Lanza del Vasto, un génie pour notre temps

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Daniel Vigne (éd.) - Lanza del Vasto, un génie pour notre temps

Daniel Vigne (éd.) - Lanza del Vasto, un génie pour notre temps

2006 Livres

Daniel Vigne (éd.), Lanza del Vasto, un génie pour notre temps, Actes du Colloque du 20 mai 2006 organisé par la Faculté de Théologie et l’Institut de Science et Théologie des Religions de l’Institut Catholique de Toulouse, Faculté de Théologie de Toulouse, Collection de Théologie spirituelle n° 3, décembre 2006, ISSN 1950-0017. [pdf complet]

Lanza del Vasto, un génie pour notre temps

Né en Italie d’une famille aristocratique, docteur en philosophie de l’Université de Pise, Lanza del Vasto (1901-1981) fait en 1937 le grand voyage en Inde qu’il raconte dans le Pèlerinage aux sources. La rencontre de Gandhi le bouleverse ; il décide de vouer sa vie à la non-violence. Il fonde en France la communauté de l’Arche, sillonne le monde, s’engage dans des combats qui le rendent célèbre, contre la torture pendant la Guerre d’Algérie, contre la course à l’arme nucléaire…

Mais cet infatigable pèlerin n’est pas seulement le Serviteur de paix dont l’histoire garde la haute image patriarcale. Il est aussi un écrivain de génie, un penseur puissant et un poète plein de talent. Derrière l’homme d’action se tient le philosophe spéculatif, auteur d’une métaphysique de la Relation ; le chrétien ouvert, précurseur du dialogue interreligieux ; le pionnier visionnaire d’un dépassement de la modernité par retour aux valeurs essentielles.

Avant-propos de Daniel Vigne

Vingt-cinq ans après sa mort, la pensée de Lanza del Vasto s’avère étonnamment prophétique et profondément actuelle. Sa haute figure continue de nous interpeller.

Nous, lecteurs du Pèlerinage aux sources, des Principes et préceptes du retour à l’évidence, des Approches de la vie intérieure, du Chiffre des choses, autant de livres qui nous ont éveillés et mis en route. Dans une langue limpide et amicale, l’auteur ne nous révélait-il pas que nos vies avaient du sens, de l’importance, et peut-être une portée infinie ?

Nous, auditeurs des causeries qu’il donna aux quatre coins de la France et du monde, faisant partout entendre une parole de sagesse et de paix, mais aussi un cri d’alarme. Avec plusieurs dizaines d’années d’avance, n’avait-il pas pointé les dangers qui sont aujourd’hui sous nos yeux : désordre économique, désastre écologique, emballement technologique, escalade nucléaire ?

Nous, hommes de bonne volonté qui, comme lui, voyons en Gandhi le témoin d’un immense et très précieux message. La non-violence, qui est tout le contraire de la passivité, n’est-elle pas la seule vraie réponse aux mécanismes de haine, aux fanatismes guerriers et aux injustices dont ils se nourrissent ? C’est l’honneur de Lanza del Vasto d’avoir compris, dès avant la seconde Guerre mondiale, que c’était dans cette direction qu’il fallait aller.

On garde de lui l’image du « Serviteur de paix » engagé dans le combat pour un réveil des consciences et un changement de nos modes de vie. Car il ne s’agissait pas, répétait-il, d’attendre ce changement pour après-demain et pour tout le monde, mais de le mettre en œuvre dès aujourd’hui, à notre mesure et à quelques-uns. D’où la naissance, à partir de 1948, des communautés de l’Arche, ces « laboratoires d’avenir » où la non-violence est un effort quotidien.

Combien de milliers sommes-nous à avoir été accueillis, pour quelques jours ou quelques mois, dans une de ces communautés de travail et de prière ? À la Borie-Noble, leur maison-mère, Shantidas, déjà âgé, donnait des enseignements dont chacun pressentait la profondeur spirituelle et la portée prophétique. Avec des mots de tous les jours, il savait dire les vérités de toujours. Heureux ceux en qui elles sont désormais gravées.

Mais derrière l’image patriarcale (et parfois caricaturée : dire que certains ont pris Lanza del Vasto pour un hippie !) des années 1970, se tient la longue vie d’un homme passionné de philosophie, d’un poète talentueux, d’un pèlerin aventureux, d’un chercheur de Dieu, en quête de voies nouvelles pour notre monde. Les quarante livres dont il est l’auteur témoignent de l’ampleur de sa réflexion, qui touche à tant de domaines : social et politique (Les quatre Fléaux), métaphysique (La Trinité spirituelle), anthropologique (L’Homme libre et les ânes sauvages)…

D’où le projet de ce Colloque. Son titre en reflète le double enjeu : souligner l’ampleur du génie de Lanza del Vasto, en évoquant les principaux aspects de sa pensée, et en montrer la pertinence pour notre temps. Plus que de faire mémoire des talents du grand homme, il s’agissait de prendre conscience des trésors qu’il nous confie, comme un héritage à faire fructifier.

C’était la première fois, en France, qu’une telle rencontre se tenait dans un lieu universitaire. L’Institut Catholique de Toulouse, à travers la Faculté de Théologie et l’Institut de Science et Théologie des Religions, a donc été partie prenante d’un événement qui, à certains égards, répare une injustice. Car si Lanza del Vasto mérite d’être reconnu comme une grande figure du XXe siècle, ce n’est pas seulement en tant qu’homme d’action et d’engagement, mais aussi en tant qu’intellectuel de haut niveau. En 2005 et 2006, deux thèses de doctorat, en Philosophie et en Lettres modernes, ont été soutenues sur son œuvre. D’autres viendront…

Le Comité chargé de la préparation du projet a rapidement vu l’intérêt qu’il suscitait. Les inscriptions se multipliant, de nombreux amis nous apportèrent leur appui : membres de l’Arche d’hier et d’aujourd’hui, communautés religieuses, mouvements non-violents, Mairie de Toulouse, et même un cabinet ministériel qui, par discrétion, nous prie de ne pas le nommer, mais à qui nous sommes extrêmement reconnaissants de son soutien.

Que tous soient ici vivement remerciés, spécialement, parmi les acteurs de cette belle journée : mon épouse Monique, dont la collaboration fut plus que précieuse ; Marie-Claude Lutrand, auteur d’une thèse en Sociologie sur la Communauté de l’Arche, et le P. Gérard Reynal, ancien directeur de l’Institut de Science et Théologie des religions, également membres du Comité ; Madame Françoise de Veyrinas, Première Adjointe au Maire de Toulouse, qui inaugura en son nom le Colloque ; le P. Philippe Molac, Doyen de la Faculté de Théologie, qui présida la séance de l’après-midi ; Michèle Le Bœuf, responsable du mouvement international de l’Arche, qui nous confia la magnifique exposition de photos et les précieux manuscrits du grand homme, et participa à la table ronde finale ; Marie-Andrée Brémond, responsable de la librairie ; enfin, et de façon toute particulière, Louis Campana pour les émouvants extraits des films qu’il a réalisés sur Lanza del Vasto. La voix et l’image du grand homme, ainsi que de sa compagne Chanterelle, ne les ont-ils pas rendus présents parmi nous ?

Dans les semaines qui ont suivi le Colloque, de nombreux participants nous ont partagé leur joie d’y avoir été présents. Il faudrait citer tous ces textes, heureux échos d’une rencontre que nous gardons en nos cœurs, ou pistes de réflexion pour en approfondir le contenu. Certains rapprochaient Lanza del Vasto de Léopold Sedar Senghor, d’Antoine de Saint-Exupéry, de Marthe Robin, de Pierre Rabhi ; d’autres rappelaient l’importance de ses jeûnes, de l’intériorisation, de l’ascèse comme « hymne à la joie » ; d’autres évoquaient les liens possibles entre l’Arche et les Guaranis d’Amérique du sud, les Quakers de Pennsylvanie, les Communautés nouvelles en France ; beaucoup, enfin, soulignaient la proximité du message de Lanza del Vasto avec les mouvements écologiques, les recherches de vie alternative, les initiatives de paix et de réconciliation qui se multiplient aujourd’hui sur toute la planète.

Certains, absents de corps, nous assurèrent de leur amitié, tels Manfredi Lanza, le neveu du grand homme, et Thérèse Parodi, épouse de son successeur ; Frédéric Vermorel, ermite en Calabre et traducteur de Lanza del Vasto, porta la rencontre dans la prière ; Roger Moreau, Compagnon de l’Arche, écrivit d’Argentine : « Pour nous, ici dans les Andes, le message de Shantidas continue d’être une clé de lecture des problématiques dont nous sommes témoins participatifs. Clé de lecture de l’histoire et interpellation du présent ». Belle façon d’illustrer le titre du Colloque ! Mais laissons, pour finir, la parole à deux participants : « Plus qu’un colloque, c’était de l’ordre d’une expérience », nous dit l’une ; et l’autre : « Merci pour tout. À répandre partout, à multiplier, pour convaincre et pour résister ».

Ami lecteur, soyons franc : les pages qui suivent ne sauraient prétendre à la qualité des livres de Lanza del Vasto lui-même. Nous n’en sommes que d’humbles commentateurs. Mais le but de ces textes serait atteint s’ils donnaient à beaucoup l’envie de lire ou de relire cette œuvre puissamment originale. À chacun, dès lors, d’y découvrir l’interpellation qui le concerne et d’avoir le courage d’y répondre. Car Lanza del Vasto, plus qu’un simple écrivain, fut un porte-Parole. « Éveilleur et combattant », a-t-on dit. Saurons-nous l’entendre et marcher sur ses traces ?

Table des matières

Avant-propos

Frédéric Rognon – La non-violence selon Lanza del Vasto, relecture féconde du message de Gandhi

Benoît Huyghe – Lanza del Vasto, penseur politique : réactionnaire ou révolutionnaire ?

Arnaud de Mareuil – Lanza del Vasto et les écrivains de son temps

Yaël Comet – La Bible en vitrail. Lanza del Vasto, poète de la transparence

Bernard Ugeux – Les sept hommes et les trois morales, voie de sagesse pour aujourd’hui

Claude Voron – Le Grand Retour, un chemin d’espérance

Gérard Reynal – Lanza del Vasto précurseur du dialogue interreligieux

Daniel Vigne – La métaphysique de Lanza del Vasto, une surprise posthume

Repères biographiques

Bibliographie

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