Jean Herbert – Ce que Gandhi a vraiment dit, Paris, Stock, 1969 (résumé-citations D. Vigne ).
Jean Herbert
Ce Gandhi a vraiment dit
Les livres sur Gandhi rempliraient une énorme bibliothèque. Son œuvre elle-même ne compte pas moins de 100 volumes. On ne pourra pas évoquer ici toutes les péripéties de sa vie mouvementée, tous les épisodes de ses luttes, mais nous chercherons à en retenir le message. « Je puis dire sans arrogance, et en toute humilité, que mon message et mes méthodes, dans ce qu’ils ont d’essentiel, sont destinés au monde entier »9.
I – Biographie
1848 : L’Inde est entièrement conquise par l’Angleterre. Gandhi naît à l’apogée du colonialisme européen. L’empire des Indes, dont la reine d’Angleterre était l’impératrice, était gouverné par un vice-roi britannique. La population croupissait dans une profonde misère, et subissait passivement son sort. L’anglais était la seule langue officielle de l’enseignement secondaire.
1869 : Naissance le 2 octobre à Porbandar. Le père de Gandhi était vishnouite, de la caste des vaïshyas (commerçants), de rang modeste. Homme droit et pieux, strictement végétarien, trois fois veuf avant son mariage avec Putlîbaï, mère de Gandhi. Son prénom, Mohandas, signifie serviteur de la « ferveur » (supra rationnelle).
1877… : Gandhi fut bercé par la lecture de la Bhagavad-Gîtâ, le plus célèbre texte sacré de toute l’Inde, où Krishna, avatar de Vishnou, enseigne à son disciple Arjuna l’action et le détachement dans l’action, et par la lecture du Ramayana, qui raconte la vie de Râma, autre avatar de Vishnou. Sa nourrice lui enseigna à répéter la fameuse invocation à Râma, le Râm-nâm, qui sera le dernier mot prononcé par Gandhi avant sa mort.
1883 : À 13 ans, il est marié avec Kasturbaï, une fillette du même âge. Elle lui donnera quatre enfants, puis acceptera de vivre avec lui comme une sœur. Illettrée, mais autoritaire, elle sera sa fidèle compagne. « C’est ma femme qui m’a enseigné la non-violence lorsque j’ai essayé de la plier à ma volonté. […] J’ai été guéri de ma stupidité à croire que j’avais de naissance le droit de la dominer. Et finalement elle est devenue mon professeur de non-violence »18.
1888 : À 19 ans, père d’un enfant, il embarque pour l’Angleterre, ce qui lui vaut d’être excommunié de sa caste. Pourtant, il a fait vœu de toucher ni à l’alcool, ni à aucune nourriture d’origine animale (sauf le lait de chèvre qu’il s’autorisera plus tard), et de rester chaste. Pendant ses études de droit, il lit la Bible en entier. Il est frappé par le Sermon sur la montagne. Il passe une semaine à Paris. Il n’apprécie pas la tour Eiffel, mais aime se recueillir dans les églises, spécialement à Notre-Dame.
1891 : Admis au Barreau de Londres, il revient à Bombay et fait ses premières expériences comme avocat. Mais il est timide et inexpérimenté…
1893 : Une firme indienne d’Afrique du Sud l’invite à la défendre dans des procès. Il réussit à concilier les parties adverses de manière originale, hors tribunal. Révolté par les humiliations racistes que subissaient les 150.000 Indiens d’Afrique du Sud, il décide de prendre leur défense. Son combat durera vingt ans ! Plusieurs fois emprisonné, il tient bon. Pendant la guerre des Boers, solidaire de l’Empire dont il est sujet, il organise un corps d’ambulanciers.
1910 : Ayant engagé une correspondance avec Tolstoï, il fonde l’Ashram Tolstoï, près de Johannesburg. C’est à cette époque qu’on commence à l’appeler Bapu, petit père.
1913 : Il obtient l’abolition de toutes les mesures discriminatoires. Premier triomphe du Satyâgraha qui consiste, dit-il, « à vaincre l’adversaire en prenant sur soi la souffrance »25.
1914 : Il arrive à Londres deux jours après la déclaration de guerre, constitue un groupe d’ambulanciers qu’il met à la disposition du gouvernement.
1915 : Revenu en Inde, il passe une année à voyager dans le pays, puis fonde à Sâbarmati, près d’Ahmedâbad, l’Ashram du Satyâgraha.
1917 : Il s’oppose au rapport de la commission Rowlatt, qui préconisait la répression violente des indépendantistes. La loi ayant été promulguée, toute l’Inde célèbre le 6 avril, à son appel, un hartâl, jour de deuil et de jeûne complet. Des émeutes, parfois sanglantes, ont lieu. À Amritsar, les Britanniques mitraillent une réunion paisible, faisant près de 1000 morts. Gandhi jeûne trois jours et suspend la lutte. Décidé à former ses compatriotes à la non-violence, il devient rédacteur en chef de deux périodiques : Youg India et Navajîvan.
1918 : Dans l’affaire du Califat turc (qui faisait l’unité politique du monde musulman, et qui sera aboli par l’Occident en 1924), Gandhi prend la défense des musulmans.
1920 : Il écrit au vice-roi que « le gouvernement impérial s’étant conduit, dans l’affaire du califat, d’une manière immorale, injuste et sans scrupules », il lui retire sa « fidèle coopération » et renvoie ses trois médailles de guerre. Lors de la session tenue par le Congrès, il introduit pour la première fois (à propos de la question du califat) le terme de non-violence. Le Congrès adopte ce terme dans la lutte pour le svarâj, autonomie de l’Inde.
1921 : Des heurts se produisent entre hindous et musulmans à Bombay. Gandhi jeûne jusqu’à leur réconciliation totale.
1922 : Suite à d’autres violences, il jeûne pour les expier. Le gouvernement l’arrête et le condamne à six ans de prison. Il étudie les langues et les écrits sacrés.
1924 : Gravement malade, il est remis en liberté, mais abandonne la direction politique du Congrès pour se consacrer au travail dans les villages. Il fonde l’Association indienne du filage, en faveur du rouet. Les intellectuels ne le suivent pas.
1925 : Il jeûne pendant 21 jours pour contester le séparatisme entre hindous et musulmans instauré par les autorités britanniques.
1929 : Le Congrès lance un ultimatum réclamant l’indépendance de l’Inde. Gandhi adresse au vice-roi un appel pathétique à la conciliation, en vain.
1930 : Le 5 avril, il prend la tête de la Marche du sel. Les tribunaux procèdent à 60.000 condamnations. Les deux journaux que Gandhi dirige sont interdits.
1931 : Le gouvernement anglais envisage pour l’Inde le statut de dominion. Le vice-roi, Lord Irwin, accepte le ramassage du sel, la libération des prisonniers politiques, et demande à Gandhi de participer à une Conférence de la Table ronde à Londres. C’est un échec total, car le Congrès exigeait l’indépendance totale.
1932 : Gandhi est arrêté et interné sans jugement. 60.000 volontaires sont emprisonnés dans les semaines qui suivent. Edmond Privat écrit : « Parcourir l’Inde en janvier 1932, c’était visiter un pays en état de siège, voir la police en train d’arrêter les cortèges pacifiques, d’arracher les drapeaux indiens, d’assommer les volontaires à coups de bâton ferrés et d’emmener les centaines de prisonniers en camion… Le bruit sourd des lathis sur la chair humaine, celui des chaînes de fer liant les condamnés qu’on emmenait en prison, demeure un souvenir cruel »33.
1932 : De sa prison, Gandhi s’attaque au problème des Intouchables, « souillure de l’hindouisme ». Dès 1920, il avait en vue leur émancipation. Le projet de collèges électoraux séparés le pousse à entreprendre un jeûne à mort, « destiné avant tout à aiguillonner la conscience des hindous vers l’action religieuse juste ». Le Pacte de Yeravda déclare : « Désormais, chez les hindous, personne ne sera plus considéré comme intouchable à cause de sa naissance et ceux qui ont été jusqu’ici considérés comme tels auront le même droit que les autres hindous de faire usage des puits, des écoles, des routes et autres institutions publiques »34.
1933 : Le gouvernement et les hindous orthodoxes résistent à l’émancipation des Intouchables. Gandhi rebaptise son journal Harijan (enfants de Dieu) et s’impose un jeûne de 21 jours. Il fonde un nouvel ashram à Segaon, où il concentre ses efforts sur l’éducation populaire.
1939 : Le cabinet britannique déclare la guerre à l’Allemagne au nom de l’Inde, sans l’avoir consultée. Gandhi prône la non-participation au conflit, même au cas où les Japonais viennent « libérer » l’Inde des Anglais.
1942 : Le vice-roi fait arrêter Gandhi et tous ses proches. Sa femme et son principal disciple, Mahadev Desaï, mourront à ses côtés, à Pune.
1944 : Un nouveau vice-roi fait relâcher Gandhi, qui prend aussitôt contact avec Jinnah, président de la Ligue musulmane. Les tensions entre musulmans et hindous attisées par les Britanniques l’affligent. Il entreprend, à 77 ans, un grand pèlerinage dans les régions les plus troublées.
1947 : Nehru accepte la partition de l’Inde en deux états. Cette vivisection de sa patrie bien-aimée fut pour Gandhi un déchirement. Il reprend son pèlerinage au Bengale ; les foules assistent à sa méditation quotidienne sur les écritures sacrées, hindoues, musulmanes et chrétiennes.
1948 : Des conflits violents ont lieu à la frontière du Pakistan. Le 13 janvier, il commence un dernier jeûne « jusqu’à ce qu’une réconciliation ce soit effectuée, non pas sous l’effet d’une pression extérieure, parce que le sens du devoir se sera éveillé en nous. La mort serait pour moi un grand soulagement plutôt que de voir l’Inde détruite »40. Les conflits cessent.
1948 : Le 30 janvier, alors qu’il allait à sa réunion quotidienne de prière, un jeune hindou s’approche et décharge sur lui son revolver. Gandhi meurt en prononçant son mantra : « Râm, Râm »…
II – Les sources
La Religion
L’enseignement de Gandhi, dans tous les domaines, est essentiellement d’ordre moral, mais il est impossible de le comprendre si l’on ne tient pas compte du fait qu’il repose sur une base religieuse41. « La religion est à la moralité ce que l’eau est à la graine semée dans le sol »41. « La vie sans religion est une vie sans principes, et une vie sans principes est comme un bateau sans gouvernail »41. « Vous pouvez m’arracher les yeux et je n’en mourrai pas. […] Mais si vous me faites perdre ma croyance en Dieu, je suis mort »44.
« Religion ne veut pas dire sectarisme, mais croyance en un ordre moral qui gouverne l’univers »42. « En notre ère de raison, toutes les formules de toutes les religions doivent se soumettre au test acide de la raison »42.
« Pour moi, Dieu est Vérité et Amour ; Dieu est éthique et moralité ; Dieu est intrépidité. […] Dieu est conscience. Il est même l’athéisme de l’athée »44. « Parfois je Le vois dans mon rouet, à d’autres moments je Le vois dans l’unité entre les divers groupes religieux, puis dans la suppression de l’intouchabilité ; c’est ainsi que j’entre en communion avec Lui, selon la façon dont l’esprit me pousse »46.
« Les religions sont des voies différentes convergeant en un même point »48. « Une étude détaillée des principes fondamentaux de toutes les religions a prouvé qu’elles reposent toutes également sur les mêmes lois morales éternelles »49. « Toutes les religions tirent leur essence d’une même fontaine qui en est la source »51.
« L’ahimsâ nous enseigne à conserver, pour la foi religieuse d’autrui, le même respect que nous accordons à la nôtre – dont nous reconnaissons ainsi l’imperfection »49. « La tolérance n’est pas un accord entre des conceptions différentes. On doit tolérer la conception d’autrui même si elle est diamétralement opposée à la nôtre »51. « La tolérance n’est pas de l’indifférence pour sa propre foi. […] En cultivant en nous-même la tolérance pour d’autres conceptions, nous acquerrons de la nôtre une compréhension plus vraie »51.
« C’est un devoir sacré d’étudier dans un esprit amical les Écritures des religions du monde. […] Personnellement, je considère que mon étude de la Bible, du Coran et des autres Écritures et le respect que je leur témoigne est parfaitement compatible avec le fait que je suis un hindou orthodoxe »52. Lorsqu’il apprend par les journaux que son fils aîné, Harilal, s’était converti à l’Islam, il dit simplement : « Harilal sait que s’il m’avait dit avoir trouvé dans l’Islam la clef d’une vie droite et de la paix, je n’aurais mis aucun obstacle sur sa route »54.
L’hindouisme
« Je suis hindou dans toutes les fibres de mon être »55. « Rien ne me transporte autant que la musique de la Bhagavad-Gîtâ et du Râmâyana »55.
« Si l’on me demandait de définir le dogme de l’Hindouisme, je dirais simplement que c’est chercher la Vérité par des moyens non-violents »56. « En ce qui concerne le concept populaire de l’hindouisme, son élément le plus caractéristique est la protection de la vache et le respect de la vache »56. « Le vrai vishnouite est celui qui connaît et sent la douleur d’autrui comme si c’était la sienne »56.
« Je me tourne vers ma Mère la Bhagavad-Gîtâ toutes les fois que je me trouve en difficulté, et jusqu’ici elle n’a jamais manqué de me réconforter »58. « D’une façon ou d’une autre, ma philosophie correspond à la signification véritable de ce qu’enseigne la Bhagavad-Gitâ »59.
« Si, tout d’un coup, toutes les Upanishads et toutes les autres Écritures devaient être réduites en cendres, et si le seul premier verset le l’Isha Upanishad restait intact dans la mémoire des hindous, l’Hindouisme vivrait à jamais […] « Tout ce que nous voyons dans ce vaste univers est imprégné de Dieu. Jouis de ce qu’Il te donne, et ne convoite pas les richesses ou les biens de ton prochain » »61. « Pour l’homme moyen ce mantra suffit pour traverser l’océan du samsâra »63.
« Je conseille de répéter le nom de Râma tandis que l’on file »65. « Je me sers de mon chapelet toutes les fois qu’il m’aide à me concentrer sur Râma »65. « Dieu : pour moi, ce nom-là ne me dit rien, mais lorsque je pense à Lui comme Râma, il m’émeut profondément. Parler de Dieu comme « Dieu » ne m’enthousiasme pas comme le fait le nom de Râma. Il contient une telle poésie ! Je sais que mes ancêtres L’ont connu sous le nom de Râma. […] Toute mon âme rejette l’enseignement selon lequel Râma n’est pas Dieu pour moi »66.
Autres religions et philosophie
Il a étudié le Zoroastrisme, le livre sacré du Sikhisme, les six systèmes de la philosophie jaïn. Il n’a même pas négligé la philosophie et a été jusqu’à traduire en gujrâti un des dialogues de Platon, L’Apologie et la Mort de Socrate70.
À part l’Hindouisme et probablement le Jaïnisme, c’est sans doute le Christianisme qui a le plus influencé Gandhi. Son admiration pour Jésus est sans bornes70. Pour lui, il est non seulement « le modèle suprême », mais « le prince des politiques », « le suprême artiste », « le plus grand économiste de son temps »70. « Il a exprimé comme aucun autre l’esprit et la volonté de Dieu »71. « Jésus occupe dans mon cœur la place de l’un des grands maîtres qui ont exercé sur ma vie une influence considérable »71. « Le Christ est une resplendissante révélation de Dieu. Mais non la révélation unique »71.
« L’esprit du Sermon sur la montagne a eu une part presque égale à celle de la Bhagavad-Gîtâ dans la domination de mon cœur »72. « Si je n’avais devant moi que le Sermon sur la montagne et l’interprétation que je lui donne, je n’hésiterais pas à dire que je suis chrétien »73. « Durant mon premier séjour en Afrique du Sud, c’est l’influence chrétienne qui a maintenu vivant en moi le sentiment religieux »73.
« Tolstoï a été l’un de mes grands maîtres. […] J’ai travaillé sur les fondations posées par Tolstoï. Comme un bon élève, j’ai ajouté à ce qui m’avait été délégué »73. Il lut, dans le train, pendant toute une nuit, Unto this last de Ruskin, dont il dit : « C’est le livre qui a été cause, dans ma vie, d’un bouleversement pratique et immédiat »74.
« Les excès effrayants qui se poursuivent en Europe montrent que peut-être le message de Jésus de Nazareth a été bien peu compris en Europe, et que c’est peut-être à l’Orient qu’il appartiendra de l’éclairer »74. « Il me semble que la conception du Christianisme adoptée par l’Occident est la négation du Sermon sur la montagne »74. « Le christianisme pour nous se confond trop avec la loi britannique. Le Christ est venu d’Orient, mais le Christianisme s’est occidentalisé et nous offre aujourd’hui un aspect trop spécifiquement britannique »75.
III – Les deux grand principes
La Vérité
« L’ahimsâ et la Vérité sont mes deux poumons ; je ne peux pas vivre sans elles »78. « Pour Dieu, vérité et non-violence sont synonymes »83. « L’ahimsâ est le moyen, la Vérité est le but »83. « Je veux voir Dieu face à face. Je sais que Dieu est Vérité. Pour moi, le seul moyen certain de connaître Dieu est la non-violence (ahimsâ), l’amour »78.
« À treize ans, j’avais la passion innée de la vérité »82. « Je ne me souviens pas d’avoir dit un seul mensonge »82. « La vraie moralité ne consiste pas à suivre les chemins battus, mais à trouver la voie véritable pour nous-même et à la suivre avec intrépidité »83. « Durant toute ma vie, le culte opiniâtre de la vérité m’a appris à mesurer toute la beauté du compromis »81.
« La vérité est la substance de la moralité. La vérité est devenue mon seul objectif »81. « La non-violence est mon premier article de foi ; c’est aussi le dernier article de mon credo »84. « Je suis un humble chercheur de la Vérité. […] J’estime qu’aucun sacrifice n’est trop grand pour arriver à voir Dieu face à face. C’est là le but de toute mon activité, qu’elle soit sociale, politique, humanitaire ou morale »82.
La non-violence
« La non-violence complète est absence complète de mauvais vouloir envers tout ce qui vit. La non-violence, sous sa forme active, est bonne volonté pour tout ce qui vit. Elle est amour parfait »84. « L’amour est la force la plus puissante que possède le monde »86. « Celui qui croit en la non-violence croit en un Dieu vivant »85. « Si jamais un seul homme pouvait vivre le type le plus haut de l’amour, cela suffirait pour neutraliser la haine de millions d’autres »86.
« Partout où il y a conflit, partout où vous êtes en face d’un opposant, triomphez de lui par l’amour. C’est selon cette méthode rudimentaire que j’ai fait entrer cette loi dans ma vie. Cela ne signifie pas que tous mes problèmes s’en soient trouvés résolus. Mais j’ai vu que cette loi de l’amour se montre plus efficace que ne l’a jamais été la loi de la de destruction »86. « Si un peuple décide qu’il ne se pliera jamais à la volonté du tyran, et qu’il ne se défendra pas par les mêmes méthodes qu’emploie le tyran, le tyran constatera que cela ne vaut plus la peine d’employer la terreur »87. « Le monde est fatigué de la haine »88.
« L’ahimsâ est une science. Or, le terme échec n’a pas sa place dans le vocabulaire scientifique. Lorsqu’on n’obtient pas le résultat voulu, c’est souvent l’annonce de découvertes nouvelles. C’est dans cet esprit qu’il faut agir »86. « Un levier ne peut mouvoir un corps que s’il a pris un point d’appui en dehors du corps auquel il s’applique. De même, pour surmonter le mal, il faut se tenir en dehors de lui, sur le terrain ferme du bien sans mélange »88. « La pression violente agit sur le corps physique ; elle dégrade celui qui l’emploie et elle déprime celui qui la subit. La pression non violente exercée en se soumettant soi-même à la souffrance, comme dans le jeûne, agit d’une façon tout à fait différente. Elle n’affecte pas le corps physique, mais elle affecte et renforce la fibre morale chez ceux contre qui elle est dirigée »89.
Il y a des cas où le recours à la violence est permissible, nécessaire, voire obligatoire. Mais « elle doit être spontanée, réduite au strict minimum, avoir ses racines dans la compassion, doit s’appuyer sur la discrimination, la retenue, le détachement, et doit nous conduire à chaque instant sur la voie de l’ahimsa »90. Un jour il autorisa un de ses disciples à exterminer un groupe de chiens errants et affamés92. « Lorsqu’on a le choix uniquement entre la lâcheté et la violence, je crois que je conseillerais la violence »94.
« La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper »94. « La pratique de l’ahimsâ exige le courage le plus grand »94. « Je vois comment je peux avec succès prêcher l’ahimsâ à ceux qui savent mourir, mais non à ceux qui ont peur de la mort »94. « Je suis un homme de paix, je crois en la paix. Mais je ne veux pas la paix à tout prix. Je ne veux pas le genre de paix que 1’on a dans la tombe. Je veux la paix que recèle la poitrine de l’homme qui s’expose aux flèches du monde entier, mais que la force du Tout-puissant protège de tout mal »95.
« La racine de l’ahimsâ, c’est l’oubli de soi le plus absolu »96. « Il faut un entraînement assez ardu pour parvenir à un état mental de non-violence. Dans la vie quotidienne, il faut se soumettre à une discipline, un peu comme celle du soldat, même si l’on n’en a pas le goût »95. « Aimons nos adversaires. La façon d’y arriver, c’est de leur attribuer la même honnêteté dans leurs intentions que celle que vous revendiquez pour vous-même »96.
IV – L’action. Réformes intérieures
Société
Contrairement à une opinion très répandue en Occident, Gandhi était un partisan résolu du système des castes. « La signification de varna est incroyablement simple. Cela signifie simplement que chacun de nous doit suivre la voie suivie héréditairement et traditionnellement par ses ancêtres, dans la mesure où cette voie traditionnelle n’est pas incompatible avec la morale fondamentale »101. « Dans la vraie conception de varna, il n’y a absolument aucun concept d’infériorité ou de supériorité »105.
Toutefois, l’élément auquel, dans le système des castes, Gandhi s’est opposé inlassablement, c’est la situation faite aux intouchables106, les restrictions et humiliations auxquelles sont soumis les hors-caste107. « À mon avis, rien ne nous permet de croire qu’il existe une cinquième caste »107. « Le problème de l’intouchabilité est encore plus important que celui de l’indépendance »108. « Svarâj est un terme dépourvu de sens si nous voulons maintenir en sujétion perpétuelle un cinquième de l’Inde »109.
« Ce que je veux, ce pourquoi je vis, ce pourquoi je serais trop heureux de mourir, c’est la disparition totale de l’intouchabilité »108. « Je ne désire pas renaître, mais si je dois renaître, je voudrais que ce fût comme intouchable, afin que je puisse partager leurs souffrances, leurs douleurs et les affronts qui leur sont faits »109.
Gandhi a consacré une partie considérable de son activité à essayer d’unir hindous et musulmans113. Il s’affichait le plus possible avec ses nombreux amis musulmans, au point d’être parfois sévèrement critiqué par les hindous114. L’effroyable guerre intestine qui ravagea tout l’Hindoustan lui fit sans doute penser que tous ses efforts avaient abouti à un complet échec115.
« Je considère la protection de la vache comme le fait central de l’Hindouisme »110. « Quand je vois une vache, je ne vois pas un animal qui doit être mangé. Elle est pour moi un poème de pitié »111. « La protection de la vache signifie la fraternité des hommes et des bêtes »111. « La protection de la vache signifie la protection de toutes les créatures muettes créées par Dieu. Les espèces inférieures nous adressent un appel d’autant plus puissant qu’il est muet »111. Gandhi a créé et présidé l’Association pan-indienne pour la protection de la Vache113.
Économie
Pour lui, le rouet devait être une des bases essentielles de l’économie dans l’Inde telle qu’il la concevait. Lui-même filait plusieurs heures par jour. Le but essentiel de cette politique de Gandhi était de fournir aux villageois une occupation lucrative pendant les six mois de l’année où ils ne travaillaient pas dans les champs115. Ensuite, elle devait mettre un frein à l’extension tant de l’urbanisation que de l’industrialisme116.
« Le message du rouet est message de simplicité, de service de l’humanité, d’une vie dans laquelle on ne nuit pas à son prochain »116. « Les quatre heures que je consacre à ce travail sont à mes yeux plus importantes que toutes les autres »117. « Le rouet est la plus grande de mes activités »117.
« La mécanisation est une bonne chose lorsqu’on manque de bras. Elle est un mal lorsqu’il y a plus de bras que le travail n’en requiert, comme c’est le cas pour l’lnde »119. « Je ne suis pas en guerre contre les usines de tissage. L’Inde a besoin d’ajouter à sa principale occupation, l’agriculture, un autre emploi. Le filage à la main est le seul emploi qui convienne à les millions de gens »118.
On a donné au système économique préconisé par Gandhi le nom de « villagisme »120. « Je suis nettement protectionniste. […] Le libre-échange a ruiné la paysannerie indienne »120.
« Je veux spiritualiser la politique »128. « Ceux qui disent que la religion n’a rien à voir avec la politique ne savent pas ce que c’est que la religion »128. « Je donnerai toujours la préférence à la minorité la moins nombreuse »128.
V – L’action. L’indépendance de l’Inde
L’Angleterre
« Chers amis, nul Anglais n’a coopéré plus étroitement que moi à l’Empire, pendant vingt-neuf ans d’activité publique. J’ai mis ma vie quatre fois en danger pour l’Angleterre. […] Jusqu’en 1919, j’ai parlé en faveur de la coopération, pour une coopération sincère »140. Dans trois guerres, alors qu’il se proclamait encore loyal envers l’Empire britannique, Gandhi a créé, dirigé et mis à la disposition des troupes anglaises des corps d’ambulanciers : en 1899 dans la guerre des Boers, en 1906 lors de la révolte des Zoulous, et en 1914 au début de la IIe guerre mondiale ; il en créa même encore un en 1918147.
Mais les déceptions amères et douloureuses s’accumulèrent140. Une des choses que Gandhi ne pardonne pas aux Anglais, c’est d’avoir intentionnellement aggravé les dissensions entre hindous et musulmans142. Il rend également les Anglais responsables de l’exploitation des paysans par les citadins 143. « Une nation de 350 millions de personnes n’a pas besoin du poignard de l’assassin. […] Il lui suffit d’avoir sa propre volonté, d’être capable de dire non, et cette nation apprend aujourd’hui à dire non »145. En 1930, à la Conférence de la Table ronde, il déclare : « Je veux demeurer un partenaire du peuple anglais, mais je veux jouir exactement de la même liberté que celle dont jouit votre peuple »145. « Les Anglais ne partiront ou ne se corrigeront que lorsque nous nous serons corrigés nous-mêmes »145.
L’Occident
« La recherche incessante du confort matériel et de son accroissement est un mal si grand que les Européens devront modifier eux-mêmes leur mode de vie s’ils ne veulent pas périr sous le fardeau de ce confort dont ils sont devenus les esclaves »138. « En dépit de mon horreur pour le matérialisme occidental, je n’hésite pas à prendre de l’Occident ce qui m’est utile »139. « J’ai condamné la civilisation occidentale en termes non mesurés, et je continue, mais cela ne signifie pas qu’il faille rejeter tout ce qui vient de l’Occident. J’ai appris beaucoup de l’Occident et je lui en suis reconnaissant »139.
« C’est une tragédie humaine majeure que les peuples de la terre qui prétendent croire au message de Jésus – qu’ils appellent le Prince de la Paix – manifestent dans la pratique si peu de cette croyance »149. « Une chose est certaine. Si la folle course aux armements se poursuit, elle aboutira forcément à massacre tel que l’humanité n’en a jamais connu »150. « J’ai une croyance profondément ancrée – une foi qui brille aujourd’hui avec plus d’éclat que jamais, après un demi-siècle de pratique ininterrompue de la non-violence – que l’humanité ne peut être sauvée que par la non-violence, qui est l’enseignement central de la Bible, telle que je la comprends »151.
« C’est un blasphème de dire que la non-violence ne peut être pratiquée que par des individus et jamais par des nations qui sont composées d’individus »151. Lors de la persécution hitlérienne des juifs, Gandhi écrit : « Ce qui est aujourd’hui devenu une déshonorante chasse à l’homme peut se transformer en une opposition calme et résolue d’hommes et de femmes sans armes qui possèdent la force de résister que leur donne Jahvé. Ce serait une résistance véritablement religieuse opposée à la furie athée d’hommes déshumanisés »152. « Il nous faut revenir à la simplicité antique, non sans doute d’un seul coup, mais peu à peu, patiemment, chacun donnant l’exemple »156.
VI-VII – Les moyens
L’action entreprise par Gandhi n’offre plus aujourd’hui qu’un intérêt historique. Il a réussi à libérer l’Inde et à lui assurer une place éminente dans le concert des nations. Il a échoué dans ses efforts pour réaliser l’unité entre hindous et musulmans. Il a réussi à libérer les intouchables des interdictions qui pesaient sur eux. Il a échoué dans ses efforts pour donner au rouet une place prépondérante dans l’économie. Mais son enseignement demeure159.
Foi
La foi en Dieu et la confiance absolue en la protection divine, qu’elle se manifeste sous une forme agréable ou déplaisante, sont certainement un des traits les plus caractéristiques de Gandhi. « Tout est possible, non par notre effort, mais par la grâce de Dieu. La véritable indépendance est notre abandon à Dieu »163. « La main sur le cœur, je peux dire que je n’oublie pas Dieu une seule minute de ma vie »164.
« Aucune de mes actions n’est accomplie sans prière »164. « Dans la vie, la puissance suprême est la prière… J’ai prié si souvent que j’en suis arrivé à sentir que la prière est à l’âme ce que les aliments sont au corps »165. « La prière est la clef du matin et le verrou du soir. C’est de Dieu que, par la prière, nous vient toute la force »165. Gandhi pratiquait régulièrement la discipline du silence. Pendant un jour par semaine, il s’abstenait complètement de parler171.
Consécration
« Un vœu correspond à une résolution inébranlable, et nous aide à nous défendre contre les tentations. […] Sans décision inflexible, le progrès n’est pas possible »205. « L’idéal de vérité exige que tout vœu prononcé soit tenu dans l’esprit comme dans la lettre »207. Gandhi a groupé les règles de vie qu’il estimait essentielles dans une dans une série de neuf préceptes : – Le vœu de vérité. – Le vœu d’ahimsa. – Le vœu de célibat. – Le contrôle du palais. – Le vœu de non-voler. – Le vœu de non-possession. Deux observances subsidiaires s’y ajoutent : – Le Swadeshi. – L’absence de crainte161.
« L’intrépidité figure en tête de la liste des Attributs divins. […] Elle mérite largement la place qui lui est assignée »185. « Celui qui cherche la Vérité doit surmonter toutes les craintes. Il doit être prêt à tout sacrifier pour cette recherche »186. « Le mot défaite n’existe pas dans mon vocabulaire »188.
« Une vie de sacrifice est le sommet suprême de l’art, elle est pleine de véritable joie »211. « Toute action qui ne peut entrer dans la catégorie du sacrifice (yajna) tend à nous enchaîner »210. « Nul sacrifice n’est digne de ce nom s’il n’est pas accompli avec joie »211. « Vous n’avez pas le droit de gaspiller un grain de riz ou un morceau de papier, et il en va de même d’une minute de votre temps »197.
« L’ahimsâ est l’extrême limite de l’humilité »199. « Si vous voulez nager dans le sein de l’océan de Vérité, il faut vous réduire à zéro »199. « Personne n’a jamais acquis l’humilité par la pratique. […] Cultiver l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie »199. « L’humble n’a pas conscience de son humilité. […] Cesser de sentir que nous sommes quelque chose, c’est devenir un avec Dieu »199. « Je craignais que l’humilité ne cesse d’être vraie dès qu’elle fait l’objet d’un vœu. L’humilité se reconnaît essentiellement à l’effacement de soi »200.
Ascèse
Gandhi jeûnait régulièrement tous les lundis. « Les jeûnes sont pour le monde intérieur ce que les yeux sont pour le monde extérieur »175. « Ma religion m’enseigne que toutes les fois qu’il y a des détresses que l’on ne peut pas soulager, il faut jeûner et prier »176. En 1924, il écrit : « C’est aujourd’hui mon vingtième jour de pénitence et de prière. Bientôt, je vais passer au combat »177.
À un missionnaire qui lui demandait si les jeûnes ne sont pas une contrainte, Gandhi répondit : « Oui, une contrainte du même genre que celle que Jésus exerça sur les hommes »175. « Le jeûne ne doit pas être considéré, sous aucun de ses aspects ou aucune de ses formes, comme une grève de la faim, ni comme destiné à exercer une pression quelconque sur le gouvernement »174. « Le jeûne ne peut être utilisé que contre quelqu’un qu’on aime, non pas pour en obtenir qu’il reconnaisse nos droits, mais pour le réformer, comme lorsqu’un fils jeûne parce que son père boit »175.
C’est en 1906, alors qu’il servait d’ambulancier pendant la révolte des Zoulous, que Gandhi fit son vœu définitif de chasteté (brahmâchârya). Mais il cherchait depuis longtemps à y arriver178. « Tel est la toute-puissance des sens, qu’on ne peut s’en rendre maître qu’après les avoir bornés de toutes parts, en haut comme en bas »178.
« Il faut prendre la nourriture comme on prend des médicaments, c’est-à-dire sans se demander s’il est ou non agréable au goût. […] Prendre quoi que ce soit simplement parce que le goût en est agréable est une infraction à cette règle »213. « Le corps subit un dommage chaque fois qu’on mange trop, et ce dommage ne peut être réparé, en partie, que par le jeûne »214. « Jamais, depuis que j’ai atteint l’âge d’homme, je n’ai eu le désir de fumer ; et j’ai toujours tenu cette habitude pour barbare, répugnante et nocive »218.
« Ceux qui se consacrent entièrement au service de leur prochain doivent prendre le vœu de pauvreté volontaire ; j’estime que c’est absolument indispensable »192. « Celui qui obéit à la loi de l’Amour ne peut rien vouloir conserver pour se protéger contre le lendemain »190. « Lorsqu’une organisation est assurée de sa stabilité financière, elle est aussi assurée de sa banqueroute spirituelle »194. « Lorsque vous vous débarrassez de tout ce que vous possédez, vous possédez en réalité tous les trésors du monde. En réalité tout ce qui vous est véritablement nécessaire est alors donné – tout »192. Pour se raser, il avait employé pendant des années un morceau de miroir ; lorsque celui-ci tomba et se brisa, il décida de se raser désormais sans miroir193.
Satyagrâha
Gandhi est parti du principe universellement admis par tous les sages de l’Inde, et qui va sans dire, selon lequel la meilleure méthode pour aider la moyenne de l’humanité à s’élever, sur les plans moral et spirituel essentiellement, est de s’élever soi-même. […] Mais s’il insiste avant tout et par-dessus tout sur la purification intérieure par le jeûne, la prière, l’abandon à Dieu, la pratique de la non-violence, la fidélité à la vérité, etc., il demande aussi l’action extérieure.
« C’est avec une précision scientifique que depuis plus de cinquante ans, je pratique sans interruption la non-violence et ses possibilités. Je l’ai appliquée dans tous les domaines de la vie : domestique, institutionnel, économique et politique. Je ne connais pas un seul cas où elle ait échoué. Là où parfois elle a semblé échouer, j’en ai attribué la cause à mes propres imperfections »220.
« Le satyagrâha est essentiellement un mouvement religieux. C’est une conduite de purification et de pénitence »221. « Le satyagrâha est effacement de soi, la plus grande humiliation, la plus grande patience et la foi la plus éclatante. Il est sa propre récompense »222.
« Dans le satyagrâha, nous comptons gagner nos ennemis par notre souffrance, c’est-à-dire par l’amour »222. « Le satyagrâha postule le triomphe sur l’adversaire par le fait que l’on souffre soi-même »222. « Même si l’adversaire l’a trompé vingt fois, le satyagrâhi est prêt à lui faire confiance la vingt-et-unième, car une confiance implicite en la nature humaine est l’essence même de son credo »224.
« Le satyagrâhi doit se préoccuper avant tout de savoir si son action est juste, et non pas des effets qu’elle pourra avoir »223. « Un élément essentiel est évidemment qu’on ne peut avoir recours au satyagrâha pour en tirer un profit personnel, mais seulement pour profiter à autrui »224.
Patience et détachement
« Celui qui n’est pas prêt pour de petites réformes ne sera jamais prêt pour de grandes réformes. […] C’est pourquoi je prends le plus vif intérêt aux vitamines, aux légumes verts et au riz. C’est pourquoi je me passionne maintenant pour la meilleure façon de nettoyer nos latrines »160. « Une vie de spiritualité véritablement vécue est bien plus contagieuse que ne peuvent l’être tous les microbes que l’on peut trouver sur terre »161.
« C’est dans l’effort, et non dans la réussite, qu’on puise la satisfaction. Le plein effort, c’est la pleine victoire »160. « Qu’importe que je ne voie pas mon action porter des fruits ? Je ne peux que faire la volonté de Dieu telle que je la sens. C’est à Lui de décider quels en seront les résultats »67.
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