Daniel Vigne, Vous avez appris… (Mt 5, 20-22.27-28.33-34.37), La Croix, 13 février 2026.
Vous avez appris…
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. […] Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis… […] Vous avez encore entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne te parjureras pas […]. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout. (Mt 5, 21-22.27-28.33)
Ces paroles de Jésus sidèrent son auditoire. Comment ose-t-il parler ainsi ? Par quelle autorité se place-t-il au-dessus de Moïse ? Les lois du Décalogue, gravées dans la pierre par le doigt de Dieu, sont déjà difficiles à observer. Comment se permet-il d’en énoncer d’autres, encore plus exigeantes ? À l’entendre, la foule reste perplexe : ne va-t-il pas trop loin ? Quant aux maîtres religieux, scribes et pharisiens, voir ce prédicateur parler avec tant d’assurance ne peut que leur déplaire. Ne sont-ils pas les vrais « gardiens de la révélation » ?
Pourtant, Jésus ne craint pas d’insister. À trois reprises, la formule « il a été dit, mais moi je vous dis » le situe clairement au-dessus de tout ce qui le précède. Après « les anciens », voici la nouveauté suprême, c’est-à-dire lui-même. Car il n’est pas venu abolir la tradition, mais l’accomplir de façon suréminente.
C’est d’abord sur l’interdit du meurtre que Jésus pose un nouveau regard. En effet, « tu ne tueras pas » est un commande-ment avec lequel les hommes ont trouvé bien des arrangements. Pour justifier la peine de mort, la guerre juste ou la légitime défense, n’ajoute-t-on pas souvent « sauf en cas de… » ?
Le Christ n’entre pas dans le détail des circonstances : il remonte au principe et à la racine du problème. Car le meurtre physique n’est que le dernier acte d’un processus qui vient de loin : pour tuer, il faut y avoir consenti. Dans un regard de haine, dans un mot de colère, dans la dureté d’un jugement, la mort est à l’œuvre. C’est de là, nous dit Jésus, que vous devez partir. Tant que vous vous tuerez les uns les autres par la pensée, ne soyez pas surpris de le faire aussi en actes. D’abord et avant tout, déracinez la violence de votre âme. Le voulez-vous ?
L’interdit de l’adultère, lui aussi, a donné lieu à de nombreux accommodements. Autrefois, tel trahissait sa « légitime » épouse sans que la société y trouve à redire. Aujourd’hui, non seulement l’infidélité s’est banalisée, mais d’aucuns en feraient presque un motif de fierté. Le cinéma voudrait nous en convaincre : n’avoir qu’un partenaire est vieillot et ringard. Osez changer, multiplier les expériences ! En vérité, les résultats de cette licence tous azimuts sont peu convaincants et plutôt amers.
Mais ici encore, Jésus s’abstient de condamner des comportements extérieurs, et préfère descendre dans le secret du cœur. Car c’est de là, des désordres de nos désirs, que naissent les drames qui brisent nos couples et parfois nos vies. C’est donc par là, nous dit-il encore, que vous devez commencer. Tant que vous laisserez ces forces vous déchirer, ne soyez pas surpris que vos sentiments partent dans tous les sens. D’abord et avant tout, surveillez vos envies. Le voulez-vous ?
Enfin, la question du serment est abordée par le Christ de façon sobre et éclairante. Car sur ce sujet aussi, les sociétés humaines en rajoutent. Tel président jure sur la Bible sans avoir vraiment cure de ce qu’elle enseigne, ou tel ami promet sans tenir… Veille donc sur tes paroles, nous conseille Jésus, et ne te laisse pas aller à la surenchère. D’accord, oui ou non ?
Seigneur, des forces que je ne contrôle pas s’affrontent en moi. Elles me font détester des personnes que je serais prêt à tuer, désirer des choses pour lesquelles je serais prêt à trahir, faire des promesses auxquelles je tournerais le dos. De ces désordres, mon Dieu, sauve-moi et purifie-moi. J’ai besoin de ton aide.
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