Serge Boulgakov – Du Verbe incarné

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Serge Boulgakov (1871-1944)

Serge Boulgakov (1871-1944)

Livres religieux

Serge Boulgakov – Du Verbe incarné, Paris, Éditions Aubier-Montaigne, 1943, Ve partie, « L’œuvre du Christ », p. 308-337 : « La mort, la descente aux enfers et la résurrection du Christ » (résumé-citations D. Vigne, 4 pages pdf).

Serge Boulgakov

Du Verbe incarné

La mort du Christ

La mort du Christ fut aussi authentique que son humanité. Elle est l’acte extrême de la kénose divine, acceptée avec l’Incarnation. « S’étant abaissé jusqu’à la vie humaine de créature, Dieu se dévaste jusqu’à la mort même, et à travers elle, il entre dans le repos du sabbat page 308. »

Cette mort est libre et volontaire, donc sacrificielle. Elle accomplit et parachève le ministère du Christ, comme le septième jour parachève l’œuvre de la création309. « Son ministère se prolonge même au-delà de la mort312. » « Les trois jours où le Christ repose au tombeau relèvent encore du sacrifice continué qu’il offre pour le péché du monde315. »

Par la mort, l’âme et l’esprit sont séparés du corps, ce que signifie l’effusion de sang. L’âme du Christ descend aux enfers, c’est-à-dire se manifeste à tous les défunts312. « En elle le Christ connut non seulement son propre décès, mais la mortalité même. Il mourut avec l’humanité entière310. »

Le corps du Sauveur, parfaitement sanctifié et divinisé par l’Esprit de Dieu, resta incorruptible même après que l’âme s’en fut séparée dans la mort. « La mort était impuissante à porter sa destruction dans ce Corps très pur. » Sa mort violente « n’était pas pour le Christ une nécessité intérieure, incluse dans une vie mortelle. Aussi son action était limitée, elle ne pouvait faire son œuvre jusqu’au bout par la corruption. « Le corps de la très Sainte Mère de Dieu demeura également incorruptible315. »

La résurrection du Christ

Il y a entre la Passion et la Résurrection un lien de cause à effet : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté 315… » La Résurrection est la cessation, mais aussi le couronnement de la kénose du Fils, désormais glorifié par le Père316. « Elle est l’action de Dieu accomplie sur le Dieu-Homme, elle n’est point sa glorification de lui-même317. » En ce sens, elle se rapporte encore à la kénose.

Dans la résurrection, l’humanité du Christ « est divinisée à un degré tellement extrême qu’elle est capable d’entrer intégralement dans la vie de la Sainte Trinité », sans être dissoute ni absorbée317. « L’immortalité ne peut être un acte sur l’homme sans être simultanément un acte en l’homme », commun à Dieu et à l’homme. « La résurrection est une création nouvelle de l’homme à laquelle participe l’homme même, c’est l’acte deuxième et conclusif de la création319 », un acte synergique et théanthropique.

Avant la chute, Adam avait l’immortalité potentielle. « Ce n’était pour lui qu’un état préalable, qu’il avait à confirmer et à découvrir par sa liberté. C’est le contraire qu’il fit par le péché originel, il fut donc dépouillé de la gloire et privé de l’immortalité. » « La résurrection du Christ n’est pas un rétablissement de la vie mortelle, mais l’élévation à la nouvelle vie immortelle dans le corps spirituel et glorifié 320. »

Le corps du Ressuscité est supra-terrestre. Mais par ses apparitions, pendant quarante jours, il se manifesta de façon matérielle et observable321. Son corps ne devenait sensible que par une volonté spéciale du Ressuscité323. Cette quarantaine montre que son ministère terrestre n’était pas encore tout à fait achevé322. Il était au-dessus de la terre, tout en restant dans ce monde323.

S’il avait simplement quitté ce monde, s’il avait été « pris au ciel » comme Hénoch, Moïse et Élie, sa résurrection ne serait pas salvatrice. Le séjour dans le monde du Christ ressuscité jusqu’à son Ascension établit un pont entre l’état actuel du monde et son état glorifié324.

Même dans l’Ascension, le Christ n’interrompt pas sa liaison avec le monde325. Par son Ascension, le Christ est là-bas et il est ici, hors du monde et dans le monde. « Cette unité du Christ, présent sur terre est assis à la droite du Père, est démontrée avec une parfaite évidence par le sacrement de la Divine Eucharistie325. »

L’Ascension du Christ

L’Ascension fut l’œuvre du Père326, mais il fut aussi, de façon synergique, l’action du Dieu-Homme. « Le Christ revient auprès du Père volontairement327 ». « Il n’est pas seulement élevé, mais il s’élève328. »

L’Ascension n’est pas l’éloignement du Christ dans les espaces astronomiques ni dans un autre lieu physique : le ‘ciel’, c’est l’être divin, la gloire divine328. Elle n’est pas une désincarnation ni une déshumanisation, mais elle montre que « l’essence humaine glorifiée du Christ, élevé au ciel, entre dans les profondeurs mêmes de la Sainte Trinité329. » Cependant ce corps glorifié reste un corps, et par conséquent il garde une certaine spatialité, très mystérieuse, qu’exprime la formule « à la droite du Père330 ».

Par l’Ascension le Christ ne s’éloigne pas du monde, mais l’assume et l’inclut en lui331. Il unit en lui la terre et le ciel, de façon médiatisée (et non pas ubiquiste comme le pense Luther). C’est pourquoi sa présence mystique dans le monde reste possible : il est l’Église, il est le Corps eucharistique, il agit dans les sacrements332. Elle n’est pas un éloignement total ni définitif, au contraire : par l’Ascension, le Christ possède le créé à la fois du dedans et du dehors333.

Par l’Ascension, « la Déité s’est comme élargie en elle-même, introduisant en son sein le créé334. » Le Christ « Alpha et Oméga » nous révèle le but ultime de la création, qui est la divinisation. Dieu n’est pas changé en lui-même, mais il accepte d’être corrélé au monde335.

« Cette antinomie théologique fondamentale ne peut être expliquée, elle doit être axiomatiquement admise. » « On peut dire que le lieu pour la séance à la droite du Père est suréternellement préparé et possédé par le Fils. » « Ce qui est nouveau dans le temps existe, immuable, dès l’éternité336. »

« Il existe encore une Ascension qui va s’accomplissant : c’est la glorification de l’humanité… En ce sens, l’Ascension continue336. » Le Christ est allé nous préparer une place, et il nous prendra avec lui dans cette demeure où la Très Sainte Mère de Dieu est déjà entrée337.

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