Syméon le Nouveau Théologien – textes

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Syméon le Nouveau Théologien (949-1022)

Syméon le Nouveau Théologien (949-1022)

Textes

C’est à moi que vous l’avez fait

Si quelqu’un donne une obole à quatre-vingt-dix-neuf pauvres, et puis injurie, frappe ou renvoie un seul qui reste les mains vides, sur qui retombe ce traitement, sinon sur celui qui a dit, qui ne cesse de dire, et qui dira un jour : « Toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » ?… Il est en effet dans tous ces pauvres, celui qui est nourri par nous en chacun des plus petits. Pareillement, si quelqu’un donne aujourd’hui à tous tout le nécessaire et demain, alors qu’il peut encore le faire, négligera des frères et les laissera périr de faim et de soif et de froid, c’est comme s’il avait laissé mourir et méprisé celui qui a dit : « Toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait »…

Si le Christ a daigné prendre le visage de chaque pauvre, s’il s’est identifié à tous les pauvres, c’est pour que personne parmi ceux qui croient en lui ne s’élève au-dessus de son frère…, mais qu’il l’accueille comme le Christ, l’honore et utilise toutes ses ressources pour son service, comme le Christ a versé tout son sang pour notre salut… Peut-être que tout cela semblera pénible à beaucoup et il leur semblera raisonnable de se dire : « Qui peut faire tout cela, soigner et nourrir tous ceux qui en ont besoin et ne négliger personne ? » Mais qu’ils écoutent saint Paul qui déclare : « La charité du Christ nous presse, quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort » (2 Co 5, 14).

Syméon le Nouveau Théologien – Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, § 92s (trad. SC 51, p. 110 rev.)

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Fils de David, aie pitié de moi

Tu as appris, mon ami, que le Royaume des cieux est intérieur à toi (Lc 16, 21) si tu le veux et que tous les biens éternels sont dans tes mains. Empresse-toi donc de voir, de saisir et d’obtenir en toi les biens tenus en réserve… Gémis ; prosterne-toi. Comme l’aveugle autrefois, dis maintenant toi aussi : « Aie pitié de moi, Fils de Dieu, et ouvre les yeux de mon âme, afin que je voie la Lumière du monde que tu es, ô mon Dieu (Jn 8, 12), et que je devienne moi aussi enfant de cette lumière divine (Jn 12, 36). Ô clément, envoie le Consolateur sur moi aussi, afin qu’il m’enseigne lui-même (Jn 14, 26) ce qui te concerne et ce qui est à toi, ô Dieu de l’univers. Demeure en moi aussi, comme tu l’as dit, afin que je devienne à mon tour digne de demeurer en toi (Jn 15, 4). Donne-moi de savoir entrer en toi et de savoir que je te possède en moi. Ô invisible, daigne prendre forme en moi, afin qu’en voyant ta beauté inaccessible, je porte ton image, ô céleste, et que j’oublie toutes les choses visibles. Donne-moi la gloire que le Père t’a donnée (Jn 17, 22), ô miséricordieux, afin que, semblable à toi comme tous tes serviteurs, je partage ta vie divine selon la grâce et que je sois avec toi continuellement, maintenant et toujours et pour les siècles sans fin. »

Syméon le Nouveau ThéologienÉthique 5 (trad. Cerf 1979, p. 95 rev.)

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Il ressuscite en nous

Beaucoup de gens croient en la résurrection du Christ, mais peu en ont la claire vision. Et comment ceux qui ne l’ont pas vue peuvent-ils adorer le Christ Jésus comme Saint et comme Seigneur ? En effet, il est écrit : « Personne ne peut dire ‘ Jésus est le Seigneur ‘ sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3), et aussi : « Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité » (Jn 4, 24)… Comment donc l’Esprit Saint nous pousse-t-il à dire aujourd’hui [à la liturgie] : « Nous avons vu la résurrection du Christ. Adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le seul sans péché ». Comment nous invite-t-il à l’affirmer comme si nous l’avions vu ? Le Christ est ressuscité une seule fois, il y a mille ans, et même alors personne ne l’a vu ressusciter. Est-ce que la divine Écriture veut nous faire mentir ?

Jamais de la vie ! Au contraire, elle nous exhorte à attester la vérité, cette vérité qu’en chacun de nous, ses fidèles, se reproduit la résurrection du Christ, et cela non pas une fois mais quand, à chaque heure pour ainsi dire, le Maître en personne, le Christ, ressuscite en nous, tout vêtu de blanc et fulgurant des éclairs de l’incorruptibilité et de la divinité. Car le lumineux avènement de l’Esprit nous fait entrevoir, comme en son matin, la résurrection du Maître, ou plutôt nous fait la faveur de le voir lui-même, lui le ressuscité. C’est pourquoi nous chantons : « Le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu » (Ps 117, 27), et par allusion à son second avènement, nous ajoutons : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (v. 26)… C’est bien spirituellement, pour leur regard spirituel, qu’il se montre et se fait voir. Et lorsque cela se produit en nous par l’Esprit Saint, il nous ressuscite des morts, il nous vivifie et il se donne à voir lui-même, tout entier, vivant en nous, lui l’immortel et l’impérissable. Il nous fait la grâce de le connaître clairement, lui qui nous ressuscite avec lui et nous fait entrer avec lui dans sa gloire.

Syméon le Nouveau ThéologienCatéchèse 13 (trad. cf. SC 104, p. 199)

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Indicible lumière

Qui pourra, Seigneur, parler de toi ? Absolument incompréhen-sibles et insaisissables sont tes œuvres, ta gloire et ta connaissance. Pourtant, nous avons l’espérance, nous possédons la foi et nous savons l’amour que tu nous as donné, sans limite, indicible, que rien ne peut contenir ; il est lumière, lumière inaccessible, lumière qui agit en tout.

Que ne fait-elle pas, en effet, cette lumière, et que n’est-elle pas ? Elle est charme et joie, douceur et paix, miséricorde sans nombre, abîme de compassion. Invisible, on la voit ; et on la comprend sans pouvoir la contenir. Intouchable, impalpable, elle peut être saisie par mon esprit. Quand je la possède, je ne la remarque pas ; je la vois seulement lorsqu’elle s’en va ; je me précipite pour la saisir, et elle s’envole tout entière. Je ne sais que faire et je me consume. J’apprends à demander et à chercher avec larmes en grande humilité, et à ne pas considérer comme possible ce qui dépasse la nature, ni comme l’effet de ma puissance ou de l’effort humain, ce qui vient de la compassion de Dieu et de sa miséricorde infinie. (…)

La lumière invite au silence et elle enseigne l’humilité toute puissante. Quand donc je l’acquiers et deviens humble, dès ce moment, elle aussi demeure avec moi inséparablement, elle s’unit à moi et m’éclaire ; elle me regarde et je la regarde. Elle est dans mon cœur et elle se trouve au ciel ; elle me révèle les Écritures, m’apporte la connaissance et m’enseigne des mystères que je ne puis exprimer.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 18, SC 174 (in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche U33, trad. Orval, (c) 1973 Abbaye d’Orval)

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Je L’ai cherché

Race entière des hommes, rois et princes, riches et pauvres, moines et laïcs, écoutez-moi maintenant raconter la grandeur de l’amour de Dieu pour les hommes ! J’ai péché contre lui comme aucun autre homme au monde… Pourtant, je le sais, il m’a appelé et j’ai répondu aussitôt… Il m’a appelé à la pénitence, et aussitôt j’ai suivi mon Maître. Quand il s’éloignait, je le poursuivais… ; ainsi il partait, il venait, il se cachait, il apparaissait, et moi je ne retournais pas en arrière, je ne me décourageais jamais, je n’ai pas abandonné la course…

Quand je ne le voyais pas, je le cherchais. J’étais plein de larmes, j’interrogeais tout le monde, tous ceux qui, un jour l’avaient vu. Qui est-ce que j’interrogeais ? Pas les sages de ce monde ni les savants, mais les prophètes, les apôtres, les pères – les sages qui possèdent en vérité cette sagesse qu’il est lui-même, lui le Christ, sagesse de Dieu. Avec des larmes et une grande peine de cœur je leur demandais de me dire où, un jour, ils l’avaient vu… Et, voyant mon désir, voyant que je considérais tout ce qu’il y a dans le monde et le monde lui-même comme rien à mes yeux…, il s’est fait voir tout entier à moi tout entier. Lui qui est hors du monde et qui porte le monde et tous ceux qui sont dans le monde en les tenant d’une seule main, les choses visibles comme les invisibles, il est venu à ma rencontre. D’où et comment est-il venu ? Je ne sais pas… La parole est incapable d’exprimer l’inexprimable. Seuls connaissent ces réalités ceux qui les contemplent. C’est pourquoi ce n’est pas avec des mots, mais des actes qu’il faut nous hâter de rechercher, de voir et d’apprendre la richesse des mystères divins, celle que donne le Maître à ceux qui la cherchent.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 29 (trad. SC 174, p. 317)

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L’Esprit en toi

Le Créateur – prends garde à ce que je vais t’expliquer ! – enverra l’Esprit divin, je ne dis pas une autre âme telle que celle que tu avais, mais l’Esprit, je veux dire celui qui vient de Dieu, qui soufflera, qui habitera, qui fixera son séjour substantiellement en toi, qui t’illuminera, te fera briller et te recréera tout entier, qui, de corruptible, te rendra incorruptible et remettre à neuf la maison décrépite, je veux dire la maison de ton âme : et avec elle, il rendra incorruptible, ton corps tout entier, et il te fera dieu par grâce, semblable à ton Modèle.

Ô merveille ! ô mystère inconnu à tous (…), – inconnu à ceux qui ne se sont pas donné un cœur pur, inconnu à ceux qui ne demandent pas, d’un cœur fervent, à recevoir l’Esprit divin, inconnu à ceux qui ne croient pas que, maintenant encore, Dieu accorde l’Esprit divin à ceux qui le cherchent. Car l’incrédulité écarte et chasse l’Esprit divin : quiconque ne croit pas ne demande pas ; ne demandant pas, il ne reçoit pas non plus. (…) [Le Maître de tous les êtres célestes et terrestres] nous a donné l’Esprit divin, (…) et cet Esprit, étant Dieu, nous procure tous les biens.

Syméon le Nouveau ThéologienHymnes 42, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p 81-87.95 ; rev.)

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L’Esprit vous enseignera tout

Ceux qui ont l’Esprit pour maître n’ont pas besoin de la connaissance qui vient des hommes mais, éclairés par la lumière de cet Esprit, ils regardent le Fils, ils voient le Père et adorent la Trinité des Personnes, le Dieu unique, qui par nature est un de manière inexprimable…

Arrête, homme ; tremble, toi qui es de nature mortelle, et songe que tu as été tiré du néant et qu’en sortant du ventre de ta mère tu as vu le monde qui avait été fait avant toi. Et si tu pouvais connaître la hauteur du ciel ou indiquer quelle est la nature du soleil, de la lune et des étoiles, où ils demeurent fixés et comment ils se déplacent…, ou même la nature de la terre d’où tu as été tiré, ses limites et ses mesures, sa largeur et sa grandeur…, si tu avais découvert le but de chaque chose et si tu avais compté le sable de la mer et si aussi tu pouvais connaître ta propre nature…, alors tu pourrais songer à ton créateur, comment dans la Trinité l’unité demeure sans mélange et dans l’Unité, la Trinité sans division.

Recherche l’Esprit !… Peut-être que Dieu te consolera et te donnera, comme il t’a donné déjà de voir le monde et le soleil et la lumière du jour, oui, il daignera t’illuminer maintenant de la même façon…, t’illuminer de la lumière du Triple Soleil… Tu apprendras alors la grâce de l’Esprit : que, même absent, il est présent par sa puissance et que, présent, on ne le voit pas à cause de sa nature divine, et qu’il est partout et nulle part.

Si tu cherches à le voir d’une manière sensible, où le trouverais-tu ? Nulle part, diras-tu simplement. Mais si tu as la force de le regarder spirituellement, c’est plutôt lui qui éclairera ton esprit et ouvrira les yeux de ton cœur.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 21 ; SC 174 (trad. SC p. 139 rev.)

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L’Esprit, clé de la connaissance

La « clé de la connaissance » (Lc 11, 52) n’est pas autre chose que la grâce du Saint Esprit. Elle est donnée par la foi. Par l’illumination, elle produit très réellement la connaissance et même la connaissance plénière. Elle ouvre notre esprit enfermé et obscurci, souvent avec des paraboles et des symboles, mais aussi avec des affirmations plus claires… Faites donc bien attention au sens spirituel de la parole. Si la clé n’est pas bonne, la porte ne s’ouvre pas. Car, dit le Bon Pasteur, « c’est à lui que le portier ouvre » (Jn 10, 3). Mais si la porte ne s’ouvre pas, personne n’entre dans la maison du Père, car le Christ a dit : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

Or, c’est l’Esprit Saint qui, le premier, ouvre notre esprit et nous enseigne ce qui concerne le Père et le Fils. Le Christ nous dit cela aussi : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur, et il vous guidera vers la vérité tout entière » (Jn 15, 26 ; 16, 13). Vous voyez comment, par l’Esprit ou plutôt dans l’Esprit, le Père et le Fils se font connaître, inséparablement…

Si on appelle le Saint Esprit une clé, c’est parce que, par lui et en lui d’abord, nous avons l’esprit éclairé. Une fois purifiés, nous sommes illuminés par la lumière de la connaissance. Nous sommes baptisés d’en haut, nous recevons une nouvelle naissance et devenons enfants de Dieu, comme dit saint Paul : « L’Esprit Saint intervient pour nous par des cris inexprimables » (Rm 8, 26). Et encore : « Dieu a donné son Esprit en nos cœurs qui crie : ‘ Abba, Père ‘ » (Ga 4, 6). C’est donc lui qui nous montre la porte, porte qui est lumière, et la porte nous apprend que celui qui habite dans la maison est lui aussi lumière inaccessible.

Syméon le Nouveau ThéologienCatéchèses, 33 ; SC 113 (trad. SC p. 255s rev. Delhougne, p. 225)

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La chair du Christ, pain de vie

De même que jadis la mer fendue par la baguette de Moïse et la manne descendue du ciel étaient seulement la figure et les symboles de la vérité, et rien d’autre, la mer, du baptême et la manne, du Sauveur, de même les choses dont nous parlons sont les symboles et la figure de ces réalités douées d’une transcendance et d’une gloire incomparables, dans la mesure où l’incréé transcende par nature ce qui est créé. Cette manne, en effet, qui est appelée « pain et nourriture des anges », qu’en ce temps-là les hommes mangèrent dans le désert, a cessé, a disparu et tous sont morts, oui, tous ceux qui en avaient mangé : car elle ne participait pas de la vraie vie tandis que la chair de mon Maître, étant divinisée et emplie de la vie, fais participer à la vie tous ceux qui la mangent, et les rend immortels. (…)

Il a commencé par me dépouiller de la corruption et de la mort, par me rendre entièrement libre sensiblement et consciemment, et – mystère plus redoutable que tous les autres – il a fait de moi un nouveau ciel et a fixé sa demeure en moi, lui le Créateur de tout, faveur dont nul parmi les saints des anciens temps ne fut jugé digne. Jadis, en effet, il parlait par l’intermédiaire de l’Esprit divin et par l’opération de Celui-ci réalisait ses merveilles, mais jamais, au grand jamais, Dieu ne s’est substantiellement uni à personne avant que ne fut devenu homme le Christ mon Dieu : c’est Lui qui, ayant pris un corps, a donné son Esprit divin et, par lui, s’unit substantiellement à tous les croyants, et il se fait entre eux une union inséparable.

Syméon le Nouveau ThéologienHymnes 51, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p. 193-197 ; rev.)

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La lumière brille déjà

Vois, ô Christ, mon angoisse, vois mon manque de courage,

vois mon manque de force, vois aussi ma pauvreté,

vois ma faiblesse, et de moi, ô Verbe, aie pitié !

Brille sur moi maintenant comme jadis, et éclaire mon âme,

illumine mes yeux pour te voir, lumière du monde (Jn 8, 12),

toi la joie, le bonheur, la vie éternelle, les délices des anges,

toi, le Royaume des cieux et le Paradis, la couronne des justes,

leur Juge et leur Roi. Pourquoi caches-tu ton visage ?

Pourquoi t’éloignes-tu de moi, toi mon Dieu,

qui ne veux jamais t’éloigner de ceux qui t’aiment ?

Pourquoi me fuir, pourquoi me brûler, me blesser et m’écraser ?

Tu sais que je t’aime et que de toute mon âme je te cherche.

Révèle-toi, selon ta parole…

Ouvre-moi à deux battants la salle des noces, mon Dieu ;

oui, ne me ferme pas la porte de ta lumière, ô mon Christ !

– T’imagines-tu, fils des hommes, me forcer, avec tes paroles ?

Qu’est-ce que tu racontes, insensé : que je cache mon visage ?

Est-ce que tu me soupçonnes tant soit peu

de fermer portes et vantaux ?

Est-ce que tu te figures que je m’éloigne jamais de toi ?

Qu’as-tu as dit : moi, vraiment, t’enflammer, te brûler et t’écraser ?

Tes paroles, certes, ne sont pas justes,

et cette idée non plus n’est pas juste.

Écoute plutôt les paroles que moi je vais te dire :

j’étais lumière, avant même d’avoir créé

toutes les choses que tu vois.

Partout je suis, partout j’étais, et, ayant créé toute la création,

je suis partout et en tout…

Considère mes bienfaits, regarde mes desseins,

apprends quels sont mes dons !

Je me suis manifesté au monde et j’ai manifesté mon Père,

j’ai répandu en abondance mon Esprit très saint,

réellement, sur toute chair.

J’ai révélé mon nom à tous les hommes,

et par mes œuvres que je suis créateur et l’auteur du monde.

Je l’ai montré et maintenant je montre tout ce qu’il fallait faire. »

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 53 (trad. SC 196, p. 213s)

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La Lumière insaisissable

Nous savons l’amour que tu nous as donné, sans limite, indicible, que rien ne peut contenir ; il est lumière, lumière inaccessible, lumière qui agit en tout… Que ne fait-elle pas, en effet, cette lumière, et que n’est-elle pas ? Elle est charme et joie, douceur et paix, miséricorde sans compter, abîme de compassion. Quand je la possède, je ne la remarque pas ; je la vois seulement lorsqu’elle s’en va. Je me précipite pour la saisir, et elle s’envole tout entière. Je ne sais que faire et je me consume. J’apprends à demander et à chercher avec larmes en grande humilité, et à ne pas considérer comme possible ce qui dépasse la nature, ni comme l’effet de ma puissance ou de l’effort humain, ce qui vient de la compassion de Dieu et de sa miséricorde infinie…

Cette lumière nous conduit par la main, nous fortifie, nous enseigne, se montrant, mais fuyant lorsque nous avons besoin d’elle. Ce n’est pas quand nous le voulons – ceci appartient aux parfaits – mais c’est lorsque nous sommes embarrassés et complètement épuisés qu’elle vient à notre secours. Elle apparaît de loin et me donne de la ressentir dans mon cœur. Je crie à m’en étrangler tant je veux la saisir, mais tout est nuit, et vides sont mes pauvres mains. J’oublie tout, je m’assieds et je pleure, désespérant de la voir ainsi une autre fois. Quand j’ai bien pleuré et consenti à m’arrêter, alors, venue mystérieusement, elle me prend la tête, et je fonds en larmes sans savoir qui est là illuminant mon esprit d’une très douce lumière.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 18 (trad. SC 174 pp. 74-82)

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L’aveuglement d’Adam

Quand j’ai créé Adam, je lui ai donné de me voir

et par là d’être établi dans la dignité des anges…

Il voyait tout ce que j’avais créé avec ses yeux corporels

mais avec ceux de l’intelligence,

il voyait mon visage à moi, son Créateur.

Il contemplait ma gloire

et s’entretenait avec moi à toute heure.

Mais quand, transgressant mon commandement,

il a goûté à l’arbre,

il est devenu aveugle

et est tombé dans l’obscurité de la mort…

Mais je l’ai pris en pitié et suis venu d’en haut.

Moi, l’absolument invisible,

j’ai partagé l’opacité de la chair.

Recevant de la chair un commencement, devenu homme,

j’ai été vu de tous.

Pourquoi donc ai-je bien pu accepter de faire cela ?

Parce que c’est là la vraie raison

pour laquelle j’avais créé Adam : pour me voir.

Lorsqu’il a été aveuglé

et, à sa suite, tous ses descendants à la fois,

je ne supportais pas d’être, moi,

dans la gloire divine et d’abandonner…

ceux que j’avais créés de mes mains.

Mais je suis devenu semblable en tout aux hommes,

corporel avec les corporels,

et je me suis uni à eux volontairement.

Tu vois quel et mon désir d’être vu par les hommes…

Comment donc peux-tu dire que je me cache de toi,

que je ne me laisse pas voir ?

En vérité je brille, mais toi, tu ne me regardes pas.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 53 (trad. SC 196, p. 221s rev.) $

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Le Père et moi, nous sommes un

Sorti du Père, le Verbe est descendu

et il a habité tout entier dans les entrailles de la Vierge.

Tout entier il était dans le Père,

et tout entier il était dans ce sein virginal,

et tout entier dans le tout, lui que rien ne peut contenir…

Demeurant inchangé, il a pris la forme d’esclave (Ph 2, 7)

et après avoir été mis au monde, il est devenu un homme en tout…

Comment affirmer ce qui est impossible à expliquer

à tous les anges, aux archanges et à tout être créé ?

On le pense d’une manière véritable,

mais on ne peut pas du tout l’exprimer,

et notre esprit ne peut pas le comprendre vraiment parfaitement.

Comment donc Dieu et homme, et homme-Dieu

est-il aussi le Fils du Père, tout entier,

d’une manière qui ne l’en sépare pas ;

comment est-il devenu fils de la Vierge et est-il sorti dans le monde

et comment est-il resté impossible à contenir pour tous ?…

Tu resteras silencieux maintenant

car même si tu voulais parler, ton esprit ne trouvera pas de parole,

et ta langue bavarde demeure réduite au silence…

Gloire à toi, Père et Fils et Esprit Saint,

divinité que l’on ne peut pas saisir, indivisible dans sa nature.

Nous t’adorons dans l’Esprit Saint,

nous qui possédons ton Esprit, car nous l’avons reçu de toi.

Et, voyant ta gloire, nous ne recherchons pas indiscrètement,

mais c’est en lui, ton Esprit, que nous te voyons,

Père inengendré, et ton Verbe engendré qui sort de toi.

Et nous adorons la Trinité indivisible et sans mélange

dans son unique divinité et souveraineté et puissance.

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 21, 468s ; SC 174 (trad. SC rev.)

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Le Saint-Esprit, clef du Royaume

Le Christ dit aux docteurs de la Loi : « Malheureux êtes-vous parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ». Qu’est-ce que la clef de la connaissance sinon la grâce du Saint Esprit donnée par la foi, qui par l’illumination produit la pleine connaissance, et qui ouvre notre esprit fermé et voilé ?… Et je dirai encore : la porte, c’est le Fils : « Je suis la porte, » dit-il. La clef de la porte, l’Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint, dit-il ; ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur sont remis, ceux à qui vous les retenez, ils sont retenus ». La maison, c’est le Père : « Car dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ». Fais donc soigneusement attention au sens spirituel de ces paroles… Si la porte ne s’ouvre pas, personne n’entre dans la maison du Père, comme dit le Christ : « Personne ne vient au Père, sinon par moi ».

Or, que l’Esprit Saint le premier ouvre notre esprit et nous enseigne ce qui concerne le Père et le Fils, c’est encore lui qui l’a dit : « Quand viendra l’Esprit de vérité qui procède du Père, il témoignera à mon sujet, et il vous guidera dans la vérité tout entière ». Tu vois comment, par l’Esprit ou plutôt dans l’Esprit, le Père et le Fils se donnent à connaître inséparablement…

En effet, si on appelle clef le Saint Esprit, c’est que par lui et en lui d’abord nous avons l’esprit éclairé et, purifiés, nous sommes illuminés de la lumière de la connaissance et baptisés d’en-haut, régénérés et rendus enfants de Dieu, comme dit Paul : « L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables », et encore : « Dieu a donné son Esprit en nos cœurs, qui crie : ‘ Abba, Père ‘ ». C’est donc lui qui nous montre la porte, porte qui est lumière, et la porte nous apprend que celui qui habite dans la maison est lui aussi lumière inaccessible.

Syméon le Nouveau ThéologienCatéchèse 33 (trad. SC 113, p. 257)

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Lumière !

Dieu est lumière, une lumière infinie et incompréhensible. Le Père est lumière, le Fils est lumière, l’Esprit est lumière ; les trois sont lumière unique, simple, sans composition, hors du temps, dans une éternelle identité de dignité et de gloire. Ensuite, tout ce qui vient de Dieu est lumière et nous est réparti comme venant de la lumière : lumière la vie, lumière l’immortalité, lumière la source de vie, lumière l’eau vive, la charité, la paix, la vérité, la porte du Royaume des cieux. Lumière le Royaume des cieux lui-même ; lumière la chambre nuptiale, le lit nuptial, le paradis, les délices du paradis, la terre des doux, les couronnes de vie, lumière les vêtements eux-mêmes des saints. Lumière le Christ Jésus, le sauveur et le roi de l’univers, lumière le pain de sa chair immaculée, lumière le calice de son sang précieux, lumière sa résurrection, lumière son visage ; lumière sa main, son doigt, sa bouche, lumière ses yeux ; lumière le Seigneur, sa voix, comme lumière de lumière. Lumière le Consolateur, la perle, le grain de sénevé, la vigne véritable, le levain, l’espérance, la foi : lumière !

Syméon le Nouveau ThéologienDiscours théologique 3 (trad. Prière mystique, Cerf 1979, p. 38)

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Prière au Miséricordieux

Ô mon Dieu qui aimes à pardonner, mon Créateur,

fais grandir sur moi l’éclat de ton inaccessible lumière

pour emplir de joie mon cœur.

Ah ! ne t’irrite pas ! ah ! ne m’abandonne pas !

Mais fais resplendir mon âme de ta lumière,

car ta lumière, ô mon Dieu, c’est toi…

Je me suis écarté de la route droite, de la route divine,

je suis tombé lamentablement de la gloire qui m’avait été donnée.

J’ai été dépouillé de la robe lumineuse, la robe divine,

et, tombé dans les ténèbres, je gis maintenant dans les ténèbres,

et je ne sais pas que je suis privé de lumière…

Car si tu as brillé d’en haut, si tu es apparu dans l’obscurité,

si tu es venu dans le monde, ô Miséricordieux,

si tu as voulu vivre avec les hommes,

selon notre condition, par amour pour l’homme,

si tu t’es dit la Lumière du monde et que nous ne te voyons pas,

n’est-ce pas que nous sommes totalement aveugles

et plus malheureux que des aveugles, ô mon Christ ?…

Mais toi, qui es tous les biens, tu les donnes sans cesse

à tes serviteurs, à ceux qui voient ta lumière…

Qui te possède, réellement possède en toi toute chose.

Que je ne sois pas privé de toi, Maître !

Que je ne sois pas privé de toi, Créateur !

Que je ne sois pas privé de toi, Miséricordieux, moi l’humble étranger…

Je t’en prie, place-moi avec toi,

même si j’ai multiplié les péchés plus que tous les hommes.

Reçois ma prière comme celle du publicain (Lc 18, 13),

comme celle de la prostituée (Lc 7, 38), Maître,

même si je ne pleure pas comme elle…

N’es-tu pas source de pitié, fontaine de miséricorde

et fleuve de bonté : à ce titre, aie pitié de moi !

Oui, toi qui as eu les mains, toi qui as eu les pieds cloués sur la croix,

et ton côté percé par la lance, Très Compatissant,

aie pitié de moi et arrache-moi au feu éternel…

Qu’en ce jour je me tienne sans condamnation devant toi

pour être accueilli au dans ta salle des noces

où je partagerai ton bonheur, mon bon Maître,

dans la joie inexprimable, pour tous les siècles. Amen

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 45 (trad. SC 196, p. 103s)

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Rempli de lumière

Quand, Paul te dit : « Dieu, qui jadis a dit à la lumière de briller du sein des ténèbres, lui qui a brillé en moi… » (cf. 2 Co 4, 6), quel autre Dieu, dis-moi, t’invite-t-il à concevoir sinon celui-là même qui habite la lumière insoutenable et que jamais encore, nul absolument des hommes n’a vu. Car c’est lui qui, suressentiel et incréé auparavant, a pris chair et s’est montré à moi comme créature en me divinisant totalement, moi qu’il a assumé de façon merveilleuse. (…)

Donc ceux qui ont reçu Dieu grâce aux œuvres de la foi et ont mérité le nom de dieux, engendrés par l’Esprit, oui, lui-même, ils le voient, lui leur Père qui ne cesse d’habiter la lumière inaccessible ; ils l’ont en eux-mêmes, habitant à demeure, et eux-mêmes habitent en lui, l’absolument inaccessible.

Voilà la foi véritable, voilà l’œuvre de Dieu, voilà le sceau des chrétiens, voilà la communion avec Dieu, voilà la participation, voilà les arrhes divines, voilà en quoi consiste la vie, voilà le Royaume, voilà le vêtement, la robe du Seigneur que les baptisés revêtent par la foi, et non pas à leur insu, je te le dis, ni inconsciemment, mais grâce à la foi, sciemment et consciemment. (…)

Une fois tout entier devenu tel que je viens de le dire, alors viens et tiens-toi avec nous, ô mon frère, sur la montagne de la connaissance divine, de la contemplation divine, et ensemble nous entendrons la voix du Père !

Syméon le Nouveau ThéologienHymnes 52, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd. du Cerf, 2003 ; p. 203-205 ; rev.)

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Sois purifié

Avant que brille la lumière divine,

je ne me connaissais pas moi-même.

Me voyant alors dans les ténèbres et en prison,

enfermé dans un bourbier,

couvert de saleté, blessé, ma chair enflée…,

je suis tombé aux pieds de celui qui m’avait illuminé.

Et celui qui m’avait illuminé touche de ses mains

mes liens et mes blessures ;

là où touche sa main et où son doigt s’approche,

aussitôt tombent mes liens,

les blessures disparaissent, et toute saleté.

La souillure de ma chair disparaît…

si bien qu’il la rend semblable à sa main divine.

Merveille étrange : ma chair, mon âme et mon corps

participent à la gloire divine.

Dès que j’ai été purifié et débarrassé de mes liens,

le voici qui me tend une main divine,

il me retire du bourbier entièrement,

il m’embrasse, il se jette à mon cou,

il me couvre de baisers (Lc 15, 20).

Et moi qui étais totalement épuisé

et qui avais perdu mes forces,

il me prend sur ses épaules (Lc 15, 5),

et il m’emmène hors de mon enfer…

C’est la lumière qui m’emporte et me soutient ;

elle m’entraîne vers une grande lumière…

Il me donne à contempler par quel étrange remodelage

lui-même m’a repétri (Gn 2, 7) et m’a arraché à la corruption.

Il m’a fait don d’une vie immortelle

et m’a revêtu d’une robe immatérielle et lumineuse

et m’a donné des sandales, un anneau et une couronne

incorruptibles et éternels (Lc 15, 22).

Syméon le Nouveau ThéologienHymne 30 (trad. SC 174, p. 357)

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Supportons l’épreuve

Ton Maître ne se fâche pas sous la raillerie ; et toi, tu t’énerves ? Lui supporte crachats, gifles, coups de fouet ; et toi tu ne peux pas accepter une parole dure ? Lui accueille la croix, une mort déshonorante, la torture des clous ; et toi tu n’acceptes pas de remplir les services les moins honorables ? Et comment deviendras-tu participant de sa gloire (1P 5, 1) si tu n’acceptes pas de devenir participant de sa mort déshonorante ? Vraiment, c’est en vain que tu as abandonné les richesses, si tu ne veux pas prendre la croix, comme il l’a lui-même ordonné avec sa parole de vérité. « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres », prescrit le Christ au jeune homme ainsi qu’à nous-mêmes ; « Prends ta croix », « viens et suis-moi » (Mt 19, 21.16, 24). Toi, tu as bien partagé tes richesses, mais sans accepter de prendre la croix c’est-à-dire de supporter vaillamment l’assaut de toutes les épreuves ; tu t’es égaré sur le chemin de la vie et t’es séparé, pour ton malheur, de ton très doux Dieu et Maître.

Je vous en prie, mes frères, observons tous les commandements du Christ, supportons jusqu’à la mort, pour l’amour du Royaume des cieux, les épreuves qui nous assaillent afin de communier à la gloire de Jésus, d’avoir part à la vie éternelle et d’hériter de la jouissance de biens indicibles, dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Syméon le Nouveau ThéologienCatéchèse 27 (trad. Orval, ; cf. SC 113, p. 127)

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Un homme périssable

Beaucoup ne cessent de dire : « Si nous avions vécu au temps des apôtres, et si nous avions été jugés dignes de voir le Christ comme eux, nous serions aussi devenus des saints comme eux ». Ils ignorent qu’il est le même, lui qui parle, maintenant comme alors, dans tout l’univers… La situation actuelle n’est sûrement pas la même que celle d’alors, mais c’est la situation d’aujourd’hui, de maintenant, qui est beaucoup plus heureuse. Elle nous conduit plus facilement à une foi et une conviction plus profondes que le fait de l’avoir vu et entendu alors physiquement.

Alors, en effet, c’était un homme qui apparaissait à ceux qui étaient sans intelligence, un homme de condition humble ; mais maintenant c’est un Dieu qui nous est prêché, un Dieu véritable. Alors, il fréquentait physiquement les publicains et les pécheurs et mangeait avec eux ; mais maintenant il est assis à la droite de Dieu le Père, n’ayant jamais été séparé de lui en aucune manière… Alors, même les gens de rien le méprisaient en disant : « N’est-il pas le fils de Marie et de Joseph le charpentier ? » Mais maintenant les rois et les princes l’adorent comme le Fils du vrai Dieu, et vrai Dieu lui-même… Alors, il était tenu pour un homme périssable et mortel parmi tous les autres. Lui qui est Dieu sans forme et invisible a reçu, sans altération ni changement, une forme dans un corps humain ; il s’est montré totalement homme, sans offrir au regard rien de plus que les autres hommes. Il a mangé, bu, dormi, transpiré et s’est fatigué ; il a fait tout ce que font les hommes, excepté le péché.

C’était une grande chose de reconnaître et de croire qu’un homme pareil était Dieu, celui qui a fait le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent… Ainsi, celui qui actuellement écoute chaque jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses commandements, n’aurait pas plus accepté alors de croire en lui.

Syméon le Nouveau ThéologienCatéchèses, n° 29 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 264 rev. ; cf. SC 113, p. 165s)

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Unis en Christ

Le corps de l’Église du Christ, résultat harmonieux de la réunion de ses saints depuis l’origine des temps, atteint sa constitution équilibrée et intégrale dans l’union des fils de Dieu, des premiers-nés inscrits dans les cieux (cf. Lc 10, 20)… Notre Sauveur, Dieu lui-même, révèle le caractère indissoluble et indivisible de l’union avec lui en disant à ses apôtres : « Moi dans le Père et le Père en moi ; et vous en moi et moi en vous » (Jn 10, 38 ; 14, 20). Et il rend cela encore plus clair en ajoutant : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un ». Et de nouveau : « Afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que je sois moi aussi en eux »…

Quelle merveille, cette condescendance inexprimable de l’amour que Dieu nous porte, lui l’ami des hommes ! (Sg 1, 6) Ce qu’il est par nature à l’égard de son Père, il nous accorde de l’être à son égard par l’adoption et par la grâce… La gloire donnée au Fils par le Père, le Fils nous la donne à son tour par grâce divine. Encore mieux : de même qu’il est dans le Père et le Père en lui, de même le Fils de Dieu sera en nous et nous dans le Fils, si nous le voulons, par la grâce. Une fois devenu semblable à nous par la chair, il nous a rendus participants de sa divinité et il nous incorpore tous à lui. D’ailleurs la divinité à laquelle nous participons par cette communion n’est pas divisible en parties séparées ; il s’ensuit nécessairement que nous aussi, une fois que nous avons participé à elle en vérité, nous sommes inséparables de l’Esprit unique, formant un seul corps avec le Christ.

Syméon le Nouveau ThéologienÉthique 1, 6-8 (trad. Prière mystique, Cerf 1979, p. 75 rev.)

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