Daniel Vigne, La résurrection de Lazare (Jn 11, 1-44), église de la Nativité de Marie, Cintegabelle, 10 avril 2011. [pdf]
La résurrection de Lazare
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois . » (Jn 11, 23-27)
Deux semaines avant Pâques, l’Église nous fait entendre le récit de la résurrection de Lazare, et nous comprenons bien pourquoi elle a choisi de lire cet Évangile aujourd’hui. Car ce dernier miracle de Jésus, ressuscitant son ami, est comme une prophétie de sa propre résurrection. Déjà nous y voyons Jésus vainqueur de la mort, plus fort que la mort.
Pourtant, il y a une grande différence entre la résurrection de Lazare et celle de Jésus : c’est que Lazare, comme diraient les enfants du catéchisme, « il est re-mort » par la suite. Sa résurrection a été une réanimation provisoire, pas une transformation définitive. C’est une sorte de sursis qui lui est accordé. Lazare sort du tombeau pour revenir à sa condition de vie antérieure, retrouver sa maison, sa famille, redevenir l’homme qu’il était – encore qu’on peut penser qu’il n’était plus tout à fait comme avant. Plus tard il devra à nouveau quitter ce monde pour entrer dans le Royaume.
La résurrection du Christ, au contraire, c’est l’inauguration du Royaume. C’est l’entrée de Jésus dans la gloire, avec un corps transfiguré. Ce n’est pas une survie personnelle, c’est une vivification universelle. En sortant du tombeau, le Christ entraîne toute la création dans une vie nouvelle et éternelle. Désormais il n’est plus dans le monde : c’est le monde qui est en lui, porté, assumé, sauvé. Béni sois-tu, Seigneur, toi qui es vivant pour toujours, toi qui nous entraînes tous dans cette vie.
Mais revenons à Lazare. Curieusement, il y a un autre personnage de l’Évangile qui porte ce nom, c’est le pauvre de la parabole, vous savez, celui qui vivait à la porte du riche et dont les chiens venaient lécher les ulcères. Lui aussi est mort, et le riche, du fond des enfers, fait à Abraham cette prière : « Je t’en prie, envoie Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères … Si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront ». Et Abraham de répondre : « Même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (Lc 16, 27-30).
Entre cette parabole et le récit de la résurrection de Lazare, il y a des points de contact évidents, à commencer par la question de « l’après-mort ». Lazare, dans la parabole, est « emporté par les anges dans le sein d’Abraham ». Qu’est-ce que cela signifie ? Lazare, l’ami de Jésus, meurt de maladie, est mis dans un tombeau, commence même à pourrir, et puis revient à la vie. Entre les deux, où était-il ? Dans le shéol, sorte de lieu intermédiaire entre ici-bas et l’au-delà ? Qu’a-t-il vu, qu’a-t-il raconté, peut-être, comme ces personnes qui disent avoir fait une NDE (Near Death Experience) ? Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, mais cela reste, en fait, bien mystérieux. Nos connaissances à ce sujet sont extrêmement limitées.
Mais il y a un autre point de contact, plus précis et plus concret, entre la parabole et le récit d’aujourd’hui. C’est la question de notre foi en l’au-delà, en la résurrection. Nous ne savons pas exactement ce qui se passe à la mort, mais que croyons-nous ? Sommes-nous comme les frères du riche, qui sont tranquillement installés dans cette vie, qui ne voient pas plus loin que leur confort, leur bien-être immédiat ? Ces gens-là, même quelqu’un qui ressusciterait sous leurs yeux ne les tirerait pas de leur sommeil spirituel. Sommes-nous comme ceux que la résurrection de Lazare va déranger, au point que les grands prêtres vont décider de le tuer (Jn 12, 10) ? Sommes-nous de ceux qu’il ne faut pas troubler avec la question de la mort, qui est devenue aujourd’hui gênante, presque indécente ?
Non, frères et sœurs, nous pouvons, grâce au Christ, croire que la mort n’est pas la fin de tout. Que ceux que nous avons aimés, le Christ les prend dans ses bras, dans son corps, dans son Royaume. Jésus dit à Marthe : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, fût-il mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ». La question nous est posée à chacun : crois-tu à la vie éternelle ? Et du fond de son cœur, elle répond comme un cri : « Oui, Seigneur, je crois. » À cette question, nous aussi, nous allons répondre tout à l’heure dans le Credo. Nous dirons : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. » Aujourd’hui, cette foi est en nous comme une infime flamme, que nous portons dans la nuit. Mais demain, ce sera la lumière.
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