Marée haute
J’entends, j’entends le grondement des grandes eaux,
Le galop des chevaux rattrapés par les vagues,
L’océan qui rugit sous le vent qui divague,
Onde géante soulevée de son berceau.
Il n’est plus temps de se tenir sur le rivage,
Car le courant déjà t’a pris comme à revers,
Et la dune où tu croyais dominer l’orage
Est une île cernée par deux serpents de mer.
Mais de ce caducée ne vois-tu pas le signe ?
La tempête est le prix de ta transformation,
Ta noyade sacrée en est la condition :
Abandonne-toi donc aux flots en droite ligne.
Monte, monte à l’assaut de la terre vieillie,
Cède à l’inondation de ton propre pays,
Épouse la marée, sa fureur et sa grâce,
Prends enfin le parti de ce qui te dépasse.
Daniel Vigne