Humble prière
Dieu tout-puissant, Bienfaiteur, Créateur de l’univers, écoute mes gémissements, moi qui suis en danger.
Délivre-moi de la crainte et de l’angoisse ; libère-moi par ta force puissante, toi qui peux tout…
Seigneur Christ, coupe les mailles de mon filet par l’épée de ta croix victorieuse, l’arme de vie.
De tous côtés ce filet m’enveloppe, moi captif, pour me faire périr ; conduis vers le repos mes pas chancelants et biaisants.
Guéris la fièvre de mon cœur qui étouffe.
Je suis coupable envers toi, ôte de moi le trouble, fruit de l’invention diabolique, fais disparaître l’obscurité de mon âme angoissée…
Renouvelle en mon âme l’image de lumière de la gloire de ton nom, grand et puissant.
Intensifie l’éclat de ta grâce sur la beauté de mon visage et sur l’effigie des yeux de mon esprit, moi qui suis né de terre (Gn 2, 7).
Corrige en moi, rétablis plus fidèlement, l’image qui reflète la tienne (Gn 1, 26).
Par une pureté lumineuse, fais disparaître mes ténèbres, pécheur que je suis.
Inonde mon âme de ta lumière divine, vivante, éternelle, céleste,
pour qu’en moi grandisse la ressemblance au Dieu Trinité.
Toi seul, ô Christ, es béni avec le Père pour la louange de ton Esprit Saint dans les siècles des siècles. Amen.
Grégoire de Narek – Livre de prières, n° 40 (trad. SC 78, p. 237 rev.)
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J’invoque sa grâce
« Celui qui invoquera le Nom du Seigneur,
celui-là sera sauvé » (Jl 3, 5 ; Rm 10, 13).
Quant à moi non seulement je l’invoque
mais avant tout je crois à sa grandeur.
Ce n’est pas pour ses présents
que je persévère dans mes supplications,
mais parce qu’il est la Vie véritable
et qu’en lui je respire ;
sans lui il n’y a ni mouvement ni progrès.
Ce n’est pas tant par les liens de l’espérance
que par les liens de l’amour que je suis attiré.
Ce n’est pas des dons,
mais du Donateur dont j’ai toujours la nostalgie.
Ce n’est pas à la gloire que j’aspire,
mais c’est le Seigneur glorifié que je veux embrasser.
Ce n’est pas la soif de la vie qui toujours je me consume,
mais le souvenir de celui qui donne la vie.
Ce n’est pas après le désir du bonheur que je soupire,
que du plus profond de mon cœur j’éclate en sanglots,
mais c’est par désir de celui qui le prépare.
Ce n’est pas le repos que je cherche,
mais c’est le visage de celui qui apaisera mon cœur suppliant.
Ce n’est pas pour le festin nuptial que je languis,
mais c’est du désir de l’Époux.
Dans l’attente certaine de sa puissance
malgré le fardeau de mes péchés,
je crois avec une espérance inébranlable
et en me confiant dans la main du Tout Puissant,
que non seulement j’obtiendrai le pardon
mais que je le verrai lui en personne,
grâce à sa miséricorde et à sa pitié
et, bien que je mérite parfaitement d’être proscrit,
que j’hériterai du ciel.
Grégoire de Narek – e Livre de prières, 12, 1 (trad. SC 78, p. 102 rev.)
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Prière à l’Esprit Saint
Tout-Puissant, Bienfaiteur, Ami des hommes, Dieu de tous,
Créateur des êtres visibles et invisibles, toi qui sauves et raffermis, qui prends soin et pacifies, Esprit puissant du Père…,
tu partages le même trône, la même gloire,
la même action créatrice que le Père…
Par ton intermédiaire il nous a été révélé
la Trinité des Personnes en l’unité de nature de la Divinité ;
parmi ces Personnes toi aussi tu es reconnu être l’une d’elles,
toi l’incompréhensible…
Tu as été proclamé Esprit de Dieu par Moïse (Gn 1, 2) :
en planant sur les eaux avec une protection enveloppante,
redoutable, pleine de sollicitude, tu as déployé tes ailes
en signe d’assistance compatissante en faveur des nouveau-nés,
et par là tu nous as révélé le mystère de la fontaine baptismale…
Tu as créé, ô Tout-Puissant en tant que Seigneur (cf. Credo)
toutes les natures de tout ce qui existe,
tous les êtres, à partir du néant.
Par toi sont renouvelés par la résurrection
tous les êtres créés par toi,
au moment qui est le dernier jour de la vie d’ici-bas
et le premier jour de la Terre des vivants.
Celui qui a même nature que toi,
Celui qui est consubstantiel au Père, le Fils premier-né,
a obéi à toi, dans notre nature, comme à son Père,
unissant sa volonté à la tienne.
Il t’a annoncé comme vrai Dieu,
égal et consubstantiel à son Père très-puissant…
et il a fermé la bouche de ceux qui te résistaient,
en tant qu’ils combattaient Dieu (cf. Mt 12, 28),
alors qu’il a pardonné ce qui était contre lui.
Il est le Juste et l’Immaculé, le Sauveur de tous,
qui a été livré à cause de nos péchés
et est ressuscité pour notre justification (Rm 4, 25).
À lui gloire par toi, et à toi louange avec le Père tout-puissant,
dans les siècles des siècles. Amen.
Grégoire de Narek – Le Livre de prières, n° 33 (trad. SC 78, p. 206)
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TON PRÉCIEUX SANG
Ô Soleil de justice, Rayon béni, Archétype de la lumière,
ardemment Désiré, Élevé, Impénétrable, Puissant, Inénarrable,
Allégresse du bien, Espoir réalisé, ô Loué, Céleste ;
Roi de gloire, Christ créateur, Vie proclamée !
Maintenant, les lacunes et les erreurs de ma voix si faillible,
– misérable que je suis ! –, veuille par ta parole toute-puissante les combler
et présenter comme supplications agréables mes prières à ton Père Très-Haut.
Car pour moi Tu es venu subir l’épreuve de la malédiction,
ayant pris en vérité ma ressemblance,
ô totale Bénédiction de vie, Providence attentive pour tous les êtres :
ceux d’en haut et ceux d’en bas.
Si, en effet, Tu as accepté de mourir pour moi, ô Toi, Dieu et Seigneur de tous,
combien plus consentiras-Tu maintenant aussi
à compatir à mes faiblesses, pleines de péril,
en intercédant toujours pour moi, coupable que je suis,
par le corps que Tu as pris de notre race,
auprès de ton Père, pareil à Toi en honneur.
Et à cause de ton précieux Sang toujours offert
pour plaire à la volonté de Celui qui T’a envoyé,
Que soient écartés de moi les dangers, pécheur condamné que je suis,
remises les dettes, effacée la honte, oubliés les opprobres,
réformée la sentence du jugement, exterminés les vers, séchés les pleurs,
calmé le grincement des dents, terminées les lamentations, taries les larmes.
Que prenne fin le deuil, se dissipent les ténèbres, s’éteigne le feu de la colère,
que soient rejetés tous les instruments de supplice !
Que viennent tes compassions, ô Toi qui veux et dispenses la vie à tous.
Fais lever ta lumière, hâte ta rédemption, envoie ton secours ;
devance l’heure de ta visite, répands promptement la rosée de ta miséricorde :
qu’elle descende pour abreuver le champ altéré de mes os,
plongés par le malheur dans l’abîme de la mort !
Que la Coupe céleste de ton Sang vivifiant fasse fleurir et fructifier la terre de mon corps,
préparée pour le jour de la lumière,
Sang qui, inépuisable, est toujours offert en sacrifice
comme mémorial de vie et de Rédemption pour les âmes qui se sont endormies.
Ainsi mon âme, pleinement mortifiée par mon corps de péché,
sera affermie en Toi par ta Grâce, ô Compatissant,
Et je serai par Toi renouvelé, retranché du péché par la vie immortelle
au temps de la Résurrection des Justes et béni par ton Père.
Avec Lui à Toi gloire,
et à ton Esprit-Saint louange par une juste reconnaissance,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Grégoire de Narek – Prière 95
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Tu as tout enduré
Avec une crainte mêlée d’allégresse,
j’estime souhaitable de dire ici quelque chose
des souffrances que tu as endurées pour moi,
toi le Dieu de tous !
Tu t’es tenu debout au tribunal de ta créature,
dans une nature qui était la mienne ;
Tu n’as pas parlé, ô Toi qui donnes la parole ;
Tu n’as pas élevé la voix, toi qui crées la langue ;
Tu n’as pas crié, ô Toi qui ébranles la terre ; (…)
Tu n’as pas livré à la honte
celui qui te livrait aux tourments de la mort ;
Tu n’as pas opposé de résistance lorsqu’on Te liait,
et lorsqu’on te souffletait, tu ne t’es pas indigné.
Lorsqu’on crachait sur toi, tu n’as pas injurié,
et lorsqu’on te donnait des coups de poing, tu n’as point frémi.
Lorsqu’on se moquait de toi, tu ne t’es pas courroucé,
et lorsqu’on te bafouait, tu n’as pas altéré ton visage (Is 50, 7). (…)
Loin de te donner un instant de répit, toi la source de vie,
aussitôt ils t’ont préparé, pour le porter,
l’instrument de la mort.
Tu l’as reçu avec magnanimité,
tu l’as pris avec douceur,
tu l’as soulevé avec patience ;
tu t’es chargé, comme si tu étais un coupable,
du bois des douleurs !
Grégoire de Narek – Le Livre de prières, n° 77, I-III ; SC 78 (trad. I. Kéchichian ; Éd. du Cerf 1961, p. 414-416 ; rev.)
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