Daniel Vigne (éd.), Lire le Notre Père avec les Pères, Paris, Parole et Silence, 2009, 430 p., ISBN 978-2-84573-830-0. [éditeur]
Lire le Notre Père avec les Pères
La prière par excellence est pour les chrétiens celle que le Christ leur a laissée, à la fois sobre et solennelle, invoquant Dieu comme leur Père. L’Église des premiers siècles accordait la plus grande importance à cette formule, à sa transmission sous le sceau du secret, à sa juste compréhension. Les Pères de l’Église l’ont interprétée de diverses manières en fonction de leur époque et de leur milieu culturel, mais toujours avec un respect immense. Les paroles du Pater ne sont-elles pas comme un joyau où se condense la lumière de l’Évangile ?
Des spécialistes de l’Antiquité se penchent sur l’histoire de ce trésor spirituel, des origines à l’an 600. Partant de l’Évangile de Luc, puis de la diversité des versions latines, le recueil étudie sept auteurs grecs (Irénée, Origène, le Pseudo-Macaire, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste et Cyrille d’Alexandrie), sept auteurs latins (Tertullien, Cyprien, Juvencus, Chromace d’Aquilée, Jean Cassien, le « Maître » et Grégoire le Grand), et un auteur syriaque (Jacques de Saroug), avec une attention particulière à la portée liturgique et spirituelle du Notre Père, notamment dans les traditions baptismales et pénitentielles.
Daniel Vigne, coordinateur de l’ouvrage, est professeur de Patristique à la Faculté de théologie de l’Institut Catholique de Toulouse. Les vingt-deux auteurs qui y ont contribué sont tous des spécialistes des auteurs étudiés : Élie Ayroulet, Cristian Badilita, Louis Barlet, Agnès Bastit, Antoine Bou Mansour, Luc Brésard, Laurence Brottier, Robert Cabié, Frédéric Chapot, Régis Courtray, Anne Fraïsse, Luc Fritz, Izabela Jurasz, Laurence Mellerin, Jean-Noël Michaud, Philippe Molac, Jean-Luc Molinier, Michel Poirier, Marie-Ange Prudhomme, Jesús Manuel Santiago Vázquez, Daniel Vigne et Françoise Vinel.
Introduction par Daniel Vigne
Depuis les traductions publiées par Adalbert Hamman et les recherches menées par Jean Carmignac, on sait l’importance du Notre Père dans l’Église ancienne et la richesse des interprétations qui en ont été données au long des siècles. Depuis les origines, le christianisme médite les paroles de cette prière immense et solennelle, les transmet aux catéchumènes, en fait un des sommets de sa liturgie. Mais la diversité des commentaires des Pères de l’Église sur le Pater invitait à poursuivre la recherche en étudiant chacun de ces commentaires pour lui-même, de façon plus particulière et plus approfondie.
Tel est l’apport de ce recueil, qui ajoute une contribution nouvelle et originale aux travaux entrepris sur le sujet. Seize auteurs anciens, du Ier au VIe siècles, ont été choisis pour l’intérêt de leur exégèse du Notre Père. Chaque article, rédigé par un spécialiste de l’auteur en question, dégage les aspects essentiels du texte patristique, son contexte historique, sa forme stylistique, son contenu théologique et spirituel. De plus, trois études thématiques (sur les traductions latines, les traditions baptismales et les interprétations pénitentielles du Notre Père) font apparaître les convergences et les interférences entre les auteurs.
L’Orient et l’Occident sont représentés à parts égales : sept auteurs de langue grecque et sept de langue latine. À travers Jacques de Saroug, le monde syriaque n’a pas été oublié. Outre les aires géographiques, l’ordre chronologique des articles montre que chaque période de l’histoire de l’Église ancienne est honorée, depuis l’époque apostolique, avec saint Luc, jusqu’au seuil du Moyen Âge avec Grégoire le Grand. Certes, un nombre encore plus grand d’auteurs aurait pu être cité ; le chantier est immense et reste ouvert à des recherches ultérieures. Mais il est clair que sur chaque auteur étudié, l’ouvrage apporte des éléments décisifs qui guideront désormais les travaux sur ce thème.
Faut-il souligner la qualité et le sérieux des articles ici rassemblés ? Elle sera évidente au lecteur qui entreprendra de les parcourir. Mais l’érudition et la précision scientifique ne devaient pas empêcher les textes d’être lisibles par un public beaucoup plus large. Notre souci, en un mot, était de proposer des études réellement intéressantes, permettant à chacun d’enrichir agréablement ses connaissances intellectuelles, mais aussi de progresser sur son chemin spirituel. Souhaitons que ce double objectif ait été pleinement honoré.
Table des matières
Louis Barlet – La prière du Seigneur dans le troisième Évangile (Lc 9, 51 à 11, 28).
Régis Courtray – Les traductions latines du Notre Père (Mt 6, 9-13).
Marie-Ange Prudhomme – La symphonie du salut. Irénée de Lyon chante le Père.
Jesús Manuel Vázquez Santiago – La petición « danos hoy nuestro pan de cada día » en Tertuliano.
Frédéric Chapot – Volumen aptissimum sed… Quelques considérations sur la fortune du De oratione de Tertullien.
Daniel Vigne – En vue du Notre Père : la première partie du Peri Euchès d’Origène..
Michel Poirier – Cyprien de Carthage face aux difficultés du Notre Père.
Anne Fraïsse et Jean-Noël Michaud – Le Notre Père de Juvencus (Evangeliorum Libri 1, 590-600).
Luc Brésard – Le Pseudo-Macaire. La prière d’un fils.
Élie Ayroulet – La parrêsia, expression de la prière libre et confiante des fils chez Grégoire de Nysse dans le De oratione dominica.
Luc Fritz – L’apport de la version marcionite du Notre Père (Lc 11, 2) dans la défense de la divinité du Saint-Esprit par Grégoire de Nysse.
Laurence Brottier – Une spiritualité de l’instant éternel : Jean Chrysostome médite deux demandes du Notre Père (Mt 6, 11-12).
Laurence Mellerin – Interprétations pénitentielles de la demande sur le pardon des offenses du Notre Père dans les écrits patristiques (Ier-Ve siècle).
Agnès Bastit – L’explication du Notre Père par Chromace d’Aquilée dans le Traité 28 sur Matthieu.
Philippe Molac – « Vivre le Royaume ». L’homélie de Théodore de Mopsueste sur le Notre Père.
Cristian Badilita – Jean Cassien : la « sublime tour » de la prière.
Izabela Jurasz – Le Notre Père commenté par Cyrille d’Alexandrie et ses disciples de la tradition non-chalcédonienne.
Jean-Luc Molinier – La paternité du Christ dans le commentaire du Pater de la Règle du Maître.
Tanios Bou Mansour – Une hymne sur le Notre Père de Jacques de Saroug.
Françoise Vinel – Le Notre Père dans les catéchèses baptismales (IVe-Ve siècles).
Robert Cabié – Une réforme liturgique de Grégoire le Grand : la place du Pater à la messe.
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