Le Testament nouveau

Christ Pantocrator, par Damiane, Ubisi (Géorgie), XIVe s.

Christ Pantocrator, par Damiane, Ubisi (Géorgie), XIVe s.

2006 Homélies

Daniel Vigne, Le Testament nouveau (Jn 14, 27-31), chapelle Sainte-Claire, Institut Catholique de Toulouse, 22 mai 2006. [pdf]

Le Testament nouveau

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : « Je m’en vais, et je reviens vers vous. » […] Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent. Ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. (Jn 14, 27-29)

Aucun texte du Nouveau Testament, peut-être, n’illustre mieux le mot de « Testament » que ce passage des discours après la Cène où Jésus parle comme un homme qui va mourir. Un homme qui, avant de quitter ce monde, nous lègue son héritage. Oui, c’est ici le Testament du Christ. Mais c’est un testament très particulier, d’un type radicalement nouveau.

Car nos chers défunts, nos morts humains, quand ils nous quittent, ne nous laissent que leur ombre : leur cadavre, qu’il faudra rapidement enterrer ; leur souvenir, qui se fanera comme les fleurs qu’on mettra sur leur tombe ; leurs biens matériels, qui sont parfois, comme on sait, la cause d’âpres disputes. C’est pourquoi leurs testaments sont tristes : quand on en ouvre l’enveloppe, c’est que c’est fini. Quand on les lit, c’est sous le signe de l’absence et de la perte.

Mais le Testament du Christ est une bonne nouvelle, car ce qu’il nous lègue, au contraire, c’est sa présence. Et quand on le lit, tout commence. Car ce que nous dit le nouveau Testament, c’est que Jésus ne nous quitte pas : il nous rejoint. Il ne s’éloigne pas : il vient. Il n’est pas mort à jamais, il est vivant pour toujours.

« Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je viens vers vous. » En grec, erchomai pros humas : non pas « je reviens », traduction discutable, ni « je reviendrai » plus tard, mais « je viens », au présent. Je suis à vous, je vis en vous.

Et ce Christ ne vient pas les mains vides : il nous communique sa propre vie. Une vie faite de paix, de joie, d’amour, dont nous parlent les discours après la Cène, ces chapitres 14 à 17 de l’Évangile de Jean où c’est déjà, en fait, le Ressuscité qui parle :

« Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne.» « Je vous dis ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite . » « Demeurez en mon amour »… Ma paix, ma joie, mon amour : voilà le Testament nouveau, voilà notre héritage.

Jésus ne nous laisse pas un corps à enterrer, ne nous met pas, si j’ose dire, un cadavre sur les bras : il incorpore à son corps de gloire, c’est lui qui nous prend dans ses bras. Il ne nous demande pas de fleurir sa tombe, mais de le connaître et l’aimer, vivant, présent en nous et parmi nous. Il ne nous donne pas un patrimoine à gérer, un quelconque avoir à nous partager : il nous accueille et nous rassemble dans son être. Il nous ouvre sa personne, il nous insuffle son Esprit de sainteté.

Alors rendons-lui grâce, et au moment de communier à sa vie, disons-lui tout simplement : Merci.

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