Tu l’as révélé aux tout-petits

Les Innocents, fresque de l'église Saint-Jean, Göreme, Cappadoce, 1212

Les Innocents, fresque de l'église Saint-Jean, Göreme, Cappadoce, 1212

2014 Homélies

Daniel Vigne, Tu l’as révélé aux tout-petits (Mt 11, 25-30), église Saint-Martin, Vic-en-Bigorre, 6 juillet 2014. [pdf]

Tu l’as révélé aux tout-petits

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. […] Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. (Mt 11, 25, 29-30)

 Dans l’Évangile d’aujourd’hui, je crois que Jésus s’adresse à nous pour nous dire un secret, et même deux secrets. Il nous parle comme à des gens qui peuvent comprendre quelque chose que la plupart des gens ne comprennent pas. Il nous confie deux pensées très précieuses, deux bijoux, deux perles. Vous savez, ces perles dont Jésus dit qu’il ne faut pas les jeter aux pourceaux, c’est-à-dire les dire à n’importe qui.

Mais nous ne sommes pas des pourceaux, nous, ici, ce matin, nous qui sommes venus comme des disciples du Christ, comme des chrétiens, pour écouter le Christ et pour communier au Christ. Nous ne sommes pas des pourceaux : nous sommes les brebis du Christ, nous sommes ses amis, ses intimes. Nous sommes son troupeau bien-aimé. Alors écoutons le Christ nous dire ses secrets. Serrons-nous contre notre berger, tout près, pour bien l’entendre.

Et qu’est-ce que nous entendons ? Quels sont ces secrets ? Nous entendons d’abord Jésus, tout bas, prier son Père. Il n’y a pas beaucoup de prières de Jésus dans l’Évangile, il y en a même très peu, donc c’est une occasion unique, écoutons bien le premier secret ! Jésus prie le Père, il partage un secret avec son Père, et il nous le partage à nous aussi. Il nous introduit dans le secret du Père, et voici ce qu’il lui dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. »

Vous voyez bien que c’est une histoire de secret, puisqu’il y a ceux qui le connaissent et ceux qui ne le connaissent pas. Aux uns on le cache, aux autres on le révèle. Mais le secret du secret, c’est que ceux qui croient tout savoir, les sages et les savants, ce sont justement eux qui n’y comprennent rien. Et ceux qui en principe ne savent rien, les simples, les petits, les tout-petits, même, ceux-là, ils comprennent.

Voilà donc le secret numéro un. Je le dis en message codé : il y a des petits qui sont plus grands que les grands. Ou encore, ceux qui se savent petits sont plus grands que ceux qui se croient grands. Vous avez compris ? Pas encore ? Alors laissez-moi vous raconter une histoire.

Il était une fois un troupeau de brebis où chaque brebis voulait être plus grande que sa voisine. Alors chacune levait sa tête de brebis, son museau de brebis, ses oreilles de brebis pour dépasser les autres. Et comme elles faisaient toutes ça, c’était la dispute continuelle et une sacrée pagaille. Mais il y avait, dans le troupeau, une petite brebis que le berger aimait : celle-là, il la prenait sur ses épaules, et il la caressait en lui disant tout bas de gentilles choses. Et quand elle était sur les épaules du berger, évidemment, elle était plus haut que toutes les autres et elle les regardait avec un petit sourire.

Et voilà comment les petits sont plus grands que les grands : en se laissant prendre dans les bras du Christ. En se laissant soulever par le Christ. En ne cherchant plus qui a le plus grand museau, les plus grandes oreilles, la plus grande maison, le plus gros salaire, mais d’abord et avant tout, en faisant confiance à Jésus.

Vous avez compris, maintenant, n’est-ce pas ? Oui, même les enfants ont compris. Et je suis même sûr qu’ils ont très bien compris. Mais aux grands, dont je suis, je voudrais donner encore un conseil : mes amis, arrêtons de nous comparer les uns aux autres. N’essayons pas d’être grands, d’être les plus grands. Ces brebis qui veulent faire les malines, qui se disputent la première place, comme font les pourceaux, elles sont sottes, elles sont idiotes même, car Jésus ne peut pas les prendre dans ses bras. Soyons la petite brebis que Jésus aime, et qu’il soulèvera.

Mais écoutons maintenant le deuxième secret que notre berger nous confie, nous ses disciples, si nous lui faisons confiance. Vous l’avez entendu, il nous dit : « Venez à moi, vous qui êtes fatigués, et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug, car il est léger, et mon fardeau est facile à porter. » Paroles simples, paroles douces, paroles consolantes : et pourtant ce secret-là, les gens du monde ne le comprennent pas non plus, les pauvres ! Ils croient que c’est fatigant d’être chrétien, d’être catholique, de se lever le dimanche pour aller à la messe, d’avoir des principes moraux… Ils nous plaignent d’être soumis à une religion, d’être encombrés par des commandements. Ils voient la foi et la piété comme un fardeau, alors que Jésus nous apprend le contraire ; que c’est une chose légère et qui donne du repos.

C’est cela, le secret numéro deux. Je le dis encore en message codé : il y a des fardeaux qui nous rendent plus légers. Ou encore : il y a des choses qu’on porte, mais qui nous portent. Vous avez compris ? Pas encore tout à fait ? Alors laissez-moi prendre une image. Sur les plateaux des Pyrénées, on croise parfois des randonneurs qui portent de grands sacs, bien plus gros que les sacs à dos ordinaires. Si on ne sait pas ce que c’est (si on n’est pas dans le secret), on pourrait les plaindre d’être ainsi chargés. Et pourtant regardez-les : ils marchent d’un bon pas, ils sont vaillants, guillerets, pourquoi ? Parce que bientôt, ils seront plus légers que nous tous ! Ils seront portés par ce qu’ils portaient, et même être emportés très haut ! Hé oui, ce fardeau, vous l’avez deviné, c’est un parapente. Une grande toile qui va se déployer, soulevée par le vent, qui va les emporter au-dessus des ravins, les faire voyager…

Eh bien la foi chrétienne, c’est comme un parapente. On la porte pour qu’elle nous porte. Elle semble lourde, mais en réalité elle nous rend légers. Elle nous fait vivre dans le souffle de l’Esprit. Elle nous dilate, elle nous ouvre des horizons, elle nous soulève, elle nous guérit. La foi, et tous les actes qui découlent de la foi, nous donnent des ailes ! C’est le deuxième secret. Il est très simple, et je suis sûr que les enfants l’ont bien compris.

Mais à nous, les aînés, qui sommes peut-être plus difficiles à soulever, à ceux d’entre nous qui se disent peut-être : « Tout ça c’est très beau, mais moi, je suis accablé, écrasé ; moi, je colle à la terre, moi, je ne vois pas ce qui me fera décoller… » À ceux-là je voudrais donner un dernier conseil, un autre nom du parapente : c’est la repentance. Curieusement, c’est presque le même mot ! La repentance, c’est ce qui fait remonter la pente, ce qui soulève le cœur fatigué.

Si votre cœur est lourd, mes frères, allez voir tel prêtre, allez voir votre curé, allez vous confesser ! Allez le voir, vous confier à lui, c’est-à-dire à Dieu à travers lui. Vous verrez comme on en sort plus léger. Et nous tous, mes frères, aujourd’hui, confions-nous à Jésus. Laissons-le se pencher sur notre petitesse, nous prendre sur ses épaules. Et sur nos propres épaules, prenons le parapente de la foi. Alors nous sentirons notre cœur guérir, notre vie se dilater. Alors nous serons de ceux que le Christ soulève. Et il nous partagera ses secrets.

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