Heureux les persécutés
Jésus a été persécuté comme les justes [de l’Ancien Testament] ont été persécutés, afin que soient consolés les persécutés d’aujourd’hui, eux qui sont persécutés à cause de Jésus persécuté. Car il nous a écrit et nous a lui-même rendu cœur : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. Puisqu’ils vous persécutent, c’est que vous n’êtes pas du monde, comme moi je n’en suis pas » (Jn 15, 19-20 ; 17, 14). Auparavant en effet, il nous avait écrit : « Vos pères vous livreront, vos frères et vos parents, tout le monde vous prendra en haine à cause de mon nom ». Il nous a encore enseigné : « Lorsqu’ils vous feront comparaître devant les chefs, devant les magistrats et devant les rois qui tiennent le monde, ne vous creusez pas la tête auparavant pour ce que vous devrez dire, comment vous pourrez répondre : c’est moi qui vous donnerai une bouche et une sagesse telle que vos adversaires ne pourront vous vaincre, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père, lui, parlera pour vous ».
C’est cet Esprit qui a parlé par la bouche de Jacob à Ésaü son persécuteur ; l’Esprit de sagesse qui a parlé devant Pharaon par la bouche de Joseph persécuté ; l’Esprit qui a parlé par la bouche de Moïse en tous les miracles qu’il a fait au pays d’Égypte… ; l’Esprit qui chantait par la bouche de David persécuté, c’est par lui qu’il chantait pour soulager du mauvais esprit Saül son persécuteur ; l’Esprit qui avait revêtu Élie, avec lequel il a réprimandé Jézabel et Achab son persécuteur… ; l’Esprit qui a réconforté Jérémie, et il s’est tenu debout, audacieusement, pour réprimander Sédécias ; l’Esprit qui a gardé Daniel et ses frères au pays de Babylone ; ce même Esprit qui a sauvegardé Mardochée et Esther dans le pays de leur captivité.
Écoute, mon ami, les noms des martyrs, des confesseurs et des persécutés : Abel, Jacob, Joseph, Moïse, Josué, Jephté, Samson, Gédéon et Baraq, David, Samuel, Ézéchias, Élie, Élisée, Michée, Jérémie, Daniel, Ananias et ses frères, Judas Macchabée et ses frères… Mais le martyre de Jésus a été le plus grand et le meilleur : il a surpassé en tribulation et en confession tous ceux d’autrefois et tous ceux à venir.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 21 (trad. SC 359, p. 835s)
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Il élève les humbles
De génération en génération, d’époque en époque… notre bon Créateur a magnifié les petits et méprisé les superbes.
Il a élevé les humbles et humilié les arrogants,
il a appauvri les riches et exalté les humbles,
il a abaissé les forts et fortifié les faibles,
il a renversé les héros et affermi les petites gens.
Il a élevé Seth, le cadet, plutôt que Caïn le premier-né,
Noé plutôt qu’Adam comme père du second monde,
Isaac plutôt qu’Ismaël, Jacob plutôt qu’Esaü,
Joseph plutôt que Ruben, Ephraïm plutôt que Manassé,
Eléazar et Ittamar plutôt que Nadab et Abihu,
Josué et Caleb plutôt que les dix espions leurs compagnons,
Samuel plutôt qu’Elie, David plutôt que Saül,
Salomon plutôt qu’Adonias, Jéroboam plutôt que Roboam,
Jéhu plutôt qu’Achab, Mardochée plutôt que Haman,
Daniel et ses frères plutôt que les sages de Babylone,
Les peuples plutôt que le peuple.
Il en est de même pour les femmes :
il a élevé Sara plutôt que Hagar, mère du premier-né,
Rachel plutôt que Léa, Anne plutôt que Pennina,
Esther plutôt que Vasthi.
À certaines époques, la prophétie et la judicature furent confiées à des femmes, comme il l’a plu à celui qui élève les humbles :
Miryam fut prophétesse et Anne fut prophétesse,
Hulda fut prophétesse et Elisabeth fut prophétesse,
Marie fut prophétesse, la mère du grand prophète,
et Débora fut prophétesse, elle jugea Israël aux jours de Baraq.
Personne ne peut blâmer le bon plaisir de notre bon Dieu,
car il n’est personne qui ait scruté ses jugements.
Ses chemins sont impénétrables…
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, 14 ; SC n° 359, p. 655
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Jean, nouvel Élie
Notre Seigneur témoigne de Jean qu’il est le plus grand des prophètes, mais il a reçu l’Esprit de façon mesurée, puisque Jean a obtenu un esprit pareil à celui qu’avait reçu Élie.
De même qu’Élie était demeuré dans la solitude, ainsi l’Esprit de Dieu a emmené Jean demeurer dans le désert, dans les montagnes et dans les grottes. Un corbeau avait volé au secours d’Elie pour le nourrir ; Jean mangeait des sauterelles volantes. Elie portait une ceinture de peau ; Jean portait un pagne de peau autour des reins (Mt 3, 4). Élie a été persécuté par Jézabel ; Hérodiade a persécuté Jean. Élie avait réprimandé Achab ; Jean a réprimandé Hérode. Élie avait divisé les eaux du Jourdain ; Jean a ouvert le baptême. Le double de l’esprit d’Élie s’est posé sur Élisée ; Jean a imposé les mains à notre Sauveur, qui a reçu l’Esprit sans mesure (Jn 3, 34). Élie ouvrit le ciel et s’éleva, Jean vit les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre et se poser sur notre Sauveur.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 6, 13 (trad. cf. SC 349)
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Jésus, nouveau Moïse
Moïse a été persécuté, comme Jésus a été persécuté. On le dissimula à sa naissance pour qu’il ne soit pas tué par ses persécuteurs ; Jésus, on le fit fuir en Égypte à sa naissance, pour qu’Hérode, son persécuteur, ne le tue pas. Au jour où naquit Moïse, on noyait les petits enfants dans le fleuve ; à la naissance de Jésus, on tua les petits enfants de Bethléem et des alentours. À Moïse, Dieu dit : « Ils sont morts, les gens qui en veulent à ta vie » (Ex 4, 19), et l’ange dit à Joseph en Égypte : « Lève-toi, prends le petit et va-t-en au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en veulent à la vie de l’enfant » (Mt 2, 20). Moïse fit sortir son peuple de la servitude de Pharaon ; Jésus sauva tous les peuples de la servitude de Satan…
Quand Moïse immola l’agneau, les premiers-nés des Égyptiens furent tués ; Jésus devint l’agneau véritable quand on le crucifia… Moïse fit descendre la manne pour son peuple ; Jésus donna son corps aux peuples. Moïse adoucit les eaux amères par le bois ; Jésus adoucit notre amertume en étant crucifié sur le bois. Moïse fit descendre la Loi pour le peuple ; Jésus donna des Testaments aux peuples. Moïse vainquit les Amalécites en étendant les mains ; Jésus vainquit Satan par le signe de la croix.
Moïse fit sortir l’eau de la pierre pour le peuple ; Jésus envoya Simon Pierre porter son enseignement chez les peuples. Moïse ôtait le voile de son visage pour parler avec Dieu ; Jésus ôta le voile qui était sur le visage des peuples, pour qu’ils entendent et reçoivent son enseignement (2 Co 3, 16). Moïse imposa la main aux anciens et ils reçurent le sacerdoce ; Jésus imposa la main à ses apôtres et ils reçurent l’Esprit saint. Moïse monta sur la montagne et il y mourut ; Jésus monta aux cieux et s’assit à la droite de son Père.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 21 (trad. SC 359, p. 822)
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L’Esprit du Messie
Si à partir d’un feu tu allumes d’autres feux en une multitude d’endroits, le premier n’en est pas amoindri… Ainsi en est-il pour Dieu et son Messie ; ils sont un, tout en demeurant dans la multitude des hommes. Le soleil non plus n’est en rien amoindri parce que sa puissance se répand sur la terre. Et combien plus grande est la force de Dieu puisque c’est par la force de Dieu que subsiste le soleil…
Cela pesait à Moïse de conduire seul le camp d’Israël. Le Seigneur lui a dit : « Voici que je vais prendre de l’Esprit qui est sur toi pour le donner à soixante-dix hommes parmi les anciens d’Israël » (Nb 11, 17). Quand il a pris de l’esprit de Moïse et que les soixante-dix hommes en ont été remplis, est-ce que Moïse a été en rien amoindri ? Est-ce que l’on s’apercevait qu’il avait moins d’esprit ? Le bienheureux apôtre Paul dit aussi : Dieu a partagé de l’Esprit du Christ-Messie et l’a envoyé dans les prophètes [du Nouveau Testament] (1 Co 12, 11.28). Mais le Messie n’a été en rien lésé, car son Père lui a donné l’Esprit sans mesure.
C’est en ce sens … que le Christ-Messie habite dans les hommes croyants. Et il n’est en rien lésé s’il est partagé à la multitude, car c’est l’Esprit du Christ qu’ont reçu les prophètes, chacun d’eux autant qu’il pouvait en porter. Et encore aujourd’hui, c’est ce même Esprit du Messie qui est versé sur toute chair pour que prophétisent fils et filles, vieillards et jeunes gens, serviteurs et servantes (Jl 3, 1 ; Ac 2, 17). Le Messie est en nous, et le Messie est au ciel à la droite de son Père. Il n’a pas reçu l’Esprit avec mesure, mais son Père l’a aimé et a tout livré entre ses mains, lui donnant pouvoir sur tout son trésor… Notre Seigneur dit encore : « Tout m’a été confié par mon Père » (Mt 11, 27)… L’apôtre Paul dit enfin : « Tout sera soumis au Christ, sauf son Père qui lui a tout soumis. Quand tout lui aura été soumis, alors il se soumettra lui aussi à Dieu son Père qui lui a tout soumis, et Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 27-28).
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 6 (trad. SC 349, p. 394 rev.)
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La maison sur le roc
Un roi ne demeure pas dans une maison qui est vide de tous biens ; il n’y habite pas. Mais toute une ornementation de maison est demandée par le roi, en sorte qu’il ne manque rien… Ainsi en est-il de l’homme qui est devenu une maison d’habitation pour le Christ-Messie : il pourvoit à ce qui convient au service du Messie qui habite en lui, aux choses qui lui plaisent.
En effet, il construit d’abord son édifice sur la pierre, c’est-à-dire le Messie lui-même. Sur cette pierre est posée la foi, et sur la foi s’élève tout l’édifice. Pour que la maison devienne sa demeure, on lui demande le jeûne pur, établi sur la foi. On lui demande la prière pure, reçue dans la foi. Il lui faut l’amour, monté sur la foi. Il lui faut aussi les aumônes, données avec foi. Qu’il demande l’humilité, aimée avec foi. Qu’il choisisse pour lui la virginité, chérie dans la foi. Qu’il amène chez lui la sainteté, plantée sur la foi. Qu’il médite aussi la sagesse, trouvée dans la foi. Qu’il demande aussi pour lui la condition d’étranger, profitable dans la foi. Il lui faudra la simplicité, mêlée à la foi. Qu’il demande encore la patience, qui est accomplie par la foi. Qu’il se rende perspicace par la douceur, qui est acquise par la foi. Qu’il aime la pénitence, qui apparaît à la foi. Qu’il demande aussi la pureté, gardée par la foi… Voilà les œuvres demandées par le roi Messie, qui habite dans les hommes qui se construisent par de telles œuvres. La foi en effet est composée de maintes choses et se pare de maintes couleurs, car elle est semblable à un édifice construit de matériaux multiples et son édifice s’élève jusqu’en haut…
Ainsi en est-il de notre foi : sa fondation est la vraie pierre, notre Seigneur Jésus le Messie… Cette fondation, c’est la base de tout l’édifice. Si quelqu’un accède à la foi, il est posé sur le roc, c’est-à-dire notre Seigneur Jésus le Messie. Et son édifice ne sera pas ébranlé par les flots, ni endommagé par les vents, il ne tombera pas dans les tempêtes, car cet édifice s’élève sur le roc, le vrai fondement.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 1 (trad. SC 349, p. 210 rev.)
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La mort vaincue
Les gens pieux, sages et bons ne sont pas effrayés par la mort, à cause de la grande espérance qu’ils ont devant eux. Ils pensent tous les jours à la mort comme à un exode, et au dernier jour où seront enfantés les fils d’Adam. L’apôtre Paul dit : « La mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même en ceux qui n’ont pas péché, ainsi est-elle passée en tout les fils d’Adam » (Rm 5, 14.12)… Elle est passée aussi en tous les hommes de Moïse à la fin du monde. Cependant Moïse a proclamé que son règne serait aboli ; la mort pensait emprisonner tous les hommes et régner sur eux pour toujours…, mais quand le Très Saint a appelé Moïse du sein du buisson, il lui a dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Ex 3, 6). Entendant ces paroles, la mort a été ébranlée, a tremblé de crainte et a compris…que Dieu est le roi des morts et des vivants et qu’il viendrait un temps où les hommes échapperaient à ses ténèbres. Et voici que Jésus notre Sauveur a répété cette parole aux saducéens et leur a dit : « Il n’est pas un Dieu des morts ; tous vivent pour lui » (Lc 20, 38)…
Car Jésus est venu, le meurtrier de la mort ; il a revêtu un corps de la descendance d’Adam, a été fixé à la croix et a goûté la mort. Elle a compris qu’il allait descendre chez elle. Toute troublée, elle a verrouillé ses portes, mais lui a brisé ses portes, est entré chez elle et a commencé à lui arracher ceux qu’elle détenait. Les morts, voyant la lumière dans les ténèbres, ont levé la tête hors de leur prison et ont vu la splendeur du Roi Messie… Et la mort, voyant les ténèbres commencer à se dissiper et des justes ressusciter, a appris qu’à l’achèvement du temps il ferait sortir de son pouvoir tous les captifs.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 22 (trad. Sc 359, p. 841s)
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La prière pure
La pureté du cœur est une prière plus excellente que toutes les oraisons récitées à haute voix, et le silence, conjoint à une conscience sincère, surpasse la voix haute de l’homme qui crie. Maintenant donc, mon ami, donne-moi ton cœur et ton intelligence : écoute-moi te parler de la force de la prière pure, et vois comment nos pères, les justes d’autrefois, ont été rendus prestigieux par leur prière devant Dieu, et comment celle-ci est devenue pour eux une offrande pure.
C’est par la prière en effet que les offrandes ont été acceptées. C’est elle qui a fait cesser le déluge, elle qui a guéri la stérilité, elle qui a repoussé les armées, elle qui a dévoilé les mystères, elle qui a fendu la mer, elle qui a ouvert une brèche dans le Jourdain, retenu le soleil et immobilisé la lune, elle qui a exterminé les impurs et a fait tomber le feu, elle qui a retenu le ciel, elle qui a fait sortir de la fosse, a libéré du feu et a délivré de la mer. Sa force est tout à fait considérable, comme était considérable la force du jeûne pur…
En effet, c’est d’abord en raison de la pureté de son cœur que l’offrande d’Abel a été acceptée devant Dieu, alors que celle de Caïn a été rejetée (Gn 4, 4s)… Ce sont les fruits du cœur de ce dernier qui ont montré et témoigné contre lui qu’il était plein de ruse, puisqu’il a tué son frère. En effet, ce que sa pensée avait conçu, ses mains l’ont enfanté ; mais la pureté du cœur d’Abel, c’était cela sa prière.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 4 (SC 349, p. 292 rev.)
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Le jeûne qui plaît à Dieu
Les fils de Ninive jeûnèrent d’un jeûne pur, lorsque Jonas leur prêcha la conversion. Ainsi est-il écrit en effet : Lorsqu’ils entendirent la prédication de Jonas, ils décrétèrent un jeûne permanent et une supplication ininterrompue, en étant assis sur des sacs et de la cendre. Ils ôtèrent leurs vêtements délicats et revêtirent des sacs à la place. Ils refusèrent aux nourrissons les seins de leurs mères, au petit et au gros bétail le pâturage (Jon 3)…
Et voici ce qu’il est écrit : « Dieu vit leurs œuvres, qu’ils se détournaient de leurs mauvais chemins. Alors il détourna d’eux la colère et il ne les anéantit pas ». Il ne dit pas : « Il vit une abstinence de pain et d’eau, avec sac et cendre », mais : « Qu’ils revenaient de leurs mauvais chemins et de la méchanceté de leurs œuvres »… Ce fut là un jeûne pur, et il fut accepté, le jeûne que jeûnèrent les Ninivites, quand ils se détournèrent de leurs mauvais chemins et de la rapacité de leurs mains…
Car mon ami, quand on jeûne, c’est toujours l’abstinence de méchanceté qui est la meilleure. Elle est meilleure que l’abstinence de pain et d’eau, meilleure que…« courber le cou comme un crochet et se couvrir de sacs et de cendres » comme le dit Isaïe (58, 5). En effet, quand l’homme s’abstient de pain, d’eau ou de quelque nourriture que ce soit, qu’il se couvre d’un sac et de cendres et qu’il s’afflige, il est aimé, beau et agréé. Mais ce qui agrée le plus c’est qu’il s’humilie lui-même, qu’il « délie les chaînes » de l’impiété et qu’il « coupe les liens » de la tromperie. Alors « sa lumière se diffuse comme et soleil et sa justice marche devant lui. Il est comme un verger exubérant, comme une source dont l’eau ne cesse pas » (Is 58, 6s).
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 3 Du jeûne (trad. SC 349, p. 277)
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Le sabbat, jour du repos
Le sabbat n’a pas été établi comme une épreuve permettant un discernement entre la vie et la mort, entre justice et péché, ainsi que d’autres préceptes par lesquels « l’homme trouve la vie » (Lv 18, 5) ou la mort s’il ne les observe pas. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos ; avec les hommes, les bêtes devaient cesser le travail (Ex 23, 12)…
Si le sabbat n’avait pas été institué pour le repos de tout être qui exerce un travail corporel, les créatures qui ne travaillent pas auraient dû, dès l’origine, elles aussi, observer le sabbat afin d’être justifiées. Au contraire, nous voyons, sans répit, le soleil s’avancer, la lune parcourir son orbite, les étoiles poursuivre leur course, les vents souffler, les nuages voguer dans le ciel, les oiseaux voler, les ruisseaux sourdre des sources, les vagues s’agiter, les éclairs tomber et illuminer la création, le tonnerre éclater violemment en son temps, les arbres porter leurs fruits, et chaque créature grandir et se fortifier. Nous ne voyons en vérité aucun être se reposer le jour du sabbat, sauf les hommes et les bêtes de somme qui sont soumis à la loi du travail.
À aucun des justes de l’Ancien Testament le sabbat n’a été donné pour qu’il y trouve la vie… Mais la fidélité au sabbat a été prescrite afin que se reposent serviteurs, servantes, mercenaires, étrangers, bêtes de somme, afin que puissent se refaire ceux qui sont accablés par leur travail. Car Dieu a soin de toute sa création, des bêtes de somme comme des bêtes féroces, des oiseaux comme des animaux sauvages. Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l’a dit : « Voici mon repos : faites reposer celui qui est fatigué » (28, 12)… Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu ; faisons ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos où ciel et terre se reposeront, où toute créature est recréée.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 13, 1.3.9
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Le serviteur de tous
Mon ami, prenons la ressemblance de celui qui nous donne la vie. Alors qu’il était riche, il s’est appauvri lui-même. Alors qu’il était haut placé, il a abaissé sa grandeur. Alors qu’il habitait les hauteurs, il n’a pas eu de lieu où appuyer sa tête. Alors qu’il doit venir sur les nuées, il est monté sur un ânon pour entrer à Jérusalem. Alors qu’il est Dieu et fils de Dieu, il a porté la ressemblance de serviteur.
Lui qui est le repos de toutes les peines, il a été fatigué de la peine du chemin. Lui qui est la source qui étanche la soif, il a eu soif et il a demandé de l’eau à boire. Lui qui est la satiété qui rassasie notre faim, il a eu faim quand il jeûnait au désert pour être tenté. Lui qui est le veilleur qui ne dort pas, il s’est endormi et s’est couché dans la barque au milieu de la mer. Lui qui est servi dans la tente de son Père, il s’est laissé servir des mains des hommes. Lui qui est le médecin de tous les hommes malades, ses mains ont été percées par des clous. Lui dont la bouche énonçait de bonnes choses, on lui a donné du fiel à boire. Lui qui n’avait fait de mal ni nui à personne, il a été frappé de coups et il a supporté l’outrage. Lui qui fait vivre tous les morts, il s’est livré lui-même à la mort de la croix.
Notre Vivificateur lui-même a fait preuve de tout cet abaissement ; abaissons-nous nous-mêmes, mes amis.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 6 (trad. SC 349, p. 388)
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Prie en tout temps
Mon ami, lorsqu’on fait le bon plaisir de Dieu, c’est de la prière, et c’est ce qui me paraît beau… Par-dessus tout, sois assidu à la prière sans t’en lasser, comme il est écrit, car notre Seigneur a dit : « Priez sans vous lasser. » Sois assidu aux veilles, éloigne de toi somnolence et lourdeur, sois en éveil jour et nuit sans te décourager.
Je vais te montrer les modes de la prière ; il y a en effet la demande, l’action de grâce et la louange (Ph 4, 6) : la demande, quand on demande miséricorde pour ses péchés ; l’action de grâce, quand tu rends grâce à ton Père qui est au ciel ; et la louange, quand tu le loues pour ses œuvres Quand tu es en danger, présente la demande ; quand tu es pourvu de biens, rends grâce à celui qui donne ; et quand tu es d’humeur joyeuse, présente la louange.
Toutes tes prières, tu dois les porter devant Dieu selon les circonstances. Vois ce que David lui-même disait à tout moment : « Je me suis levé pour rendre grâce à tes jugements, ô Juste » (Ps 118, 62). Dans un autre psaume, il dit encore : « Louez le Seigneur depuis les cieux, louez-le dans les hauteurs » (148, 1). Il dit enfin : « Je bénirai le Seigneur à tout moment, à tout moment ses louanges en ma bouche » (33, 2). Car tu ne dois pas prier d’une seule manière, mais selon les circonstances.
Et moi, mon ami, j’ai la ferme conviction que tout ce que les hommes demandent avec assiduité, Dieu le leur donne. Mais celui qui offre avec hypocrisie n’est pas agréé, selon ce qu’il est écrit : Celui qui offre la prière, qu’il tourne et retourne son offrande, pour voir s’il ne s’y trouve pas quelque défaut, et qu’ensuite il l’offre, autrement son offrande restera à terre. Et qu’est-ce que l’offrande, sinon la prière ?… De toutes les offrandes en effet, la prière pure est la meilleure.
Aphraate le Sage persan – Les Exposés, n° 4 (trad. SC 349, p. 316)
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