Daniel Vigne, « Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie », dans Vives Flammes. Revue Carmélitaine de spiritualité, (I) n° 278 (mars 2010), p. 56-64 ; (II) n° 279 (juin 2010), p. 53-60 ; (III) n° 280 (septembre 2010), p. 54-61 ; (IV) n° 281 (décembre 2010), p. 49-57. [pdf]
Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (I)
Un intellectuel touché par la grâce
On ignore presque tout de la vie de Clément d’Alexandrie avant son arrivée dans cette ville, vers l’an 185. D’où venait-il ? Probablement d’Athènes, où on pense qu’il est né une trentaine d’années plus tôt. Que venait-il faire en Égypte ? Sans doute rencontrer des intellectuels comme lui, passionnés de philosophie et de littérature. Car Alexandrie, ville cosmopolite, était un foyer d’idées et de culture, et Clément est un chercheur de vérité. Mais dans cette grande ville, il va trouver mieux que des théories humaines : il fait la connaissance d’un certain Pantène, d’origine sicilienne, qui lui fait découvrir l’Évangile du Christ.
C’est avec enthousiasme que Clément s’engage dans la voie du salut. Converti, baptisé, il étudie en profondeur les Écritures et acquiert une maturité spirituelle qu’il conjugue avec son érudition personnelle. Car il a tout lu, s’intéresse à tout : il connaît parfaitement la culture païenne, mais désormais toutes ses connaissances prennent sens à la lumière de sa foi. Il est devenu lui-même un « passeur », un témoin du Ressuscité.
L’évêque Démétrius, ayant remarqué ce grand esprit, fait appel à lui pour les besoins d’une école dont les origines, ici encore, sont difficiles à retracer : le fameux Didascalée d’Alexandrie, ancêtre des centres de formation chrétienne et des facultés de théologie. Existait-il avant Clément, ou est-ce grâce à lui qu’il a pris naissance, ou du moins grandi en importance ? Toujours est-il qu’en tant que « didascale » de cette Église, et peut-être prêtre à la fin de sa vie, Clément a beaucoup contribué à faire entendre la Bonne nouvelle à ceux qui ont frappé à cette porte. Des Grecs cultivés, érudits comme lui, mais aussi des païens en quête de spiritualité venaient écouter ses enseignements et, grâce à lui, entrer dans la Vie.
Un écrivain très instructif
L’œuvre de Clément d’Alexandrie tient essentiellement en une trilogie, ensemble de trois ouvrages dont le premier s’intitule Le Protreptique. C’est un magnifique appel à la conversion, au « retournement » vers le Christ sauveur. Ayant récemment écrit un article sur ce livre, je me permets d’y renvoyer le lecteur[1].
Le deuxième ouvrage, que nous allons prendre le temps de découvrir, s’appelle Le Pédagogue[2]. Il prend clairement la suite du précédent, car le converti doit encore apprendre à vivre en chrétien, à conformer ses actes à la foi qu’il a reçue. Le Pédagogue, c’est bien sûr le Christ, qui « conduit les enfants » que nous sommes, les instruit, les éduque, les façonne.
Le troisième ouvrage, beaucoup plus volumineux que les deux autres, a pour titre Les Stromates (le mot veut dire « tapisserie »). Les divers livres qui le composent sont une suite d’essais, de réflexions, de méditations, destinés aux chrétiens plus avancés. Clément y confronte la foi chrétienne et la culture païenne, la Révélation biblique et la tradition hellénistique, surtout pour montrer la supériorité de la première, mais aussi pour montrer qu’elles peuvent entrer en dialogue et que le meilleur de l’hellénisme peut prendre place à l’intérieur du christianisme.
D’autres écrits de Clément ont été conservés, qui confirment son désir de dialoguer avec la culture de son temps et de faire grandir les chrétiens dans la foi. Ce n’est pas un penseur isolé, ni un théoricien abstrait, ni un austère moraliste : son adhésion au Christ est un choix généreux, qu’il désire partager. Les textes que nous allons lire vont nous faire sentir combien, pour lui, la vie chrétienne est avant tout une force transformatrice.
Au service de notre croissance
Être chrétien, pour Clément d’Alexandrie, n’est pas adhérer une fois pour toutes à un dogme ou à un groupe ; c’est voir sa vie changer sous l’influence de la grâce. Lorsque le Christ dit : Je suis la voie, la vérité et la vie[3], ne signale-t-il pas que la vie chrétienne est avant tout un chemin, et que la vérité qu’on y découvre est une vérité vivante ?
De même, en disant : Vous connaîtrez la vérité, et elle vous rendra libres[4], il montre que cette vérité n’est pas un carcan abstrait, un système mental ou idéologique, mais un chemin de croissance et de liberté.
Ainsi devons-nous grandir, sous la conduite de l’Esprit, pour « devenir ce que nous sommes » – formule qui suggère bien que le germe de vie divine, déjà présent en nous, doit se déployer dans toute notre existence. Comme le dit la Première Épître de Jean : Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté[5]. Qu’il est bon de savoir que ce que nous avons à devenir, nous le sommes déjà ! Qu’il est bon de faire confiance à ceux qui nous apprennent à aller plus loin, non sur le mode du reproche, mais de l’encouragement !
Clément d’Alexandrie est de ceux-là ; il s’est fait le serviteur de la croissance de ses frères et de leur assurance. À la suite du seul Pédagogue, le Christ, il est un bon précepteur, un bon instructeur. Il ne nous dit pas, comme certains professeurs : « Vous êtes nuls, vous n’y arriverez jamais ! » Au contraire, comme nous allons le voir, il prend appui sur cette réalité première, déjà effective et définitive : notre nouvelle naissance.
Oui, nous appartenons déjà, par la foi, à la famille divine. Nous sommes de sa race[6], osait dire saint Paul aux Athéniens. Et Jésus lui-même, de façon très forte : Vous êtes des dieux[7]. Ce que nous redit la Première Épître de Jean : Voyez quel grand amour nous a donné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – car nous le sommes[8]. Si nous croyons cela, le Pédagogue de Clément d’Alexandrie nous concerne, puisqu’il n’est pas écrit pour des esclaves, mais pour les enfants de Dieu. Ouvrons donc son livre…
Qui nous éduque ?
Dès les premières pages, Clément fait le portrait de notre Éducateur divin et nous rappelle qui est celui qui nous a fait renaître : le Fils en personne, le Verbe du Père. Dieu n’a pas envoyé un sous-fifre pour nous sauver, mais son propre Enfant bien-aimé. Qui, mieux que le Fils de Dieu, pouvait faire de nous des enfants de Dieu ?
| Notre Pédagogue, mes enfants, est semblable à Dieu son Père : fils sans péché, sans reproche, sans passions, Dieu sans souillure dans la nature d’un homme, soumis à la volonté du Père, Verbe-Dieu. Il est dans le Père, il est à la droite du Père, il est Dieu aussi par sa condition. Il est pour nous l’image pure ; notre âme doit tendre de toutes ses forces à lui ressembler[9]. |
Non seulement ce bon Maître est notre modèle parfait, mais il peut nous guérir de ce qui nous sépare de lui : nos tourments, nos souillures et nos fautes. Car il n’est pas seulement un législateur, mais un médecin. Il ne nous prescrit pas du dehors ce que nous avons à faire : il nous en donne, au-dedans, les moyens. Clément insiste sur cette dimension thérapeutique de la pédagogie divine. Dieu nous « soigne », à tous les sens du terme, comme une mère prend soin de ses enfants, mais aussi comme un médecin soigne un patient :
| C’est le Verbe, notre Pédagogue, qui par ses soins guérit nos maladies contre nature. Car l’art de soulager les maux du corps s’appelle la médecine, et il est enseigné par la sagesse humaine. Mais le Verbe du Père est le seul médecin, le seul guérisseur des infirmités de l’homme, le magicien sacré qui soulage l’âme malade. […] Il soigne notre âme par ses préceptes et ses grâces. Peut-être ses préceptes agissent-ils plus lentement, mais il est aussi riche de grâces, et il peut nous dire, à nous pécheurs : Tes péchés te sont remis[10]. |
Lumière sur l’homme
Ainsi le Pédagogue nous vient du plus haut, puisqu’il est Dieu en personne ; mais il descend au plus bas, puisque nos pauvres maladies le concernent. Une autre insistance de Clément d’Alexandrie me paraît tout à fait remarquable. Elle porte sur la cause de cette descente, qui n’est autre que l’amour de Dieu pour les hommes. Selon Clément, un tel amour était, en quelque sorte, normal. Si vraiment Dieu a créé l’homme avec une attention et une intention spéciales, comment aurait-il pu l’abandonner ? Dès l’origine, la façon dont l’homme a été créé montre en lui un être choisi, choyé, un enfant chéri :
| Que l’homme soit cher à Dieu, c’est bien normal, puisqu’il l’a façonné. Tout le reste, Dieu l’a créé par un ordre seulement, mais l’homme, il l’a façonné de sa propre main et lui a insufflé un principe distinct. Si l’homme est l’œuvre de Dieu, créé à son image, […], digne de choix, Dieu, qui est bon, a aimé un être bon, et il y a au fond de l’homme une force attirante que l’on appelle précisément souffle de Dieu[11]. |
Noble intuition, elle aussi très rassurante. Si Dieu nous éduque, c’est parce que nous ne sommes pas des « bâtards », ni des « fils d’étrangers[12] », mais des êtres en qui il se retrouve et se complaît. Quelque chose, en nous, qui vient à la fois de lui et de nous, l’attire. Disons-le autrement : Dieu n’a pas de dégoût pour l’homme. Cette créature dont il fait son enfant, il la reconnaît comme étant vraiment sienne. Il a pour elle une légitime tendresse. Une certaine présentation du christianisme a cru grandir Dieu en dévaluant l’homme. Clément ne tombe pas dans cette erreur :
| L’homme, que Dieu a créé, est par là même digne de son choix. […] Nous avons démontré que l’homme est digne d’être aimé ; l’homme est donc aimé de Dieu. Comment ne le serait-il pas, quand pour lui le Père a envoyé son Fils unique[13] ? |
La tendresse de Dieu pour l’homme n’a donc rien d’incongru ni d’anormal : elle est conforme à son dessein de toujours. Elle est à ce point connaturelle à l’homme que l’homme lui-même l’éprouve, dans une certaine mesure, à l’égard de ses propres enfants. La tendresse qu’éveille en nous la fragilité d’un nouveau-né nous dit quelque chose de celle que Dieu nous porte, et confirme que nous sommes faits à son image. C’est à cette petitesse, de façon très moderne et « thérésienne », que la suite du texte va s’attacher.
Une spiritualité de l’enfance
Peut-on vraiment considérer les chrétiens comme des enfants ? Loin d’en rester à une image poétique, Clément tient à justifier cette comparaison, en la basant sur les Écritures. Or de très nombreux textes permettent de le faire, que l’auteur introduit ainsi :
| Le rôle du Pédagogue est, comme son nom l’indique, de conduire des enfants. Reste à examiner de quels enfants veut parler l’Écriture, puis à leur donner leur Pédagogue. Les enfants, c’est nous. L’Écriture nous célèbre de bien des façons ; elle se sert de figures diverses pour nous désigner, colorant de mille tons la simplicité de la foi[14]. |
Suivent plus de trente citations, tirées de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui parlent des croyants comme de petits enfants, de nourrissons, de fils – ou encore de colombes, de jeunes poulains ou d’agneaux, images animales qui n’ont, selon l’auteur, rien de méprisable :
| Quand le Seigneur dit : « Mes agneaux, tenez-vous à ma droite », il désigne les simples : enfants comme les agneaux, et non adultes comme les moutons. Il a donné sa faveur aux agnelets, car c’est à la douceur, à la candeur, à la simplicité du cœur que va chez les hommes sa préférence. […] Nous sommes les « petits » du Seigneur ; car le Verbe, d’une façon admirable et mystique, pour désigner la simplicité de l’âme, se réfère à l’enfance[15]. |
Il ne s’agit donc pas de figure littéraire, de métaphore sentimentale. Le chrétien est enfant dans le sens le plus exact qui soit, puisque son identité suppose une naissance et une relation de filiation. Nul n’est chrétien sans être fils et sans dire « Abba, Père », comme Jésus lui-même le faisait[16]. Et Clément de conclure : « On peut vraiment les nommer des enfants, ceux qui ne connaissent que Dieu leur Père ; des enfants nouveau-nés, simples et purs[17]. » D’où cette description frappante :
| Nous avons la surabondance du jeune âge, cette jeunesse perpétuelle où toujours nous goûtons la plénitude de l’intelligence, toujours jeunes, toujours doux, toujours nouveaux. Il nous faut être en effet des hommes nouveaux, puisque nous avons part au Verbe nouveau. Ce qui a part à l’éternel ne peut se corrompre ; aussi le terme d’enfance désigne-t-il pour nous un printemps qui dure toute la vie – car la vérité présente en nos cœurs ne peut vieillir et notre être baigne dans le flot de la vérité[18]. |
Quels sont les prolongements, les conséquences d’une telle spiritualité de l’enfance ? C’est ce que nous tenterons de comprendre en poursuivant notre lecture du Pédagogue.
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Daniel Vigne, « Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (II) », dans Vives Flammes. Revue Carmélitaine de spiritualité n° 279 (juin 2010), p. 53-60.
Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (II)
Il peut paraître surprenant de rapprocher Clément d’Alexandrie, Père de l’Église du IIe siècle, et Thérèse de l’Enfant Jésus, Docteur de l’Église du XIXe siècle. Pourtant, les deux auteurs ont en commun quelque chose d’essentiel : une spiritualité de l’enfance qui présente la vie du chrétien comme relation filiale et confiante au Dieu Père, dans le Christ.
C’est dire que cette spiritualité n’est pas une invention tardive ; elle appartient à la tradition chrétienne depuis les origines. Certes, elle s’exprime différemment chez l’un et l’autre, marqués par leur époque et leur culture. La « petite voie toute nouvelle » ouverte par Thérèse[19] a son style propre et, pour ainsi dire, sa musique particulière. Mais Clément, déjà, offre tous les éléments d’une telle conception de la vie chrétienne.
C’est ce que nous allons continuer à découvrir en relisant Le Pédagogue[20], livre écrit vers l’an 190 en Égypte. Son titre renvoie au Christ, mais l’auteur parle surtout des chrétiens « éduqués » par le Fils de Dieu, instruits, conduits par sa grâce. Les premiers chapitres insistent spécialement sur cette condition « enfantine » du disciple de Jésus. Le croyant est fils dans le Fils, enfant dans l’Enfant bien-aimé. Essayons de comprendre la profondeur et les implications de cette grande vérité.
Enfants, mais parfaits
Clément écarte d’emblée l’idée que le chrétien, comme enfant de Dieu, soit un être mineur et inférieur, privé de la perfection qui appartiendrait à l’âge adulte. Bien au contraire, il considère cet état comme une plénitude.
Il entre ici en débat avec les « gnostiques », ces hérétiques qui prétendaient ajouter à l’Évangile des doctrines secrètes et qui transformaient le christianisme en un ésotérisme élitiste. Pour eux, les chrétiens ordinaires en restaient à une forme puérile de religion. Le baptême était un rite extérieur qu’il fallait dépasser en recevant des enseignements spéciaux, des initiations secrètes. Les gnostiques méprisaient la foi commune et lui préféraient leurs propres doctrines, prétextant que celles-ci s’adressaient à des chrétiens plus avancés.
Clément répond avec force que ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Le chrétien n’a pas à devenir un être supérieur, à s’arracher à la médiocrité des autres croyants. Il n’est pas sur un chemin de grandeurs[21] qui l’élèverait au-dessus de son état initial. Au contraire, tout lui est donné dans la connaissance de Dieu comme Père. Comprendre et vivre qu’il est enfant de Dieu n’est pas un point de départ, mais un sommet. Sa condition n’a rien de puéril : elle est, au contraire, un cadeau parfait.
| Ces noms d’« enfants », de « tout petits » que nous avons pris ne doivent pas donner l’idée d’une science puérile et méprisable, comme le disent calomnieusement des gens gonflés de vaine gnose. Car sitôt régénérés, nous avons reçu la perfection que nous recherchions avec ardeur. Nous avons été illuminés, c’est-à-dire que nous avons découvert Dieu. On ne peut être imparfait quand on connaît la perfection[22]. |
Comprenons bien l’enjeu de cette affirmation. Clément ne veut pas dire que nous n’avons pas à grandir, puisque tout son livre est là pour nous instruire, de façon pédagogique, en nous aidant à nous conformer à la volonté de Dieu sur nous. Il sait bien que nous sommes sur un chemin de sanctification. Mais notre identité chrétienne est entièrement contenue dans l’identité de fils de Dieu qui nous est conférée par le baptême. Nous n’avons pas à devenir autres chose que ce que nous sommes devenus dès le commencement : des enfants de Dieu.
| Que manque-t-il, en effet, à celui qui connaît Dieu ? Il serait absurde de donner le nom de grâce de Dieu à un don imparfait. Étant parfait, Dieu n’accorde que des grâces parfaites. De même que tout se met à exister au moment où il l’ordonne, de même, lorsqu’il veut accorder une grâce, celle-ci existe en plénitude. Car le temps à venir est anticipé par la puissance de sa volonté. À peine avons-nous touché les rives de la vie que d’emblée nous voilà parfaits, puisque d’emblée nous vivons, puisque nous sommes séparés de la mort[23]. |
On pourrait comparer cette grâce à celle d’un prisonnier que l’on détache de ses chaînes et pour qui on ouvre les portes de la prison. « Vous êtes libre », lui dit-on. Même s’il n’a pas encore quitté les murs, il est déjà entièrement libre. Il serait faux de dire qu’il est encore prisonnier : il ne l’est plus, il a changé d’état. On pourrait aussi la comparer à l’adoption d’un enfant : lorsqu’elle est déclarée, même si l’enfant est encore à l’autre bout du monde, la chose est faite. Cet enfant est celui de ses parents adoptifs.
Ainsi le baptême, comme nouvelle naissance, nous confère une identité nouvelle et définitive. Nous sommes désormais « branchés » sur la vie divine. Celle-ci peut mettre un certain temps à se répandre dans tout notre être, mais elle est le principe de notre existence. Nous sommes affiliés à Dieu, qui nous reconnaît comme ses enfants bien-aimés de façon parfaite et entière.
Faits pour la lumière
On peut prendre une autre comparaison. Si un œil est aveugle parce qu’il est recouvert d’un glaucome, et qu’un chirurgien le guérit, le voilà rempli de lumière. Un effort spécial n’est pas nécessaire, car l’œil voit par lui-même, étant fait pour la vue – et pour les anciens, étant lumineux par nature. Ainsi notre nouvelle naissance nous fait communier à la vie divine, nous rend saints par participation à l’Esprit Saint. Nous sommes ouverts à sa grâce, réceptifs à son rayonnement :
| Lorsque nous sommes baptisés, étant débarrassés des fautes qui, comme un écran, faisaient obstacle à l’Esprit divin, nous rendons libre, sans voile et lumineux cet œil de l’esprit qui nous fait contempler le divin, car le Saint-Esprit venant du ciel s’écoule en nous. C’est un onguent de clarté éternelle, capable de nous faire voir la lumière éternelle. Car de même que le semblable recherche le semblable, ainsi ce qui est saint recherche ce qui est saint, c’est-à-dire justement la lumière. Car jadis vous étiez ténèbres, mais maintenant vous voici lumière dans le Seigneur[24]. |
Quand le soleil se lève, son premier rayon atteste déjà la présence du soleil tout entier. Ainsi le croyant est né de Dieu lui-même, de Dieu en personne. La vie qui est en lui est déjà la vie éternelle. Il n’est plus dans la nuit : il appartient au jour. Il n’est pas enfant de Dieu à moitié, mais il est devenu un être « enfanté » et enfantin, un être « du matin ». Il est touché, marqué pour toujours par la Lumière.
Ce changement est radical, ce qui n’empêche pas qu’une fois amorcé, il doit aller jusqu’à son terme. Tout en soulignant le caractère définitif de l’illumination baptismale, Clément admet aussi son caractère progressif. La conversion arrache l’homme à l’inertie de la mort, mais une fois devenu vivant, il doit laisser cette vie se déployer en lui. Il a reçu, pourrait-on dire, un chèque d’une valeur incroyable, il lui reste à encaisser le trésor. Si le soleil se lève dans le cœur du croyant, c’est pour que tout son être en soit illuminé.
| Mais, nous objecte-t-on, il n’a pas encore reçu le don parfait ! Je vous l’accorde. Toutefois, il est dans la lumière et les ténèbres n’ont pas de prise sur lui ; entre la lumière et les ténèbres, pas de milieu. À la résurrection des croyants aura lieu l’accomplissement, mais celui-ci ne consistera pas à recevoir autre chose : seulement à prendre possession de ce qui avait été promis antérieurement[25]. |
Vivants pour toujours
Ainsi, entre le progressif et le définitif, il n’y a pas de rupture mais une totale continuité. Ce que la grâce nous offre n’est pas une promesse vague et lointaine : nous tenons déjà fermement la « corde » de la Miséricorde divine, nous goûtons déjà à l’Amour éternel.
| Si donc, nous qui avons cru, nous avons la vie, que nous reste-t-il à acquérir qui serait supérieur à la vie éternelle ? Rien ne manque à la foi, qui est parfaite par elle-même et accomplie. […] Par la foi, nous possédons déjà les biens promis que nous recevrons réalisés après la résurrection[26]. |
Le temps de notre vie est traversé, ensemencé d’éternité. Comme dira le poète René Char : « Si nous habitons un éclair, il est le cœur de l’éternel » – belle formule, qui relie les deux pôles du mystère sans les confondre. Clément d’Alexandrie écrit de même :
| Nous ne prétendons pas que se produisent au même moment les deux actes qui consistent d’une part à arriver au terme, d’autre part à avoir une pré-connaissance de ce terme : car il faut distinguer le temps et l’éternité, l’élan et l’accomplissement. Mais les deux concernent la même action et le même être. La foi, engendrée dans le temps, est pour ainsi dire l’élan ; le terme, c’est l’accomplissement de la promesse dans l’éternité[27]. |
Les savants et les « petits »
Les gnostiques divisaient l’humanité en trois catégories : les hyliques (charnels), les psychiques (les chrétiens ordinaires) et les pneumatiques (eux-mêmes, les spirituels). Ces divisions étaient fixes : on appartenait par nature à l’un ou l’autre type. Clément d’Alexandrie refuse un tel clivage. Il écrit :
| Dans le Verbe, les uns ne sont pas gnostiques tandis que les autres seraient psychiques, mais tous ceux qui ont déposé les convoitises charnelles sont pneumatiques[28]. |
Pour Clément, il n’y a pas de groupes d’êtres humains séparés, mais le déploiement d’une même grâce en chaque homme. Ainsi lorsqu’il distingue, quant à lui, les commençants, les progressants et les parfaits, ce n’est pas dans un sens élitiste et séparateur, mais pour amener chacun à se savoir sur un chemin de croissance. Sa perspective est dynamique, et paradoxale car il ne s’agit pas de devenir de plus en plus savants, mais de plus en plus « enfants » :
| Nous que le Pédagogue et Maître nomme des « petits », nous sommes plus près du salut que les sages de la terre qui se croient sages, mais qui sont aveugles. Tressaillant de joie et se réjouissant, Jésus s’écrie comme pour faire écho aux balbutiements des tout-petits : Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Voilà pourquoi ce qui fut caché aux sages et aux habiles a été révélé aux tout-petits[29]. |
Les gnostiques considéraient la foi comme une forme de naïveté primaire. Pour eux, la perfection était affaire de connaissance (gnose) par l’accès à des enseignements secrets, de type intellectuel. Pour Clément, au contraire, la foi est d’emblée une authentique connaissance de Dieu. Dès que le chrétien l’invoque comme Père, il est devenu enfant de Dieu.
| Telle est la grâce unique de l’illumination : nous sommes transformés par le bain baptismal. Or, comme la connaissance survient en même temps que l’illumination et éclaire l’intelligence, c’est tout de suite que, sans avoir rien appris, nous recevons le titre de disciples. La connaissance était déjà présente, on ne saurait dire depuis quand[30]. |
Ainsi, pour Clément, le début du chemin contient déjà son terme. Il y a une » perfection du commencement ». Car la foi n’est pas un acte humain, mais le don gratuit de Dieu. Elle n’est pas une connaissance intellectuelle, donc limitée par les capacités de notre intelligence, mais une grâce dans laquelle Dieu lui-même vient à nous. Être enfant de Dieu, c’est tout simplement accueillir cette grâce.
Mais l’argument le plus fort justifiant la spiritualité de l’enfance, c’est que Dieu lui-même se fait enfant, en Jésus-Christ, pour faire de nous ses enfants. Clément s’en émerveille :
| Voici encore, à l’appui de mon propos, un témoignage de la plus haute importance. Le Saint-Esprit, prophétisant par la bouche d’Isaïe, donne au Seigneur lui-même le nom d’enfant : Un enfant nous est né, un fils nous est donné. […] Quel est donc ce petit enfant, ce nouveau-né, à l’image de qui nous sommes des petits enfants ? […] Ô le grand Dieu ! Ô l’Enfant parfait ! Le Fils est dans le Père et le Père est dans le Fils ! Comment ne serait-elle pas parfaite, l’éducation donnée par ce petit enfant-là, elle qui s’étend à tous les enfants que nous sommes et guide les tout-petits de cet enfant[31] ? |
À sa suite, et en en compagnie de Clément d’Alexandrie, nous poursuivrons notre découverte de ce chemin d’enfance.
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Daniel Vigne, « Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (III) », dans Vives Flammes. Revue Carmélitaine de spiritualité n° 280 (septembre 2010), p. 54-61.
Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (III)
On confond parfois la « spiritualité de l’enfance », que Clément d’Alexandrie nous propose dans Le Pédagogue (écrit vers 190, soit 1700 ans avant Thérèse de Lisieux !), avec quelque chose de mièvre et de doucereux. Cette façon de présenter la vie chrétienne serait suspecte d’irréalisme. Ne serait-ce pas, au fond, une façon gentillette et nuageuse de « rêver » la foi et la relation à Dieu ? Deux idées-forces de l’auteur vont nous convaincre du contraire, en nous montrant que cette spiritualité est tout à fait réaliste et sérieuse.
La première est que le chrétien, enfant de Dieu, est en contact physique avec Celui en qui il croit. Sa foi n’a rien d’évaporé : elle est une expérience concrète, une transfusion de vie, une relation d’» allaitement » avec Dieu, dans le Christ. Cet enfant, Dieu le nourrit comme une mère. La seconde est que la pédagogie divine comporte des réprimandes et même des châtiments. Dieu ne laisse pas le chrétien faire ce qu’il veut, comme un gamin à qui on passerait tous ses caprices. Cet enfant, Dieu le corrige et l’éduque comme un père.
Le lait, nourriture parfaite
L’image du petit enfant rappelle celle du nourrisson dans les bras de sa mère, recevant d’elle le lait qui le fait vivre. Saint Paul, dans la première épitre aux Corinthiens, avait utilisé cette comparaison, mais dans un sens négatif, ou du moins dépréciatif, qui fait un peu difficulté. En effet, Paul semble dire que le « lait » est un aliment de qualité inférieure et provisoire, destiné à être remplacé par une nourriture plus consistante. On peut penser qu’il représente la Loi, cette forme de religiosité qui est désormais dépassée par l’Évangile. Mais Clément résiste à une telle interprétation et préfère l’idée que le « lait » représente, au contraire, l’aliment final et suprême :
| Arrivés à ce point, nous devons prendre la défense de notre état de tout-petits et, pour cela, examiner la parole de l’Apôtre : Je vous ai donné du lait à boire comme à de petits enfants dans le Christ, non des aliments solides, car vous n’auriez pas pu les supporter. À mon avis, il ne faut pas interpréter cette expression comme se rapportant au judaïsme. En effet, je citerai en parallèle cet autre texte de l’Écriture : Je vous conduirai vers la bonne terre où coulent le lait et le miel. […] Le rapprochement de ces deux textes rend difficile leur interprétation. En effet, si la petite enfance, figurée par le lait en tant que commencement de la foi au Christ, est méprisée pour son caractère puéril et imparfait, pourquoi les parfaits, les savants, après avoir été nourris d’aliments solides, sont-ils encore, au terme de leurs peines, gratifiés du lait des enfants[32] ? |
À l’appui de la première lecture, qui voit dans le lait un simple enseignement préparatoire, on pourrait citer ce texte de l’Épître aux Hébreux : Quiconque en est encore au lait ne peut goûter la doctrine de justice, car c’est un tout petit enfant. Les parfaits, eux, ont la nourriture solide[33]. Mais l’image de la terre promise où coulent le lait et le miel, si forte et si fréquente dans la Bible, qui l’utilise 22 fois[34], est pour Clément décisive. Le « lait » n’est donc pas un aliment mineur : il a un sens noble et mystique.
D’ailleurs, les deux significations ne s’excluent pas : dès notre conversion, qui nous rend membres de l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux[35], c’est du « lait » de la communion avec Dieu que nous avons été nourris. Comme dit l’épître aux Hébreux, nous faisons dès lors partie de ceux qui ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l’Esprit Saint, qui ont goûté la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir[36]. La première épître de Pierre le confirme :
| Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait pur et spirituel, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut, si du moins vous avez goûté combien le Seigneur est excellent[37]. |
Ainsi l’image du lait permet à Clément de confirmer l’idée directrice de sa spiritualité de l’enfance : être chrétien, c’est renaître à une vie nouvelle. C’est se découvrir tout petit, et pourtant éternel. Si vous ne redevenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux[38] dit Jésus, mettant un enfant au milieu de ses disciples et le leur donnant comme modèle. Aussi le « lait » n’est pas réservé aux débutants, mais symbolise aussi le but de la vie chrétienne :
| Le lait parfait est la nourriture parfaite et nous mène à la perfection qui n’aura pas de fin. C’est pourquoi on nous promet le lait et le miel pour notre repos éternel. Il est naturel que le Seigneur promette ce lait aux justes, pour bien montrer que le Logos est à la fois l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, lui qui est représenté symboliquement par le lait[39]. |
Le lait : corps et sang du Christ
Si le Verbe nous nourrit de sa vie, c’est de la façon la plus concrète qui soit : en se donnant lui-même, comme une mère à son nourrisson qu’elle allaite. Quoi de plus parlant que cette communication d’être à être, dans laquelle le bébé est entièrement dépendant du corps de sa maman ? Le Christ, pourrait-on dire, ne nous tend pas un simple biberon de lait animal, ni une quelconque nourriture artificielle : il nous tient contre lui avec la tendresse d’une mère. Il fait de chacun de nous ce petit enfant comblé[40] dont parle précisément un des plus « petits » psaumes de la Bible.
Clément d’Alexandrie tient à nous convaincre de ce caractère pleinement réel, à la fois physique et spirituel, de la vie chrétienne. Pour lui, la foi n’est pas une simple attitude mentale, une croyance intellectuelle ou une impression imaginaire. Elle est une expérience totale, greffant notre être entier, esprit, âme et corps, sur le mystère du Christ. Car le Verbe fait chair nous donne lui-même son corps, son sang et son Esprit :
| Le Verbe est tout pour le petit enfant : père, mère, pédagogue et nourricier : « Mangez ma chair, dit-il, et buvez mon sang. » Voici les nourritures qui nous conviennent et que le Seigneur nous donne généreusement : il offre sa chair et il verse son sang. Rien ne manque aux petits enfants pour qu’ils grandissent[41]. |
La suite du texte montre comment, dans cette double et triple nourriture, c’est Dieu tout entier, Père, Fils et Esprit Saint, qui se penche sur l’homme et qui se communique à lui. Clément, ici, peut paraître un peu confus, tant il veut souligner que la vie divine se mêle à la nôtre, et nous est vraiment donnée en partage :
| Écoute : la chair figure ici l’Esprit Saint qui l’a créée, et le sang signifie le Verbe, car le Verbe se répand dans notre vie comme un sang abondant. Le mélange des deux est le Seigneur, la nourriture des petits, car le Seigneur est Esprit et Verbe. La nourriture, c’est-à-dire Jésus, notre Seigneur, Verbe de Dieu, est l’esprit devenu chair, la chair céleste sanctifiée. La nourriture est le lait du Père, qui seul nourrit les petits enfants. Et lui, le Verbe bien-aimé, notre nourricier, il a versé son propre sang pour nous, pour sauver l’humanité[42]. |
Clément se lance alors dans un long développement sur la nourriture, puisant aussi bien dans sa vaste culture que dans sa grande connaissance de la Bible. Les citations s’enchaînent, commentées avec élégance, et les références les plus diverses sont mises à contribution. L’auteur utilise la science médicale de son époque (qui pensait que l’allaitement était la transformation du sang en lait), mais aussi ses connaissances culinaires (sur le vin, le miel, le fromage, etc.) poétiques, historiques, étymologiques… Il cite abondamment les écrivains païens (Homère, Platon, Galien), mais surtout les Saintes Écritures (près de 60 textes) et conclut :
| Ainsi, le Verbe est désigné allégoriquement de bien des manières : aliment, chair, nourriture, pain, sang, lait… Le Seigneur est tout cela, pour notre bien à nous qui avons foi en lui. […] La nourriture du Christ était d’accomplir la volonté de son Père, mais nous, les petits, nous avons le Christ lui-même pour nourriture. Nous buvons le Verbe céleste[43]. |
Un pédagogue vigilant
Après cette insistance sur la tendresse et la proximité « maternelles » de Dieu, Clément tient à rappeler sa fermeté paternelle. Car le christianisme n’est pas une religion fusionnelle : si l’homme peut recevoir la vie divine en partage, ce n’est pas sans sa libre décision et l’acte de sa volonté. Or celle-ci doit être instruite, dirigée, corrigée parfois, comme dans l’éducation de tout enfant. Le Christ est ce maître que nous pouvons écouter avec confiance et suivre en toute obéissance, car il ne veut que notre bien. Sa pédagogie n’est pas légaliste : c’est un chemin de grâce.
| Notre Pédagogue, c’est le Dieu saint, Jésus, le Verbe, guide de l’humanité entière. Dieu lui-même, dans son amour pour nous, est notre pédagogue. […] Qui pourrait nous éduquer avec plus d’amour ? Autrefois, l’ancien peuple avait l’ancienne alliance ; la loi faisait auprès du peuple office de pédagogue, par la crainte. Le Verbe était un messager ; mais au peuple jeune et nouveau, il a été donné une alliance nouvelle et jeune. Le Verbe s’est fait chair, la crainte s’est changée en amour, et le messager mystique, Jésus, a été enfanté. […] Tel est le pouvoir du Pédagogue : il est saint, il appelle, il sauve[44]. |
Il faut cependant rappeler que Dieu se montre parfois exigeant, voire sévère. Le Père des cieux n’est pas un papa gâteau ! Clément sait que cet aspect de la pédagogie divine empêche certains de s’engager sur les chemins de la vie spirituelle. La peur d’être « pris en main » par un Dieu qui nous éduque est très courante. Mais elle est vaine, dit Clément, car le seul but du Christ est de nous guérir de ce qui nous fait du mal. L’image des soins médicaux revient avec force : faut-il avoir peur de ce qui nous rendra la santé ? Les avertissements et les châtiments divins ne sont pas du tout contraires à sa bonté :
| On dira : si le Seigneur et bon est plein d’amour pour l’homme, comment peut-il s’irriter et punir ? Il faut examiner ce point, quoique brièvement. Une telle méthode est en effet utile à la bonne éducation des enfants ; elle fournit un secours indispensable. On soigne la plupart des passions par le châtiment, en imposant des préceptes un peu rudes, en particulier par l’enseignement de certains principes. Le blâme est comme une chirurgie des passions de l’âme. […] L’avertissement est pour ainsi dire le régime de l’âme malade[45]. |
Toute la sagesse antique était marquée par une certaine rigueur, que Clément assume, mais en resituant résolument ces pratiques dans la lumière de l’amour. Mesure-t-on l’audace d’un tel changement ? Dans une société hantée par la discipline et le châtiment, il fait entendre un « chant nouveau ». À la vieille pédagogie de la menace, il donne une tonalité joyeuse, de type musical :
| Si le Verbe adresse aux pécheurs des réprimandes, c’est pour leur salut, car le Verbe, artistiquement, accorde sa lyre aux dispositions de chacun : parfois il tend les cordes, parfois il les relâche[46]. |
Mais surtout, le Christ est montré par Clément comme celui qui poursuit inlassablement le salut de l’homme, qui n’a de cesse de le ramener à lui. Car les avertissements divins, même quand ils sont sévères, ne sont jamais destructeurs mais toujours bienveillants. Ce sont des appels à la conversion, au relèvement salutaire :
| Il n’est pas étranger à la nature du Verbe sauveur de nous adresser des reproches, mais par sollicitude. C’est un remède dont l’amour divin se sert pour provoquer la rougeur de la honte et inspirer l’horreur du péché. S’il faut parfois blâmer, il faut aussi réprimander, lorsque c’est le moment de blesser un peu l’âme qui s’est laissée aller, non pour la faire périr, mais pour la sauver[47]. |
Enfin, si nous doutions encore de la bienveillance divine, Clément rappelle que le Christ est allé jusqu’à prendre sur lui notre châtiment. Pédagogie non-violente, presque suppliante, dans laquelle le maître s’agenouille devant ses disciples pour les sauver du mal et les conduire à la vie. Nous y reviendrons une prochaine fois.
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Daniel Vigne, « Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (IV) », dans Vives Flammes. Revue Carmélitaine de spiritualité n° 281 (décembre 2010), p. 49-57.
Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (IV)
Dans les trois premiers articles de cette série, nous avons découvert la « spiritualité de l’enfance » dont Clément d’Alexandrie, bien avant sainte Thérèse de Lisieux, a tracé les grandes lignes dans son Pédagogue[48]. Nous avons vu que cette spiritualité n’a rien de douceâtre ni de puéril : elle est au contraire un puissant appel à renaître, à redevenir petit pour grandir.
Ainsi le chrétien, pour Clément d’Alexandrie, est avant tout quelqu’un qui se sait rené de Dieu, qui se reconnaît comme enfant du Père, et qui vit sous la conduite du Pédagogue, son Fils Jésus-Christ. Sur ce chemin, il ne va plus de la vie vers la mort, mais de la mort vers la vie. Au lieu de laisser le « vieil homme » l’ensevelir dans le péché, sous le poids des tentations et des mauvaises habitudes, il goûte déjà, dans le Christ, à l’infinie fraîcheur d’une existence nouvelle.
Mais une question se pose : comment cette nouvelle naissance se rattache-t-elle à la première ? Comment la grâce divine transforme-t-elle sur notre nature humaine ? Question très importante, car on commet parfois l’erreur de croire que l’action divinisatrice de la grâce, en nous rapprochant de Dieu, nous éloignerait de ce que nous sommes. Qu’en devenant enfants de Dieu, nous ne serions plus tout à fait des hommes.
Clément d’Alexandrie nous dégage de cette erreur et insiste, au contraire, sur le fait que plus la vie divine se déploie dans l’homme, plus elle le rend homme. On peut résumer cette idée en un mot : la grâce de Dieu nous humanise. Pour voir comment l’auteur exprime cette conviction, remontons avec lui aux origines de l’homme et à sa place dans la création.
Qu’est donc l’homme ?
Clément d’Alexandrie en est convaincu : l’homme est le « chef-d’œuvre » de Dieu, sa créature privilégiée. Le don de la conscience et de la liberté le place au-dessus de tous les autres êtres de ce monde :
| Nous avons reçu de la sagesse divine la meilleure place et la plus sûre. Cette sagesse qui règle l’ordre du monde, le ciel, les révolutions du soleil et le cours des étoiles, tout cela en vue de l’homme, s’occupe aussi de l’homme lui-même, objet de toute sa sollicitude. Le considérant comme son chef-d’œuvre, elle a doué son âme d’intelligence et de raison, paré son corps de beauté et d’harmonie. Enfin, elle lui a insufflé, pour ses activités humaines, le sens de ce qui est juste et bon[49]. |
Mais la grandeur de l’homme n’est pas celle d’un surdoué que Dieu valoriserait pour ses qualités ou ses talents. Si l’homme a du prix, c’est avant tout parce qu’il est personnellement aimé de son Créateur. Et s’il est aimé, explique Clément de façon très logique, c’est qu’il est digne de recevoir cet amour :
| L’homme que Dieu a créé est pour cela même digne d’être aimé de lui. Car ce qui est digne d’être aimé est accordé à celui qui aime, et digne de recevoir son amour. Y a-t-il une chose digne d’être aimée qui ne soit pas aimée ? Si l’homme est digne d’être aimé de Dieu, comme je l’ai montré, il est par conséquent vraiment aimé de lui[50]. |
C’est une des idées-forces de la théologie de Clément et de son anthropologie : Dieu aime les êtres qu’il a créés, et tout spécialement l’homme. L’auteur cite à ce sujet un beau verset du Livre de la Sagesse : Il n’y a rien que le Seigneur haïsse[51], et commente :
| En effet, Dieu ne peut à la fois haïr une chose et vouloir son existence ; et il ne peut vouloir qu’une chose n’existe pas tout en la faisant exister. Or rien ne peut exister si la volonté de Dieu le lui refuse. Si le Verbe haïssait quelque chose, il voudrait qu’elle n’existât pas. Or tout ce qui existe reçoit de Dieu son origine, donc rien n’est haï de Dieu ni de son Verbe. […] Et puisque le Verbe ne hait aucune de ses créatures, il s’ensuit qu’il les aime, et par-dessus tout l’homme, la plus belle de ses créatures. Oui, Dieu aime l’homme, le Verbe aime l’homme[52] ! |
Dans ces lignes, on peut remarquer que Clément conjugue deux langages, deux héritages. L’un est philosophique, plus spécialement stoïcien ; il considère le monde comme structuré par une Raison divine, et l’homme comme habité par ce logos qui fait de lui un être intelligent. L’autre est biblique : il s’inspire de la Genèse, dans laquelle Dieu crée l’homme en le modelant à son image et en lui communiquant son haleine de vie. Mais de ces deux points de vue, c’est toujours, chez Clément, le point de vue biblique qui prévaut. Plus encore qu’un vivant très intelligent, l’homme est une œuvre divine, et c’est ce qui justifie l’amour de Dieu pour lui :
| Que l’homme soit cher à Dieu, c’est tout à fait normal, puisqu’il l’a façonné. Les autres êtres, Dieu les a créés par un ordre seulement, mais l’homme, il l’a formé de sa propre main et lui a insufflé un principe particulier. L’homme est l’œuvre de Dieu, créé à son image[53]. |
Ainsi l’homme, créé à l’image de Dieu à une grandeur éminente et une dignité spéciale. Encore faut-il qu’il réponde à cette vocation : fait à l’image, il doit devenir à la ressemblance ; façonné par le Verbe, il doit acquérir l’Esprit.
De l’image à la ressemblance
On souligne volontiers la différence entre le don premier de Dieu et la réponse de l’homme, entre l’initiative divine et la liberté humaine. Distinction éclairante, mais que Clément évite de durcir car selon lui, Dieu ne laisse pas l’homme faire son chemin seul : cet être qu’il a créé avec une attention spéciale, Dieu l’accompagne lui-même vers son accomplissement. Clément l’affirme avec force, et d’une manière qui nous donne confiance :
| Dieu nous donne des commandements, mais il nous donne en même temps la possibilité de les accomplir. Car c’est lui-même qui a modelé l’homme de la terre, qui l’a régénéré par l’eau, qui l’a fait croître par l’Esprit, qui l’a éduqué par sa Parole, qui le dirige vers l’adoption et le salut par ses saints commandements. Ainsi il change l’homme né de la terre en un homme saint et céleste, accomplissant la parole divine : Faisons l’homme à notre image et ressemblance[54]. |
Merveilleuse prévenance ! Le Très-Haut s’occupe de nous. Notre humanité l’intéresse. Même en tant qu’elle est blessée et malade, cette humanité a sa bienveillance. Il ne veut pas qu’elle meure. Il se penche sur elle avec sagesse et tendresse. Il a pour elle toute l’attention d’un bon médecin :
| La méthode du Verbe n’est pas tendue à l’excès, mais juste ce qu’il faut. Aussi est-il appelé Sauveur, car il a inventé pour les hommes des remèdes spirituels qui forment leur sens moral et les mènent au salut. Il guette le moment favorable, diagnostique le mal, révèle les causes des passions, déracine les désirs déraisonnables, indique ce qu’il faut éviter et fait prendre aux malades tous les remèdes salutaires. Telle est l’œuvre de Dieu la plus grande et la plus royale : sauver l’humanité[55]. |
Ici comme partout, Clément d’Alexandrie affirme clairement que l’homme sauvé est guéri, restauré dans son humanité. Dieu ne renie rien de son projet initial : nous ayant créés hommes, il veut que nous le devenions vraiment. Et si le « vieil homme » est une triste caricature de ce projet, l’homme nouveau, l’enfant de Dieu, en est la joyeuse réalisation.
| Nous, les enfants de Dieu, qui avons renoncé au vieil homme, qui avons déposé la tunique du mal et revêtu l’incorruptibilité du Christ, nous sommes devenus des hommes nouveaux[56]. |
Devenir des hommes
C’est dans le langage biblique que Clément décrit ici notre nouvelle naissance et notre pleine humanisation par l’action de la grâce. Mais il sait, nous l’avons vu, l’exprimer dans un langage plus philosophique. Ainsi cette définition de l’existence chrétienne qui pourrait tout à fait convenir à un sage de la Grèce ancienne :
| La conduite du chrétien est une activité de l’âme conforme au Logos, dictée par un jugement sûr et le désir de la vérité, qui s’accomplit par le corps, allié de l’âme et son compagnon de lutte[57]. |
Notons cependant, dans cette phrase, l’absence de tout dualisme de type platonicien. Car si Clément assume l’héritage philosophique, c’est en le corrigeant de l’erreur qui consisterait à vouloir séparer l’âme du corps, en rejetant celui-ci comme son « tombeau » et son ennemi. Au contraire, Clément voit dans le corps l’» allié » et le « compagnon » de l’âme. C’est toute la condition humaine, corporelle et spirituelle, qui est promise au salut. Dieu la veut entière, et non à moitié !
Ainsi la grâce concerne tout l’homme. Elle assume l’entièreté de notre nature pour la sanctifier en la conformant au Christ. Clément s’émerveille de cette générosité divine qui, au lieu de nous fondre dans le feu divin, nous maintient dans notre existence propre et nous fait en quelque sorte coexister avec l’infini. On pense au buisson ardent – maigre buisson d’épines, image de notre humanité desséchée – qui était embrasé mais ne se consumait pas. Intrigué, Moïse s’en approche pour considérer cet étrange spectacle[58], et découvre, à travers le buisson, le Dieu qui descend dans notre pauvreté !
À ce sujet, Clément d’Alexandrie formule une dernière idée, un peu inattendue, mais très remarquable et qui doit retenir notre attention. La vocation de l’homme, dit-il, n’est pas seulement de contempler Dieu : c’est aussi de « contempler l’homme » ! D’admirer et d’aimer cet être que Dieu fait vivre et revivre dans le Verbe, cet enfant qu’il fait grandir sous la conduite du bon Pédagogue.
| L’animal doué de raison, je veux dire l’homme, a-t-il un autre devoir que de contempler Dieu ? Oui, j’ose le dire : il doit aussi contempler la nature humaine et vivre dans la vérité, en admirant sans réserve le Pédagogue et ses commandements pour leur cohérence et leur harmonie. À leur image nous devons, nous aussi, nous accorder au Pédagogue et mettre nos actes en harmonie avec le Verbe, afin de vivre réellement[59]. |
Ainsi s’accomplit et se vérifie le principe énoncé plus haut : si la grâce de Dieu nous divinise, c’est en nous humanisant toujours plus profondément dans le Christ. Clément est le premier témoin de cet humanisme chrétien qui est le prolongement évident du mystère de l’Incarnation : si Dieu se fait homme, c’est pour que l’homme devienne, en tant qu’homme, enfant de Dieu.
Suite et fin…
Ici s’achève notre lecture du Pédagogue de Clément d’Alexandrie. Mais nous en avons seulement parcouru le Livre I, qui est une longue introduction spirituelle à l’ensemble de l’ouvrage. Les Livres II et III, contenant toutes sortes d’instructions et de conseils pratiques, seraient également fort intéressants à relire. Contentons-nous d’en donner un aperçu, à travers quelques-uns des sujets abordés :
– Comment le chrétien doit-il manger, boire, dormir ?
– La plaisanterie, le rire sont-ils permis ?
– Que penser du sommeil ?
– Quelle place pour les vêtements, le maquillage, les bijoux ?
– La gymnastique est-elle utile ? Faut-il aller aux bains ?
– Comment orner, meubler sa maison ?
– Qui faut-il fréquenter ? Que penser des banquets ?
– Comment vivre en époux chrétiens ?
Sur toutes ces questions, on pourrait s’attendre à ce qu’une morale austère vienne poser ses exigences et imposer des modèles ascétiques rigoureux. Clément, au contraire, fait preuve de mesure, de bon sens, et même d’une certaine décontraction. « La voie moyenne est bonne en tout[60] », dit-il à propos de la nourriture. Ou encore, à propos du rire : « Tout ce qui est naturel à l’homme, il ne faut pas le lui enlever, mais plutôt lui imposer mesure et temps opportuns[61]. »
Il est vrai que sur d’autres points, comme le refus des parures, il sait se montrer strict, voire intransigeant. Il est vrai aussi que les avis qu’il émet sur tel ou tel sujet restent tributaires de son époque ; il serait sot de vouloir les transposer directement à la nôtre. Clément reste un Grec du deuxième siècle : les modes de pensée, les références culturelles qui sont les siennes peuvent nous paraître lointaines et inactuelles. Certains passages sur la taille de la barbe[62] ou sur les lits à pieds d’argent[63] sont carrément amusants !
Pourtant, la spiritualité qui se dégage de ces pages a une valeur permanente. La pensée de Clément d’Alexandrie, tout en étant bien de son temps, traverse les siècles, et c’est à une très belle conception de l’existence chrétienne qu’elle nous invite. J’espère avoir donné à quelques lecteurs la curiosité de la découvrir. Vivre en enfants de Dieu, en fils et filles du Très-Haut, quoi de plus désirable ?
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- « Un hymne à l’amour gratuit de Dieu : le Protreptique de Clément d’Alexandrie », dans Carmel n° 133 (sept. 2009), p. 67-75. ↑
- Trad. B. Totto et P. Gauriat, Paris, Migne (« Les Pères dans la foi » n° 44-45), 1991. ↑
- Jn 14, 6. ↑
- Jn 8, 32. ↑
- 1 Jn 3, 2. ↑
- Ac 17, 28. ↑
- Jn 10, 34, citant Ps 81 (82), 6. ↑
- 1 Jn 3, 1. ↑
- Péd. 4, 1 (p. 28 ; traductions revues). ↑
- Péd. 6, 1 et 4 (p. 30), citant Lc 5, 23.. ↑
- Péd. 7, 1-3 (p. 32). ↑
- He 12, 8 ; Ps 17 (18), 44. ↑
- Péd. 8, 1-2 (p. 33). ↑
- Péd. 12, 1 (p. 37). ↑
- Péd. 14, 2 et 4 (p. 39) ; Mt 25, 33. ↑
- Rm 8, 15 ; Ga 4, 6 ; Mc 14, 36. ↑
- Péd. 17, 1 (p. 41). ↑
- Péd. 20, 3-4 (p. 44). ↑
- Voir : Thérèse de Lisieux, « Une petite voie toute nouvelle », Lettres présentées et commentées par Dominique Sterckx, Orbey, éd. Arfuyen (coll. « Les carnets spirituels »), 2003. ↑
- Il en existe deux traductions françaises : celle de Marguerite Harl dans la coll. « Sources Chrétiennes » (n° 70, Paris, Cerf, 1960) et celle de Bernadette Troo et Paul Gauriat dans la coll. « Les Pères dans la foi » (n° 44-45, Paris, Migne, 1991). Les citations ici données sont retraduites et s’inspirent de l’une ou de l’autre, mais le n° de page renvoie à la seconde. ↑
- Ps 13 (131), 1. ↑
- Péd. 25, 1 (p. 48). ↑
- Péd. 26, 3 – 27, 1 (p. 50). ↑
- Péd. 28, 1-2 (p. 51), citant Ep 5, 8. ↑
- Péd. 28, 3 (p. 51). ↑
- Péd. 29, 2-3 (p. 52). ↑
- Péd. 28, 4-5 (p. 51). ↑
- Péd. 31, 2 (p. 53). ↑
- Péd. 32, 2-3 (p. 54), citant Lc 10, 21. ↑
- Péd. 30, 1 (p. 53). ↑
- Péd. 24, 3-4 (p. 46-47), citant Is 9, 5. ↑
- Le Pédagogue, 34, 3 – 35, 1, citant 1 Co 3, 1-2 et Ex 3, 8. Les traductions ici données s’inspirent de celles de M. Harl (Sources chrétiennes n° 70) et de B. Troo et P. Gauriat (Les Pères dans la foi n° 44-45). ↑
- He 5, 13. ↑
- Ex 3, 8 et 17 ; 13, 5 ; 33, 3 : Nb 13, 27 ; 14, 8 ; 16, 13-14 ; Lv 20, 24 ; Dt 6, 3 ; 11, 9 ; 26, 9 et 15 ; 27, 3 ; 31, 20 ; Jos 5, 6 ; Sir 46, 8 ; Jr 11, 5 ; 32, 22 ; Ba 1, 20 ; Ez 20, 6 et 15 ; cf. Ct 4, 11 et 5, 1 ; Jl 4, 18. ↑
- He 12, 23. ↑
- He 6, 4-5. ↑
- 1 P, 2, 2-3. ↑
- Mt 18, 3. ↑
- Le Pédagogue, 36, 1. ↑
- Ps 131 (130), 2 : Comme un petit enfant contre sa mère, telle est mon âme en moi, comme un enfant comblé (la traduction « sevré » est inexacte). ↑
- Le Pédagogue, 42, 3. ↑
- Le Pédagogue, 43, 2. ↑
- Le Pédagogue, 47, 2 et 46, 1. ↑
- Le Pédagogue, 55, 2 ; 59, 1 ; 60, 3. ↑
- Le Pédagogue, 64, 3 et 65, 1. ↑
- Le Pédagogue, 66, 5. ↑
- Le Pédagogue, 74, 2. ↑
- Cf. les trad. de M. Harl (Sources Chrétiennes n° 70) et de B. Troo et P. Gauriat (Les Pères dans la foi n° 44-45), ici revues. ↑
- Le Pédagogue I, 6, 5-6. ↑
- Le Pédagogue I, 8, 1. ↑
- Sg 11, 24 : « Oui, tu aimes tous les êtres, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu le l’aurais pas formé. » ↑
- Le Pédagogue I, 62, 2 – 63, 1. ↑
- Le Pédagogue I, 7, 1-2. ↑
- Le Pédagogue I, 98, 1-2 ; Gn 1, 26. ↑
- Le Pédagogue I, 100, 1. ↑
- Le Pédagogue I, 32, 4. ↑
- Le Pédagogue I, 102, 3. ↑
- Ex 3, 2. ↑
- Le Pédagogue I, 100, 3. ↑
- Le Pédagogue II, 16, 3. ↑
- Le Pédagogue II, 46, 1. ↑
- Le Pédagogue II, 77, 3. ↑
- Le Pédagogue III, 16 à 20. ↑