – avec le risque de réifier le réel et d’en chosifier la Cause.

2015 – D. (1)

La preuve ontologique de l’existence de Dieu est de type platonicien : c’est par la pensée qu’elle s’élève vers lui, dans un certain oubli du monde. Elle atteint la suprême réalité du divin à travers l’idée qu’elle s’en fait.

Elle va de l’essence de Dieu, définie comme « ce dont rien de plus grand ne peut être pensé », à la nécessaire existence de cette infinité – car si elle n’existait pas, elle ne serait pas infinie : on pourrait penser quelque chose de plus grand qu’elle, ce qui serait contradictoire. Ainsi l’essence de Dieu implique-t-elle son existence.

2015 – D. (2)

La preuve cosmologique de l’existence de Dieu est de type aristotélicien. C’est à partir du monde qu’elle remonte vers le principe du réel, sans jamais perdre de vue la réalité matérielle.

Elle va de l’existence des choses, des phénomènes en constant mouvement, à leur Cause définie comme « premier Moteur immobile ». Elle prend très au sérieux la nature sensible, sur laquelle repose tout le poids de son raisonnement, alors que l’autre preuve se déploie dans le pur intelligible.

Entre ces deux preuves, quelle différence ! Entre saint Anselme et saint Thomas d’Aquin, quel changement !

2015 – D. (3)

Dieu ne se prouve pas, mais s’éprouve, selon Pascal, et cette approche de Dieu représente à mes yeux une troisième voie, paradoxale, de notre intelligence vers lui. Voie négative, apophatique, nocturne, mais non moins pertinente que celle des preuves traditionnelles et rationnelles.

On peut y rattacher le Pseudo-Denys, Maître Eckhart, Nicolas de Cues, saint Jean de la Croix… et plus tard Pascal lui-même et Kierkegaard. Cette (é)preuve vise Dieu à travers ce qu’il n’est pas, l’accueille et le (re)connaît comme inconnaissable.

2015 – D. (4)

Une quatrième voie d’approche du divin, en phase directe avec l’Évangile, peut être résumée par ce logion apocryphe : « Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu ».

Si l’amour de Dieu et celui du prochain sont inséparables, n’est-il pas évident que l’homme lui-même est un chemin vers la transcendance divine ?

De Kant, qui fait de celle-ci un postulat de la raison pratique, à Levinas qui vénère dans le visage humain la trace d’un infini éthique, s’ouvre vers un chemin qui va de la raison à la foi par le respect inconditionnel de nos frères en humanité.

2014 – ΩΝ (4)

La preuve ontologique de l’existence de Dieu est nécessairement supérieure à la preuve cosmologique, car la seconde est suspendue à la première.

Je ne pourrais aucunement remonter de l’ordre du monde vers son Principe si je n’avais l’idée de ce Principe, et si cette idée n’avait pas en moi une force d’évidence qui l’atteste comme certaine, souveraine et ultime.

« Ce que nous appelons Dieu », comme dit saint Thomas dans le célèbre passage de la Somme (Ia, 2, 3), préexiste donc à toute démonstration dans laquelle j’invoque ce Concept.

2014 – ΩΝ (3)

Les preuves cosmologiques de l’existence de Dieu me semblent toutes suspectes, car je crains que le Dieu dont elles prouvent l’existence ne soit qu’un « moteur » immanent au monde, une loi naturelle, un principe universel, faisant partie du monde et ne l’expliquant que de l’intérieur.

Or ce n’est pas en ce Moteur immobile que j’ai mis ma foi, mais dans le Dieu transcendant, vivant, personnel et créateur.

Il n’est pas une force organisatrice soumise à sa propre logique. Il est totalement libre. Il est l’Improvisateur.

2015 – En(quête)

Il faut renoncer à « prouver », de façon logique et apodictique, l’existence de Dieu. Les arguments classiques, qu’ils soient de type ontologique ou cosmologique, n’ont jamais converti que ceux qui le voulaient bien, sans toucher ceux qui s’y refusaient.

On ne contraint pas l’intelligence à croire, même en essayant de le faire à l’aide de ses propres lois.

Mais la foi peut naître d’une démarche libre et interrogative de la raison : un questionnement honnête, ouvert, sans préjugés. C’est ce type de démarche qu’il s’agit de favoriser.

2021 – Ratio

Si la science prouvait Dieu, notre foi première serait dans la science, dont Dieu ne serait qu’un résultat démontré. Si la logique prouvait Dieu, de même : nous ferions confiance avant tout à notre intelligence, sur laquelle l’existence de Dieu reposerait comme sur son fondement.

Que la raison puisse être convaincue qu’il y a un Dieu, c’est certain, mais pas sur le mode de la démonstration conquérante, la déduction triomphante : plutôt sur le mode de l’intuition humble et tâtonnante.

2015 – Bédétective

À la question traditionnelle des « preuves » de l’existence de Dieu, Brunor apporte une contribution très intéressante.

Il déplace en effet la réflexion du terrain de la démonstration vers celui de l’enquête méthodique, sans présupposés, basée sur des indices (pensables, ajoute-t-il avec humour).

Le caractère « policier » de sa recherche, soutenue par un dessin parfaitement maîtrisé, la rend très agréable. Artiste de talent, mais aussi penseur pertinent, il renouvelle de façon très originale de vieux débats quelque peu usés.

2022 – Théodicées (1)

Que faudrait-il de plus à ceux qui, dans ce monde, ne voient pas la main du Créateur, pour changer d’avis ? On se le demande.

À elle seule, l’organisation du corps humain est d’une complexité si grande qu’il est, il faut le dire, impossible qu’elle soit le résultat du hasard.

La mystérieuse beauté des plantes, des animaux, des paysages virginaux, est une invitation tout aussi insistante à nous émerveiller et à croire, sans parler de l’infini du ciel, peuplé d’étoiles.

Mais il n’est, paraît-il, pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

2017 – Admiration

Ma mère écrivait peu avant de mourir : « Le monde est tellement rempli de choses extraordinaires et bonnes, la vie est tellement intéressante et pleine de sens, que je me demande comment font les gens pour ne pas croire en Dieu. »

Dans la version imprimée de ce texte, j’ai mis : « je me demande parfois », pour atténuer un peu la phrase et ne pas choquer nos amis incroyants.

Mais quoi qu’il en soit, cette pensée est remarquable. Elle devrait être retenue comme une des meilleures preuves, ou du moins une « voie », ouvrant sur l’existence de Dieu.

 

3. L’intuition du Principe

2014 – Ἀρχή (2)

Si je devais proposer à un athée une certaine idée de Dieu, je partirais à la recherche de ce qu’il y a pour lui de plus essentiel, de plus fondamental, et qu’il appelle peut-être l’Univers, ou le Hasard, ou le Sens, ou le Bien, ou même l’Insensé, l’absurde et La Mal.

Je ne proposerais pas l’idée ni l’image toute faite de Dieu tel qu’il est pour moi, mais j’essaierais de rejoindre ce qui, en lui, fait signe vers l’Origine, même sans visage, même innommé. Et je lui dirais : Dieu, c’est cela !

2023 – ν (1)

L’existence de Dieu est un faux problème, ou plutôt un problème mal posé, tant qu’on présuppose que quelque chose d’autre existe – appelons-le « le monde » –, à l’intérieur duquel on se demande s’il y a ou non un Dieu.

Car si Dieu est, ce n’est pas comme un objet se trouve ou non dans une pièce : il est lui-même la pièce et ce dans quoi elle se trouve. Il préexiste à tout, il est ce (ou plutôt Celui) à partir de quoi tout existe.

La question de sa propre existence est donc inadéquate, comme de se demander si l’être existe.

2014 – Ἀρχή (1)

L’existence de Dieu est un faux problème, car cette question présuppose toujours un autre principe par rapport auquel le problème se pose : l’existence du monde, la puissance de la raison, l’état de nos connaissances…

Or ce qu’on appelle Dieu ne vient pas prendre place dans le monde, ni dans notre intelligence, considérés comme préexistants et certains.

Ce qu’on appelle Dieu est le fond primordial sur lequel s’inscrit tout le reste. Il n’est pas un mot de plus, il est la page blanche, le Silence insondable…

2019 – Présence

Au fond de toutes choses, il y a Quelque chose, n’est-ce pas ? Comment concevoir que tout ce qui est repose sur rien ?

Et quand bien même on voudrait ériger ce Rien en principe et en fondement, n’est-ce pas une façon d’y voir Quelque chose ?

Ainsi la raison ne peut, sans incohérence, nier l’existence et la préexistence d’un Quoi auquel tout se rapporte.

L’acte de foi consiste à croire que ce Quoi est un Qui, que ce Quelque chose est Quelqu’un, que de l’abîme nous vient une voix, un regard, un appel, un amour…

2006 – Ἀρχή (1)

Je veux réenvisager le mystère de Dieu à partir de ce qui m’apparaît désormais comme une évidence : il y a un Principe. Il est impossible qu’il n’y en ait pas.

Et quand bien même il n’y en aurait pas, cette absence de Principe serait elle-même le Principe.

Je ne donne à ce terme, en première approche du moins, ni un sens causal, ni une dignité créatrice, ni une qualité transcendante. J’y vois seulement le Quelque chose en quoi, ou à partir de quoi tout se tient.

Quoi qu’il en soit, ce Quelque chose est.

2006 – ρχ (2)

Que le Principe soit, c’est ce qu’on ne saurait nier sans se contredire, puisque ce serait poser en principe qu’il n’y a pas de principe.

Mais quel est-il ? Toutes les hypothèses, ici, restent possibles. Ιl n’est pas question d’en faire des cas d’école, des réponses purement théoriques. Il s’agit au contraire de se tenir au plus près du mouvement de pensée qui les a fait naître.

Qu’elles soient formulées par tel ou tel philosophe importe assez peu : c’est leur jaillissement intuitif, simple et premier, qu’il de retrouver.

2006 – ρχ (3)

Je pourrais dire : le Principe, c’est le monde, l’univers objectif que j’ai devant les yeux.

De fait, tout ce qui existe n’existe qu’en lui : il contient tout, régit tout, rassemble tout en son immensité. Il est la Réalité, et si une autre réalité venait à être découverte, elle se fondrait aussitôt dans cet ensemble pour former avec lui la Réalité totale.

L’infinie diversité des phénomènes ne saurait contredire le fait qu’ils forment, à eux tous, une unité objective que je peux envisager comme « le » Principe. Mais il y a une difficulté à cela…

2006 – ρχ (4)

Identifier le Principe au monde, c’est oublier que ce qu’on recherche est justement le Principe du monde : autrement dit, c’est perdre de vue la question en croyant y répondre.

Car si j’affirme que le monde est son propre Principe, cela revient à dire qu’il n’a pas de Principe, donc qu’en réalité, il n’y a pas de Principe, ce que nous savons contradictoire.

Le panthéisme, pour l’appeler par son nom, écrase la question dans la réponse. À celui qui demande : d’où viennent les choses ? il répond : des choses elles-mêmes, ce qui est, très précisément, de la mauvaise foi.

2006 – ρχ (5)

Pourquoi ne dirais-je pas : « le Principe, c’est moi » ? Après tout, si rien n’existe en dehors du monde, le monde, lui, n’existe que dans mon regard…

Certes, je suis dans le monde, mais non comme une partie d’un tout : comme un tout dans lequel se reflète le tout. Je contiens cela même qui me contient.

Puisque que les galaxies s’engouffrent dans ma pupille, ne suis-je pas, en vérité, le point auquel l’univers entier est suspendu ?

Vers cette position tend l’idéalisme, toujours teinté de solipsisme, et auquel il faut faire une grave objection.

2006 – ρχ (6)

Identifier le Moi au Principe, c’est perdre de vue que le Moi n’est rien sans le Toi. Ce centre subjectif autour duquel le monde s’ordonne n’est pas une référence ultime : lui-même, pour être compris, doit être référé à d’autres sujets, de qui il se reçoit.

Le Moi n’existe qu’en réseau, le sujet est impossible et impensable en dehors de l’intersubjectif.

Le Moi atteste ainsi que lui non plus n’est pas le Principe, mais qu’il en a un, et que ce Principe est à chercher du côté du lien entre les sujets, de la Relation qui les unit…

2006 – ρχ (7)

Si le Moi s’enracine dans le Toi, ce n’est pas en s’anéantissant dans un autre Moi qui, plus vaste et plus profond, contiendrait tous les Moi et les absorberait en soi.

Car le Moi est irréductible, il subsiste comme ce qui est à expliquer. On se tromperait à le dilater aux dimensions du Soi pour trouver son Principe.

Cette erreur est la même que celle du panthéisme : la redondance logique. Expliquer le Moi par le Soi, de même qu’expliquer le monde par le monde, c’est s’enfermer dans un cercle. Pour en sortir, il faut que le Principe soit un Autre.

2006 – ρχ (8)

Nous voici sur une voie nouvelle, qui nous dégage du panthéisme (cercle objectif) et de l’idéalisme (cercle subjectif) comme d’une double erreur.

Non, le Principe n’est pas le Tout extérieur et matériel, puisque cet univers est précisément ce dont nous cherchons le principe.

Non, le Principe n’est pas le Moi, ni même le Soi, intérieur et spirituel, car de même que le monde n’existe que dans le regard que je pose sur lui, je n’existe que grâce à la présence d’un Autre, qui me précède et me fonde. Cette altérité, c’est la voie à suivre…

2006 – ρχ (9)

Le Principe est autre que le monde, et autre que le moi. Il n’est pas un « autre monde », car cet étage supérieur du réel ne ferait que se superposer au réel, donc lui appartiendrait. Il n’est pas un « autre moi », car ce miroir grossissant dans lequel je me projette ne me renvoie que ma propre image.

Le Principe est le Tout-Autre, dont tout provient sans en être une partie, et que le moi rencontre sans se fondre en lui. Il n’est ni l’Être, ni l’Esprit, mais ce qui transcende l’un et l’autre et les fonde à l’infini.

 

4. Dieu au-delà de l’Être

2014 – Ὤν 

La question de l’existence de Dieu est complètement faussée par le présupposé de l’existence du monde, comme arrière-plan stable et indubitable du problème. C’est à l’intérieur de ce monde, qu’on ne remet pas un instant en question, que l’on se demande s’il existe un certain objet qu’on appellerait Dieu.

C’est à l’image des réalités objectives, dont l’existence est vue comme parfaitement assurée, qu’est pensée l’existence – ou la non-existence – de cette entité discutée, aux contours flous, sorte de fantôme insaisissable…

2017 – Ὤν (1)

Pourquoi s’interroger sur « l’existence » de Dieu comme si elle prenait place (ou non) dans un univers préexistant ?

C’est avec une tendance invincible à objectiver tout ce qu’elle tente de comprendre, et par là même à se rendre incapable de le comprendre, que notre intelligence se pose une telle question.

Car Dieu « n’existe » pas comme un être parmi d’autres, ni même comme l’Être suprême plus grand que tous les autres et s’ajoutant à eux. Il est le Fond de tout, la Source de l’existence, son Préalable absolu et prééternel.

2015 – Grund

La foi en Dieu n’est pas la croyance que quelque part, quelqu’un portant ce nom existe, à la manière du « grand Être » invoqué par Rousseau ou du grand horloger évoqué par Voltaire.

Si Dieu est (plutôt qu’il n’existe), ce n’est pas dans un coin de l’univers comme un extraterrestre plus ou moins oublié, mais comme Celui en qui tout ce qui prend naissance.

Il est le Fond permanent, l’unique Réalité référentielle et éternelle. Il n’ajoute rien au monde : il est dessous, dedans, totalement préexistant. Il le crée à tout instant.

2017 – Wn (2)

Penser l’existence de Dieu sur le registre du « il y a » (ou du « il n’y a pas »), c’est commettre une erreur totale. C’est chercher devant soi ce qui est derrière soi et même derrière ses propres yeux.

C’est confondre le soleil et son reflet dans l’eau, en croyant qu’on va le saisir avec une épuisette. C’est vouloir mettre le ciel dans une boîte.

Il n’y a qu’une façon de s’interroger vraiment sur Dieu, qui est de s’ouvrir à ce qui précède tout « il y a » et qui par conséquent ressemble à un « il n’y a pas »… mais, plus profond que le néant, qui EST.

2014 – Ὤν (2)

Il faut se dégager résolument de l’idée d’un Dieu « extraterrestre », flottant dans l’univers comme un être parmi d’autres, ou comme le plus grand de tous. Cette conception réifiante du divin est déjà une apostasie, car elle est une idolâtrie.

Dieu n’est pas quelque chose d’objectif s’ajoutant à l’ensemble des objets, doué d’une existence similaire à la leur – ou plutôt inférieure, puisque discutable !

Dieu est l’arrière-fond infini de toute existence, l’abîme éternel dont le monde provient. Il n’existe pas : il préexiste et sur-existe. Il EST.

2023 – Olam

Il n’y a rien en amont de Dieu. Voilà le grand mystère : Dieu ne s’inscrit pas dans un ensemble plus vaste, temporel, spatial ou ontologique, à partir duquel on pourrait le situer.

Si haut que je remonte, c’est Lui que je rencontre, et non je ne sais quel Ungrund à la mode de Jacob Boehme ou Deitas à la mode de Maître Eckhart.

Dieu ne naît pas d’un néant impersonnel, d’un « fond sans fond » qui le précéderait et le cernerait. Il n’a pas d’origine, car il est l’Origine. Il n’est pas dans l’éternité, il est l’Éternel et l’éternité et en lui.

2024 – ν

Deux mots du Traité sur la prière (24, 2) m’ont transpercé : ἀεὶ ὑπάρχων, « toujours existant ».

Mon Dieu, mon Dieu, es-tu vraiment l’Éternel, non pas seulement dans le sens d’une durée infinie, mais d’une Présence totale et unique, transcendante et bénie ? Et dans ce cas, toute l’épaisseur de notre aventure humaine n’en est-elle pas bouleversée, car relativisée et suspendue à l’Absolu ?

Oui, nous passons, Seigneur, mais Tu es, et nous te rejoindrons dans cette joie sans limite et sans fin. « Jamais l’éternité ne lui fut monotone », dit Arnaud de Mareuil…

2000 – Akbar (1)

On peut entendre le cri du muezzin de différentes manières, et d’abord comme la proclamation d’une suprématie écrasante. « Dieu est grand », c’est-à-dire qu’il est le Tout-Puissant, surplombant l’univers de sa souveraine majesté.

Cette image de Dieu est présente partout dans le Coran, et c’est bien celle qui a cours dans l’Islam.

Qu’on y ajoute la « miséricorde » ne fait pas d’Allah un Dieu d’amour, mais plutôt un Dieu « magnanime ». Son pardon est un effet de sa grandeur. Ce Dieu est plein, et vénéré comme tel.

2000 – Akbar (2)

Une autre lecture de la grandeur de Dieu proclamée par l’Islam est peut-être possible, et échapperait au reproche d’« ontothéologie » qu’on est tenté de faire à la première.

« Dieu est grand », non dans le plein d’une présence pensée en termes d’être, mais dans le vide d’une intuition qui se dépasse elle-même en direction de Celui qu’elle vise. Dieu est toujours plus grand que ce que je pense ou que je dis de lui.

Du haut du minaret, c’est à la fois l’apophatisme byzantin et l’argument ontologique d’Anselme qui résonnent…

2006 – Proximissimus (1)

Les dystiques d’Angelus Silésius me sont une musique cristalline, une eau très pure. Je les savoure en toute joie.

Certes, chacun d’entre eux prend à revers nos idées ordinaires, spécialement le volontarisme qui pèse si fort dans la culture occidentale. On nous a fait croire que Dieu est au bout de nos efforts pour le trouver…

Mais ce « pèlerin (ou mieux, cet ‘errant’) chérubinique » nous dit le contraire : Dieu est proche, si petit, si léger, si disponible, si infiniment accessible, qu’il faut renoncer à le chercher !

2000 – Vastitude

« Le bleu pauvre du ciel », dit Lanza del Vasto dans un des raccourcis poétiques dont il a le secret. Ce mot retentit en moi comme la trace d’une expérience esthétique très profonde, et même d’une intuition théologique bouleversante.

Car Dieu est pauvre, c’est-à-dire immensément effacé, totalement ouvert, suprêmement silencieux, comme ce ciel que j’admire en ce moment même. Dieu est vaste, Dieu est patient, Dieu est présent-absent comme cet espace sans limites et sans défense qui s’offre à notre regard.

Dieu est ainsi : vide de lui-même et plein d’amour.

2008 – Non-aliud (1)

Nicolas de Cues l’a génialement affirmé : Dieu est le Non-Autre. Il est tellement Autre que son altérité n’est pas envisageable sur le mode de la « différence », comme une caractéristique ou une spécialité qui ferait de Lui un être à part, porteur de prédicats qui n’appartiendraient qu’à Lui.

Cette façon spontanée de parler de la divinité qui très courante (je n’en suis pas indemne), mais elle attribue à Dieu, précisément, le mode d’être le plus courant qui soit.

Or Dieu se différencie de nous, non par telle ou telle « différence », mais par le fait qu’il n’en a pas !

2008 – Non-aliud (2)

Si Dieu n’était que le plus grand, le plus puissant, le plus intelligent de tous les êtres, il aurait en commun avec eux d’être un être, et de se distinguer des autres par ses qualités ou ses propriétés.

Son altérité serait relative et même négligeable, car un arbre grand, un animal puissant ou un homme intelligent ne sont rien d’autre, au fond, que ce qu’ils sont : un arbre, un animal ou un homme.

Si donc Dieu est véritablement le Tout-Autre, c’est en n’étant rien de qualifiable, rien de « différent » (la différence étant ce qu’il y a de plus banal) : c’est en étant ce qu’il n’est pas.

2008 – Non-aliud (4)

La différence entre Dieu et nous, c’est que nous sommes différents de lui, mais que lui n’est pas différent de nous. Si cette différence était symétrique, elle mettrait Dieu sur le même plan que nous. Elle ferait de Dieu un être comme les autres, caractérisé par ses différences.

Or Dieu transcende ce monde de différenciations qui consiste à être ce qu’on est et à ne pas être ce qu’on n’est pas. Lui seul (et nous en lui, si nous le voulons et s’il nous en fait le don) est ce qu’il n’est pas, s’extasie dans les autres êtres, se fait tout à tous, tout en tous.

 

5. Du Nom à la Personne

1991 – Toi

Je crois en YHWH, première des quatorze thèses de mon D.U. écrit il y a dix ans. Oui, je crois en « DIEU ».

Pas croyable que ces quatre lettres, en français ou en hébreu, puissent de quelque manière m’approcher de la Source de l’Univers, de l’Absolu d’où je procède, et qui m’attire à Lui.

Dieu, non des philosophes et des théologiens dont je suis, mais des vivants dont je veux être, oui, Dieu des vivants, aie pitié de moi ! Considère ma petitesse, élève-moi jusqu’à Toi !

Console-moi dans ma faiblesse, rends-moi fort en ton honneur. Loué soit ton Nom, béni soit ton Règne, Père, Fils et Saint-Esprit, dans les siècles des siècles ! Amen.

2000 – Yah

« Aïe ! », s’écrie tout homme qui a mal, et si la douleur se prolonge, l’interjection aussi : « Aïe, aïe, aïe ! », ou même : « Ayayayayaë ! », comme une plainte et un appel. Est-il interdit d’y reconnaître le Yah de la Bible, ce Dieu qui entend la plainte des hommes ?

Mais il ne s’agit pas seulement d’y voir l’appel à un dieu guérisseur : quand l’homme crie sa souffrance, il dit le nom de Dieu parce que Dieu souffre et crie en lui. Dans la douleur, Dieu et l’homme unis se rejoignent et s’étreignent…

2000 – Yahweh

« Ayaouééé… ! », s’écriait parfois ma grand-mère paternelle dans une sorte de soupir, à mi-chemin entre le bâillement et la prière.

Et moi je l’entendais comme une invocation : « Ah, Yahweh !… », en me disant que le saint nom du Dieu de la Bible était sûrement inscrit dans les profondeurs de notre être, et qu’il n’y avait rien d’étonnant à ce que l’Esprit nous le fasse parfois gémir.

Ma chère petite Mamy Élise ! Tu ne savais rien de l’hébreu, mais ton cœur était près du bon Dieu…

1982 – Croire

La foi consiste à croire que Dieu est une Personne.

« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et ton envoyé Jésus-Christ » (Jn 17, 3).

La foi consiste à croire que Dieu est une Personne – et à se comporter en conséquence.

Essayez !

1981 – Louange

La théologie comme doxologie. Oui !

2006 – Élohim (3)

Que les dieux des païens soient des dieux de pacotille, des dieux à bas prix, des dieux pour les gogos, ne les empêche pas d’avoir une certaine réalité.

L’idole est une image faussée, un reflet déformé du Dieu vrai. Elle n’est pas pure erreur, mais caricature. Comme le Dieu auquel nous avons cru quand nous étions enfants, elle est une approximation nécessaire, à traverser plutôt qu’à rejeter.

La crédulité est le premier pas de la foi. Mais derrière tous les elilim se tient Élohim, et derrière Krishna, le Christ !

2006 – Élohim (1)

« Néant, les dieux des nations » (Ps 95+, 5) ? Pas si simple, car de deux choses l’une :

– ou bien les dieux des païens n’ont absolument aucune réalité ni consistance, et, dans ce cas, ce que le Dieu de la Bible a en commun avec eux doit aussi être dénoncé (les colères, l’arbitraire, la frayeur qu’il inspire).

– ou bien ces représentations païennes du divin ont une part de vérité, car elles pressentent et expriment à leur manière le mystère du Dieu unique (voire du Dieu trinitaire), donc doivent être honorées comme telles.

Dans les deux cas, les religions païennes nous interpellent…

2006 – Elohim (2)

« Néant, les dieux des nations » ? Cette traduction est radicale ; d’autres disent : « Les dieux des nations sont des idoles », ce qui prend elilim dans un sens moins négatif.

De fait, ce mot est ambigu : sa proximité (apparente) avec al le tire vers le non-être, mais son lien possible (sinon probable) avec el l’associe à l’Être suprême !

Je penche pour la seconde hypothèse, que l’assonance du verset renforce. Les dieux des païens sont des mini-dieux, des dieux de bébés, des esprits divins sans vraie consistance, mais pas inexistants – des δαιμόνια, dit la Septante. Tel est le sens.

2002 – Ôm

Les Grecs nomment Dieu ὁ ὤν, Celui qui est. Comment ne pas entendre, dans ce nom, bien plus qu’un titre abstrait ?

Ce n’est pas la tournure grammaticale – au demeurant suspecte d’onto-théologie, puisqu’elle semble faire de Dieu un « étant » – qui fait la force de cette expression : c’est sa densité sonore, sa résonance mystérique.

Ce nom est fait, non pour être lu, mais pour être invoqué avec ferveur, chanté au-dedans, « incanté ».

Et comment ne pas reconnaître sa similitude avec la syllabe sacrée de l’hindouisme et du bouddhisme, le ôm profond et secret !

2023 – ν (2)

Que Dieu soit l’Être, et non pas un étant particulier, la pensée humaine peut s’en convaincre sans trop de difficulté. Cette conception peut même rallier à elle des athées, qui diront aux croyants : ce que vous appelez Dieu, nous l’appelons le grand Tout, ou la Nature, ou la Matière.

Mais le Dieu de la Bible ne se nomme pas l’Être : il se nomme « Je suis », ou même « Je suis Celui qui suis », ce qui change tout. En lui, tout l’être est à la première personne. Non seulement il n’est pas quelque chose, mais il est Quelqu’un.

2002 – Ὤν (2)

Dieu n’est pas « l’Être » au sens statique et conceptuel de ce terme. Il est la source de l’Être, il est le Vivant, il est la Personne ! Il est le sourire qui sous-tend l’existence de tout être, la Générosité dont elle procède, la Joie dont elle jaillit.

Il n’est pas le « fond plat » sur lequel sont posées les choses, il n’est pas le « grand tout » dans lequel elles se noient, il n’est pas l’Idée qu’elles ont en commun : il est la Vibration infinie qui leur donne naissance, l’Élan qui les anime, le Projet bienveillant qui les caresse.

Il est humble, Il est doux, Il est profond…

1994 – Chemin

On va à Dieu par Dieu. On ne va à Dieu que par Dieu. On ne va pas à Dieu si Dieu ne vient.

2006 – Proximissimus (2)

Que Dieu ne soit pas « l’Au-delà de tout », absolument transcendant et insaisissable, mais la Présence qui imbibe tout, incroyablement proche et palpable, je n’en ferai pas un débat d’école. Je sais bien qu’au fond, ces deux discours se rejoignent.

Mais le second mérite d’être entendu comme une révélation plus secrète et plus essentielle. Il nous dit : « La Parole est tout près de toi » (Dt 9, 4). Ne va pas la chercher au loin, au sommet de quelque ascèse : cueille-la au creux de ton silence.

2015 – Bonum

Le Bien, dit Simone Weil, est Dieu en tant qu’impersonnel. Puissante définition, qui rapproche le Dieu des philosophes du Dieu de l’Alliance.

Car le Bien est plus qu’un principe métaphysique tel que l’Être ou le premier Moteur.

Même s’il n’a pas encore de visage, il est aimable et aimé. Il est celui que Kant relie à la raison pratique et à la métaphysique des mœurs, d’une manière qui n’est ni moralisante (même si on l’en a souvent accusé), ni rationalisante, mais profondément respectable et spirituelle.

1986 – Altum

Qui a dit cette stupidité, que le mieux serait l’ennemi du bien ? Dieu n’est-il pas le Bien suprême et le mieux absolu ? À quelle médiocrité veut-on nous faire rendre un culte ?

Allons, haut les cœurs !

2001 – Béatitude

Dieu n’est pas seulement « Celui qui est », mais celui que nous faisons être. Ô vertige ! J’espère que je ne vire pas au blasphème…

Mais si Dieu est vraiment celui que nous aimons « de tout notre cœur, de toute notre âme, et de toute notre pensée », comment imaginer que les noms que nous lui donnons lui sont d’avance connus ?

Les mots de l’Ami à l’Aimé ne sont-ils pas toujours neufs, et jamais entendus ? Comment nier que notre amour ajoute à la vie divine, ne serait-ce que de la joie, et lui confère ainsi un être de surcroît ?

2025 – ν

Notre Dieu n’est pas seul ! Voilà qui donne le vertige, car la conception la plus sublime du divin pourrait sembler celle de Plotin : l’Un absolu, sans pareil et sans second, étranger à toute multiplicité, à toute altérité, à tout fractionnement.

Pourtant, cette perfection et cette transcendance sont froides comme un astre mort. Elles font de « Dieu » un concept si élevé qu’il n’en est même plus pensable, et encore moins aimable. Perdue dans la stratosphère de la pensée, une telle entité ne pourrait qu’éternellement s’ennuyer !

2002 – Pré-venance

La théologie, en faisant de Dieu un objet d’étude, comporte le risque de nous faire oublier que Dieu n’est pas seulement intéressant pour l’homme, mais intéressé par l’homme. Que ce n’est pas nous qui l’avons connu et aimé en premier, mais lui.

Dieu ne s’offre pas seulement à notre foi : il la désire, la suscite, se penche sur elle avec la sollicitude d’un bon jardinier. J’accueille cette tendresse discrète avec une sorte de crainte : Quoi ? Je suis aimé ? Quoi ? Celui que je cherche, c’est Lui qui m’a trouvé ?

2008 – Episcopos

« Dieu me voit », disait Lanza del Vasto à ses premiers compagnons, les invitant à se répéter cette phrase. Je n’en conteste ni la vérité ni la valeur, mais je préfère dire : « Dieu m’entend. »

Car le regard divin toujours posé sur nous peut être ressenti comme un fardeau moralisant et culpabilisant – « L’œil était dans la tombe… » –, alors que l’oreille divine n’écoute les cris de mon cœur et ses murmures que dans la mesure où je les fais monter vers lui.

Le Dieu qui nous surveille nous impose sa loi ; le Dieu qui nous écoute sait nous faire grâce, et fermer les yeux…

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Table

1. Impasses de l’athéisme
Nous savons tous : n° 63.646 – 25.10.2017
Qu’avons-nous à dire : n° 69.852 – 04.01.2024
Un athée n’a-t-il pas : n° 66.451 – 12.07.2020
À vrai dire, l’athéisme : n° 68.426 – 22.07.2022
Il ne suffira pas : n° 68.427 – 23.07.2022
J’ai imaginé qu’un athée : n° 62.530 – 20.08.2016
Que Dieu, pur Esprit : n° 69.559 – 19.08.2023
Superposée à celle du monde : n° 69.560 – 19.08.2023
Dieu est l’asile : n° 55.685 – 25.01.2010
Le discours qui nous dit : n° 50.563 – 08.12.2004
Il y a là une dissymétrie : n° 50.564 – 09.12.2004
Étrange rencontre : n° 58.793 – 15.02.2013
J’ai dû mettre en garde : n° 58.794 – 15.02.2013
Sans vouloir faire de peine : n° 44.375 – 11.11.1998
Je discerne trois formes : n° 58.272 – 07.05.2012
La deuxième forme : n° 58.273 – 08.05.2012
La troisième forme : n° 58.274 – 08.05.2012

2. Les « preuves » et leurs limites
J’ai distingué quatre chemins : n° 59.621 – 19.10.2013
Par les uns, Dieu est perçu : n° 59.622 – 19.10.2013
La preuve ontologique : n° 55.258 – 04.04.2009
Les preuves – ou plutôt les « voies » : n° 55.259 – 05.04.2009
Le caractère « subjectif » : n° 55.260 – 05.04.2009
La preuve ontologique : n° 61.679 – 21.10.2015
La preuve cosmologique : n° 61.680 – 21.10.2015
Dieu ne se prouve pas : n° 61.681 – 22.10.2015
Une quatrième voie : n° 61.682 – 22.10.2015
La preuve ontologique : n° 60.578 – 25.08.2014
Les preuves cosmologiques : n° 60.577 – 25.08.2014
Il faut renoncer à « prouver » : n° 61.832 – 30.12.2015
Si la science prouvait Dieu : n° 67.647 – 23.10.2021
À la question traditionnelle : n° 61.831 – 30.12.2015
Que faudrait-il de plus : n° 68.425 – 22.07.2022
Ma mère écrivait : n° 63.645 – 25.10.2017

3. L’intuition du Principe
Si je devais proposer : n° 60.716 – 26.10.2014
L’existence de Dieu : n° 69.159 – 12.02.2023
L’existence de Dieu : n° 60.715 – 26.10.2014
Au fond de toutes choses : n° 65.321 – 01.05.2019
Je veux réenvisager : n° 52.311 – 01.07.2006
Que le Principe soit : n° 52.312 – 01.07.2006
Je pourrais dire : le Principe : n° 52.313 – 02.07.2006
Identifier le Principe : n° 52.314 – 02.07.2006
Pourquoi ne dirais-je pas : n° : 52.315 – 03.07.2006
Identifier le Moi : n° 52.316 – 03.07.2006
Si le Moi s’enracine : n° 52.317 – 04.07.2006
Nous voici sur une voie nouvelle : n° 52.318 – 04.07.2006
Le Principe est autre : n° 52.319 – 05.07.2006

4. Dieu au-delà de l’Être
La question de l’existence de Dieu : n° 60.575 – 24.08.2014
Pourquoi s’interroger : n° 63.309 – 19.05.2017
La foi en Dieu n’est pas : n° 61.827 – 28.12.2015
Penser l’existence de Dieu : n° 63.310 – 19.05.2017
Il faut se dégager résolument : n° 60.576 – 24.08.2014
Il n’y a rien en amont : n° 69.720 – 02.11.2023
Deux mots du Traité sur la prière : n° 70.259 – 11.04.2024
On peut entendre le cri : n° 46.146 – 08.03.2000
Une autre lecture : n° 46.147 – 08.03.2000
Les dystiques d’Angelus Silésius : n° 52.662 – 14.12.2006
Le bleu pauvre du ciel : n° 46.741 – 10.12.2000
Nicolas de Cues : n° 53.854 – 04.02.2008
Si Dieu n’était que le plus grand : n° 53.855 – 05.02.2008
La différence entre Dieu et nous : n° 53.858 – 06.02.2008

5. Du Nom à la Personne
Je crois en YHWH : n° 37.098b – 00.00.1991
Aïe ! s’écrie tout homme : n° 46.222 – 11.04.2000
Ayaouééé… !, s’écriait : n° 46.221 – 11.04.2000
La foi consiste à croire : n° 28.170a – 00.00.1982
La théologie : n° 27.264b – 00.00.1981
Que les dieux des païens : n° 52.459 – 10.09.2006
Néant, les dieux des nations : n° 52.452 – 06.09.2006
Néant, les dieux des nations : n° 52.453 – 07.09.2006
Les Grecs nomment Dieu : n° 48.805 – 19.11.2002
Que Dieu soit l’Être : n° 69.160 – 12.02.2023
Dieu n’est pas « l’Être » : n° 48.804 – 18.11.2002
On va à Dieu par Dieu : n° 39.153b – 00.04.1994
Que Dieu ne soit pas : n° 52.663 – 15.12.2006
Le Bien, dit Simone Weil : n° 61.216 – 16.03.2015
Qui a dit cette stupidité : n° 32.061d – 00.00.1986
Dieu n’est pas seulement : n° 47.760 – 29.12.2001
Notre Dieu n’est pas seul : n° 71.176 – 15.03.2025
La théologie, en faisant : n° 47.792 – 14.01.2002
Dieu me voit : n° 53.861 – 08.02.2008

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À lire aussi

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