Ambroise de Milan – textes

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Ambroise de Milan (339-397)

Ambroise de Milan (339-397)

Textes

Abraham a vu mon jour

« Dieu dit à Abraham : Prends ton fils bien-aimé, cet Isaac que tu as chéri ; pars sur les hauteurs et tu me l’offriras en holocauste » (Gn 22, 2). Isaac préfigure le Christ qui va souffrir : il vient sur une ânesse…, et quand le Seigneur est venu souffrir pour nous sa Passion, il a détaché le petit de l’ânesse et s’est assis dessus… Abraham dit à ses serviteurs : « Nous reviendrons vers vous » ; sans qu’il le sache, c’était une prophétie… Isaac a porté sur lui le bois, et le Christ a porté le gibet de la croix. Abraham accompagnait son fils ; le Père accompagnait le Christ. Il dit en effet : « Vous me laisserez seul, mais je ne suis pas seul ; le Père est avec moi » (Jn 16, 32). Isaac dit à son père…: « Voici le bois, où est l’agneau pour l’holocauste ? » Ce sont des paroles prophétiques, mais il ne le sait pas ; le Seigneur en effet préparait un Agneau pour le sacrifice. Abraham aussi a prophétisé en répondant : « Dieu pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils »…

« L’ange dit : ‘ Abraham, Abraham !… N’étends pas la main sur l’enfant, ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, toi qui n’as pas épargné ton fils bien-aimé pour moi ’ (cf. Rm 8, 32)… Abraham leva les yeux et regarda : voici qu’un bélier était pendu par les cornes dans un buisson. » Pourquoi un bélier ? C’est lui qui a le plus de valeur dans tout le troupeau. Pourquoi pendu ? Pour te faire voir que ce n’était pas une victime terrestre… Notre corne, notre force, c’est le Christ (Lc 1, 69), qui est supérieur à tout homme, comme nous le lisons : « Tu es le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44, 3). Seul, il a été élevé de terre et exalté, comme il nous l’enseigne par ces paroles : « Je ne suis pas de ce monde, moi ; je suis d’en haut » (Jn 8, 23). Abraham l’a vu dans ce sacrifice, il a aperçu sa Passion. C’est pourquoi le Seigneur dit de lui: « Abraham a vu mon jour et s’est réjoui ». Il est apparu à Abraham, lui révélant que son corps souffrirait la Passion par laquelle il a racheté le monde. Il indique même le genre de Passion en le montrant pendu ; ce buisson est le gibet de la croix. Et élevé sur ce bois, le guide incomparable du troupeau a tout attiré à lui, pour se faire connaître de tous.

Ambroise de Milan – Sur Abraham, I, 67-78 (trad. coll. Pères dans la foi, Migne 1999, p. 87)

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Au soleil de Dieu

« De ta miséricorde, Seigneur, la terre est remplie ; enseigne-moi tes volontés » (Ps 118, 64). Comment la terre est-elle remplie de cette miséricorde du Seigneur sinon par la Passion de notre Seigneur Jésus Christ dont le psalmiste, qui la voyait de loin, célèbre en quelque sorte la promesse ?… Elle en est remplie, car la rémission des péchés a été donnée à tous. Le soleil a ordre de se lever sur tous, et c’est ce qui arrive chaque jour. C’est pour tous en effet que s’est levé au sens mystique le Soleil de Justice (Ml 3, 20) ; il est venu pour tous, il a souffert pour tous, pour tous il est ressuscité. Et s’il a souffert, c’est bien pour « enlever le péché du monde » (Jn 1, 29)…

Mais si quelqu’un n’a pas foi dans le Christ, il se prive lui-même de ce bienfait universel. Si quelqu’un, en fermant ses fenêtres, empêche les rayons du soleil d’entrer, on ne peut pas dire que le soleil s’est levé pour tous, car cette personne s’est dérobée à sa chaleur. Pour ce qui est du soleil, il n’en est pas atteint ; pour celui qui manque de sagesse, il se prive de la grâce d’une lumière proposée à tous.

Dieu se fait pédagogue ; il illumine l’esprit de chacun, y répandant la clarté de sa connaissance, à condition toutefois que tu ouvres la porte de ton coeur et que tu accueilles la clarté de la grâce céleste. Quand tu doutes, hâte-toi de chercher, car « celui qui cherche trouve et à celui qui frappe, on ouvrira » (Mt 7, 8).

Ambroise de Milan – Sermon 8 sur le psaume 118 (trad. Eds. Soleil levant, p. 100s ; cf. AELF)

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Bienveillance et compassion

La modération est sans doute la plus belle des vertus… C’est à elle seule que l’Église, acquise au prix du sang du Seigneur, doit son expansion ; elle est à l’image du bienfait céleste de la rédemption universelle… De ce fait, celui qui s’applique à corriger les défauts de la faiblesse humaine doit supporter et en quelque sorte peser cette faiblesse sur ses propres épaules, et non pas la rejeter. Car on lit que le berger de l’Évangile a porté la brebis fatiguée, non qu’il l’a rejetée (Lc 15, 5)… La modération, en effet, doit tempérer la justice. Autrement, comment quelqu’un pour qui tu montres du dégoût – quelqu’un qui penserait être pour son médecin un objet de mépris et non de compassion – comment pourrait-il venir vers toi pour être soigné ?

C’est pourquoi le Seigneur Jésus a fait preuve de compassion envers nous. Son désir était de nous appeler à lui, et pas de nous faire fuir en nous effrayant. La douceur marque sa venue ; sa venue est marquée par l’humilité. Il a dit d’ailleurs : Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous réconforterai. Ainsi donc, le Seigneur Jésus réconforte, il n’exclut pas, il ne rejette pas. Et c’est à bon droit qu’il a choisi pour disciples des hommes qui, en fidèles interprètes de la volonté du Seigneur, rassembleraient le peuple de Dieu, au lieu de le repousser.

Ambroise de Milan – La Pénitence, I, 1 (trad. SC 179, p. 53 rev.)

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Conseils à un évêque

Tu as reçu la charge du sacerdoce. Assis à la poupe de l’Église, tu pilotes le navire au milieu des flots. Tiens le gouvernail de la foi afin de ne point chavirer parmi les graves tempêtes de ce siècle. La mer est grande et vaste, mais ne crains pas ; car c’est le Seigneur qui a établi la terre sur les mers et l’a fondée sur les fleuves (cf. Ps 23, 2).

Il est donc normal qu’au milieu d’un monde si agité, l’Église du Seigneur, bâtie sur la pierre des Apôtres, demeure stable et tienne bon sur sa base inébranlable contre les assauts furieux de la mer (cf. Mt 16, 18). Elle est entourée par les flots mais n’en est pas ébranlée ; et, bien que les éléments de ce monde retentissent d’une immense clameur, elle offre cependant à ceux qui peinent la grande sécurité d’un havre de salut.

Même lorsqu’elle est un esquif ballotté sur la mer, elle demeure l’Église dont les eaux courent dans les fleuves, ces grands fleuves dont il est dit : Les fleuves ont élevé leur voix (Ps 92, 3). Des fleuves, en effet, jaillissent du sein de l’Église abreuvée par le Christ et réceptacle de l’Esprit de Dieu (cf. Jn 7, 38). Que tes paroles soient pleines de sagesse.

Ambroise de Milan – Lettre 2, 1-2 ; 4-5, 7 (PL 16, 879-881 ; trad. Orval)

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De la manne à l’eucharistie

Il est admirable que Dieu ait fait pleuvoir la manne pour nos pères et qu’ils aient été rassasiés chaque jour du pain du ciel. C’est pourquoi il est dit : « L’homme a mangé le pain des anges » (Ps 77, 25). Pourtant ceux qui ont mangé ce pain au désert sont tous morts. Au contraire, cette nourriture que tu reçois, ce pain vivant qui est descendu du ciel, fournit le soutien de la vie éternelle, et quiconque le mange ne mourra jamais. C’est le corps du Christ…

Cette manne-là était du ciel, celle-ci d’au-dessus du ciel ; celle-là était un don du ciel, celle-ci du Seigneur des cieux ; celle-là était sujette à la corruption si on la gardait jusqu’au lendemain, celle-ci est étrangère à toute corruption : quiconque en goûte avec respect ne peut pas être atteint par la corruption. Pour les Hébreux l’eau a coulé du rocher, pour toi le sang coule du Christ. L’eau les a désaltérés pour un moment, toi le sang te lave à jamais. Les Hébreux ont bu et ont eu soif. Toi, une fois que tu auras bu, tu ne pourras plus avoir soif (Jn 4, 14). Cela était la préfiguration, ceci est la vérité plénière…

C’était « l’ombre des choses à venir » (Col 2, 17). Écoute ce qui s’est manifestée à nos pères : « Ils buvaient, dit-on, du rocher qui les suivait au désert ; or le rocher c’était le Christ » (1 Co 10, 4)… Toi, tu as connu l’accomplissement, tu as vu la pleine lumière, la vérité préfigurée, le corps du Créateur plutôt que la manne du ciel… Ce que nous mangeons et ce que nous buvons, l’Esprit Saint l’exprime ailleurs : « Goûtez et voyez que le Seigneur est bon. Heureux ceux qui espèrent en lui » (Ps 33, 9).

Ambroise de Milan – Des mystères, 48-49, 58 (trad. SC 25 p. 123 rev)

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Des trésors dans le ciel

Tu es le geôlier de tes biens et non leur propriétaire, toi qui enfouis ton or dans la terre (Mt 25, 25) ; tu en es le serviteur et non le maître. Le Christ dit : « Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur » ; en cet or, c’est donc ton cœur que tu as enterré. Vends plutôt ton or et achète le salut ; vends ce qui est minéral et acquiers le Royaume de Dieu ; vends le champ et rachète pour toi la vie éternelle.

En disant cela je dis la vérité, parce que je m’appuie sur la parole de celui qui est la Vérité : « Si tu veux être parfait, vends ce que tu possèdes et donne le prix aux pauvres ; tu te feras ainsi un trésor dans les cieux » (Mt 19, 21). Ne t’attriste pas en entendant ces mots, de peur qu’il ne te soit dit la même parole qu’au jeune homme riche : « Qu’il est difficile à ceux qui possèdent des biens d’entrer dans le Royaume de Dieu » (v. 23). Plus même, lorsque tu lis cette phrase, considère que la mort peut t’arracher ces biens, que la violence de quelqu’un de puissant peut te les enlever. En fin de compte, tu n’auras visé qu’à des biens minuscules à la place de grandes richesses ; ce ne sont que des trésors de monnaie au lieu d’être des trésors de grâce. Par leur nature même, ils sont périssables au lieu de demeurer à jamais.

Ambroise de Milan – Naboth le pauvre, 58 (trad. coll. Pères dans la foi n° 4, DDB 1978, p. 51 rev.)

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Étends ta main

La main qu’Adam avait étendue pour cueillir les fruits de l’arbre défendu, le Seigneur l’a imprégnée de la sève salutaire des bonnes œuvres, afin que, desséchée par la faute, elle soit guérie par les bonnes œuvres. À cette occasion, le Christ prend à partie ses adversaires, qui par leurs fausses interprétations violaient les préceptes de la Loi ; ils jugeaient que le jour du sabbat il fallait faire relâche même des bonnes œuvres, alors que la Loi a préfiguré dans le présent l’aspect de l’avenir où à coup sûr c’est le mal qui ne travaillera plus, non le bien…

Tu as donc entendu les paroles du Seigneur : « Étends ta main ». Voilà le remède pour tous. Et toi qui crois avoir la main saine, prends garde que l’avarice, prends garde que le sacrilège ne la paralyse. Étends-la souvent : étends-là vers ce pauvre qui t’implore, étends-là pour aider le prochain, pour porter secours à la veuve, pour arracher à l’injustice celui que tu vois soumis à une vexation imméritée ; étends-là vers Dieu pour tes péchés. C’est ainsi qu’on étend la main ; c’est ainsi qu’elle guérit.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, V, 39 (trad. SC 45, p. 197 rev.)

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Guéri par le Christ

L’apôtre Paul a dit : « Dépouillez-vous du vieil homme avec ses agissements et revêtez l’homme nouveau » (Col 3, 9-10)… Telle a été l’œuvre que le Christ a accompli en appelant Lévi ; il l’a refaçonné et a fait de lui un homme nouveau. Aussi est-ce au titre de créature nouvelle que l’ancien publicain offre un festin au Christ, parce que le Christ se plaît en lui et que lui-même mérite d’avoir sa part de bonheur avec le Christ… Il le suivait maintenant, heureux, allègre, débordant de joie.

« Je ne fais plus figure de publicain, disait-il ; je ne porte plus le vieux Lévi ; j’ai dépouillé Lévi en revêtant le Christ. Je fuis ma vie première ; je ne veux suivre que toi, Seigneur Jésus, qui guéris mes blessures. Qui me séparera de l’amour de Dieu qui est en toi ? la tribulation ? l’angoisse ? la faim ? (Rm 8, 35) Je suis attaché à toi par la foi, comme par des clous, je suis retenu par les bonnes entraves de l’amour. Tous tes commandements seront comme un cautère que je tiendrai appliqué sur ma blessure ; le remède mord, mais il enlève l’infection de l’ulcère. Retranche donc, Seigneur Jésus, par ton glaive puissant la pourriture de mes péchés ; viens vite inciser les passions cachées, secrètes, variées. Purifie toute infection par le bain nouveau.

« Écoutez-moi, hommes collés à la terre, vous qui avez la pensée enivrée par vos péchés. Moi aussi, Lévi, j’étais blessé par des passions semblables. Mais j’ai trouvé un médecin qui habite le ciel et qui répand ses remèdes sur la terre. Lui seul peut guérir mes blessures car il n’en a pas ; lui seul peut ôter au cœur sa douleur et à l’âme sa langueur, car il connaît tout ce qui est caché. »

Ambroise de Milan – Commentaire sur l évangile de Luc, V, 23.27 (trad. SC 45, p. 191s rev. ; cf. En Calcat)

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Heureuse celle qui a cru

Que réside en chacun l’âme de Marie pour glo­rifier le Seigneur, en chacun l’esprit de Marie pour tressaillir en Dieu ! Si le Christ n’a qu’une mère selon la chair, le Christ est le fruit de tous selon la foi ; car toute âme peut recevoir le Verbe de Dieu pourvu du moins quelle soit pure et débarrassée du péché. Toute âme parvenue à cet état magnifie le Seigneur comme l’âme de Marie a magnifié le Sei­gneur et comme son esprit a tressailli dans le Dieu Sauveur.

Nous lisons ailleurs : Magnifiez le Seigneur avec moi (Ps 33, 4). Le Seigneur est magnifié non parce que la voix humaine ajoute quelque chose, mais parce qu’il est magnifié en nous. Car l’image de Dieu c’est le Christ (2 Co 4, 4 ; Co 1, 15). Et c’est pourquoi, si quelqu’un agit avec piété et justice, il magnifie cette image de Dieu – à la ressemblance de qui il a été créé – et, en la magnifiant, il est élevé en une sorte de participation à sa grandeur.

Ambroise de Milan – Traité sur Saint Luc, II, 22-27 (PL 15, 1559-1562 ; trad. Orval)

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Heureux les pauvres en esprit

« Bienheureux les pauvres. » Les pauvres ne sont pas tous bienheureux ; car la pauvreté est une chose neutre : il peut y avoir de bons et de méchants pauvres… Bienheureux le pauvre qui a crié et que le Seigneur a exaucé (Ps 33, 7) : pauvre de fautes, pauvre de vices, le pauvre chez qui le prince de ce monde n’a rien trouvé (Jn 14, 30), pauvre à l’imitation de ce Pauvre qui, étant riche, s’est fait pauvre pour nous (2 Co 8, 9). C’est pourquoi Matthieu donne l’explication complète : « Bienheureux les pauvres en esprit », car le pauvre en esprit ne se gonfle pas, ne s’exalte pas en sa pensée tout humaine. Telle est donc la première béatitude.

[« Bienheureux les doux » écrit Matthieu ensuite.] Ayant laissé tout péché…, étant content de ma simplicité, dénué de mal, il me reste à modérer mon caractère. A quoi me sert-il de manquer des biens du monde si je ne suis pas doux et tranquille ? Car suivre le droit chemin, c’est bien entendu suivre celui qui dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29)…

Cela fait, souvenez-vous que vous êtes pécheur : pleurez vos péchés, pleurez vos fautes. Et il est bien que la troisième béatitude soit pour ceux qui pleurent leurs péchés, car c’est la Trinité qui pardonne les péchés. Purifiez-vous donc par vos larmes et lavez-vous par vos pleurs. Si vous pleurez sur vous-mêmes, un autre n’aura pas à vous pleurer… Chacun a ses morts à pleurer ; nous sommes morts quand nous péchons… Que celui qui est pécheur pleure donc sur lui-même et se reprenne, afin de devenir juste, car « le juste s’accuse lui-même » (Pr 18, 17).

Ambroise de Milan – Sur l’évangile de St Luc, V, 53-55 (trad. SC 45, p. 202)

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Il pleura amèrement

Pierre a renié une première fois et n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l’a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22, 62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m’a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j’ai gagné : j’ai appris à me garder d’un entourage infidèle…

Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l’heure, le Christ vous regarde. S’il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (Jn 21, 15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.

Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d’autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26, 33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ?… D’où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m’apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les chœurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d’où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour. Enseigne-nous à quoi t’ont servi tes larmes. Mais tu l’as enseigné bien vite : car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t’ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d’abord, n’avais pas su te conduire toi-même.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, X, 89s (trad. cf. SC 52, p. 186)

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Je suis venu jeter un feu

Je suis venu mettre le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. Le Seigneur nous veut vigilants, attendant à tout moment la venue du Sauveur… Mais puisque le profit est mince et faible le mérite quand c’est la crainte du supplice qui empêche de s’égarer et puisque c’est l’amour qui a une valeur supérieure, le Seigneur lui-même… enflamme notre désir d’acquérir Dieu lorsqu’il dit : Je suis venu mettre le feu sur la terre. Non pas certes le feu qui détruit, mais celui qui produit la volonté bonne, celui qui rend meilleurs les vases d’or de la maison du Seigneur en consumant le foin et la paille (1 Co 3, 12s), en dévorant toute la gangue du monde, amassée par le goût du plaisir terrestre, œuvre de la chair qui doit périr.

C’est ce feu divin qui brûlait les os des prophètes, comme le déclare Jérémie : C’est devenu comme un feu ardent qui brûle dans mes os (Jr 20, 9). Car il y a un feu du Seigneur, dont il est dit : Un feu brûlera devant lui (Ps 96, 3). Le Seigneur lui-même est un feu, dit-il, qui brûle sans consumer (Ex 3, 2). Le feu du Seigneur est lumière éternelle ; à ce feu s’allument les lampes des croyants : Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées (Lc 12, 35). C’est parce que les jours de cette vie étant encore nuit, une lampe est nécessaire.

C’est ce feu que, selon le témoignage des disciples d’Emmaüs, le Seigneur avait lui-même mis en eux : N’avions-nous pas le cœur brûlant, sur la route, tandis qu’il nous dévoilait les Écritures ? (Lc 24, 32) Ils nous apprennent avec évidence quelle est l’action de ce feu, qui éclaire le fond du cœur de l’homme. C’est pour cela que le Seigneur viendra dans le feu (Is 66, 15), pour consumer les vices au moment de la résurrection, combler par sa présence les désirs du chacun, et projeter sa lumière sur les mérites et les mystères.

Ambroise de Milan – Traité sur Saint Luc, 7, 131-132 (trad. SC 52 rev. Tournay)

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L’argent trompeur

Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Non pas qu’il y en ait deux : il n’y a qu’un seul Maître. Car même s’il y a des gens qui servent l’argent, celui-ci pourtant ne possède aucun droit à être maître ; ce sont eux qui se chargent du joug de l’esclavage. En effet, ce n’est pas un juste pouvoir, mais un injuste esclavage. C’est pourquoi il dit : Faites-vous des amis avec le malhonnête argent pour que, par nos largesses envers les pauvres, nous obtenions la faveur des anges et des autres saints.

L’intendant n’est pas critiqué : nous apprenons par là que nous ne sommes pas maîtres, mais plutôt intendants des richesses d’autrui. Bien qu’il ait fait une faute, il est loué, parce que, en remettant aux autres au nom de son maître, il s’est ménagé des appuis. Et Jésus a très bien parlé d’argent trompeur, parce que l’avarice tente nos penchants par les séductions variées des richesses au point que nous voulions en être esclaves. C’est pourquoi il dit : Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?

Les richesses nous sont étrangères parce qu’elles sont en dehors de notre nature ; elles ne naissent pas avec nous, elles ne nous suivent pas dans la mort. Le Christ, au contraire, est à nous parce qu’il est la vie… Ne soyons donc pas esclaves des biens extérieurs, parce que nous ne devons reconnaître comme Seigneur que le Christ.

Ambroise de Milan – Traité sur l’Évangile de St Luc, 7, 244s (trad. Véricel, L’Évangile commenté par les Pères, p. 263 et SC 52, p. 98s)

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L’eau qui fait renaître

Le paralytique de la piscine de Bézatha attendait un homme [pour l’aider à descendre dans la piscine]. Lequel, sinon le Seigneur Jésus, né de la Vierge ? Avec sa venue, il n’y avait plus seulement une simple préfiguration qui guérissait quelques individus, mais la vérité elle-même qui guérissait tous les hommes. C’est donc lui dont on attendait qu’il descende, lui de qui Dieu le Père a dit à Jean Baptiste: « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre du ciel et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1, 32)… Pourquoi l’Esprit est-il descendu alors comme une colombe, sinon pour que tu voies, pour que tu reconnaisses que la colombe envoyée hors de l’arche par Noé le juste était l’image de cette colombe-là, et pour que tu y reconnaisses la préfiguration du sacrement du baptême ?…

Peux-tu encore hésiter dans le doute, alors que le Père proclame pour toi de façon indubitable dans l’Évangile : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour » (Mt 3, 17) ; alors que le Fils le proclame, lui sur qui l’Esprit Saint s’est manifesté sous la forme d’une colombe ; alors que l’Esprit Saint le proclame aussi, lui qui est descendu sous la forme d’une colombe ; alors que David le proclame : « La voix du Seigneur sur les eaux, le Dieu de gloire a tonné, le Seigneur sur les eaux innombrables » (Ps 28, 3) ? L’Écriture atteste aussi qu’aux prières de Gédéon, le feu est descendu du ciel et, de nouveau, à la prière d’Élie, le feu a été envoyé pour consacrer le sacrifice (Jg 6, 21 ; 1 R 18, 38).

Ne considère pas le mérite personnel des prêtres, mais leur fonction… Crois donc que le Seigneur Jésus est là, invoqué par la prière des prêtres, lui qui a dit : « Quand deux ou trois sont réunis, je suis là, moi aussi » (Mt 18, 20). À plus forte raison, là où est l’Église, là où sont les mystères, c’est là qu’il daigne nous accorder sa présence. Tu es donc descendu dans le baptistère. Rappelle-toi ce que tu as dit : que tu crois au Père, que tu crois au Fils, que tu crois en l’Esprit Saint… Par un même engagement de ta parole, tu es tenu de croire au Fils de la même manière que tu crois au Père, de croire en l’Esprit Saint de la même manière que tu crois au Fils, avec cette seule différence que tu professes qu’il faut croire en la croix du seul Seigneur Jésus.

Ambroise de Milan – Sur les mystères, 24s (trad. bréviaire rev.)

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L’Église pleurera

Même si les symptômes de la mort ont enlevé tout espoir de vie, même si les corps des défunts gisent près du tombeau, cependant, à la voix de Dieu, les cadavres déjà prêts à se décomposer se relèvent, retrouvent la parole ; le fils est rendu à sa mère, il est rappelé du tombeau, il en est arraché.

Quel est ce tombeau, le tien ? Tes mauvaises habitudes, ton manque de foi. C’est de ce tombeau que le Christ te délivre, de ce tombeau que tu ressusciteras, si tu écoutes la Parole de Dieu. Même si ton péché est si grave que tu ne peux pas le laver toi-même par les larmes de ton repentir, l’Église, ta mère, pleurera pour toi, elle qui intervient pour chacun de ses fils comme une mère veuve pour son fils unique. Car elle compatit par une sorte de souffrance spirituelle qui lui est naturelle, lorsqu’elle voit que ses enfants sont entraînés vers la mort par des péchés fatals…

Qu’elle pleure donc, cette pieuse mère ; que la foule l’accompagne ; que non seulement une foule, mais une foule considérable compatisse à cette tendre mère. Alors tu ressusciteras dans ton tombeau, tu en seras délivré ; les porteurs s’arrêteront, tu te mettras à dire des paroles de vivant, tous seront stupéfaits. L’exemple d’un seul en corrigera beaucoup et ils loueront Dieu de nous avoir accordé de tels remèdes pour éviter la mort.

Ambroise de Milan – Traité sur l’Évangile de saint Luc, 5, 89, 91-92 (trad. Véricel, L’Évangile commenté par les Pères, p. 132 ; cf. SC 45, p. 215)

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La pécheresse pardonnée

« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (Mt 9, 12) Montre donc au médecin ta blessure, de façon à pouvoir être guéri. Même si tu ne la montres pas, il la connaît, mais il exige de toi que tu lui fasses entendre ta voix. Nettoie tes plaies avec tes larmes. C’est ainsi que cette femme dont parle l’Évangile s’est débarrassée de son péché et de la mauvaise odeur de son égarement ; c’est ainsi qu’elle s’est purifiée de sa faute, en lavant les pieds de Jésus avec ses larmes.

Puisses-tu me réserver à moi aussi, Jésus, le soin de laver tes pieds, que tu as salis tandis que tu marchais en moi !… Mais où trouverai-je l’eau vive avec laquelle je pourrai laver tes pieds ? Si je n’ai pas d’eau, j’ai mes larmes. Fais qu’en lavant tes pieds avec elles, je puisse me purifier moi-même ! Comment faire en sorte que tu dises de moi : « Ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’il a beaucoup aimé » ? J’avoue que ma dette est considérable et qu’il m’a été « remis davantage », à moi qui ai été arraché au bruit des querelles de la place publique et aux responsabilités du gouvernement pour être appelé au sacerdoce. Je crains, par conséquent, d’être considéré comme un ingrat si j’aime moins, alors qu’il m’a été remis davantage.

Je ne peux pas comparer à n’importe qui cette femme qui, a juste titre, a été préférée au pharisien Simon qui recevait le Seigneur à déjeuner. Cependant, à tous ceux qui veulent mériter le pardon, elle dispense un enseignement en baisant les pieds du Christ, en les lavant avec ses larmes, en les essuyant avec ses cheveux, en les oignant avec du parfum… Si nous ne pouvons pas l’égaler, le Seigneur Jésus sait venir en aide aux faibles. Là où il n’y a personne qui sache préparer un repas, amener du parfum, apporter avec soi une fontaine d’eau vive (Jn 4, 10), il vient lui-même.

Ambroise de Milan – La Pénitence, II, 8 (trad. SC 179, p. 175)

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La philoxénie d’Abraham

« Abraham était assis à l’entrée de sa tente, nous dit l’Écriture, il y était assis au plus chaud du jour » (Gn 18, 1). Les autres se reposaient ; lui guettait la venue d’hôtes éventuels. Il méritait bien que Dieu vienne à lui au chêne de Mambré, celui qui cherchait avec tant d’empressement à exercer l’hospitalité…

Oui, l’hospitalité est bonne, elle a sa récompense particulière : elle s’attire d’abord la gratitude des hommes ; elle reçoit aussi – ce qui est plus important – un salaire de la part de Dieu. Nous sommes tous, en cette terre d’exil, des hôtes de passage. Pour un temps, nous avons à loger sous un toit ; bientôt, il faudra en déloger. Prenons garde ! Si nous avons été durs ou négligents dans l’accueil des étrangers, une fois écoulé le cours de cette vie, les saints pourraient bien, à leur tour, refuser de nous accueillir. « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, dit le Seigneur dans l’Évangile, afin qu’ils vous reçoivent dans les demeures éternelles »…

D’ailleurs, sais-tu si ce n’est pas Dieu que tu reçois, alors que tu penses n’avoir affaire qu’à des hommes ? Abraham accueille des voyageurs ; en réalité il reçoit chez lui Dieu et ses anges. Toi aussi, qui accueilles un étranger, c’est Dieu que tu reçois. Le Seigneur Jésus l’atteste dans l’Évangile : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. Ce que vous avez fait à l’un de ces tout-petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35. 40).

Ambroise de Milan – Sur Abraham, I, 5, 32-35 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, vol. 1, Mediaspaul 1988, p. 63)

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La veuve de Sarepta, modèle d’hospitalité

Au temps où la famine désolait la terre entière, pourquoi Elie a-t-il été envoyé chez une veuve ? Une grâce singulière s’attache à deux femmes : auprès d’une vierge, un ange ; auprès d’une veuve, un prophète. Là Gabriel, ici Elie. Ce sont les plus éminents d’entre les anges et les prophètes qui sont choisis ! Mais le veuvage ne mérite pas louange en lui-même, s’il ne s’y ajoute pas des vertus. L’histoire ne manque pas de veuves ; pourtant, une se distingue entre toutes, qui les encourage par son grand exemple… Dieu est particulièrement sensible à l’hospitalité : dans l’Évangile il promet, pour un verre d’eau fraîche, des récompenses d’éternelles (Mt 10, 42), ici pour un peu de farine ou une mesure d’huile, la profusion infinie de ses richesses…

Pourquoi nous croire maîtres des fruits de la terre quand la terre est offrande perpétuelle ?… Nous détournons à notre profit le sens du commandement universel : « Tous les arbres qui ont des fruits portant semence vous serviront de nourriture ainsi qu’à toutes les bêtes, à tous les oiseaux et à tout ce qui rampe sur la terre » (Gn 1, 29-30) ; en amassant, nous ne trouvons que le vide et le besoin. Comment espérerions-nous en la promesse, si nous n’observons pas la volonté de Dieu ? C’est agir sainement que d’obéir au précepte d’hospitalité et faire honneur à nos hôtes : ne sommes-nous pas nous-mêmes des hôtes ici-bas ?

Qu’elle est parfaite, cette veuve ! Accablée par une grande famine, elle continuait pourtant à vénérer Dieu. Elle ne gardait pas ses provisions pour elle seule : elle partageait avec son fils. Bel exemple de tendresse, mais plus bel exemple encore de foi ! Elle ne devait préférer personne à son fils : voilà qu’elle met le prophète de Dieu au-dessus de sa propre vie. Croyez bien qu’elle n’a pas seulement donné un peu de nourriture, mais toute sa subsistance ; elle n’a rien gardé pour elle ; comme son hospitalité l’a amenée à un don total, sa foi l’a conduite à une confiance totale.

Ambroise de Milan – Des veuves ; PL 16, 247-276 (trad. coll. Icthus, vol. 13, p. 286 rev.)

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La vigne, image de l’Église

La vigne est notre symbole, parce que le peuple de Dieu, enraciné sur le cep de la vigne éternelle (Jn 15, 5), s’élève au-dessus de la terre. Foisonnement d’un sol ingrat, tantôt elle bourgeonne et fleurit, tantôt elle se revêt de verdure, tantôt elle ressemble au joug aimable de la croix, quand elle a grandi et que ses bras étendus forment les sarments d’un vignoble fécond… On a donc raison d’appeler vigne le peuple du Christ, soit parce qu’il marque son front du signe de la croix (Ez 9, 4), soit parce qu’on récolte ses fruits à la dernière saison de l’année, soit parce que, comme pour les rangs d’un vignoble, pauvres et riches, humbles et puissants, serviteurs et maîtres, tous dans l’Église sont d’une égalité parfaite…

Quand on attache la vigne, elle se redresse ; quand on l’émonde, ce n’est pas pour l’amoindrir, mais pour la faire croître. Il en est de même du peuple saint : si on le lie, il se libère ; si on l’humilie, il se redresse ; si on le taille, on lui donne en fait une couronne. Bien mieux : de même que le rejeton, prélevé sur un vieil arbre, est greffé sur une autre racine, de même ce peuple saint…, nourri sur l’arbre de la croix…, se développe. Et l’Esprit Saint, comme répandu dans les sillons d’un terrain, se déverse dans notre corps, lavant tout ce qui est immonde et redressant nos membres pour les diriger vers le ciel.

Cette vigne, le Vigneron a l’habitude de la sarcler, de l’attacher, de la tailler (Jn 15, 2)… Tantôt il brûle de soleil les secrets de notre corps et tantôt il les arrose de pluie. Il aime sarcler son terrain, pour que les ronces ne blessent pas les bourgeons ; il veille à ce que les feuilles ne fassent pas trop d’ombre…, ne privent pas de lumière nos vertus, et n’empêchent pas la maturation de nos fruits.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, IX, 29-30 (trad. Véricel, L’Évangile commenté, p. 290 rev. ; cf. SC 52, p. 150)

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Le Christ au désert

Il faut se rappeler comment le premier Adam a été chassé du Paradis dans le désert, pour que ton attention soit attirée sur la manière dont le second Adam (1 Co 15, 45) retourne du désert au paradis. Vois en effet comment la première condamnation est dénouée comme elle avait été nouée, et comment les bienfaits divins sont rétablis sur les traces des anciens. Adam vient d’une terre vierge, le Christ vient de la Vierge ; celui-là a été fait à l’image de Dieu, celui-ci est l’Image de Dieu (Col 1, 15) ; celui-là a été placé au-dessus de tous les animaux sans raison, celui-ci au-dessus de tous les êtres vivants. Par une femme est venue la sottise, par une vierge la sagesse ; la mort est venue d’un arbre, la vie par la croix. L’un, dénudé du vêtement spirituel, s’est tressé un vêtement de feuilles d’arbre ; l’autre, dénudé du vêtement de ce monde, n’a plus souhaité un vêtement matériel (Jn 19, 23).

Adam est chassé au désert, le Christ vient au désert ; car il savait où trouver le condamné qu’il ramènerait au paradis, délivré de sa faute… Celui qui, faute de guide, avait perdu au Paradis la route qu’il suivait, comment, sans guide, aurait-il pu retrouver au désert la route perdue ? Là, les tentations sont nombreuses, l’effort vers la vertu difficile, et faciles les faux-pas dans l’erreur… Suivons donc le Christ, selon ce qui est écrit : « Tu marcheras à la suite du Seigneur ton Dieu et tu lui seras attaché » (Dt 13, 5)… Suivons donc ses traces, et nous pourrons revenir du désert au paradis.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, IV, 7-12 ; PL 15, 1614 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 88)

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Le Christ transfiguré

Le Seigneur Jésus a voulu que Moïse gravît seul la montagne, mais il a été rejoint par Josué (Ex 24, 13). Dans l’Évangile aussi, c’est à Pierre, Jacques et Jean, seuls de tous les disciples, qu’il a révélé la gloire de sa résurrection. Ainsi voulait-il que son mystère demeure caché, et il les avertissait fréquemment de ne pas annoncer facilement ce qu’ils avaient vu à n’importe qui, pour qu’un auditeur trop faible ne trouve là un obstacle qui empêcherait son esprit inconstant de recevoir ces mystères dans toute leur force. Car Pierre lui-même « ne savait pas ce qu’il disait », puisqu’il croyait qu’il fallait dresser trois tentes pour le Seigneur et ses compagnons. Ensuite, il n’a pas pu supporter l’éclat de gloire du Seigneur qui se transfigurait, mais il est tombé sur le sol (Mt 17, 6), comme sont tombés aussi « les fils du tonnerre » (Mc 3, 17), Jacques et Jean, quand la nuée les a recouverts…

Ils sont entrés donc dans la nuée pour connaître ce qui est secret et caché, et c’est là qu’ils ont entendu la voix de Dieu disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour : écoutez-le ». Que signifie : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ? Cela veut dire – Simon Pierre, ne t’y trompe pas ! – que tu ne dois pas placer le Fils de Dieu sur le même rang que les serviteurs. « Celui-ci est mon Fils : Moïse n’est pas mon Fils, Elie n’est pas mon Fils, bien que l’un ait ouvert le ciel, et que l’autre ait fermé le ciel ». En effet, l’un et l’autre, à la parole du Seigneur, ont vaincu un élément de la nature (Ex 14 ;1 R 17, 1), mais ils n’ont fait que prêter leur ministère à celui qui a affermi les eaux et fermé par la sécheresse le ciel, qu’il a fait fondre en pluie dès qu’il l’a voulu.

Là où il s’agit d’une simple annonce de la résurrection, on fait appel au ministère des serviteurs, mais là où se montre la gloire du Seigneur qui ressuscite, la gloire des serviteurs tombe dans l’obscurité. Car, en se levant, le soleil obscurcit les étoiles, et toutes leurs lumières disparaissent devant l’éclat de l’éternel Soleil de justice (Ml 3, 20).

Ambroise de Milan – Sur le psaume 45, 2 ; CSEL 64, 6, 330-331 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 186 rev.)

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Le Christ, graine et arbre

Le Seigneur lui-même est un grain de moutarde… Si le Christ est un grain de moutarde, comment est-il le plus petit et comment grandit-il ? Ce n’est pas en sa nature, mais selon son apparence qu’il redevient grand. Vous voulez savoir comment il est le moindre ? « Nous l’avons vu, et il n’avait ni prestance ni beauté » (Is 53, 2). Apprenez qu’il est le plus grand : « Il resplendit de beauté plus que les enfants des hommes » (Ps 44, 3). En effet celui qui n’avait ni éclat ni beauté est devenu supérieur aux anges (Hé 1, 4), dépassant toute la gloire des prophètes d’Israël… Il est la moindre de toutes les semences, parce qu’il n’est pas venu avec la royauté, ni avec les richesses, ni avec la sagesse de ce monde. Or soudain, comme un arbre, il a épanoui la cime élevée de sa puissance, si bien que nous disons : « Sous son ombre désirée je me suis assis » (Ct 2, 3).

Souvent, à mon avis, il paraissait à la fois arbre et graine. Il est graine quand on dit : « N’est-il pas le fils de Joseph le charpentier ? » (Mt 13, 55). Mais au cours même de ces paroles il a soudain grandi…: « D’où lui vient, disaient-ils, cette sagesse ? » (v. 54). Il est donc graine en son apparence, arbre par sa sagesse. Dans la frondaison de ses branches pourront se reposer en sécurité l’oiseau de nuit en sa demeure, le passereau solitaire sur le toit (Ps 101, 8), celui qui a été enlevé jusqu’au paradis (2 Co 12, 4), celui qui « sera enlevé dans les airs sur les nuées » (1 Th 4, 17). Là reposent également les puissances et les anges des cieux et tous ceux à qui leurs actions spirituelles ont permis de prendre leur vol. Saint Jean y a reposé quand il était appuyé sur la poitrine de Jésus (Jn 13, 25)…

Et nous « qui étions loin » (Ep 2, 13), rassemblés du milieu des nations, longtemps ballottés dans le vide du monde par les tempêtes de l’esprit du mal, déployant les ailes des vertus nous dirigeons notre vol pour que cette ombre des saints nous abrite de la chaleur accablante de ce monde. Déjà nous reprenons vie dans la paix et la sécurité de ce séjour du moment que notre âme, courbée auparavant sous le poids des péchés, est « arrachée, comme le passereau, au filet des chasseurs » (Ps 123, 7) et s’est transportée sur les branches et les montagnes du Seigneur (cf. Ps 10, 1).

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, VII, 183s (trad. cf. SC 52, p. 77)

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Le fleuve de la Parole

Il y a un fleuve qui s’écoule dans les hommes de Dieu comme un torrent (Is 66, 12), fleuve dont l’impétuosité réjouit l’âme pacifique et tranquille. Celui qui recueille en lui-même l’eau des montagnes, ou qui puise celle des fontaines, se met à la répandre lui aussi comme une nuée. Remplis de cette eau ton cœur et ton esprit pour que ta terre s’humecte, irriguée par ses propres sources. Or, c’est par une lecture intelligente qu’on se remplit l’esprit ; et celui qui est rempli peut irriguer les autres. C’est dans ce sens que l’Écriture dit : Quand les nuages sont gonflés de pluie, ils se déversent sur la terre (Qo 11, 3). Que ta parole abondante coule donc avec transparence et clarté. Tu verseras ainsi aux oreilles de ton peuple un enseignement plein de douceur. Séduit par la grâce de tes paroles, il te suivra volontiers là où tu le conduis…

Ambroise de Milan – à Constance, son frère dans l’épiscopat ; Lettre 2, 1-7 ; PL 16, 879-881 ; tr. Orval

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Le livre scellé

Dieu se fait docteur ; il illumine l’esprit de chacun, y répandant la clarté de sa connaissance, à condition toutefois que tu ouvres la porte de ton cœur et que tu accueilles la clarté de la grâce céleste.

Quand tu doutes, empresse-toi de chercher, car celui qui cherche trouve et à celui qui frappe, on ouvrira. Nombreuses sont les obscurités dans les écrits prophétiques. Mais si, avec la main de ton âme, tu frappes à la porte des Écritures, en examinant avec soin le sens caché, tu ne tarderas pas à trouver peu à peu la raison de ce qui est dit.

Ce n’est pas un autre que le Verbe de Dieu qui t’ouvrira, lui dont on lit dans l’Apocalypse que l’Agneau ouvrit le livre scellé que jusque-là personne n’avait pu ouvrir. Seul en effet le Seigneur Jésus, dans son Évangile, a révélé les énigmes des prophètes et les mystères de la loi ; seul, il a apporté la clef de la science et nous a donné la faculté d’ouvrir.

Ambroise de Milan – Sur le Psaume 118 ; Sermon 8, 57-60, éd. Soleil levant 1963, p. 100-102

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Le martyre intérieur

Chaque jour tu peux être témoin du Christ. Tu étais tenté par l’esprit d’impureté, mais… tu as jugé qu’il ne fallait pas souiller la chasteté de l’esprit et du corps : tu es martyr, c’est-à-dire témoin, du Christ… Tu étais tenté par l’esprit d’orgueil, mais en voyant le pauvre et l’indigent, tu as été saisi d’une tendre compassion, tu as préféré l’humilité à l’arrogance : tu es témoin du Christ. Mieux que cela : tu n’as pas donné ton témoignage en parole seulement mais aussi en action.

Quel est le témoin le plus sûr ? « Celui qui confesse que le Seigneur Jésus est venu parmi nous dans la chair » (1Jn 4, 2) et qui observe les préceptes de l’Évangile… Combien y en a-t-il chaque jour, de ces martyrs cachés du Christ, qui confessent le Seigneur Jésus ! L’apôtre Paul a connu ce martyre-là et le témoignage de foi rendu au Christ, lui qui a dit : « Notre sujet de fierté, c’est le témoignage de notre conscience » (2 Co 1, 12). Car combien ont confessé la foi extérieurement mais l’ont niée intérieurement ! … Sois donc fidèle et courageux dans les persécutions intérieures pour triompher aussi dans les persécutions extérieures. Dans les persécutions du dedans également, il y a « des rois et des gouverneurs », des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans les tentations subies par le Seigneur (Mt 4, 1s).

Ambroise de Milan – Homélie 20 sur le psaume 118, CSEL 62, 467s (trad. bréviaire)

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Les Deux Testaments

Abreuve-toi d’abord à l’Ancien Testament pour boire ensuite au Nouveau. Si tu ne bois pas au premier, tu ne pourras pas t’abreuver au second. Bois au premier pour atténuer ta soif, au second pour l’étancher complètement… Abreuve-toi à la coupe de l’Ancien Testament et du Nouveau, car dans les deux c’est le Christ que tu bois. Bois le Christ, car il est la vigne (Jn 15, 1), il est le rocher qui a fait jaillir l’eau (1 Co 10, 3), il est la source de la vie (Ps 36, 10). Bois le Christ, car il est « le fleuve dont le cours réjouit la cité de Dieu » (Ps 45, 5), il est la paix (Ep 2, 14), et « de son sein jaillissent des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). Bois le Christ pour t’abreuver du sang de ta rédemption et du Verbe de Dieu. L’Ancien Testament est sa parole, le Nouveau l’est aussi. On boit la Sainte Écriture et on la mange ; alors, dans les veines de l’esprit et dans la vie de l’âme, descend le Verbe éternel. « Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme, mais de toute parole de Dieu » (Dt 8, 3 ;Mt 4, 4). Abreuve-toi donc de ce Verbe, mais selon l’ordre qui convient. Bois-le d’abord dans l’Ancien Testament, et puis, sans tarder, dans le Nouveau.

Il dit lui-même, comme s’il avait hâte : « Peuple qui marche dans les ténèbres, regarde cette grande lumière ; toi qui habites un pays de mort, une lumière se lève sur toi » (Is 9, 2 LXX). Bois donc sans plus attendre, et une grande lumière t’éclairera ; non pas la lumière quotidienne du jour, du soleil ou de la lune, mais cette lumière qui repousse l’ombre de la mort.

Ambroise de Milan – Commentaire du Psaume 1, 33 ; CSEL 64, 28-30 (trad. Orval)

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Les épaules du Berger

Ce n’est pas sans motif que saint Luc a proposé trois paraboles de suite : la brebis qui s’était égarée et fut retrouvée, la drachme qui s’était perdue et s’est retrouvée, le fils qui était mort et a repris vie. Qui sont ce père, ce pasteur, cette femme ? N’est-ce pas Dieu le Père, le Christ, l’Église ? Le Christ vous porte en son corps, ayant pris sur lui vos péchés, l’Église vous cherche, le Père vous accueille. Pasteur il rapporte, mère elle recherche, Père il accueille. D’abord la miséricorde, puis l’assistance, en troisième lieu la réconciliation. Chaque détail est ajusté à chacun : le Rédempteur vient en aide, l’Église assiste, le Père se réconcilie. C’est la même miséricorde de l’œuvre divine.

Réjouissons-nous donc de ce que cette brebis, qui s’était égarée en Adam, soit relevée dans le Christ. Les épaules du Christ sont les bras de la croix. Car le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui avait péri (Lc 19, 10), c’est-à-dire tous, puisque comme tous meurent en Adam, de même dans le Christ tous reçoivent la vie (1 Co 15, 22). C’est donc un riche pasteur, puisqu’à nous tous nous formons le centième de son partage. Il possède les troupeaux innombrables des anges, ceux des archanges, des dominations, des puissances, des trônes, d’autres encore, qu’il a laissés sur les hauteurs. Soyez donc vous aussi joie pour les anges ; qu’ils se réjouissent de votre retour.

Ambroise de Milan – Traité sur l’Évangile de Luc VII, 207-210 ; SC 52, 87-88

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Les pleurs d’une mère

La divine miséricorde se laisse vite fléchir par les gémissements de cette mère. Elle est veuve ; les souffrances ou la mort de son fils unique l’ont brisée… Il me semble que cette veuve, entourée de la foule du peuple, est plus qu’une simple femme méritant par ses larmes la résurrection d’un fils, jeune et unique. Elle est l’image même de la Sainte Église qui, par ses larmes, au milieu du cortège funèbre et jusque dans le tombeau, obtient de rappeler à la vie le jeune peuple du monde…

Car à la parole de Dieu les morts ressuscitent, ils retrouvent la voix et la mère recouvre son fils ; il est rappelé de la tombe, il est arraché au sépulcre. Quelle est cette tombe pour vous, sinon votre mauvaise conduite ? Votre tombeau c’est le manque de foi… De ce sépulcre, le Christ vous libère ; vous sortirez du tombeau si vous écoutez la parole de Dieu. Et si votre péché est trop grave pour que puissent le laver les larmes de votre pénitence, qu’interviennent pour vous les pleurs de votre mère l’Église… Elle intercède pour chacun de ses enfants, comme pour autant de fils uniques. En effet, elle est pleine de compassion et éprouve une douleur spirituelle toute maternelle lorsqu’elle voit ses enfants entraînés à la mort par le péché.

Ambroise de Milan – Sur l’évangile de St Luc, V, 89 (trad. cf. SC 45, p. 214)

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Lumière sans fin

Forts des enseignements [de l’Écriture], marchons sans trembler vers notre rédempteur Jésus, vers l’assemblée des patriarches, partons vers notre père Abraham, lorsque le jour sera venu. Marchons sans trembler vers ce rassemblement de saints, cette assemblée de justes. Nous irons vers nos pères, ceux qui nous ont enseigné la foi ; même si les œuvres nous manquent, que la foi nous aide, défendons notre héritage ! Nous irons aux lieux où Abraham ouvre son sein aux pauvres comme à Lazare (Lc 16, 19s) ; là reposent ceux qui ont supporté le rude poids de la vie de ce monde. Maintenant, Père, encore et encore étends tes mains pour accueillir ces pauvres, ouvre tes bras, élargis ton sein pour en accueillir davantage, car très nombreux sont ceux qui ont cru en Dieu…

Nous irons au paradis de joie où Adam, jadis tombé dans une embuscade de brigands, ne pense plus à pleurer ses blessures, où le brigand lui-même jouit de sa part du Royaume céleste (cf. Lc 10, 30 ;23, 43). Là où aucun nuage, aucun orage, aucun éclair, aucune tempête de vent, ni ténèbres, ni crépuscule, ni été, ni hiver ne marqueront l’instabilité des temps. Ni froid, ni grêle, ni pluie. Notre pauvre petit soleil, la lune, les étoiles, ne serviront plus à rien ; seule la clarté de Dieu resplendira, car Dieu sera la lumière de tous, cette lumière véritable qui illumine tout homme resplendira pour tous (Ap 21, 5 ;Jn 1, 9). Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses petits serviteurs, pour que là où il est, nous soyons aussi (Jn 14, 2-3)…

« Père, ceux que tu m’as donné, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire » (Jn 17, 24)… Nous te suivons, Seigneur Jésus ; mais pour cela, appelle-nous, car sans toi personne ne monte. Tu es la voie, la vérité, la vie (Jn 14, 6), la possibilité, la foi, la récompense. Reçois-nous, raffermis-nous, donne-nous la vie !

Ambroise de Milan – Sur le bien de la mort (trad. Cras, Le Chrétien devant la mort, DDB 1980, p. 79 rev.)

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Mon âme exalte le Seigneur

Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n’a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l’Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l’esprit de Marie a exulté, lui aussi. L’exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu’il est comblé, car celui qu’on ne peut comprendre agissait en sa mère d’une manière qu’on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu ; Marie, avant d’avoir conçu. Heureuse, lui dit Elisabeth, toi qui as cru.

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu. S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.

En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l’avez lu ailleurs : « Exaltez le Seigneur avec moi. » Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c’est en nous qu’il est exalté ; en effet, le Christ est l’image de Dieu. Par conséquent, si l’âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s’élève par une certaine participation à sa sublimité.

Ambroise de Milan – Homélie sur l’Évangile de Luc

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Notre bon Samaritain

Un Samaritain descendait par ce chemin. « Qui est descendu du ciel, sinon celui qui est monté au ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel ? » (cf. Jn 3, 13). Voyant à demi mort cet homme que personne avant lui n’avait pu guérir…, il vient près de lui ; c’est-à-dire qu’en acceptant de souffrir avec nous il s’est fait notre proche et qu’en nous prenant en pitié il s’est fait notre voisin.

« Il pansa ses plaies en y versant de l’huile et du vin ». Ce médecin a bien des remèdes par lesquels il a coutume de guérir. Ses paroles sont un remède : telle parole ligature les plaies, une autre y verse du baume, une autre le vin astringent… « Puis il le chargea sur sa propre monture ». Écoute comment il t’y place : « C’étaient nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était accablé » (Is 53, 4). Le berger aussi a placé sur ses épaules la brebis fatiguée (Lc 15, 5)…

« Il le conduisit à l’hôtellerie et prit soin de lui »… Mais le Samaritain ne pouvait pas demeurer longtemps sur notre terre ; il devait retourner au lieu d’où il était descendu. Donc, « le lendemain » – quel est ce lendemain, sinon le jour de la résurrection du Seigneur, celui dont il est dit : « Voici le jour que fit le Seigneur » (Ps 117, 24) ? – « il sortit deux pièces d’argent et les donna à l’hôtelier, en lui disant : Prends soin de lui ». Qu’est-ce que ces deux pièces ? Peut-être les deux Testaments, qui portent l’effigie du Père éternel, et aux prix desquels nos blessures sont guéries…

Heureux cet hôtelier, qui peut soigner les blessures d’autrui ! Heureux celui à qui Jésus dit : « Ce que tu auras dépensé en plus, c’est moi qui te le rendrai lors de mon retour »… Il promet donc la récompense. Quand reviendras-tu, Seigneur, sinon au jour du jugement ? Bien que tu sois toujours partout, te tenant au milieu de nous sans que nous te reconnaissions, un jour viendra où toute chair te verra venir. Et tu rendras ce que tu dois. Comment le rendras-tu, Seigneur Jésus ? Tu as promis aux bons une large récompense au ciel, mais tu rendras encore plus quand tu diras : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 21).

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, VII, 74s (trad. cf. SC 52, p. 34 et Véricel, L’Évangile commenté, p. 241)

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Nous ne sommes que des serviteurs

Que personne ne se glorifie de ce qu’il fait, puisque c’est en simple justice que nous devons notre service au Seigneur… Tant que nous vivons, nous devons toujours travailler pour notre Seigneur. Reconnais donc que tu es un serviteur tenu à un grand nombre de services. Ne te rengorge pas d’être appelé « enfant de Dieu » (1Jn 3, 1) : reconnaissons cette grâce, mais n’oublions pas notre nature. Ne te vante pas si tu as bien servi, car tu as fait ce que tu devais faire. Le soleil remplit son rôle, la lune obéit, les anges font leur service. Saint Paul, « l’instrument choisi par le Seigneur pour les païens » (Ac 9, 15), écrit : « Je ne mérite pas le nom d’apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu » (1 Co 15, 9).

Et si ailleurs il montre qu’il n’a conscience d’aucune faute, il ajoute ensuite : « Mais je n’en suis pas justifié pour autant » (1 Co 4, 4). Nous non plus, ne prétendons pas être loués pour nous-mêmes, ne devançons pas le jugement de Dieu.

Ambroise de Milan – Sur l’Évangile de saint Luc 8, 31-32 (trad. Véricel, Évangile commenté, p. 265 ; cf. SC 52, p. 113)

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Ouvre ta bouche

Parlons du Seigneur Jésus, parce que lui-même est la Sagesse, est la Parole et le Verbe de Dieu. Car il est écrit : « Ouvre ta bouche à la parole de Dieu. » Il inspire celui qui fait écho à ses discours et médite ses paroles. Parlons toujours de lui ! Quand nous parlons de la sagesse, c’est lui ; quand nous parlons de la vertu, c’est lui ; quand nous parlons de la justice, c’est lui ; quand nous parlons de la paix, c’est lui ; quand nous parlons de la vérité, de la vie, de la rédemption, c’est lui.

« Ouvre ta bouche à la parole de Dieu », est-il écrit. Ouvre la bouche, toi ; c’est lui qui parle. Aussi David a-t-il dit : « J’écouterai ce que le Seigneur dit en moi », et le Fils de Dieu a dit lui-même : « Ouvre largement ta bouche et je la remplirai ». Tous ne sont pas capables, comme Salomon ni comme Daniel, d’apprécier la valeur infinie de la sagesse ; mais l’esprit de sagesse est communiqué à tous, selon leur capacité, du moins à tous ceux qui sont croyants. Si tu crois, tu possèdes l’esprit de sagesse.

« Mes commandements resteront dans ton cœur. Tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé » (Dt 6, 6- 7). Médite donc toujours, aie toujours à la bouche les réalités divines, assis dans ta maison. Nous pouvons entendre la « maison » de l’Église ; nous pouvons l’entendre aussi dans notre maison intérieure, afin de parler au-dedans de nous. Parle avec réflexion, pour éviter le péché, pour ne pas pécher par bavardage. Lorsque tu es assis à la maison, parle avec toi-même comme avec celui qui te jugera. Parle sur la route pour ne jamais être dans l’oisiveté. Tu parleras sur la route, si tu parles dans le Christ, parce que la route, c’est le Christ. Sur la route, parle à toi-même, parle au Christ. Écoute comment lui parler : « Je veux qu’en tout lieu les hommes prient en levant les mains saintement, sans colère ni dispute. » Parle dans ton sommeil, pour que le sommeil de la mort ne te surprenne pas. Écoute comment parler dans le sommeil : « Je ne donnerai pas de sommeil à mes yeux ni de repos à mes paupières avant d’avoir trouvé un abri pour mon Seigneur, une tente pour le Dieu de Jacob. » Que tu te lèves ou te relèves, parle de lui, afin d’accomplir ce qu’il t’ordonne.

Ambroise de Milan – Homélie sur le psaume 36 (55-56)

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Ouvre ta porte

Le Dieu Verbe secoue le paresseux et réveille le dormeur. En effet, celui qui vient frapper à la porte veut toujours entrer. Mais cela dépend de nous s’il n’entre pas toujours ou s’il ne demeure pas toujours. Que ta porte soit ouverte à celui qui vient ; ouvre ton âme, élargis les capacités de ton esprit, afin de découvrir les richesses de la simplicité, les trésors de la paix, la douceur de la grâce. Dilate ton cœur ; cours à la rencontre du soleil de la lumière éternelle qui « illumine tout homme » (Jn 1, 9). Il est certain que cette lumière véritable brille pour tous ; mais si quelqu’un ferme ses fenêtres, il se privera lui-même de la lumière éternelle.

Donc même le Christ reste dehors, si tu fermes la porte de ton âme. Certes, il pourrait entrer, mais il ne veut pas s’introduire de force, il ne veut pas contraindre ceux qui le refusent. Issu de la Vierge, sorti de son sein, il irradie tout l’univers, afin de resplendir pour tous. Ceux qui désirent recevoir la lumière qui brille d’un éclat perpétuel lui ouvrent ; aucune nuit ne viendra l’interrompre. En effet, le soleil que nous voyons chaque jour cède la place aux ténèbres de la nuit ; mais le Soleil de justice (Ml 3, 20) ne connaît pas de couchant, car la Sagesse n’est pas vaincue par le mal.

Ambroise de Milan – 12e sermon sur le psaume 118 ; CSEL 62, 258 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 1033 rev.)

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Préférer Dieu

« Vous croyez que je suis venu apporter la paix sur terre ? Non, vous dis-je, mais la séparation. Car désormais dans la même maison cinq personnes seront divisées, trois prenant parti contre deux, et deux contre trois… » Dans presque tous les passages de l’Évangile le sens spirituel joue un rôle important ; mais dans ce passage surtout, pour ne pas être rebuté par la dureté d’une explication simpliste, il faut chercher dans la trame du sens la profondeur spirituelle… Comment dit-il lui-même : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix » (Jn 14, 27) s’il est venu séparer les pères de leurs fils, les fils de leurs pères, en rompant leurs liens ? Comment peut-on être appelé « maudit si l’on n’honore pas son père » (Dt 27, 16), et fervent si on le délaisse ?

Si nous comprenons que la religion vient en premier lieu et la piété filiale en second, nous comprendrons que cette question s’éclaire ; il faut en effet faire passer l’humain après le divin. Car si on doit rendre des devoirs aux parents, combien plus au Père des parents, à qui on doit être reconnaissant pour nos parents ?… Il ne dit donc pas qu’il faut renoncer à ceux que nous aimons, mais préférer Dieu à tous. D’ailleurs on trouve dans un autre livre : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37). Il t’est interdit non d’aimer tes parents, mais de les préférer à Dieu. Car les relations naturelles sont des bienfaits du Seigneur, et personne ne doit aimer les bienfaits reçus plus que Dieu, qui préserve les bienfaits qu’il donne.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, VII, 134 (trad. cf. SC 52, p. 55s)

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Prier sur la montagne

En ces jours-là, Jésus se retira sur la montagne pour prier, et il passa la nuit à prier Dieu. Ceux qui prient ne gravissent pas tous la montagne…, mais ceux qui prient bien, ceux qui s’élèvent des biens terrestres aux biens supérieurs, montent sur les sommets de la vigilance et de l’amour d’en haut. Ceux qui se soucient des richesses du monde ou des honneurs ne gravissent pas la montagne ; celui qui convoite les terres d’autrui ne gravit pas la montagne. Ceux qui cherchent Dieu montent ; ceux qui montent implorent l’aide du Seigneur pour leur marche.

Toutes les âmes grandes, toutes les âmes élevées gravissent la montagne, car ce n’est pas simplement au premier venu que le prophète dit : Monte sur une haute montagne, toi qui annonces la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui donnes la bonne nouvelle à Jérusalem (Is 40, 9). Ce n’est pas par un exploit physique, mais par des actions élevées que tu escaladeras cette montagne. Suis le Christ… ; cherche dans l’Évangile, tu trouveras que seuls les disciples ont gravi la montagne avec le Seigneur.

Ambroise de Milan – Sur l’évangile de St Luc, 5, 41 (trad. cf. SC 45, p. 198 rev.)

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Puissance du baptême

Tu t’es approché, tu as vu la fontaine baptismale, tu as vu aussi l’évêque près de la fontaine. Et sans doute est-il tombé dans ton âme la même pensée qui s’est insinuée en celle de Naaman, le Syrien. Car, bien qu’il ait été purifié, il avait cependant douté d’abord… Je crains que quelqu’un ait dit : « C’est tout ? » Oui, c’est vraiment tout : là est toute innocence, toute piété, toute grâce, toute sainteté. Tu as vu ce que tu as pu voir des yeux de ton corps… ; ce qu’on ne voit pas est bien plus grand…, car ce qu’on ne voit pas est éternel… Quoi de plus étonnant que la traversée de la Mer Rouge par les Israélites, pour ne parler à présent que du baptême ? Et pourtant ceux qui l’ont traversé sont tous morts dans le désert. Au contraire, celui qui traverse la fontaine baptismale, c’est-à-dire celui qui passe des biens terrestres à ceux du ciel…, ne meurt pas mais ressuscite.

Naaman était lépreux… À son arrivée, le prophète lui a dit : « Va, descends dans le Jourdain, baigne-toi et tu seras guéri. » Il s’est mis à réfléchir en lui-même et s’est dit : « C’est tout ? Je suis venu de Syrie jusqu’en Judée et on me dit : Va au Jourdain, baigne-toi et tu seras guéri. Comme s’il n’y avait pas des fleuves meilleurs dans mon pays ! » Ses serviteurs lui disent : « Maître, pourquoi ne fais-tu pas ce que dit le prophète ? Fais-le plutôt et essaie. » Alors il s’est rendu au Jourdain, s’est baigné et en est sorti guéri.

Qu’est-ce que cela signifie ? Tu as vu de l’eau, mais toute eau ne guérit pas ; par contre, l’eau qui a la grâce du Christ guérit. Il y a une différence entre l’élément et la sanctification, entre l’acte et l’efficacité. L’acte s’accomplit avec de l’eau, mais l’efficacité vient de l’Esprit Saint. L’eau ne guérit pas si l’Esprit Saint n’est descendu et n’a consacré cette eau. Tu as lu que lorsque notre Seigneur Jésus Christ a institué le rite du baptême, il est venu à Jean et celui-ci lui a dit : « C’est moi qui dois être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ? » (Mt 3, 14)… Le Christ est descendu ; Jean qui baptisait était à ses côtés ; et voici que, telle une colombe, descendit l’Esprit Saint… Pourquoi le Christ est-il descendu le premier et ensuite l’Esprit Saint ? Pour quelle raison ? Pour que le Seigneur ne paraisse pas avoir besoin du sacrement de la sanctification : c’est lui qui sanctifie, et c’est aussi l’Esprit qui sanctifie.

Ambroise de Milan – Des Sacrements, 1 (trad. Brésard 2000 ans C, p. 244 rev.)

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Quand viendra-t-il ?

« Il ne restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ces paroles étaient vraies du Temple construit par Salomon…, car tout ce que nos mains construisent succombe à l’usure ou au délabrement, est renversé par la violence ou détruit par le feu… Mais il existe aussi un temple en chacun de nous qui s’écroule si la foi fait défaut, et particulièrement si au nom du Christ on cherche faussement à s’emparer de certitudes intérieures. C’est peut-être cette interprétation qui est la plus utile pour nous. En effet, que me sert de savoir le jour du jugement ? À quoi me sert, ayant conscience de tant de péchés, de savoir que le Seigneur viendra un jour, s’il ne vient en mon âme, ne revient pas en mon esprit, si le Christ ne vit en moi, si le Christ ne parle en moi ? C’est donc à moi que le Christ doit venir, c’est pour moi que doit avoir lieu son avènement.

Or le second avènement du Seigneur a lieu au déclin du monde, quand nous pouvons dire : « Pour moi le monde est crucifié, et moi pour le monde » (Ga 6, 14)… Pour celui à qui le monde meurt, le Christ est éternel ; le temple est pour lui spirituel, la Loi spirituelle, la Pâque même spirituelle… Pour lui donc se réalise la présence de la sagesse, la présence de la vertu et de la justice, la présence de la rédemption, car le Christ est bien mort une seule fois pour les péchés du peuple, mais afin de racheter chaque jour les péchés du peuple.

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, X, 6-8 (trad. SC 52, p. 158s, rev.)

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Qui verra Dieu ?

Le Seigneur n’est vu en ce monde que lorsqu’il le veut. Quoi d’étonnant ? À la résurrection même, il n’est donné de voir Dieu qu’à ceux qui ont le cœur pur : « Bienheureux les cœurs purs, car ce sont eux qui verront Dieu » (Mt 5, 8). Que de bienheureux il avait énumérés déjà, et pourtant il ne leur avait pas promis cette possibilité de voir Dieu. Si donc ceux qui ont le cœur pur verront Dieu, assurément les autres ne le verront pas… ; celui qui n’a pas voulu voir Dieu ne peut voir Dieu.

Car ce n’est pas dans un lieu que l’on voit Dieu, mais par un cœur pur. Ce ne sont pas les yeux du corps qui cherchent Dieu ; il n’est pas embrassé par le regard, ni atteint par le toucher, ni entendu en conversation, ni reconnu à sa démarche. On le croit absent et on le voit ; il est présent et on ne le voit pas. D’ailleurs, les apôtres eux-mêmes ne voyaient pas tous le Christ ; c’est pourquoi il leur a dit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas encore ? » (Jn 14, 9) En effet, quiconque a connu « quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur — l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance » (Ep 3, 18-19), celui-là a vu aussi le Christ, il a vu aussi le Père. Car nous autres ce n’est pas selon la chair que nous connaissons le Christ (2 Co 5, 16) mais selon l’Esprit : « L’Esprit qui est devant notre face, c’est l’Oint du Seigneur, le Christ » (Lm 4, 20). Qu’il daigne, en sa miséricorde, nous combler de toute la plénitude de Dieu, afin que nous puissions le voir !

Ambroise de Milan – Commentaire sur l’évangile de Luc, I, 27 (trad. SC 45, p. 60)

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Rien n’est impossible à Dieu

Lorsque l’ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu’une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu’il a décidé.

Dès que Marie l’eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n’était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l’exemple proposé. Elle partait dans l’allégresse de son désir, pour l’accomplissement d’un service, avec l’empressement de sa joie.

Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. L’arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, au moment même où Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l’Esprit Saint.

Remarquez les nuances et l’exactitude de chaque mot. Elisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l’ordre naturel des choses, l’enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l’arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l’arrivée de la femme, l’enfant, celle de l’enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d’elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l’inspiration de leur enfant.

Ambroise de Milan – Homélie sur l’Évangile de Luc

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Sauvés en espérance

L’apôtre Paul dit que la création elle-même attend la révélation des fils de Dieu (Rm 8, 19). Cette création est maintenant livrée malgré elle au pouvoir du néant ; mais elle est dans l’espérance. Car elle espère que le Christ l’aidera par sa grâce à se libérer de l’esclavage de la dégradation inévitable, et à recevoir la liberté glorieuse des fils de Dieu. Ainsi y aura-t-il une seule liberté, pour la création et pour les fils de Dieu, lorsque la gloire de ceux-ci se révélera. Mais maintenant, tant que cette révélation se fait désirer, toute la création gémit en attendant de partager la gloire de notre adoption et de notre rédemption (Rm 8, 22)…

Il est clair que les créatures qui gémissent en attendant l’adoption des fils ont en elles les premiers dons de l’Esprit. Cette adoption des fils, c’est la rédemption du corps tout entier, lorsque celui-ci, en qualité de fils adoptif de Dieu, verra en face ce bien éternel et divin. Il y a déjà adoption filiale dans l’Église du Seigneur lorsque l’Esprit en nous s’écrie « Abba, Père » (Ga 4, 6). Mais cette adoption sera parfaite lorsque ceux qui seront admis à voir la face de Dieu ressusciteront tous dans l’immortalité, l’honneur et la gloire. Alors la condition humaine s’estimera vraiment rachetée. C’est pourquoi l’apôtre Paul ose dire : « Nous avons été sauvés en espérance » (Rm 8, 24). L’espérance sauve en effet, comme la foi, dont il est dit : « Ta foi t’a sauvé » (Mc 5, 34).

Ambroise de Milan – Lettre 35, à Orontien, 6, 13 ; PL 16, 1078 (trad. bréviaire)

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Seigneur et serviteur

Sois attentif au mystère du Christ ! Du sein de la Vierge il est né, à la fois Serviteur et Seigneur ; Serviteur pour œuvrer, Seigneur pour commander, afin d’enraciner dans le cœur des hommes un Royaume pour Dieu. Il a une double origine mais il est un seul être. Il n’est pas autre quand il vient du Père et autre quand il vient de la Vierge. C’est lui, le même, né du Père avant les siècles, qui a pris chair de la Vierge dans le cours du temps. Voilà pourquoi il est appelé et Serviteur et Seigneur : à cause de nous, Serviteur ; mais en raison de l’unité de la substance divine, Dieu de Dieu, Principe du Principe, Fils égal en tout au Père, son égal. Le Père, en effet, n’a pas engendré un Fils étranger à lui-même, ce Fils dont il a déclaré : « En lui j’ai mis tout mon amour » (Mt 3, 17)…

Le Serviteur conserve partout les titres de sa dignité. Dieu est grand, et grand est le Serviteur : en venant dans la chair, il ne perd pas cette « grandeur qui n’a pas de limite » (Ps 144, 3)… « Lui qui était dans la condition de Dieu n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il s’est dépouillé lui-même en prenant la condition de Serviteur » (Ph 2, 6-7)… Il est donc égal à Dieu, comme Fils de Dieu ; il a pris la condition de Serviteur en s’incarnant ; « il a goûté la mort » (He 2, 9), lui dont « la grandeur n’a pas de limites »…

Elle est bonne, cette condition de Serviteur, qui nous a fait tous libres ! Oui, elle est bonne ! Elle lui a valu « le nom qui est au-dessus de tout nom » ! Elle est bonne, cette humilité ! Elle a obtenu qu’« au nom de Jésus, tout être vivant tombe à genoux aux cieux, sur terre et dans l’abîme et que toute langue confesse : Jésus est le Seigneur dans la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 10-11).

Ambroise de Milan – Sermon sur le psaume 35, 4-5 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 124)

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Tenir dans l’épreuve

En quoi les jugements de Dieu sont-ils justes ? En ce sens que c’est par l’effort et les épreuves que l’on parvient à la récompense au ciel. De même que par le jugement des hommes la couronne d’un prix est attribuée aux athlètes qui combattent, de même la palme de la victoire est accordée par le jugement de Dieu aux chrétiens qui luttent (cf. 1 Co 9, 25). « Je donnerai à celui qui est vainqueur de s’asseoir à ma droite », dit le Seigneur (Ap 3, 21).

Comme l’argent est affiné par le feu, notre vie est éprouvée par le feu, afin que la force de notre vertu soit manifestée dans les combats… En effet, que faisons-nous de grand si nous louons Dieu dans le bien-être, quand rien de désagréable ne vient nous troubler ? Ce qui est admirable, c’est si tu loues le jugement de Dieu au milieu des difficultés et des vexations, si tu ne te révoltes pas dans la privation, si elle ne t’empêche pas de louer sa justice. Plus les épreuves sont grandes, plus la consolation qui t’est réservée sera riche. Cependant, pour ne pas tomber, plus tu te verras en butte à de rudes épreuves, plus tu dois prier le Verbe de Dieu de t’apporter des encouragements.

Ambroise de Milan – Sermon 10 sur le psaume 118

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Tiens bon !

Tu as reçu la charge du sacerdoce. Assis à la poupe de l’Église, tu pilotes le navire au milieu des flots. Tiens le gouvernail de la foi afin de ne point chavirer parmi les graves tempêtes de ce siècle. La mer est grande et vaste, mais ne crains pas ; car c’est le Seigneur qui a établi la terre sur les mers et l’a fondée sur les fleuves (cf. Ps 23, 2). Il est donc normal qu’au milieu d’un monde si agité, l’Église du Seigneur, bâtie sur la pierre des Apôtres, demeure stable et tienne bon sur sa base inébranlable contre les assauts furieux de la mer (cf. Mt 16, 18). Elle est entourée par les flots mais n’en est pas ébranlée ; et, bien que les éléments de ce monde retentissent d’une immense clameur, elle offre cependant à ceux qui peinent la grande sécurité d’un havre de salut.

Même lorsqu’elle est un esquif ballotté sur la mer, elle demeure l’Église dont les eaux courent dans les fleuves, ces grands fleuves dont il est dit : Les fleuves ont élevé leur voix (Ps 92, 3). Des fleuves, en effet, jaillissent du sein de l’Église abreuvée par le Christ et réceptacle de l’Esprit de Dieu (cf. Jn 7, 38). Que tes paroles soient pleines de sagesse.

Ambroise de Milan – à Constance, son frère dans l’épiscopat ; Lettre 2, 1-7 ; PL 16, 879-881 ; tr. Orval

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