Daniel Vigne, Le pharisien et le publicain (Lc 18, 9-14), première communion de Joachim Comet, église Saint-Martin, Vic-en-Bigorre, 13 mars 2010. |pdf]
Le pharisien et le publicain
Communion de Joachim
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes. […] Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” (Lc 18, 11.13)
Aujourd’hui le Seigneur nous fait de grands cadeaux. Il nous a fait venir de loin pour nous retrouver, il nous donne la joie d’être ensemble dans cette église, dans sa maison, d’écouter sa parole, comme on vient de le faire en écoutant l’Évangile, et surtout de t’entourer, toi Joachim, pour ta première communion. Nos cœurs sont heureux, nous le remercions, nous nous le chantons.
Mais tout à l’heure, lorsque nous irons vers l’autel pour recevoir son corps vivant, notre bonheur sera encore plus grand. Ce sera le plus beau cadeau de la journée. Car nous serons alors tout près de Jésus, le Fils de Dieu. Nous nous approcherons de lui comme de notre meilleur Ami. Nous mettrons notre tête sur sa poitrine, nous serons ses intimes, ses bien-aimés.
Déjà nous sommes en sa présence, déjà Jésus est « au milieu de nous », c’est-à-dire parmi nous, avec nous, dans notre assemblée. Mais à ce moment-là il viendra « au milieu de nous », c’est-à-dire en nous, au plus profond de nous, au centre de notre être. Déjà nous avons reçu sa Parole, qui nous enseigne et nous instruit, mais à ce moment-là nous recevrons le Pain de vie, qui nous nourrit et nous construit. Nous le recevrons, lui, en personne. Quel cadeau !
Mais comment allons-nous avancer vers l’autel ? C’est là-dessus que l’Évangile à quelque chose à nous dire. Car il y a plusieurs façons d’être en présence de Dieu.
Il y a celle du pharisien, qui se voit comme quelqu’un de bien et qui juge les autres, qui les considère comme n’étant pas aussi bien que lui. Le pharisien se regarde lui-même, et il est content de ce qu’il fait. Il se glorifie, il fait un peu le malin devant Dieu et devant les autres. Il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui font un peu les malins, qui disent : votez pour moi, je suis le meilleur. Qui se mettent en valeur sur les affiches. Beaucoup de gens qui espèrent devenir des chefs et commander les autres.
Mais le Seigneur nous met en garde : celui qui veut s’élever au-dessus des autres, celui-là est en danger. Dans la vie, ça ne sert à rien de faire le malin. Un jour ou l’autre, on verra que vous n’êtes pas si grand que ça. Regardez ce pauvre pharisien : il s’est cru grand, et depuis deux mille ans on le montre en exemple pour dire : c’est cela ce qu’il ne faut pas faire. Il se prenait pour le meilleur, et Jésus dit : ce n’est pas lui qu’il faut imiter.
Et puis il y a le publicain, qui pense exactement le contraire. Il trouve que les autres sont meilleurs que lui. Il se voit petit, il voit ce qui ne va pas très bien dans sa vie. Il sait qu’il a besoin d’aide, que tout seul il n’y arrive pas. Il n’est pas plein, il est vide. Mais c’est sa chance ! Parce que Dieu va le remplir. Son cœur est humble, et Dieu aime ce qui est humble. Il demande, alors Dieu va lui donner. Le publicain est notre modèle, pas parce qu’il a une vie impeccable, mais parce qu’il ose demander.
Et qu’est-ce qu’il demande ? « Seigneur, aie pitié ». En grec : eleison. Le verbe eleison vient du mot eleos qui veut dire « miséricorde ». Et qu’est-ce que la miséricorde ? Quelqu’un a dit : la miséricorde, c’est la corde que Dieu tend à notre misère. Si je suis tombé au fond d’une crevasse ou d’un précipice, on va envoyer des secouristes avec de grandes cordes. Et moi j’appelle, j’appelle, j’attends, j’espère. Le publicain est comme ça. Il sait qu’il ne peut pas remonter tout seul. Il a peut-être une jambe cassée, il est blessé. Il a besoin d’être soigné. Et il crie vers Dieu. « Seigneur, aie pitié. » Seigneur, donne-moi ta miséricorde.
Mais le mot eleison est très proche d’un autre mot grec, elaion, qui veut dire : huile. Et c’est très beau, parce qu’autrefois, c’est avec de l’huile qu’on soignait les blessures. C’est-à-dire que le Seigneur, qui est le grand Secouriste, ne se contente pas de nous envoyer une corde. Il a des crèmes, des paumes, des onguents, des médicaments pour nous guérir. Il a de l’huile, qui est l’image du Saint-Esprit. « Seigneur, aie pitié ». Kyrie eleison. Seigneur, donne-moi ton huile, donne-moi ton Esprit.
Voilà l’erreur du pharisien : il ne demande pas l’Esprit Saint. Il se met en avant, il se croit plein, alors qu’il est vide. Le publicain, lui, demande. Il a mis son cœur en creux. Il n’ose même pas s’avancer : « il se tenait à distance », dit l’Évangile. Mais voici la merveille : il ne peut pas remonter, mais c’est Dieu qui descend.
La corde n’était pas pour lui dire : « Monte jusqu’à moi », c’était pour lui dire : « Je viens à toi. » Jésus, c’est le Secouriste qui descend dans les crevasses. Qui vient au plus profond de nos cœurs. Qui verse sur nous l’huile du Saint-Esprit. Qui nous donne aussi à manger et à boire. Qui se donne lui-même à manger et à boire.
C’est cette merveille qui t’arrive aujourd’hui, Joachim. Tu vas recevoir Jésus avec tout son amour. Il va descendre en toi. Il va te bénir. Et nous tous qui allons communier, nous sommes avec toi devant le Seigneur, notre Ami. Notre grand Secouriste, c’est-à-dire notre Sauveur. Viens, Seigneur. Kyrie eleison.
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