Ce mystère est grand
« Dans le Seigneur, la femme ne va pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme », dit l’apôtre Paul (1 Co 11, 11)… L’homme et la femme s’acheminent ensemble vers le Royaume. Sans les séparer, le Christ appelle en même temps l’homme et la femme, que Dieu unit et que la nature lie ensemble, en leur donnant de partager les mêmes gestes et les mêmes tâches dans un accord admirable. Par le lien du mariage, Dieu fait que deux êtres n’en soient qu’un et qu’un seul être soit deux, en sorte que l’on y découvre un autre soi-même, sans perdre sa singularité ou se confondre dans le couple.
Mais pourquoi, dans les images qu’il nous donne de son Royaume, Dieu fait-il intervenir ainsi l’homme et la femme ? (cf. Lc 13, 18-21) Pourquoi suggère-t-il tant de grandeur à l’aide d’exemples qui peuvent paraître faibles et disproportionnés ? Frères, un mystère précieux se cache sous cette pauvreté. Selon le mot de l’apôtre Paul : « Ce mystère est grand : …il s’applique au Christ et à son Église » (Ep 5, 32).
Ces paraboles évoquent le plus grand projet de l’humanité : l’homme et la femme ont mis fin au procès du monde, un procès qui traînait depuis des siècles. Adam, le premier homme, et Ève, la première femme, sont conduits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal au feu…de l’Évangile… Ces bouches rendues malades par le fruit de l’arbre empoisonné seront guéries par la saveur chaleureuse de l’arbre du salut, de cet arbre au goût de feu qui embrase la conscience que l’autre arbre avait glacé. La nudité n’a plus d’effet ici, elle n’inspire plus de honte : l’homme et la femme sont habillés entièrement de pardon.
Pierre Chrysologue – Sermon 99 ; PL 52, 477 ; trad. coll. Icthus, t. 10, p. 286 rev.
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Dans le sein d’Abraham
« Abraham était très riche », nous dit l’Écriture (Gn 13, 2)… Abraham, mes frères, n’a pas été riche pour lui-même, mais pour les pauvres ; plutôt que de se réserver sa fortune, il s’est proposé de la partager… Cet homme, lui-même étranger, n’a cessé de tout mettre en œuvre pour que l’étranger ne se sente plus étranger. Vivant sous la tente, il ne pouvait pas supporter qu’un passant reste sans abri. Perpétuel voyageur, il accueillait toujours les hôtes qui se présentaient… Loin de se reposer sur les largesses de Dieu, il se savait appelé à les répandre : il les employait à défendre les opprimés, à libérer les prisonniers, voire à arracher à leur sort des hommes qui allaient mourir (Gn 14, 14)… En face de l’étranger qu’il reçoit (Gn 18, 1s), Abraham ne s’assied pas, il reste debout. Il n’est pas le convive de son hôte, il se fait son serviteur ; il oublie qu’il est maître chez lui, il apporte lui-même la nourriture et, soucieux d’une préparation soignée, il fait appel à sa femme. Pour son propre compte, il s’en remet entièrement à ses serviteurs, mais pour l’étranger qu’il reçoit, il pense à peine suffisant de le confier au savoir-faire de son épouse.
Que dirais-je encore, mes frères ? C’est une délicatesse tellement parfaite…qui a attiré chez Abraham Dieu lui-même, qui l’a contraint à être son hôte. Ainsi est venu à Abraham, repos des pauvres, refuge des étrangers, celui-là même qui, plus tard, devait se dire accueilli dans la personne du pauvre et de l’étranger : « J’ai eu faim, dit-il, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’ai été étranger et vous m’avez reçu » (Mt 25, 35).
Et nous lisons encore dans l’Évangile : « Quand le pauvre Lazare mourut, il fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. » N’est-il pas naturel, mes frères, qu’Abraham, jusque dans son repos, accueille tous les saints, et qu’il s’acquitte, jusque dans la béatitude céleste, de son service d’hospitalité ?… Sans aucun doute, il ne pourrait se croire pleinement heureux si, dans la gloire même, il ne continuait à exercer son ministère de partage.
Pierre Chrysologue – Sermon 122, Sur le riche et Lazare (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Mediaspaul 1988, t.1, p. 64)
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Fécondes blessures
Écoutez ce que demande le Seigneur : « Si vous ignorez en moi la divinité, reconnaissez au moins mon humanité. Voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n’aimez pas ce qui est à vous ?… Mais peut-être que l’énormité de ma Passion, dont vous êtes cause, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleurs, mais d’un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas des gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L’écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras comme un refuge, il n’augmente pas mon supplice. Mon sang n’est pas perdu pour moi, mais gardé pour votre rançon (Mc 10, 45).
« Venez donc, retournez à moi et reconnaissez votre Père en voyant qu’il vous rend le bien pour le mal, l’amour pour les outrages, et pour de si grandes blessures une si grande charité. »
Pierre Chrysologue – Sermon 108 ; PL 52, 499 (cf. coll. Pères dans la foi, n° 46, p. 119)
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Homme, vois ta grandeur
Pourquoi, homme, te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu ? Pourquoi, lorsque Dieu t’honore par la naissance du Christ en notre chair, te déshonores-tu à ce point ? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n’a pas été faite pour toi ? C’est pour toi que la lumière se répand et dissipe les ténèbres, c’est pour toi que la nuit est réglée, pour toi que le jour est mesuré ; pour toi que le ciel rayonne des splendeurs diverses du soleil, de la lune et des étoiles ; pour toi que la terre est émaillée de fleurs, d’arbres et de fruits ; pour toi que cette foule étonnante d’animaux a été créée, dans l’air, dans les champs, dans l’eau si belle, pour qu’une lugubre solitude ne gâte pas la joie du monde nouveau. (…)
En outre, le Créateur cherche ce qu’il peut bien ajouter à ta dignité : il dépose en toi son image (Gn 1, 27), afin que cette image visible rende présent sur terre le Créateur invisible, et il te confie la gérance des biens terrestres, afin qu’un aussi vaste domaine n’échappe pas au représentant du Seigneur. (…) Et ce que Dieu a fait en toi par sa puissance, il a eu la bonté de l’assumer en lui-même ; il a voulu se manifester vraiment dans l’homme en qui, jusqu’alors, il n’était apparu qu’en image. Il a donné à l’homme d’être en réalité ce qu’il n’était auparavant que par une simple ressemblance. (…) Le Christ naît donc pour rendre toute son intégrité à la nature déchue.
Pierre Chrysologue – Sermon 148, Sur le mystère de l’Incarnation (Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame © AELF Paris 1976 ; 30 juillet rev. ; cf. fiche B 19 de l’Abbaye d’ Orval)
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Il s’est vêtu de notre chair
L’amour n’admet pas ne pas voir ce qu’il aime. Tous les saints n’ont-ils pas considéré comme peu de chose tout ce qu’ils obtenaient tant qu’ils ne voyaient pas Dieu ?… C’est ainsi que Moïse ose dire : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, montre-moi ton visage » (Ex 33, 13). Et le psalmiste : « Montre-nous ton visage » (Ps 79, 4). N’est-ce pas pour cela que les païens se sont fait des idoles ? Au sein même de l’erreur, ils voyaient de leurs yeux ce qu’ils adoraient.
Dieu savait donc les mortels tourmentés du désir de le voir. Ce qu’il a choisi pour se montrer était grand sur la terre et non le moindre dans le ciel. Car ce que, sur terre, Dieu a fait semblable à lui ne pouvait pas rester sans honneur dans le ciel : « Faisons, dit-il, l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26)… Que personne donc ne pense que Dieu a eu tort de venir aux hommes par un homme. Il a pris chair parmi nous pour être vu de nous.
Pierre Chrysologue – Sermon 147 ; PL 52, 594-596 (trad. Orval)
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Il est ressuscité
« Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié. Il n’est pas ici. » Ainsi parlait l’ange aux femmes, lui qui a ouvert le tombeau pour cette raison. Ce n’était pas pour en faire sortir le Christ, qui déjà n’y était plus, mais pour faire savoir que le Christ n’y était plus. « Il est ressuscité comme il l’avait dit… Venez voir l’endroit où le Seigneur avait été déposé » (Mt 28, 5-6). Venez, femmes, venez. Voyez l’endroit où vous aviez déposé Adam, où le genre humain avait été enseveli. Comprenez qu’aussi grand a été son pardon que grande a été l’injustice faite au Seigneur… Quand les femmes entrent dans le sépulcre, elles prennent leur part de l’ensevelissement, elles font cause commune avec la Passion. Sortant du sépulcre, elles se relèvent dans la foi avant de ressusciter dans la chair. « Elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses »… L’Écriture dit : « Servez le Seigneur avec crainte et jubilez pour lui avec tremblement » (Ps 2, 11).
« Et Jésus vint à leur rencontre et il leur dit : ‘ Je vous salue ! ‘ » Le Christ vient à la rencontre de ceux qui courent avec foi, pour qu’ils reconnaissent de leurs yeux ce qu’ils avaient cru par la foi. Il veut conforter par sa présence celles que l’ouïe jusqu’alors avait laissées tremblantes… Il vient à leur rencontre comme un maître, il les salue comme un parent, il leur redonne la vie par l’amour, il les préserve par la crainte. Il les salue pour qu’elles le servent amoureusement, pour que la crainte ne les mette pas en fuite. « Je vous salue ! » « Elles s’approchèrent et lui saisirent les pieds »… « Je vous salue ! », c’est-à-dire : Touchez-moi. Il a voulu être pris, lui qui a supporté qu’on jette les mains sur lui…
Il leur dit : « Soyez sans crainte ». Ce que l’ange avait dit, le Seigneur le dit aussi. L’ange les avait affermies, le Christ va les rendre plus fortes encore. « Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent s’en aller en Galilée. C’est là qu’ils me verront. » Se relevant des morts, le Christ a ressaisi l’homme, il ne l’a pas abandonné. Il les appelle donc ses frères, ceux que par le corps il a rendu ses frères germains ; il les appelle frères, ceux qu’il a adoptés comme fils de son Père. Il les appelle frères, ceux que, héritier plein de bonté, il a rendu ses cohéritiers.
Pierre Chrysologue – Sermon 80 ; CCL 24A, 490s (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 152s rev.)
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Il s’est fait homme
L’incarnation du Christ n’est pas normale, c’est miraculeux ; ce n’est pas conforme à la raison, mais à la puissance divine ; cela vient du Créateur, non de la nature ; ce n’est pas commun, c’est unique ; c’est divin, non pas humain. Elle ne s’est pas faite par nécessité, mais par puissance… Elle a été mystère de foi, renouvellement et salut pour l’homme. Celui qui, sans être né, a formé l’homme avec de la glaise intacte (Gn 2, 7), en naissant a fait un homme à partir d’un corps intact ; la main qui a daigné saisir de l’argile pour nous créer a daigné saisir aussi notre chair pour nous recréer…
Homme, pourquoi te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu ? Pourquoi, lorsque Dieu t’honore ainsi, te déshonores-tu à ce point ? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n’a pas été faite pour toi ?…
Le Christ prend chair pour rendre toute son intégrité à la nature corrompue ; il assume la condition d’enfant, il accepte d’être nourri, il traverse des âges successifs afin de restaurer l’âge unique, parfait et durable qu’il avait lui-même créé. Il porte l’homme, pour que l’homme ne puisse plus tomber. Celui qu’il avait créé terrestre, il le rend céleste ; celui qui était animé par un esprit humain, il lui donne la vie d’un esprit divin. Et c’est ainsi qu’il l’élève tout entier jusqu’à Dieu, afin de ne rien laisser en lui de ce qui appartient au péché, à la mort, au labeur, à la douleur, à la terre. Voilà ce que nous apporte notre Seigneur Jésus Christ qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père, dans l’unité du Saint Esprit, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles.
Pierre Chrysologue – Homélie sur le mystère de l’Incarnation, 148 ; PL 52, 596
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Ils ont déjà leur récompense
« Évitez de pratiquer votre justice devant les hommes. » Pourquoi ? « Pour ne pas être remarqué par eux. » Et s’ils vous ont remarqué, qu’en sera-t-il pour vous ? « Vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est aux cieux. » Frères, ici le Seigneur ne porte pas de jugement, mais il expose. Il met en lumière la ruse de nos pensées ; il met à nu les dispositions secrètes des âmes. À ceux qui méditent injustement sur la justice, il indique la mesure d’une juste rétribution. La justice qui se place devant les yeux des hommes ne peut pas attendre du Père son salaire divin. Elle a voulu être vue, et elle a été vue ; elle a voulu plaire aux hommes, et elle a plu. Elle a le salaire qu’elle a voulu ; la récompense qu’elle n’a pas voulu avoir, elle ne l’aura pas…
« Quand tu fais l’aumône, ne le claironne pas devant toi, comme font les hypocrites. » « Claironner », c’est le terme juste, parce qu’une aumône de cette sorte est un acte guerrier plutôt que pacifique. Elle passe tout entière dans son cri, elle n’a rien à voir avec la miséricorde. Elle est du pays de la désunion, elle n’a pas été nourrie par la bonté. C’est un trafic pour la parade, non un commerce chaste… « Toi donc, quand tu fais l’aumône, ne le claironne pas devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues ou dans les rues, afin d’être glorifié par les hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont touché leur récompense. » Vous avez entendu : l’aumône faite dans une assemblée, sur les places publiques, dans les carrefours, n’est pas une dépense faite pour le soulagement des pauvres, mais elle est placée devant le regard des hommes pour s’attirer leur estime… Fuyons l’hypocrisie, mes frères, fuyons-la… Elle ne soulage pas le pauvre ; la plainte de l’indigent lui est un prétexte pour rechercher plus activement une gloire spectaculaire. Elle gonfle sa louange de la souffrance du pauvre.
Pierre Chrysologue – Sermon 9 ; CCL 24, 64 ; PL 52, 211 (trad. Matthieu commenté, DDB)
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Je vais retourner chez mon père
Si la conduite de ce jeune homme nous déplaît, ce qui nous fait horreur, c’est son départ : quant à nous, ne nous éloignons jamais d’un tel père ! La seule vue du père fait fuir les péchés, repousse la faute, exclut toute inconduite et toute tentation. Mais, si nous sommes partis, si nous avons gaspillé tout l’héritage du père dans une vie de désordre, s’il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre de l’impiété et dans un effondrement total, levons-nous une bonne fois et revenons à un si bon père, invités par un si bel exemple.
« Quand le père le vit, il fut saisi de pitié, il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. » Je vous le demande : quelle place y-a-t-il ici pour le désespoir ? Quel prétexte pour une excuse ? Quelle fausse raison de craindre ? A moins peut-être que l’on craigne la rencontre du père, que l’on ait peur de ses baisers et de ses embrassements ; à moins que l’on croie que le père veut saisir pour récupérer, au lieu de recevoir pour pardonner, lorsqu’il attire son enfant par la main, le prend sur son coeur, le serre dans ses bras. Mais une telle pensée, qui écrase la vie, qui s’oppose à notre salut, est amplement vaincue, amplement anéantie par ce qui suit : « Le père dit à ses domestiques : Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » Après avoir entendu cela, pouvons-nous encore tarder ? Qu’attendons-nous pour revenir au père ?
Pierre Chrysologue – Homélie sur le pardon, 2, 3 (trad. bréviaire)
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Jeûne et miséricorde
Mes frères, nous commençons aujourd’hui le grand voyage du Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne a soif, s’il ne se nourrit pas de bonté, s’il ne se désaltère pas de miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de l’aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne l’enveloppe pas.
Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde l’est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos semences jusqu’à la floraison, leur fait porter fruit jusqu’à la récolte céleste. Ce que l’huile est pour la lampe, la bonté l’est pour le jeûne. Comme la matière grasse de l’huile allume la lumière de la lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne : il jette des rayons jusqu’à atteindre le plein éclat de la continence. Ce que le soleil est au jour, l’aumône l’est pour le jeûne : la splendeur du soleil accroît l’éclat du jour, dissipe l’obscurité des nuées ; l’aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et, grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l’âme, la générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l’âme se retire du corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s’éloigne du jeûne, c’est sa mort.
Pierre Chrysologue – Sermon 8 ; CCL 24, 59 ; PL 52, 208 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 59 rev.)
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Jusqu’à ce que le tout ait levé
Donnons le sens profond de cette parabole. La femme qui a pris du levain, c’est l’Église ; le levain qu’elle a pris, c’est la révélation de la doctrine céleste ; les trois mesures dans lesquelles elle a enfoui le levain sont la Loi, les Prophètes et les Évangiles, où le sens divin s’enfouit et se cache sous des termes symboliques, afin d’être saisi du fidèle et d’échapper à l’infidèle. Quant à ces mots « jusqu’à ce que le tout ait levé », ils se rapportent à ce que dit l’apôtre Paul : « Imparfaite est notre science, imparfaite aussi notre prophétie. Quand donc viendra ce qui est parfait, ce qui est imparfait disparaîtra » (1 Co 13, 9). La connaissance de Dieu est maintenant dans la pâte : elle se répand sur les sens, elle gonfle les cœurs, augmente les intelligences et comme tout enseignement, les élargit, les soulève et les épanouit aux dimensions de la sagesse céleste. Tout sera bientôt levé. Quand ? A l’avènement du Christ.
Pierre Chrysologue – Sermon 99 (trad. coll. Icthus, vol. 11, p. 288)
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L’appel du publicain
Assis à son bureau de douane, ce malheureux publicain était dans une situation pire que le paralytique dont je vous ai parlé l’autre jour, lui qui gisait sur son lit (Mc 2, 1s). L’un était atteint de paralysie en son corps, l’autre en son âme. Chez le premier, tous ses membres étaient difformes ; chez le second, c’est le jugement dans son ensemble qui était en déroute. Le premier gisait, prisonnier de sa chair ; l’autre était assis, captif d’âme et de corps. C’est malgré lui que le paralytique succombait aux souffrances ; le publicain, lui, était de son plein gré esclave du mal et du péché. Ce dernier, innocent à ses propres yeux, était accusé de cupidité par autrui ; le premier, au milieu de ses blessures, se savait pécheur. L’un entassait gain sur gain, et tous étaient des péchés ; l’autre effaçait ses péchés en gémissant dans ses douleurs. C’est pourquoi elles étaient justes, ces paroles adressées au paralytique : « Courage, mon enfant, tes péchés te sont remis », car par ses souffrances il compensait ses fautes. Quant au publicain, il entendit ces mots : « Viens, suis-moi », c’est-à-dire : « Tu feras réparation en me suivant, toi qui t’es perdu en suivant l’argent ».
Quelqu’un va dire : pourquoi le publicain, plus coupable semble-t-il, reçoit-il un don plus élevé ? Il devient apôtre aussitôt… Lui-même a reçu le pardon, et il accorde à d’autres la rémission de leurs péchés ; il illumine toute la terre de l’éclat de la prédication de l’Évangile. Quant au paralytique, à peine est-il jugé digne de recevoir seulement le pardon. Tu veux savoir pourquoi le publicain a obtenu plus de grâces ? C’est que, selon un mot de l’apôtre Paul : « Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20).
Pierre Chrysologue – Sermon 30 ; CCL 24, 173 ; PL 52, 284 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 75s, rev.)
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La plus petite brebis
Le fait de retrouver un objet que nous avions perdu nous remplit chaque fois d’une joie nouvelle. Et cette joie est plus grande que celle que nous éprouvions, avant de le perdre, quand cet objet était bien gardé. Mais la parabole de la brebis perdue parle davantage de la tendresse de Dieu que de la façon dont les hommes se comportent habituellement. Et elle exprime une vérité profonde. Délaisser ce qui a de l’importance pour l’amour de ce qu’il y a de plus humble est propre à la puissance divine, non à la convoitise humaine. Car Dieu fait même exister ce qui n’est pas ; il part à la recherche de ce qui est perdu tout en gardant ce qu’il a laissé sur place, et il retrouve ce qui était égaré sans perdre ce qu’il tient sous sa garde.
Voilà pourquoi ce berger n’est pas de la terre mais du ciel. La parabole n’est nullement la représentation d’œuvres humaines, mais elle cache des mystères divins, comme les nombres qu’elle mentionne le démontrent d’emblée : « Si l’un de vous, dit le Seigneur, a cent brebis et en perd une »… Vous le voyez, la perte d’une seule brebis a douloureusement éprouvé ce berger, comme si le troupeau tout entier, privé de sa protection, s’était engagé dans une mauvaise voie. C’est pourquoi, laissant là les quatre-vingt-dix-neuf autres, il part à la recherche d’une seule, il ne s’occupe que d’une seule, afin de les retrouver et de les sauver toutes en elle.
Pierre Chrysologue – Sermon 168, 4-6 ; CCL 24B, 1032 (trad. Delhougne, p. 439)
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Le jeûne qui plaît à Dieu
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l’homme qui a faim s’il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde… Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne ; immolons nos vies par le jeûne, parce qu’il n’est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important, comme le prouve le prophète lorsqu’il dit : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; le cœur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas » (Ps 50, 19). Offre donc à Dieu ta vie, offre l’oblation du jeûne pour qu’il y ait là une offrande pure, un sacrifice saint, une victime vivante qui insiste en ta faveur…
Mais pour que ces dons soient agréés, il faut que vienne ensuite la miséricorde. Le jeûne ne porte pas de fruit s’il n’est pas arrosé par la miséricorde ; le jeûne devient moins aride par la miséricorde ; ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l’est pour le jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son cœur, purifier sa chair, arracher les vices, semer les vertus : s’il n’y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruit.
Toi qui jeûnes, ton champ jeûne aussi s’il est privé de miséricorde ; toi qui jeûnes, ce que tu répands par ta miséricorde rejaillira dans ta grange. Pour ne pas gaspiller par ton avarice, recueille par tes largesses. En donnant au pauvre, tu donnes à toi-même ; car ce que tu n’abandonnes pas à autrui, tu ne l’auras pas.
Pierre Chrysologue – Homélie sur la prière, le jeûne et l’aumône ; PL 52, 320 (trad. bréviaire)
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Le Père et ses fils
Si Dieu a voulu que tu sois père…, c’était pour qu’en donnant toi aussi la vie, tu saches ce qu’est la tendresse paternelle, pour que tu expérimentes en toi l’amour de ton créateur autant que tu peux ressentir toi-même d’affection pour tes propres enfants… Si donc tu crois en Dieu, et si tu confesses qu’il est père, tout ce qu’il ordonne, tout ce qu’il choisit à ton égard, crois que c’est le salut pour toi, la vie pour toi. On ne peut annuler les dons d’une mère, on ne peut récuser les avertissements d’un père ; même si les ordres paternels semblent austères, en réalité ils sont sauveurs et vivifiants.
Ainsi Abraham, lorsqu’il a compris que Dieu était père, ne s’attarde pas aux apparences dures et âpres des commandements ; mais ce que le Père des cieux ordonne, il s’en fait une gloire… ; puisque Dieu commande, il s’en remet entièrement à son amour… Pourquoi, lorsque l’on connaît Dieu, contester ses dons de Père au lieu de les accueillir comme des choses bonnes et avantageuses, tandis que le petit et l’innocent, lui, attend tout de son père ?
Examinons de plus près la comparaison que le Seigneur emploie dans son Évangile : « Quel père parmi vous, nous dit-il, donnerait une pierre à son fils qui demande du pain ? » Le Christ était venu pour des fils, c’est-à-dire pour son peuple élu – même s’il s’était plaint de les avoir engendrés et s’était écrié : « J’ai engendré des fils et je les ai élevés, mais eux m’ont méprisé. » (Is 1, 2) Il était donc venu pour des fils, lui, le vrai pain du ciel qui disait : « Je suis le pain descendu du ciel. » (Jn 6, 41)
Pierre Chrysologue – Sermon 55 ; PL 52, 352-354 (trad. En Calcat)
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Marie, fiancée et mère
« Marie, sa mère, était fiancée. » Il aurait suffi de dire : Marie était fiancée. Que signifie une mère fiancée ? Si elle est mère, elle n’est pas fiancée ; si elle est fiancée, elle n’est pas encore mère. « Marie, sa mère, était fiancée » : fiancée par la virginité, mère par la fécondité. C’était une mère ne connaissant point d’homme, et pourtant qui a connu la maternité. Comment ne serait-elle mère avant d’avoir conçu, elle qui, après la naissance, est vierge et mère ? Quand n’était-elle pas mère, celle qui engendra le fondateur des temps qui a donné un commencement aux choses ? (…)
Pourquoi le mystère de l’innocence céleste se destine-t-il à une fiancée, et non une vierge encore libre ? Pourquoi la jalousie d’un fiancé doit-elle mettre en péril la fiancée ? Pourquoi tant de vertu semble-t-elle péché et le salut éternel danger ? (…) Quel mystère étreignons-nous là, mes frères ? Pas un trait de plume, pas une lettre, pas une syllabe, pas un mot, pas un nom, pas un personnage dans l’Évangile n’est vide de sens divin. Une fiancée est choisie, afin que déjà soit désignée l’Église, fiancée du Christ, selon la parole du prophète Osée : « Je te fiancerai à moi dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et dans l’amour, je te fiancerai à moi dans la fidélité » (2, 21-22). C’est pourquoi Jean dit : « Celui qui a l’épouse est l’Époux » (Jn 3, 29). Et saint Paul : « Je vous ai fiancés au seul Époux comme une vierge pure à présenter au Christ » (2 Co 11, 2). Ô véritable épouse, l’Église, qui par la naissance virginale [du baptême], engendre une nouvelle enfance du Christ !
Pierre Chrysologue – Sermon 146, sur Mt 1, 18 ; PL 52, 591 (trad. coll. Icthus, vol. 12, p. 295 rev.)
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Mon peuple, que t’ai-je fait ?
« Je vous supplie par la miséricorde de Dieu » (Rm 12, 1) : Paul fait une demande, ou plutôt à travers Paul, Dieu fait une demande, lui qui veut davantage être aimé que craint. Dieu fait une demande, parce qu’il veut moins être Seigneur que Père… Écoute le Seigneur demander [par son Fils] : « Tout le jour, dit-il, j’ai tendu les mains » (Is 65, 2). N’est-ce pas en tendant les mains que d’habitude on demande ? « J’ai tendu les mains. » Vers qui ? « Vers le peuple. » Vers quel peuple ? Un peuple non seulement incroyant, mais « rebelle ». « J’ai tendu les mains » : il ouvre ses bras, dilate son cœur, présente sa poitrine, offre son sein, fait de tout son corps un refuge, pour montrer par cette supplication à quel point il est père. Écoute Dieu demander ailleurs : « Mon peuple, que t’ai-je fait ou en quoi t’ai-je attristé ? » (Mi 6, 3) Ne dit-il pas : « Si ma divinité vous est inconnue, ne reconnaîtrez-vous pas ma chair ? Voyez, voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang ! Et si vous craignez ce qui est à Dieu, pourquoi n’aimez-vous pas ce qui est vôtre ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne courez-vous pas vers le Père ?
Mais la grandeur de la Passion, dont vous êtes cause, vous couvre peut-être de confusion. Ne craignez pas ! Cette croix n’est pas mon gibet, mais celui de la mort. Ces clous ne fixent pas la douleur en moi, mais ils enfoncent plus profondément en moi l’amour que j’ai pour vous. Ces blessures ne m’arrachent pas des cris, elles vous introduisent davantage au fond de mon cœur. L’écartèlement de mon corps vous donne une plus large place en mon sein, il n’accroît pas mon supplice. Je ne perds pas mon sang, je le déverse pour payer le vôtre.
Venez donc, revenez, reconnaissez en moi un père que vous voyez rendre le bien pour le mal, l’amour pour l’injustice, une telle tendresse pour de telles blessures.
Pierre Chrysologue – Sermon 108 ; PL 52, 499 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 220)
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Ne craignez pas
La Judée en rébellion avait chassé la paix de la terre…et jeté l’univers dans son chaos primordial… Chez les disciples aussi, la guerre sévissait ; la foi et le doute se donnaient des assauts furieux… Leurs cœurs, où la tempête faisait rage, ne pouvaient trouver nul havre de paix, nul port calme.
À ce spectacle, le Christ qui sonde les cœurs, qui commande aux vents, qui maîtrise les tempêtes et d’un simple signe change l’orage en un ciel serein, les a raffermis de sa paix en disant : « La paix soit avec vous ! C’est moi ; ne craignez rien. C’est moi, le crucifié, le mort, l’enseveli. C’est moi, votre Dieu devenu pour vous homme. C’est moi. Non pas un esprit revêtu d’un corps, mais la vérité même faite homme. C’est moi, vivant entre les morts, venu du ciel au cœur des enfers. C’est moi que la mort a fui, que les enfers ont redouté. Dans son effroi, l’enfer m’a proclamé Dieu. N’aie pas peur, Pierre, toi qui m’as renié, ni toi Jean, toi qui as pris la fuite, ni vous tous qui m’avez abandonné, qui n’avez songé qu’à me trahir, qui ne croyez pas encore en moi, alors même que vous me voyez. N’ayez pas peur, c’est bien moi. Je vous ai appelés par la grâce, je vous ai choisis par le pardon, je vous ai soutenus de ma compassion, je vous ai portés en mon amour, et je vous prends aujourd’hui, par ma seule bonté. »
Pierre Chrysologue – Sermon 81 ; PL 52, 427 (trad. F. Quéré, coll. Icthus, vol. 10, p. 271 rev.)
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Prière, jeûne et miséricorde
Il y a trois actes, mes frères, en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu’un et se donnent mutuellement la vie. En effet, le jeûne est l’âme de la prière et la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise ; les trois ne peuvent pas se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n’a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner, et celui qui jeûne doit avoir pitié. Qu’il écoute l’homme qui demande et qui en demandant souhaite être écouté ; celui qui ne refuse pas d’entendre les autres lorsqu’on le supplie, celui-là se fait entendre de Dieu.
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne, c’est-à-dire il doit sympathiser avec l’homme qui a faim, s’il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim. Celui qui espère obtenir miséricorde doit faire miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu’on lui donne doit donner… Sois donc la norme de la miséricorde à ton égard : si tu veux qu’on te fasse miséricorde de telle façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec la même promptitude, la même mesure, de la même façon.
Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un seul parrainage pour nous recommander à Dieu, doivent former un seul plaidoyer, une seule prière en notre faveur sous cette triple forme.
Pierre Chrysologue – Homélie sur la prière, le jeûne et l’aumône ; PL 52, 320 (trad. bréviaire rev.)
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Touchez-moi, c’est bien moi
Après la résurrection, comme le Seigneur était entré toutes portes closes (Jn 20, 19), les disciples ne croyaient pas qu’il avait retrouvé la réalité de son corps, mais supposaient que son âme seule était revenue sous une apparence corporelle, comme les images qui se présentent à ceux qui rêvent dans leur sommeil. « Ils croyaient voir un esprit »…
« Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi des pensées inquiètes s’élèvent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds. » Voyez, c’est-à-dire : soyez attentifs. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas un songe que vous voyez. Voyez mes mains et mes pieds, puisque, avec vos yeux accablés, vous ne pouvez pas encore regarder mon visage. Voyez les blessures de ma chair, puisque vous ne voyez pas encore les œuvres de Dieu. Contemplez les marques faites par mes ennemis, puisque vous ne percevez pas encore les manifestations de Dieu. Touchez-moi, pour que votre main vous donne la preuve, puisque vos yeux sont à ce point aveuglés… Découvrez les trous de mes mains, fouillez mon côté, rouvrez mes blessures, car je ne peux pas refuser à mes disciples en vue de la foi ce que je n’ai pas refusé à mes ennemis pour mon supplice. Touchez, touchez…, cherchez jusqu’aux os, pour confirmer la réalité de la chair, et que ces blessures encore ouvertes attestent que c’est bien moi…
Pourquoi ne croyez-vous pas que je suis ressuscité, moi qui ai rappelé à la vie plusieurs morts sous vos yeux ?… Quand j’étais pendu à la croix, on m’insultait en disant : « Lui qui a sauvé les autres, il ne peut pas se sauver lui-même. Qu’il descende de la croix et nous croirons » (Mt 27, 40). Qu’est-ce qui est le plus difficile, descendre de la croix en arrachant les clous ou remonter des enfers en foulant aux pieds la mort ? Voilà que je me suis sauvé moi-même, et brisant les chaînes de l’enfer, je suis remonté vers le monde d’en haut.
Pierre Chrysologue – Sermon 31, 8ème sur la résurrection du Seigneur, PL 52, 427 (trad. coll. Pères dans la foi, n° 96, p. 125 rev.)
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Voyant leur foi
« Il vint dans sa ville ; et voici qu’on lui présentait un paralytique couché sur un lit » (Mt 9, 1). Jésus, dit l’Évangile, voyant la foi de ces gens, dit au paralytique : « Courage, mon enfant ! Tes péchés te sont remis ». Le paralytique entend ce pardon et reste muet. Il ne répond par aucun merci. Il désirait la guérison de son corps plutôt que celle de son âme. Il déplorait les maux passagers de son corps malade, mais les maux éternels de son âme, plus malade encore, il ne les pleurait pas. C’est qu’il jugeait la vie présente plus précieuse pour lui que la vie future.
Le Christ a eu raison de tenir compte de la foi de ceux qui lui présentent le malade et de ne tenir aucun compte de la sottise de celui-ci. A la faveur de la foi d’autrui, l’âme du paralytique allait être guérie avant son corps. « Voyant la foi de ces gens », dit l’Évangile. Remarquez ici, frères, que Dieu ne se soucie pas de ce que veulent les hommes insensés, qu’il ne s’attend pas à trouver de la foi chez les ignorants, qu’il n’analyse pas les sots désirs d’un infirme. Par contre, il ne refuse pas de venir au secours de la foi d’autrui. Cette foi est un cadeau de la grâce et elle s’accorde avec la volonté de Dieu.
Pierre Chrysologue – Sermon 50 ; CCL 24, 276 ; PL 52, 339 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 71 rev.)
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