Clément de Rome – textes

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Clément de Rome (v. 20-98)

Clément de Rome (v. 20-98)

Textes

Heureuse Loi nouvelle

Nous avons les dix commandements, donnés par Moïse…, et tout ce que recommande la lecture des livres saints, dont ce qu’Isaïe nous a transmis : « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez le mal devant mes yeux. Apprenez à faire le bien, recherchez ce qui est juste ; prenez la défense de l’opprimé, de la veuve, de l’orphelin. Venez et parlons ensemble, dit le Seigneur » (Is 1, 16s)… Mais nous avons aussi les lois du Verbe, la Parole de Dieu, les paroles d’encouragement non écrites sur des tables de pierre par le doigt du Seigneur (Ex 24, 12), mais inscrites dans le cœur des hommes (2 Co 3, 3)… Ces deux lois ont servi au Verbe pour la pédagogie de l’humanité, d’abord par la bouche de Moïse, ensuite par celle des apôtres…

Mais nous avons besoin d’un maître pour expliquer ces paroles saintes… ; c’est lui qui nous enseignera les paroles de Dieu. L’école, c’est notre Église ; notre unique Maître, c’est le Fiancé, volonté bonne d’un Père bon, sagesse originelle, sainteté de la connaissance. « C’est lui la victime offerte pour nos péchés », dit saint Jean (1Jn 2, 2) ; c’est lui qui guérit nos corps et nos âmes, l’homme tout entier, lui Jésus qui est « la victime offerte non seulement pour nos péchés, mais pour ceux du monde tout entier. Et voici comment nous pouvons savoir que nous le connaissons : c’est en gardant ses commandements » (v. 3)… « Celui qui déclare demeurer en lui doit marcher dans la voie où lui, Jésus, a marché » (v. 6)

Nous qui sonnes les élèves de cette bienheureuse pédagogie, parachevons le beau visage de l’Église et accourons comme des petits enfants vers cette mère pleine de bonté. Écoutons le Verbe de Dieu ; glorifions la bienheureuse disposition qui nous guide par cet Enseignant et nous sanctifie comme enfants de Dieu. Nous serons citoyens du ciel si nous sommes les élèves de cet Enseignant sur la terre, et là-haut nous comprendrons tout ce qu’il nous a enseigné concernant le Père.

Clément d’Alexandrie – Le Pédagogue, III 89, 94, 98-99 (trad. cf. SC 158, p. 171s et coll. Pères dans la foi n° 44, Migne 1991, p. 294)

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Des chefs sans orgueil

Il est juste et saint, frères, d’obéir à Dieu plutôt que de suivre les agitateurs orgueilleux… Attachons-nous à ceux qui avec piété mettent la paix en pratique, non à ceux qui feignent de vouloir la paix. Il est dit quelque part en effet : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi » (Is 29, 13 ;Mc 7, 6). Et encore : « De bouche ils bénissaient, mais de cœur ils maudissaient » (Ps 61, 5). Et encore : « Ils l’ont aimé de bouche, et de langue ils lui ont menti ; leur cœur n’a pas été droit avec lui et ils ne sont pas restés fidèles à son alliance » (Ps 77, 36)…

Le Christ appartient en effet à ceux qui sont humbles de cœur, non à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu (cf. He 1, 8), le Seigneur Jésus Christ, n’est pas venu accompagné de la fierté et de l’orgueil — et pourtant il le pouvait — mais avec l’humilité du cœur, comme l’Esprit Saint l’avait dit de lui : « Qui a cru à notre parole ? et le bras du Seigneur à qui a-t-il été révélé ? Nous l’avons annoncé comme un petit enfant, comme une racine en terre aride. Il n’avait ni beauté, ni éclat ; nous l’avons vu…mais son aspect était méprisable » (Is 53, 1-3)… Vous voyez, bien-aimés, quel est le modèle qui vous a été donné. Si le Seigneur s’est ainsi humilié, que devons-nous faire, nous à qui il donne de marcher sous le joug de sa grâce ?

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens, 14-16 (trad. SC 167, p. 123)

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La grâce de la conversion

Fixons nos regards sur le sang du Christ, et comprenons combien il a de valeur pour son Père, puisque, répandu pour notre salut, il a procuré au monde entier la grâce de la conversion. Parcourons toutes les générations et nous apprendrons que, de génération en génération, le Maître « a offert la possibilité de se convertir » (Si 17, 24) à tous ceux qui voulaient se retourner vers lui. Noé a prêché la conversion, et ceux qui l’ont écouté ont été sauvés. Jonas a annoncé aux Ninivites la destruction qui les menaçait : ils se sont repentis de leurs péchés, ils ont apaisé Dieu par leurs supplications et ils ont obtenu le salut, bien qu’étrangers à Dieu.

Les ministres de la grâce de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ont parlé de la conversion. Le Maître de l’univers lui-même en a parlé avec serment : « Aussi vrai que je suis vivant, parole du Seigneur, je ne veux pas la mort du pécheur, mais sa conversion » (Ez 18, 23). Et il ajoute cette sentence pleine de bonté : « Convertissez-vous, maison d’Israël, de votre iniquité. Dis aux fils de mon peuple : Vos péchés monteraient-ils de la terre jusqu’au ciel, seraient-ils plus rouges que l’écarlate et plus noirs qu’un vêtement de deuil, si vous vous retournez vers moi de tout votre cœur et me dites : ‘ Père ! ‘ je vous écouterai comme un peuple saint » (cf. Is 1, 16-20 ; Ne 9, 1)…

Voilà ce qu’il a fixé par sa volonté toute-puissante, parce qu’il veut faire participer tous ceux qu’il aime à la conversion. C’est pourquoi nous devons obéir à sa magnifique et glorieuse volonté. Implorons humblement sa miséricorde et sa bonté, prosternons-nous, tournons-nous vers sa compassion en abandonnant les préoccupations frivoles, la discorde et la jalousie qui conduisent à la mort.

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens 7-9 (trad. bréviaire)

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La succession apostolique

Les apôtres ont reçu pour nous du Seigneur Jésus Christ la Bonne Nouvelle ; Jésus le Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, les apôtres du Christ. Ces deux missions procèdent en bel ordre de la volonté de Dieu. Pourvus d’instructions, remplis de certitude par la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, affermis par la parole de Dieu, ils partirent, avec l’assurance de l’Esprit Saint, annoncer que le Royaume de Dieu était proche. Ils prêchaient dans les campagnes et dans les villes, et ils y établissaient leurs prémices, et ils les éprouvaient avec l’aide de l’Esprit, pour en faire les évêques et les diacres des futurs fidèles…

S’étonnera-t-on que les hommes, que Dieu a investis d’une telle mission dans le Christ, aient eux-mêmes établi les ministres que je viens d’évoquer ? … Nos apôtres ont su aussi par notre Seigneur Jésus-Christ qu’on se querellerait sur les fonctions de l’évêque. Telle est la raison pour laquelle, dans leur prescience parfaite, ils ont établi les ministres évoqués plus haut et instituèrent qu’après leur mort d’autres hommes, dûment éprouvés, prendraient leur succession.

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens, 42-44

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Les deux témoins

Laissons ces exemples [de persécution dans l’Ancien Testament] pour en venir aux athlètes les plus proches de nous ; évoquons les exemples vaillants de notre génération. La jalousie et l’envie ont déchaîné les persécutions contre les piliers de l’Église les plus hauts et les plus justes, qui ont lutté jusqu’à la mort.

Regardons les saints apôtres : Pierre, à cause d’une jalousie injuste, a subi, non pas une ou deux, mais de nombreuses souffrances ; après avoir rendu ainsi son témoignage, il s’en est allé au séjour de gloire qu’il avait mérité. La jalousie et la discorde ont permis à Paul de montrer comment on remporte le prix réservé à la constance. Sept fois emprisonné, banni, lapidé, devenu prédicateur de l’Évangile en Orient et en Occident, il a reçu la renommée qui correspondait à sa foi. Après avoir enseigné la justice au monde entier jusqu’aux limites de l’Occident, il a rendu son témoignage devant les autorités ; c’est ainsi qu’il a quitté ce monde pour s’en aller au séjour de la sainteté. Suprême modèle de courage ! À ces hommes qui ont mené une vie sainte est venue se joindre une grande foule d’élus qui, par suite de la jalousie, ont subi toutes sortes de mauvais traitements et de supplices, et qui ont donné parmi nous un exemple magnifique…

Nous vous écrivons tout ceci, mes bien-aimés, non seulement pour vous avertir, mais pour nous exhorter nous-mêmes. Car nous sommes dans la même arène ; le même combat nous attend. Laissons donc nos vains soucis inutiles pour suivre la règle glorieuse et vénérable de notre tradition. Ayons les yeux fixés sur ce qui est beau, ce qui est agréable aux yeux de celui qui nous a faits, ce qui est propre à le toucher. Fixons nos regards sur le sang du Christ et comprenons combien il a de valeur pour Dieu son Père, puisque, répandu pour notre salut, il a apporté au monde entier la grâce de la conversion.

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens, 5-7

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Nous ressusciterons

Remarquons, mes bien-aimés, comment le Seigneur ne cesse de nous montrer la résurrection future dont il nous a donné les prémices en ressuscitant d’entre les morts le Seigneur Jésus Christ. Observons, bien-aimés, les résurrections qui s’accomplissent périodiquement. Le jour et la nuit nous font voir une résurrection : la nuit se couche, le jour se lève ; le jour disparaît, la nuit survient. Regardons les fruits : comment se font les semailles, que se passe-t-il ? Le semeur sort, jette dans la terre les différentes semences. Celles-ci tombent, sèches et nues, sur la terre et se désagrègent. Puis, à partir de cette décomposition même, la providence magnifique du Maître les fait revivre, et une seule graine en fait pousser une quantité, qui à leur tour croissent et portent du fruit… Trouverons-nous donc étrange et étonnant que le Créateur de l’univers fait ressusciter ceux qui l’ont servi fidèlement et avec la confiance d’une foi parfaite ?…

Dans cette espérance, que nos cœurs s’attachent donc à celui qui est fidèle à ses promesses et juste dans ses jugements. Lui, qui a prescrit de ne pas mentir (Ex 20, 16), à plus forte raison ne ment pas lui-même. Rien n’est impossible à Dieu, sauf de mentir (Jr 32, 17 ; Lc 1, 37 ; He 6, 18). Ravivons donc notre foi en lui et comprenons qu’il peut tout.

D’une parole de sa toute-puissance, il a formé l’univers, et d’un mot il peut l’anéantir… Il fait toutes choses quand il le voudra et comme il le voudra. Rien ne disparaîtra jamais de ce qu’il a décidé. Tout est présent devant lui et rien n’échappe à sa Providence.

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens, 24-28 ; SC 167 (trad. cf. SC et bréviaire 30e mardi rev.)

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Prière universelle

Que l’Artisan de l’univers conserve intact sur la terre

le nombre de ses élus, par son enfant bien-aimé, Jésus Christ.

Par lui il nous a appelés des ténèbres à la lumière,

de l’ignorance à la connaissance de la gloire de son nom.

Nous mettons notre espérance en toi,

Principe de toute la création.

Tu as ouvert les yeux de nos cœurs afin qu’ils te connaissent,

Toi le seul Très-Haut, dans les cieux,

le Saint qui repose au milieu des saints.

Tu abaisses l’insolence des superbes,

tu déjoues les calculs des nations,

tu élèves les humbles et renverses les puissants,

tu enrichis et appauvris,

tu prends et tu donnes la vie.

Unique bienfaiteur des esprits, Dieu de toute chair,

tu scrutes les profondeurs,

tu surveilles les œuvres des hommes,

Secours dans les dangers, Sauveur des désespérés,

Créateur et Gardien de tout esprit vivant…

Nous t’en prions, ô Tout-Puissant,

sois notre secours et notre défenseur.

Sauve les opprimés, prends en pitié les petits,

relève ceux qui sont tombés.

Montre-toi à ceux qui sont dans le besoin, guéris les malades,

ramène ceux qui de ton peuple se sont égarés,

donne la nourriture à ceux qui ont faim,

la liberté à nos prisonniers ;

redresse les faibles, console les pusillanimes ;

et que tous les peuples reconnaissent que seul tu es Dieu,

que Jésus Christ est ton enfant,

que nous sommes ton peuple et les brebis de ton bercail.

Clément de Rome – Lettre aux Corinthiens, 59 (trad. coll. Icthus, vol. 2, p. 68)

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