L’avenir du diaconat

Les sept premiers diacres, église Tokali, Göreme, Turquie, v. 1200

Les sept premiers diacres, église Tokali, Göreme, Turquie, v. 1200

2024 Homélies

Daniel Vigne, L’avenir du diaconat (Ac 4, 13-21), Journée provinciale des diacres, église du Christ-Roi, , Toulouse, 6 avril 2024. [pdf]

L’avenir du diaconat

Les Anciens et les scribes, constatant l’assurance de Pierre et de Jean, et se rendant compte que c’était des hommes sans culture et de simples particuliers, étaient surpris. […] « Qu’allons-nous faire de ces gens-là ? » […] Ils leur interdirent formellement de parler ou d’enseigner au nom de Jésus. Ceux-ci leur répliquèrent :[…] « Il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu. » (Ac 4, 3.16.18.19)

Vous l’avez entendu : « Qu’allons-nous faire de ces gens-là ? » C’est ce que se demandent les membres du Sanhédrin devant Pierre et Jean qui viennent pourtant de faire un miracle, c’est-à-dire un signe. « Qu’allons-nous faire de ces gens-là ? » C’est peut-être ce que se demandent certains hauts responsables de cette Église, soucieux de sa bonne organisation, à propos des quelque 50.000 diacres désormais présents à travers le monde.

Et en particulier aujourd’hui où, comme un signe, voire un miracle, nous commémorons les 60 ans de la restauration du diaconat en tant que « degré propre et permanent du sacrement de l’ordre », pour citer ici le numéro 29 de la constitution Lumen Gentium. Oui, cet anniversaire a de quoi surprendre, car en lui-même il est un signe, voire un miracle. Il prouve que notre Église, qu’on trouve parfois bien lente et bien pesante, est capable de faire des choix à la fois audacieux et enracinés dans la tradition ; des choix qui ne sont pas des effets de mode, mais qui portent des fruits durables ; des choix ouverts, évolutifs, puisque tout n’y était pas défini à l’avance.

Cet anniversaire prouve que l’Église, en profondeur, est à l’écoute de l’Esprit Saint. Et nous pouvons en rendre grâce, spécialement vous, frères diacres, puisque de cette action de l’Esprit dans l’Église, vous êtes – nous sommes – les héritiers et les témoins. Comme Pierre et Jean, « nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu », c’est-à-dire ce que nous vivons en tant que serviteurs du Christ dans l’Église.

Malgré nos pauvretés, nos difficultés, nos limites, nous faisons l’expérience que cet appel au ministère diaconal vient de loin, de bien plus loin qu’une simple question d’organisation, de management ecclésial. Non, le diaconat n’est pas une case de plus dans l’organigramme compliqué de l’Église. Il fait partie de sa nature même, depuis les origines. Il est, comme on nous l’a rappelé, le soubassement de tout ministère. Il nous configure au Christ serviteur. Quand on a dit ça, on a tout dit de notre vocation, n’est-ce pas ?

Mais cet anniversaire ne nous tourne pas seulement vers le passé, de 60 ans ou de 2000 ans, pour en rendre grâce et faire mémoire des « racines ». Il nous tourne aussi vers l’avenir. En plus des « racines », il nous donne… des « ailes », ou si vous préférez, du « zèle » pour vivre ce service dans le Seigneur, sans peur, sans récriminer, dans la force et la joie de l’Esprit. Ici c’est l’Évangile du jour que nous entendons, avec sa finale magnifique : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. » Oui, à toute créature, même les plus petites. Comme si cette phrase nous était adressée, à nous les ministres de l’envoi : « Allez dans la paix du Christ ! » Comme si le Seigneur Ressuscité nous disait aujourd’hui : « Mes chers diacres, allez-y ! »

Et parce que cette grande mission se vit toujours dans la petitesse d’une situation, d’une histoire compliquée, de ce qui m’est facile ou pas facile, possible ou pas possible, laissons le Seigneur nous le dire au singulier : « Mon cher diacre (ou futur diacre), vas-y ! Prends courage, toi, avec les forces que tu as, dans le milieu précis où je t’ai placé.

Le service que je te confie, ce n’est pas une posture à adopter, pas un titre à revendiquer, c’est une attention aux personnes, aux choses, aux petites choses parfois. C’est une présence, c’est un regard, c’est de la bonté. Là où tu es, sois mon regard sur celui que tu approches, sois mes mains bénissant ta famille, sois le professionnel ou le retraité qui fait du bien au quotidien, entretiens partout, jour après jour, le feu de mon amour. C’est à cela que je t’ai appelé. »

Alors, à la question : « Qu’allons-nous faire de ces gens-là ? », les réponses viendront et se clarifieront. Quant à nous laissons-nous plutôt faire par la grâce, laissons-nous guider par l’Esprit, dans un grand souci d’unité. Car si nous sommes, comme on le dit, des ministres du seuil, nous sommes par là des serviteurs du lien, de l’inter, de l’interstice, des agents de liaison, des facteurs de communion.

Nous sommes à la fois partout et nulle part, nécessaires et inutiles, stables et adaptables, et c’est très bien ainsi. Merci à l’Église qui nous y a appelés par l’imposition des mains. Merci à nos évêques que nous voulons soutenir et servir. Merci au Christ qui nous fait confiance malgré notre indignité. Que cette eucharistie nous rassemble encore davantage dans son amour. Amen.

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