Simone Weil – Attente de Dieu

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Simone Weil (1909-1943)

Simone Weil (1909-1943)

Livres religieux

Simone Weil – Attente de Dieu, Paris, éditions de la Colombe, 1950 (résumé-citations D. Vigne, 18 pages pdf).

Simone Weil

Attente de Dieu

Première Lettre

Sacrements. « Les sacrements ont une valeur spécifique qui constitue un mystère, en tant qu’ils impliquent une certaine espèce de contact avec Dieu, contact mystérieux, mais réel. En même temps ils ont une valeur purement humaine en tant que symboles et cérémonies. Sous ce second aspect ils ne diffèrent pas essentiellement des chants, gestes et mots d’ordre de certains partis politiques ».

« Je crois que seuls ceux qui sont au-dessus d’un certain niveau de spiritualité peuvent avoir part aux sacrements en tant que tels. Ceux qui sont au-dessous de ce niveau, quoiqu’ils fassent, aussi longtemps qu’ils ne l’ont pas atteint, n’appartiennent pas à proprement parler à l’Église »page 51.

Hors l’Église. « S’il était concevable qu’on se damne en obéissant à Dieu et qu’on se sauve en lui désobéissant, je choisirais quand même l’obéissance. Il me semble que la volonté de Dieu n’est pas que j’entre dans l’Église présentement ». « Je ne puis m’empêcher de me demander si, dans ces temps où une si grande partie de l’humanité est submergée de matérialisme, Dieu ne veut pas qu’il y ait des hommes et des femmes qui se soient donnés à lui et au Christ et qui pourtant demeurent hors de l’Église ». « Aucune pensée ne me fait plus de peine que celle de me séparer de la masse immense et malheureuse des incroyants »52.

« J’aime la liturgie, les chants, l’architecture, les rites et les cérémonies catholiques. Mais je n’ai à aucun degré l’amour de l’Église proprement parler, en dehors de son rapport à toutes ces choses que j’aime »55.

Péché et grâce. « Je porte en moi-même le germe de tous les crimes ou presque. Je m’en suis aperçue ». « Les crimes me faisaient horreur, mais ne me surprenaient pas ; j’en sentais en moi-même la possibilité ; c’est même parce que j’en sentais en moi-même la possibilité qu’ils me faisaient horreur »53.

« S’il arrive un jour que j’aime Dieu suffisamment pour mériter la grâce du baptême, je recevrai cette grâce ce même jour, infailliblement, sous la forme que Dieu voudra, soit au moyen du baptême proprement dit, soit de tout autre manière. Dès lors pourquoi aurais-je aucun souci ? Ce n’est pas mon affaire de penser à moi. Mon affaire est de penser à Dieu. C’est à Dieu à penser à moi »55.

Deuxième Lettre

L’Église « chose sociale ». « Ce qui me fait peur, c’est l’Église en tant que chose sociale ». « J’ai peur de de patriotisme de l’Église qui existe dans les milieux catholiques ». « Je sens avec certitude que tout sentiment de ce genre, quel qu’en soit l’objet, est funeste pour moi ». « Des saints ont approuvé les Croisades, l’Inquisition. Je ne peux pas ne pas penser qu’ils ont eu tort ». « Ils ont été aveuglés par quelque chose de très puissant. Ce quelque chose, c’est l’Église en tant que chose sociale. Si cette chose sociale leur a fait du mal, quel mal ne me ferait-elle pas à moi, qui suis particulièrement vulnérable aux influences sociales ? »59.

« Le social est irréductiblement le domaine du diable » ; « par social je n’entends pas tout ce qui se rapporte à une cité, mais seulement les sentiments collectifs ». « Je sais bien qu’il est inévitable que l’Église soit aussi une chose sociale ; sans quoi elle n’existerait pas. Mais pour autant qu’elle est une choses sociale elle appartient au Prince de ce monde ». « Je sens qu’il m’est nécessaire, qu’il m’est prescrit de me trouver seule, étrangère et en exil par rapport à n’importe quel milieu humain sans exception »60.

Patience et Passion. « Je crois que dans les choses très importantes on ne franchit pas les obstacles. On les regarde fixement, aussi longtemps qu’il le faut, jusqu’à ce que, dans le cas où ils procèdent des puissances d’illusion, ils disparaissent ». « Si on veut les franchir avant qu’ils aient disparu, on risque des phénomènes de compensation »62.

« Si j’avais mon salut éternel posé devant moi sur cette table, et si je n’avais qu’à tendre la main pour l’obtenir, je ne tendrais pas la main aussi longtemps que je ne penserais pas en avoir reçu l’ordre »62.

« Car je ne désire pas autre chose que l’obéissance elle-même dans sa totalité, c’est-à-dire jusqu’à la croix » 63. « Mon plus grand désir est de perdre non seulement toute volonté, mais tout être propre »(4e Lettre)65. « Toutes les fois que je pense à la cruxifixion du Christ, je commets le péché d’envie »(5e Lettre)89.

Quatrième Lettre

Chrétienne dès l’enfance. « Je ne peux dire que dans toute ma vie je n’ai jamais à aucun moment, cherché Dieu » ; « il me paraissait inutile de résoudre ce problème »70. « Je suis pour ainsi dire née, j’ai grandi, je suis toujours demeurée dans l’inspiration chrétienne »71.

« À quatorze ans je suis tombée dans un de ces désespoirs sans fond de l’adolescence ». « Après des mois de ténèbres intérieures, j’ai eu soudain et pour toujours la certitude que n’importe quel être humain, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservée au génie, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d’attention pour l’atteindre. Il devient ainsi lui aussi un génie, même si faute de talent ce génie ne peut pas être visible à l’extérieur ». « La certitude que j’avais reçue, c’était que quand on désire du pain on ne reçoit pas des pierres »72.

« J’ai eu dès la première enfance la notion chrétienne de charité ». « Le devoir d’acceptation à l’égard de la volonté de Dieu s’est imposé à mon esprit ». « La notion de pureté s’est emparée de moi à seize ans ». « Quant à l’esprit de pauvreté, je ne me rappelle pas de moment où il n’ait pas été en moi ». « C’est pourquoi il ne m’est jamais venu à l’esprit que je pourrais entrer dans le christianisme. J’avais l’impression d’être née à l’intérieur »73.

Probité. « Mais ajouter à cette conception de la vie le dogme lui-même, sans y être contrainte par une évidence m’aurait paru un manque de probité ». « J’ai de la probité intellectuelle une notion extrêmement rigoureuse ».

Rencontre du Christ. « Je savais bien qu’il y avait beaucoup de malheur dans le monde, j’en étais obsédée, mais je ne l’avais jamais constaté par un contact prolongé. Etant en usine, confondue aux yeux de tous et à mes propres yeux avec la masse anonyme, le malheur des autres est entré dans ma chair et dans mon âme »74. « J’ai reçu là pour toujours la marque de l’esclavage »75. « J’ai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves »75.

« En 1938 j’ai passé dix jours à Solesmes » ; « j’y ai découvert le poème intitulé Amour ». « Au moment culminant des crises violentes de maux de tête, je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute mon attention ». « C’est au cours d’une de ces récitations que le Christ lui-même est descendu et m’a prise ».

« Je n’avais pas prévu la possibilité de cela, d’un contact réel, de personne à personne, ici-bas, entre un être humain et Dieu ». « Dans cette soudaine emprise ni les sens ni l’imagination n’ont eu aucune part ; j’ai seulement senti à travers la souffrance la présence d’un amour analogue à celui qu’on lit dans le sourire d’un visage aimé » 76. « Dieu m’avait miséricordieusement empêchée de lire les mystiques, afin qu’il me fût évident que je n’avais pas fabriqué ce contact absolument inattendu ».

Réticences. « Pourtant j’ai encore à moitié refusé, non mon amour, mais mon intelligence ». « On ne peut jamais trop résister à Dieu si on le fait par pur souci de la vérité. Le Christ aime qu’on lui préfère la vérité, car avant d’être le Christ il est la vérité ».

« C’est après cela que j’ai senti que Platon est un mystique, que toute l’Illiade est baignée de lumière chrétienne, et que Dionysos et Osiris sont d’une certaine manière le Christ lui-même ; et mon amour en a été redoublé »77.

Découverte de la prière. « Pendant toute cette progression spirituelle je n’ai jamais prié. Je craignais le pouvoir de suggestion de la prière ». Mais « l’été dernier, j’ai appris le Pater en grec » ; « la douceur infine de ce texte m’a alors tellemnt prise que pendant quelques jours je ne pouvais m’empêcher de le réciter continuellement ». « Depuis lors je me suis imposé pour unique pratique de réciter une fois chaque matin avec une attention absolue. Si pendant la récitation mon attention s’égare ou s’endort, fût-ce d’une manière infinitésimale, je recommence jusqu’à ce que j’aie obtenu une fois une attention absolument pure »78.

« La vertu de cette pratique est extraordinaire ». « Parfois les premiers mots déjà arrachent ma pensée à mon corps et la transportent en un lieu hors de l’espace ». « Les bruits, s’il y en a, ne me parviennent qu’après avoir traversé ce silence »79.

Hors de l’Église. « Je n’ai jamais eu même une fois, même une seconde, la sensation que Dieu me veut dans l’Église ». « Il me semble que sa volonté est que je reste au dehors à l’avenir aussi, sauf peut-être au moment de la mort »81. « Le christianisme étant catholique en droit et non en fait, je regarde comme légitime de ma part d’être membre de l’Église en droit et non en fait »82. « Je trahirais la vérité si je quittais le point où je me trouve depuis la naissance, à l’intersection du christianisme et de tout ce qui n’est pas lui »83.

‘Anathema sit’. « Il y a un obstacle absolument infranchissable à l’incarnation du christianisme. C’est l’usage des deux petits mots ‘anathema sit’. Non pas leur existence, mais l’usage qu’on en a fait jusqu’ici. C’est cela aussi qui m’empêche de franchir le seuil de l’Église. Je reste aux côtés de toutes les choses qui ne peuvent pas entrer dans l’Église, ce réceptacle universel, à cause de ces deux petits mots »84.

Langages. « Il y a deux langages tout à fait distincts, quoique composés des mêmes mots, le langage collectif et le langage individuel »85. « Le langage de la place publique n’est pas celui de la chambre nuptiale » ; « la parole de Dieu est la parole secrète »86.

« L’Église aujourd’hui défend la cause des droits imprescriptibles de l’individu contre l’oppression collective, de la liberté de penser contre la tyrannie. Mais ce sont des causes qu’embrassent volontiers ceux qui se trouvent momentanément ne pas être les plus forts. C’est leur unique moyen de redevenir peut-être un jour les plus forts. Cela est bien connu »87.

Cinquième Lettre

« Dans mon cas particulier, pour être engendrée à partir de l’eau et de l’esprit, je dois m’abstenir de l’eau visible »93. « Cela semble une position d’équilibre instable, mais la fidélité, permet d’y demeurer indéfiniment sans bouger, ‘en hupoménê' »94.

Sixième Lettre

Amour. « C’est dans le malheur lui-même que resplendit la miséricorde de Dieu. Si on tombe en persévérant dans l’amour jusqu’au point où l’âme ne peut plus retenir le cri ‘Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné’, si on demeure en ce point sans cesser d’aimer, on finit par toucher quelque chose qui n’est plus le malheur, qui n’est pas la joie, qui est l’essence centrale, essentielle, pure, non sensible, commune à la joie et à la souffrance, et qui est l’amour même de Dieu »96.

« Quand même il n’y aurait rien de plus pour nous que la vie d’ici-bas, quand même l’instant de la mort ne nous apporterait rien de nouveau, la surabondance infinie de la miséricorde divine est déjà secrètement présente ici-bas tout entière »97.

« Il y a seulement une occasion où je ne sais vraiment plus rien de cette certitude. C’est le contact avec le malheur d’autrui ». « Ce contact me fait si atrocement mal, me déchire tellement l’âme de part en part, que l’amour de Dieu m’en devient quelque temps presque impossible »98.

Stoïcisme. « Vous pensez que j’ai droit au nom de chrétienne ». « Pourtant j’ai été élevée par mes parents et mon frère dans un agnosticisme complet ; et je n’ai jamais fait le moindre effort pour en sortir ».

« La Grèce, l’Égypte, l’Inde antique, la Chine antique, la beauté du monde, les reflets purs et authentiques de cette beauté dans les arts et dans la science, le spectacle des replis du cœur humain dans des cœurs vides de croyance religieuse, toutes ces choses ont fait autant que les choses visiblement chrétiennes pour me livrer captive au Christ »101. « Si vraiment j’ai droit au nom de chrétienne, je sais par expérience que la vertu stoïcienne et la vertu chrétienne sont une seule et même vertu ».

Catholicité. « Il me semble certain qu’il y a chez vous une sérieuse imperfection »102 ; « cette imperfection, c’est, je crois, l’attachement à l’Église comme à une patrie terrestre ». « Les enfants de Dieu ne doivent avoir aucune autre patrie ici-bas que l’univers lui-même »103. « Il faut être catholique, c’est-à-dire n’être relié par un fil à rien qui soit créé, sinon la totalité de la création »104.

Sainteté. Il faut aujourd’hui « un type nouveau de sainteté, un jaillissement, une invention ». « Seule une espèce de perversité peut obliger les amis de Dieu à se priver d’avoir du génie, puisque pour recevoir la surabondance du génie il leur suffit de le demander à leur Père au nom du Christ ». C’est une demande légitime, aujourd’hui tout au moins, parce qu’elle est nécessaire ». « Le monde a besoin de saints qui aient du génie »105.

Crainte. « Par un retournement étrange, la pensée de la colère de Dieu ne suscite en moi que de l’amour. C’est la pensée de la faveur possible de Dieu, de sa miséricorde, qui me cause une sorte de crainte, qui me fait trembler ». « Mais le sentiment d’être pour le Christ comme un figuier stérile me déchire le cœur »107.

Réflexions sur le bon usage des études

Attention. « La formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études ». « Cette attention orientée vers Dieu, est la substance même de la prière »114. « Si on cherche avec une véritable attention la solution d’un problème de géométrie, et si, au bout d’une heure, on n’est pas plus avancé », « cet effort en apparence stérile et sans fruit a mis plus de lumière dans l’âme. Le fruit se retrouvera un jour, plus tard, dans la prière »115.

Apprentissage. « Il faut donc étudier sans aucun désir d’obtenir aucun résultat scolaire », « en s’appliquant pareillement à tous les exercices, dans la pensée qu’ils servent tous à former cette attention qui est la substance de la prière »116.

« La seconde condition est de s’astreindre rigoureusement à regarder en face, à contempler avec attention, pendant longtemps, chaque exercice scolaire manqué, dans toute la laideur de sa médiocrité ». « La vertu d’humilité, trésor infiniment plus précieux que tout progrès scolaire, peut être acquise ainsi. À cet égard la contemplation de sa propre bêtise est plus utile peut-être même que celle du péché »117.

Désir. « La volonté, contrairement à ce que l’on croit, n’a presque aucune place dans l’étude. L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie »118.

« L’attention est un effort, le plus grand des efforts peut-être, mais c’est un effort négatif. Par lui-même il ne comporte pas la fatigue ». « L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet »119. « Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus »120. « Heureux ceux qui passent leur adolescence et leur jeunesse seulement à former ce pouvoir d’attention »121.

Amour. « Ce n’est pas seulement l’amour de Dieu qui a pour substance l’attention. L’amour du prochain est fait de la même substance. Les malheureux n’ont pas besoin d’autre chose en ce monde que d’hommes capables de faire attention à eux.

La capacité de faire attention à un malheureux est chose très rare, très difficile ; c’est presque un miracle ». « La chaleur, l’élan du cœur, la pitié n’y suffisent pas ». « Ce regard est d’abord un regard attentif, où l’âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l’être qu’elle regarde tel qu’il est, dans toute sa vérité »122.

L’Amour de Dieu et le malheur

« Dans le domaine de la souffrance, le malheur est une chose à part, spécifique, irréductible. Il est tout autre chose que la simple souffrance. Il s’empare de l’âme et la marque, jusqu’au fond, d’une marque qui n’appartient qu’à lui, la marque de l’esclavage »124.

« Le malheur est un déracinement de la vie, un équivalent plus ou moins atténué de la mort »125. « Des êtres humains peuvent vivre vingt ans, cinquante ans dans cet état violent. On passe à côté d’eux sans s’en apercevoir ». « La grande énigme de la vie humaine, ce n’est pas la souffrance, c’est le malheur ». « Il est étonnant que Dieu ait donné au malheur la puissance de saisir l’âme elle-même des innocents et de s’en emparer en maître souverain »126.

« Celui que marque le malheur ne gardera que la moitié de son âme ». « Le malheur rend Dieu absent pendant un temps, plus absent qu’un mort ». « Pendant cette absence il n’y a rien à aimer »127 ; « il faut que l’âme continue à aimer à vide, ou du moins à vouloir aimer ».

« Si l’âme cesse d’aimer, elle tombe dès ici-bas dans quelque chose de presque équivalent à l’enfer »128. « Il faut seulement savoir que l’amour est une orientation et non pas un état d’âme. Si on l’ignore on tombe dans le désespoir dès la première atteinte du malheur »140.

Formes de l’Amour implicite de Dieu

« L’amour implicite de Dieu ne peut avoir que trois objets immédiats, les trois seuls objets d’ici-bas où Dieu soit réellement, quoique secrètement présent. Ces objets sont les cérémonies religieuses, la beauté du monde, et le prochain. Cela fait trois amours ». « À ces trois amours il faut peut-être ajouter l’amitié ». « L’ensemble de ces amours constitue l’amour de Dieu sous la forme qui convient à la période préparatoire, sous forme enveloppée »144.

1. L’Amour du prochain

‘J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger’ ; « Dans ce texte de l’Évangile, il semble que la dignité spirituelle de celui qui reçoit ne soit pas du tout en cause. Il faut alors admettre que c’est le bienfaiteur lui-même, comme porteur du Christ, qui fait entrer le Christ dans le malheureux affamé avec le pain qu’il lui donne ». « Si le don est bien donné et bien reçu, le passage d’un morceau de pain d’un homme à un autre est quelque chose comme une vraie communion »145.

Justice. « La vertu surnaturelle de justice consiste, si on est le supérieur dans le rapport inégal des forces, à se conduite exactement comme s’il y avait égalité ». « Celui qui traite en égaux ceux que le rapport des forces met loin au-dessous de lui leur fait véritablement don de la qualité d’êtres humains dont le sort les privait. Autant qu’il est possible à une créature, il reproduit à leur égard la générosité originelle du Créateur ». « Cette vertu est la vertu chrétienne par excellence »149.

Effacement. « Le vrai Dieu est le Dieu conçu comme tout-puissant, mais comme ne commandant pas partout où il en a le pouvoir ». « Ainsi l’existence du mal ici-bas, loin d’être une preuve contre la réalité de Dieu, est ce qui nous la révèle dans sa vérité ». « La création est de la part de Dieu un acte non pas d’expansion de soi, mais de retrait, de renoncement ». « Dieu a accepté cette diminution »150. « Dieu a permis d’exister à des choses autres que lui et valant infiniment moins que lui. Il s’est par l’acte créateur nié lui-même ».

Reconnaissance. « Celui qui, étant réduit par le malheur à l’état de chose inerte et passive revient au moins pour un temps à l’état humain par la générosité d’autrui, celui-là est engendré d’en haut ». « Traiter le prochain malheureux avec amour, c’est quelque chose comme le baptiser ».

« L’amour surnaturel du prochain, c’est l’échange de compassion et de gratitude qui se produit comme un éclair entre deux êtres dont l’un est pourvu et l’autre privé de la personne humaine. L’un des deux est seulement un peu de chair nue, inerte et sanglante au bord d’un fossé ». « Un seul s’arrête et y fait attention ».

Attention créatrice. « Cette attention est créatrice au moment où elle s’opère elle est renoncement. Du moins si elle est pure »152. « L’attention créatrice consiste à faire réellement attention à ce qui n’existe pas ». « Dieu a pensé ce qui n’était pas, et par le fait de le penser l’a fait être ». « Dieu seul a ce pouvoir, de penser réellement ce qui n’est pas. Seul Dieu présent en nous peut réellement penser la qualité humaine chez les malheureux »154. « L’amour du prochain est l’amour qui descend de Dieu vers l’homme ». « Partout où les malheureux sont aimés pour eux-mêmes, Dieu est présent ».

Secret. « En regardant les créatures il ne faut pas penser explicitement au Créateur. Dans ces moments la présence de Dieu en nous a pour condition un secret si profond qu’elle soit un secret même pour nous »155. « Dans l’amour vrai, ce n’est pas nous qui aimons les malheureux en Dieu, c’est Dieu en nous qui aime les malheureux ». « Le Christ remercie ceux qui ne savaient pas à qui ils donnaient à manger »156.

2. L’Amour de l’ordre du monde

« Par l’amour de l’ordre du monde nous imitons l’amour divin qui a créé cet univers dont nous faisons partie » 162. « Se vider de sa fausse divinité, se nier soi-même, renoncer à être en imagination le centre du monde », « c’est consentir au règne de la nécessité mécanique dans la matière et du libre choix au centre de chaque âme ».

« Le stoïcisme grec, qui fut quelque chose de merveilleux et dont le christianisme primitif était infiniment proche, était à peu près exclusivement amour de la beauté du monde »163. « À notre époque, la beauté du monde est presque la seule voie par laquelle on puisse laisser pénétrer Dieu »165.

« La beauté du monde est la coopération de la Sagesse divine à la création ». « C’est le sourire de tendresse du Christ pour nous à travers la matière ». « C’est aussi quelque chose comme un sacrement »167.

« Tous les hommes savent que la beauté seule a droit à notre amour ». « La beauté est la seule finalité ici-bas ». « Nous allons vers elle sans savoir quoi lui demander »168. « C’est parce que la beauté ne contient aucune fin qu’elle constitue ici-bas l’unique finalité. Car ici-bas il n’y a pas du tout de fins. Toutes ces choses que nous prenons pour des fins sont des moyens. C’est là une vérité évidente ». « La beauté n’est pas un moyen pour autre chose ». « Néanmoins, comme elle est l’unique finalité, elle est présente dans toutes les poursuites humaines »169 : – « Le luxe est la finalité de la richesse. Et le luxe est la beauté ». – « L’amour du pouvoir revient au désir d’établir un ordre », lequel « est désirable par le sentiment du beau »170. – « La guerre elle-même touche d’une manière vive et poignante la sensibilité au beau ». – « La science a pour objet l’étude et la reconstruction théorique de l’ordre du monde »171. « La contemplation de cette image de l’ordre du monde constitue un certain contact avec la beauté du monde ». – « Le travail physique constitue un contact spécifique avec la beauté du monde ». « C’est l’immense privilège que Dieu a réservé à ses pauvres. Mais ils ne le savent presque jamais »172. « À l’époque où il y avait une civilisation populaire, le peuple avait sans doute accès à ce trésor ». – « L’amour charnel sous toutes ses formes a pour objet la beauté du monde »173. « Le désir d’aimer dans un être humain la beauté du monde est essentiellement le désir de l’Incarnation ». « C’est pour cela que les péchés dans ce domaine sont graves. Ils constituent une offense à Dieu du fait même que l’âme est inconsciemment en train de chercher Dieu ». « Qu’il y ait ou non union charnelle, l’échange d’amour est illégitime si de part et d’autre le consentement ne procède pas de ce point central de l’âme où le oui ne peut être qu’éternel »174. – « Les différentes espèces de vices, l’usage de stupéfiants », « la fausse mystique »… « D’une manière générale tous les goûts des hommes, ont un rapport à un ensemble de circonstances, à un milieu où il leur semble avoir accès à la beauté du monde »175.

« Souvent aussi dans la recherche du plaisir charnel les deux mouvements se combinent, le mouvement de courir vers la beauté pure et le mouvement de fuit loin d’elle ». « De toutes manières il n’y a pas dans la vie humaine de région qui soit le domaine de la nature. Le surnaturel est présent partout en secret »176.

« Le christianisme ne s’incarnera pas tant qu’il ne se sera pas adjoint la pensée stoïcienne, la piété filiale pour la cité du monde »177. « Si l’orientation de l’âme est l’amour, plus on contemple la nécessité, plus on en serre contre soi, à même la chair, la dureté et le froid métallique, plus on s’approche de la beauté du monde ».

« L’absence de finaltié, l’absence d’intention est l’essence de la beauté du monde »178. « L’imitation de la beauté du monde, la réponse à l’absence de finalité, d’intention, de discrimination, c’est l’absence d’intention en nous, c’est la renonciation à la volonté propre ».

« Ce qui en l’homme est l’image même de Dieu, c’est quelque chose qui en nous est attaché au fait d’être une personne, mais qui n’est pas ce fait lui-même. C’est la faculté de renoncement à la personne. C’est l’obéissance »180. « Dieu a créé notre autonomie pour que nous ayons la possibilité d’y renoncer par amour »181.

3. L’Amour des pratiques religieuses

« L’amour de la religion instituée, quoique le nom de Dieu y soit nécessairement présent, n’est pas par lui-même un amour explicite, mais implicite de Dieu. Car il n’enferme pas un contact direct, immédiat avec Dieu »182.

« Les choses religieuses sont des choses sensibles particulières, existant ici-bas, et pourtant parfaitement pures « 186. « C’est là une vérité de fait, qui par suite n’est pas susceptible de démonstration. Elle n’est susceptible que de vérification expérimentale ».

« La pureté des choses religieuses est presque partout manifeste sous la forme de la beauté ». « Mais au centre même il y a quelque chose qui est entièrement dépourvu de beauté, quelque chose qui est uniquement convention « . « Cette convention placée au point central, c’est l’Eucharistie »187.

« L’absurdité du dogme de la présence réelle en constitue la vertu ». « Dieu ne peut être présent ici-bas que dans le secret. Sa présence dans l’Eucharistie est vraiment secrète, puisque aucune partie de notre pensée n’est admise au secret. Aussi est-elle totale »188.

« Le jour où un être parfaitement pur se trouve ici-bas sous forme humaine, automatiquement la plus grande quantité possible de mal diffus autour de lui se concentra sur lui sous forme de souffrance »190. « De même quand un être humain porte son regard et son attention sur l’Agneau de Dieu présent dans le pain consacré, une partie du mal qu’il contient en lui se porte sur la pureté parfaite et y subit une destruction » ou plutôt « une transmutation ».

« Les hommes négligent de boire à la source de pureté »191. Pourtant « la pureté qui est offerte à nos yeux est infinie ». « Une des vérités capitales du christianisme, aujourd’hui bien méconnue, est que le regard est ce qui sauve »192. « L’effort par lequel l’âme se sauve ressemble à celui par lequel on regarde, par lequel on écoute, par lequel une fiancée dit oui. C’est un acte d’attention et de consentement ».

« Dans les actes d’obéissance à Dieu, on est passif ; quelles que soient les peines qui les accompagnent, quel que soit le déploiement apparent d’activité, il ne se produit dans l’âme rien d’analogue à l’effort musculaire ; il y a seulement attente, attention, silence, immobilité à travers la souffrance et la joie »193.

« Nous ne pouvons pas faire même un pas vers le ciel. La direction verticale nous est interdite. Mais si nous regardons longtemps le ciel, Dieu descend et nous enlève. Il nous enlève facilement ».

« C’est parce que la volonté est impuissante à opérer le salut que la notion de morale laïque est une absurdité. Car ce qu’on nomme la morale ne fait appel qu’à la volonté, et dans ce qu’elle a pour ainsi dire de plus musculaire. La religion au contraire correspond au désir, et c’est le désir qui sauve ».

« La caricature romaine du stoïcisme fait aussi appel à la volonté musculaire. Mais le vrai stoïcisme, le stoïcisme grec, est uniquement désir, piété et amour. Il est plein d’humilité »194.

« Désirer Dieu et renoncer à tout le reste, c’est cela seul qui sauve ». « L’attitude qui opère le salut ne ressemble à aucune activité. Le mot grec qui l’exprime est hupomenê « 195. « Cette attente du bien et de la vérité est quelque chose de plus intense que toute recherche »196.

« Il devrait être reconnu publiquement, officiellement, que la religion ne consiste pas en autre chose qu’en un regard. Tant qu’elle prétend être autre chose, il est inévitable ou qu’elle soit enfermée à l’intérieur des églises, ou qu’elle étouffe tout en tout autre lieu où elle se trouve.

La religion ne doit pas prétendre occuper dans la société une autre place que celle qui convient à l’amour surnaturel dans l’âme ». « Notre Père ne réside que dans le secret. L’amour ne va pas sans pudeur. La foi véritable implique une grande discrétion ».

« Au centre de la religion catholique se trouve un peu de matière sans forme, un peu de pain. L’amour dirigé sur ce morceau de matière est nécessairement impersonnel « . « Ce fragment de matière qui est au centre de la religion catholique, c’est ce qu’il y a en elle de plus scandaleux et c’est en quoi réside sa plus merveilleuse vertu ».

« L’amour de Dieu doit être impersonnel, tant qu’il n’y a pas encore eu contact direct et personnel ; autrement c’est un amour imaginaire. Ensuite il doit être à la fois personnel et de nouveau impersonnel en un sens plus élevé »198

4. Amitié

« Quand le mobile qui pousse vers un être humain est seulement la recherche d’un bien, les conditions de l’amitié ne sont pas réalisées. L’amitié est une harmonie surnaturelle, une union des contraires »200. « ‘L’amitié est une égalité faite d’harmonie’, disaient les pythagoriciens. Il y a harmonie parce qu’il y a unité surnaturelle entre deux contraires qui sont la nécessité et la liberté »202, ou encore « la subordination et l’égalité »203.

« Du fait que le désir de plaire et le désir inverse sont absents de l’amitié pure, il y a en elle, en même temps que l’affection, quelque chose comme une complète indifférence. Bien qu’elle soit un lien entre deux personnes, elle a quelque chose d’impersonnel. Elle n’entame pas l’impartialité ».

« L’amitié a quelque chose d’universel. Elle consiste à aimer un être humain comme on voudrait pouvoir aimer en particulier chacun ». « Il n’y a amitié que là où la distance est conservée et respectée »204. « Quand les liens d’affections et de nécessité entre êtres humains ne sont pas surnaturellement transformés en amitié, non seulement l’affection est impure et basse, mais aussi elle se mélange de haine et de répulsion ».

« L’amitié pure enferme quelque chose comme un sacrement ». « L’amitié pure est une image de l’amitié originelle et parfaite qui est celle de la Trinité et qui est l’essence même de Dieu ».

5. Amour implicite et amour explicite

« Dans la période préparatoire l’âme aime à vide. Elle ne sait pas si quelque chose de réel répond à son amour. Elle peut croire qu’elle le sait. Mais croire n’est pas savoir »207. « Concernant les choses divines, la croyance ne convient pas. La certitude seule convient. Tout ce qui est au-dessous de la certitude est indigne de Dieu »206.

« Il ne dépend pas d’une âme de croire à la réalité de Dieu si Dieu ne révèle pas cette réalité. Ou elle met le nom de Dieu comme étiquette sur autre chose, et c’est l’idolâtrie ; ou la croyance à Dieu reste abstraite et verbale »208.

« Dieu est la pure beauté « . « Il y a un silence dans la beauté de l’univers qui est comme un bruit par rapport au silence de Dieu ». « Dieu est le véritable prochain. Le terme de personne ne s’applique avec propriété qu’à Dieu, et aussi le terme d’impersonnel. Dieu est celui qui se penche sur nous, nous malheureux réduits à n’être qu’un peu de chair inerte et saignante. Mais en même temps il est en quelque sorte aussi ce malheureux qui nous apparaît seulement sous l’aspect d’un corps inanimé d’où il semble que toute pensée soit absente ».

« Le corps inanimé, c’est cet univers créé »210.

« Le contact avec Dieu est le véritable sacrement. Mais on peut être presque sûr que ceux chez qui l’amour de Dieu a fait disparaître les amours purs d’ici-bas sont de faux amis de Dieu ». « Le prochain, les amis, les cérémonies religieuses, la beauté du monde ne tombent pas au rang des choses irréelles après le contact direct entre l’âme et Dieu. Au contraire, c’est alors seulement que ces choses deviennent réelles »211.

À propos du « Pater »

Notre Père qui es dans les cieux. « C’est le Père qui est dans les cieux. Non ailleurs. Si nous croyons avoir un Père ici-bas, ce n’est pas lui, c’est un faux Dieu »212. « Nous ne pouvons diriger vers lui que notre regard. Il n’y a pas à le chercher, il faut seulement changer la direction du regard. C’est à lui de nous chercher ».

Soit sanctifié ton nom, vienne ton règne. « Son nom est sa parole. C’est le Verbe ». « C’est le Médiateur »213. « Le règne de Dieu, c’est le Saint-Esprit ». « On ne peut que l’appeler » ; « l’appeler purement et simplement ». « Que penser à lui soit un appel et un cri ».

Soit accomplie ta volonté pareillement au ciel et sur terre. « Tous les événements qui se sont produits, quels qu’ils soient, sont conformes à la volonté du Père tout-puissant ». « L’avenir aussi, une fois accompli, se sera accompli conformément à la volonté de Dieu »214. « Notre désir perce le temps pour trouver derrière l’éternité ». « C’est là tout autre chose que la résignation ». L’obéissance du cours des événements à Dieu est par elle-même un bien absolu »215.

Notre pain, celui qui est surnaturel, donne-le nous aujourd’hui. « Il est une énergie transcendante, dont la source est au ciel, qui coule en nous dès que nous le désirons ». « Nous devons demander cette nourriture ». « Nous ne devons pas supporter de rester un seul jour sans elle »217.

Et remets-nous nos dettes, de même que nous aussi nous avons remis à nos débiteurs. « Au moment de dire ces paroles, il faut déjà avoir remis toutes les dettes » : « tout ce que nous attendons de la part des êtres et des choses, tout ce que nous croyons dû », « tous les droits que nous croyons que le passé nous donne sur l’avenir », « le droit à une certaine permanence », « le droit à une compensation pour chaque effort »218

« En renonçant d’un coup à tous les fruits du passé sans exception, nous pouvons demander à Dieu que nos péchés passés ne portent pas dans notre âme leurs misérables fruits de mal et d’erreur ». « La principale créance que nous croyons avoir sur l’univers, c’est la continuation de notre personnalité »219. « La remise des dettes, c’est le renoncement à sa propre personnalité. Renoncer à tout ce que j’appelle moi ». « C’est la pauvreté spirituelle, la nudité spirituelle, la mort. Si nous acceptons complètement la mort, nous pouvons demander à Dieu de nous faire revivre purs du mal qui est en nous »220.

Et ne nous jette pas dans l’épreuve, mais protège-nous du mal. « Le mot ‘Père’ a commencé la prière, le mot ‘mal’ la termine ». « L’âme est prête pour la véritable humilité qui couronne toutes les vertus »221.

« Cette prière contient toutes les demandes possibles ; on ne peut pas concevoir de prière qui n’y soit déjà enfermée. Elle est à la prière comme le Christ à l’humanité. Il est impossible de la prononcer une fois en portant à chaque mot la plénitude de l’attention, sans qu’un changement peut-être infinitésimal, mais réel s’opère dans l’âme »222.

Les fils de Noé et la civilisation méditerranéenne

« Les Hébreux imputent une faute à Cham et font tomber la malédiction sur un de ses nommé Canaan. Les Hébreux se vantaient d’avoir entièrement exterminé quantité de cités et de peuples sur le territoire de Canaan ». « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage »224.

« Noé, enivré de vin, était nu dans sa tente. Nu comme Adam et Ève avant la faute ». « Seuls quelques êtres parfaits sont morts et nus ici-bas, de leur vivant. Tels furent saint François d’Assise »225 et saint Jean de la Croix. « Mais s’ils supportaient d’être nus, c’est qu’ils étaient ivres de vin ; ivres du vin qui coule tous les jours sur l’autel. Ce vin est le seul remède à la honte qui a saisi Adam et Ève ».

‘Cham vit la nudité de son père’. « L’Égypte et la Phénicie sont filles de Cham. Hérodote, voyait dans l’Égypte l’origine de la religion et dans les Phéniciens les agents de transmission »226. « La connaissance et l’amour d’une seconde personne divine », »médiatrice, souffrante, rédemptrice des âmes : voilà ce que les nations ont trouvé à l’ombre de l’arbre merveilleux de la nation fille de Cham. C’est là le vin qui enivrait Noé quand Cham le vit ivre et nu »228.

« Tous ceux qui ont une part grande ou petite, au vin de Noé et de Melchisédech, au sang du Christ, tous ceux-là sont frères de l’Égypte et de Tyr. Mais aujourd’hui les fils de Japhet et ceux de Sem font beaucoup plus de bruit, les uns puissants, les autres persécutés »232. « Pour le bassin méditerranéen la légende des trois frères est la clef de l’histoire »233. « Puisse l’esprit de Cham fleurir bientôt de nouveau au bord de ces vagues ! ».

« C’est en respirant l’odeur du sacrifice de Noé que Dieu résolut qu’il n’aurait plus jamais la pensée de détruire l’humanité. Ce sacrifice fut rédempteur. On pourrait presque croire qu’il s’agit du sacrifice du Christ pressenti »234.

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