Basile de Césarée – textes

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Basile de Césarée (329-379)

Basile de Césarée (329-379)

Textes

Aimer Dieu

Nous avons reçu de Dieu la tendance naturelle à faire ce qu’il commande et nous ne pouvons donc pas nous insurger comme s’il nous demandait une chose tout à fait extraordinaire, ni nous enorgueillir comme si nous apportions plus que ce qui nous est donné… En recevant de Dieu le commandement de l’amour, nous avons aussitôt, dès notre origine, possédé la faculté naturelle d’aimer. Ce n’est pas du dehors que nous en sommes informés ; chacun peut s’en rendre compte par lui-même car nous cherchons naturellement ce qui est beau… ; sans qu’on nous l’apprenne, nous aimons ceux qui nous sont apparentés par le sang ou par l’alliance ; nous manifestons enfin volontiers notre bienveillance à nos bienfaiteurs.

Or, quoi de plus admirable que la beauté de Dieu ?… Quel désir est ardent comme la soif provoquée par Dieu dans l’âme purifiée, s’écriant dans une émotion sincère : « L’amour m’a blessée » ? (Ct 2, 5)… Cette beauté est invisible aux yeux du corps ; l’âme seule et l’intelligence peuvent la saisir. Chaque fois qu’elle a illuminé les saints, elle a laissé en eux l’aiguillon d’un grand désir, au point qu’ils se sont écriés : « Malheur à moi, parce que mon exil s’est prolongé » (Ps 119, 5), « Quand irai-je contempler la face du Seigneur ? » (Ps 41, 3) et « Je voudrais m’en aller et être avec le Christ » (Ph 1, 23). « Mon âme a soif du Seigneur vivant » (Ps 41, 3)… C’est ainsi que les hommes aspirent naturellement vers le beau. Mais ce qui est bon est aussi souverainement aimable ; or Dieu est bon ; donc tout recherche le bon ; donc tout recherche Dieu…

Si l’affection des enfants pour leurs parents est un sentiment naturel qui se manifeste dans l’instinct des animaux et dans la disposition des hommes à aimer leur mère dès leur jeune âge, ne soyons pas moins intelligents que des enfants, ni plus stupides que des bêtes sauvages : ne restons pas devant Dieu qui nous a créés comme des étrangers sans amour. Même si nous n’avons pas appris par sa bonté ce qu’il est, nous devrions encore, pour le seul motif que nous avons été créés par lui, l’aimer par-dessus tout, et rester attachés à son souvenir comme des enfants à celui de leur mère.

Basile de Césarée – Grandes Règles, Q. 2 (trad. Lèbe, Maredsous 1969, p. 50)

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APPELÉS À LA GÉNÉROSITÉ

Pourquoi te tourmenter et faire tant d’efforts pour mettre ta richesse à l’abri derrière le mortier et les briques ? « Le bon renom l’emporte sur de grandes richesses. » (Pr 22, 1) Tu aimes l’argent à cause de la considération qu’il te procure. Songe combien plus grande sera ta renommée si l’on peut t’appeler le père, le protecteur de milliers d’enfants, plutôt que de garder dans tes sacs des milliers de pièces d’or. Que tu le veuilles ou non, tu devras bien un jour laisser là ton argent ; au contraire, la gloire de tout le bien que tu auras fait, tu l’emporteras avec toi jusque devant le souverain Maître, quand tout un peuple, se pressant pour te défendre auprès du juge commun, t’appellera des noms qui diront que tu l’as nourri, que tu l’as assisté, que tu as été bon.

Combien tu devrais être reconnaissant, heureux et fier de l’honneur qui t’est fait : ce n’est pas toi qui dois aller importuner les autres à leur porte, ce sont les autres qui se pressent à la tienne. Mais à ce moment tu t’assombris, tu deviens inabordable, tu fuis les rencontres de peur de devoir lâcher un peu de ce que tu gardes si jalousement. Et tu ne connais qu’un seul mot : « Je n’ai rien, je ne vous donnerai rien, car je suis pauvre. » Pauvre, tu l’es en réalité, et pauvre de tout bien : pauvre d’amour, pauvre de bonté, pauvre de confiance en Dieu, pauvre d’espérance éternelle.

Basile de Césarée – Homélie sur la charité PG 31, 266 – 267 ; 275

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Construire d’autres greniers

« Insensé, cette nuit même, on te redemandera ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? » La conduite du riche de l’Évangile est plus dérisoire que le châtiment éternel n’est rigoureux. En effet, cet homme qui va être enlevé de ce monde dans si peu de temps, quels projets agite-t-il dans son esprit ? « Je vais démolir mes greniers et j’en rebâtirai de plus grands. » Moi, je lui dirais volontiers : Tu fais bien, car ils ne méritent que trop d’être démolis, les greniers de l’injustice. De tes propres mains, détruis de fond en comble ce que tu as bâti malhonnêtement. Laisse s’écrouler tes réserves de blé dont personne n’est jamais parti réconforté. Fais disparaître tout bâtiment refuge de ton avarice, enlève les toits, abats les murs, expose au soleil le blé qui moisit, sors de leur prison les richesses qui y étaient captives…

« Je vais démolir mes greniers et j’en rebâtirai de plus grands. » Une fois que tu les auras remplis à leur tour eux aussi, quel parti prendras-tu ? Les démoliras-tu pour en rebâtir d’autres une fois encore ? Est-il pire folie que de se tourmenter sans fin, de construire avec acharnement et de s’acharner à détruire ? Tu as pour greniers, si tu le veux, les demeures des indigents. « Amasse-toi des trésors dans le ciel. » Ce qui est entreposé là « les vers ne le mangent pas, la rouille ne le ronge pas, les voleurs ne le dérobent pas » (Mt 6, 20).

Basile de Césarée – Homélie 31 (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 116 rev.)

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Contre les pneumatomaques

« Admettons qu’on le glorifie, disent-ils, mais que ce ne soit pas avec le Père et le Fils ! » Et quelle raison a-t-on d’imaginer une autre place pour l’Esprit, en laissant de côté celle que le Seigneur a fixée pour lui ? de lui enlever la communauté de gloire, alors que, partout, il se trouve joint à la déité : dans la confession de la foi, au moment du baptême de rédemption, dans l’accom­plissement des miracles, l’habitation dans les saints et les grâces répandues sur celui qui lui est docile ? Car il n’y a pas de don qui ne vienne à la créature sans le Saint-Esprit, étant donné qu’on ne peut prononcer un mot pour défendre le Christ, sans y être aidé par l’Esprit, comme nous l’appre­nons de notre Seigneur et Sauveur dans les Évangiles. Et négligeant tout cela, oubliant leur communauté dans tous les domaines, on le séparerait du Père et du Fils ? Je ne sais si l’un de ceux qui ont part à l’Esprit-Saint pourrait en être d’accord ! Où donc le ranger ? Avec la création ? Mais la création tout entière est en état d’esclavage ; l’Esprit, lui, rend libre : « Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Il y a encore bien des choses qu’on pourrait dire pour montrer qu’il ne convient pas de compter l’Esprit-Saint parmi les natures créées ; je remettrai donc à plus tard le développement de ce sujet. Car si nous devions, en raison de l’importance du débat, produire tous les arguments que nous tenons prêts et résoudre les objections des adversaires, il nous faudrait de longs discours et l’abondance du livre fatiguerait le lecteur. Aussi, mettant cela de côté pour un ouvrage spécial, restons-en à notre propos.

Basile de Césarée – Traité du Saint-Esprit, 55

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De l’avarice à la générosité

« Que vais-je faire ? » Il y avait une réponse toute prête : « Je comblerai les âmes des affamés ; j’ouvrirai mes greniers et j’inviterai tous ceux qui sont dans le besoin… Je ferai entendre une parole généreuse : Vous tous qui manquez de pain, venez à moi ; chacun selon ses besoins, prenez votre part des dons accordés par Dieu qui coulent comme d’une fontaine publique ». Mais toi, homme riche insensé, tu es bien loin de là ! Pour quelle raison ? Jaloux de voir les autres jouir de richesses, tu te livres à des calculs misérables, tu t’inquiètes de savoir non pas comment distribuer à chacun l’indispensable, mais comment ramasser le tout et priver tous les autres de l’avantage qu’ils pouvaient en tirer…

Et vous, mes frères, prenez garde de ne pas connaître le même sort que cet homme ! Si l’Écriture nous offre cet exemple, c’est pour que nous évitions de nous comporter pareillement. Imite la terre : comme elle, porte des fruits et ne te montre pas plus mauvais qu’elle, elle qui est pourtant dépourvue d’âme. Elle donne ses récoltes non pour sa propre jouissance, mais pour te rendre service, à toi. Au contraire, tout le fruit de la bienveillance que tu montres, tu le recueilles pour toi-même, puisque les grâces que font naître les œuvres bienfaisantes retournent à ceux qui en sont les dispensateurs. Tu as donné à celui qui avait faim, et ce que tu as donné reste à toi, et même te revient avec un supplément. Comme le grain de blé tombé dans la terre profite à celui qui l’a semé, le pain donné à celui qui a faim sera d’un profit surabondant pour toi plus tard. Que la fin de tes labours soit pour toi le commencement de semailles dans le ciel.

Basile de Césarée – Homélie 6, sur la richesse ; PG 31, 261s (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 110 rev.)

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Dieu dans la chair

Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Cette fois il ne promulgue pas sa Loi au milieu des éclairs, au son de la trompette, sur la montagne fumante, dans l’obscurité d’un orage terrifiant (Ex 19, 16s), mais il s’entretient d’une façon douce et paisible, dans un corps humain, avec ses frères de race. Dieu dans la chair !… Comment la divinité peut-elle habiter la chair ? Comme le feu habite le fer, non pas en quittant le lieu où il brûle, mais en se communiquant. En effet, le feu ne se jette pas sur le fer, mais en demeurant à sa place, il lui communique sa puissance. En cela il n’est nullement diminué, mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière, Dieu, le Verbe, qui « a habité parmi nous », n’est pas sorti de lui-même. « Le Verbe qui s’est fait chair » n’a pas été soumis au changement ; le ciel n’a pas été dépouillé de celui qu’il contenait, et pourtant la terre a accueilli dans son sein celui qui est dans les cieux.

Pénètre-toi de ce mystère : Dieu est dans la chair afin de tuer la mort qui s’y cache… « Quand la grâce de Dieu s’est manifestée pour notre salut » (Tt 2, 11), quand « s’est levé le Soleil de justice » (Ml 3, 20), « la mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15, 54) parce qu’elle ne pouvait pas coexister avec la vie véritable. Ô profondeur de la bonté et de l’amour de Dieu pour les hommes ! Rendons gloire avec les bergers, dansons avec les chœurs des anges, car « aujourd’hui est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur » (Lc 2, 11-12).

« Dieu, le Seigneur, nous illumine » (Ps 117, 27), non sous son aspect de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous son aspect de serviteur, afin de conférer la liberté à ceux qui étaient condamnés à la servitude. Qui aurait le cœur assez endormi et assez indifférent pour ne pas se réjouir, exulter d’allégresse, rayonner de joie devant cet évènement ? C’est une fête commune à toute la création. Tous doivent y contribuer, nul ne doit se montrer ingrat. Nous aussi, élevons la voix pour chanter notre allégresse !

Basile de Césarée – Homélie sur la sainte génération du Christ, 2.6 ; PG 31, 1459s (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 172 rev.)

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Dieu n’a pas fait la mort

D’où viennent les maladies ? D’où viennent les morts prématurées ? D’où viennent les mises à sac des villes ? les naufrages, les guerres, les épidémies ? En effet, dit-on, ce sont des maux, et tous des œuvres de Dieu. Par conséquent, qui d’autre que Dieu pouvons-nous en accuser ?

Adam fut chassé du paradis, chassé de cette vie bienheureuse, lui qui n’était pas mauvais par néces­sité, mais l’était devenu par son irréflexion. Dans la mesure où il s’est éloigné de la vie, dans cette mesure même il s’est rapproché de la mort. Car Dieu est Vie, et la privation de la vie est la mort. Par conséquent Adam s’est construit à lui-même la mort en s’écartant de Dieu, selon ce qui est écrit : Regarde ceux qui s’éloignent de toi, ils périront (Ps 72, 27).

Ainsi ce n’est pas Dieu qui a créé la mort, mais c’est nous qui l’attirons sur nous-mêmes à cause d’un choix mauvais. Mais certes il n’a pas non plus empêché notre dissolution, pour que notre infirmité ne se conserve pas du fait de son immortalité, comme quelqu’un qui ne voudrait pas confier au feu un vase d’argile fêlé, avant d’avoir réparé le défaut qu’il présente en le remodelant.

Basile de Césarée – Dieu n’est pas l’auteur des maux, dans Dieu et le mal, éd. Migne, 1997

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Faisons l’homme

« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26). Avant-hier, il vous a été suffisamment montré ce que signifie cette parole, à qui elle est adressée. L’Église nous l’explique : mieux, elle a la foi, qui vaut mieux qu’une démonstration. « Faisons l’homme. » Apprends à te connaî­tre, à partir de là. Car cette parole n’a encore été proférée pour aucun des autres êtres. En créant la lumière, le commande­ment était simple. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » (Gn 1, 3) Le ciel s’est fait sans délibération du ciel. Les luminaires furent créés sans délibération préliminaire. La mer et l’océan illimité : un commandement, et ils existèrent. Tous les genres de poissons : un ordre et ils existèrent. Les bêtes sauvages et celles qui broutent, les bêtes qui nagent et celles qui volent : une parole et les voilà.

L’homme n’existait pas encore : pour lui, une délibéra­tion sur l’Homme. Dieu n’a pas dit comme pour les autres êtres : « Que l’Homme soit ! » Prends donc conscience de ta dignité. Il ne t’a pas fait exister par un ordre, mais il y eut en Dieu délibération pour savoir comment introduire dans la vie cet être digne d’égards. « Faisons » : le sage délibère, l’artisan réfléchit. Fais-tu défaut à son art, ou veut-il donner à son œuvre, par sollicitude, l’achèvement, la perfection, la rigueur ? Veut-il te montrer qu’à ses yeux tu es parfait ?

Basile de Césarée – Homélies sur l’Heaxéméron, 3, dans L’homme icône de Dieu, trad. A. G. Hamman, Paris, éd. Migne, « Les pères dans la foi » n° 70-71, 1998, p. 178

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Heureux qui prête au pauvre

Que répondras-tu au souverain juge, toi qui habilles tes murs et n’habilles pas ton semblable ? toi qui pares tes chevaux et n’as pas même un regard pour ton frère dans la détresse ?… toi qui enfouis ton or et ne viens pas en aide à l’opprimé ?…

Dis-moi, qu’est-ce qui t’appartient ? De qui as-tu reçu tout ce que tu portes à travers cette vie ?… N’es-tu pas sorti nu du sein de ta mère ? Et ne retourneras-tu pas à la terre également nu ? (Jb 1, 21) Les biens présents, de qui les tiens-tu ? Si tu réponds : du hasard, tu es un impie qui refuse de connaître son créateur et de remercier son bienfaiteur. Si tu conviens que c’est de Dieu, dis-moi donc pour quelle raison tu les as reçus.

Est-ce que Dieu serait injuste en répartissant inégalement les biens nécessaires à la vie ? Pourquoi es-tu dans l’abondance et celui-là dans la misère ? N’est-ce pas uniquement pour qu’un jour, par ta bonté et ta gestion désintéressée, tu reçoives la récompense, alors que le pauvre obtiendra la couronne promise à la patience ?… A l’affamé appartient le pain que tu gardes ; à l’homme nu le manteau que tu recèles dans tes coffres… Ainsi tu commets autant d’injustices qu’il y a de gens que tu pouvais aider.

Basile de Césarée – Homélie 6 contre la richesse ; PG 31, 275-278

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Image et ressemblance

« Créons l’Homme à notre image et à notre ressemblance. » Nous possédons l’un par la création, nous acquérons l’autre par la volonté. Dans la première structure, il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu ; par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. Ce qui relève de la volonté, notre nature le possède en puissance, mais c’est par l’action que nous nous le procurons.

Si en nous créant, le Seigneur n’avait pris à l’avance la précaution de dire « Créons » et « à la ressemblance », s’il ne nous avait pas gratifiés de la puissance de devenir à la ressem­blance, ce n’est pas par notre pouvoir propre que nous aurions acquis la ressemblance à Dieu. Mais voilà qu’il nous a créés en puissance capables de ressembler à Dieu. En nous donnant la puissance de ressembler à Dieu, il a permis que nous soyons les artisans de la ressemblance à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. En effet, lorsque tu vois le portrait exactement conformé au modèle, tu ne loues pas le portrait, mais tu admires le peintre. Ainsi donc, afin que ce soit moi l’objet d’admiration et non un autre, il m’a laisse le soin de devenir à la ressemblance de Dieu. En effet, par l’image je possède l’être raisonnable, et je deviens à la ressemblance en devenant chrétien.

Basile de Césarée – Sur l’origine de l’homme SC 160, p. 207-209

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L’Esprit en partage

Si la pensée est capable de se purifier des passions matérielles, de dépasser toute la création intelligible et, comme un poisson remontant du fond des eaux vers la surface, de parvenir à la pureté de la création, elle verra l’Esprit Saint là où est le Fils et là où est le Père, ayant tout, lui aussi, de façon consubstantielle et par nature, la bonté, la droiture, la sainteté, la vie.

De même qu’on ne peut séparer la chaleur du feu, ni l’éclat de la lumière, de même on ne peut dissocier de l’Esprit la sainteté, ni la vie qu’il donne, la bonté et la droiture. Là donc est l’Esprit, là, dans la nature bienheureuse. Il n’est pas compté avec une multitude, mais il est contemplé dans la Trinité ; énoncé individuellement, il n’est pas compris dans les ensembles.

Comme le Père est un et le Fils est un, un aussi est l’Esprit Saint. Ce sont les esprits qui le servent qui nous apparaissent selon leur rang propre comme une multitude innombrable. Ne cherche donc pas dans la création ce qui dépasse la création, n’abaisse pas celui qui sanctifie au niveau de ceux qui sont sanctifiés. C’est lui qui comble les anges, qui comble les archanges, qui sanctifie les puissances, qui vivifie toute chose. Il met une part de lui en toute créature, chacun l’a en partage à sa façon, mais lui n’est pas amoindri par ce partage. À tous il donne sa propre grâce, sans s’épuiser dans ce partage ; ceux qui le reçoivent sont comblés sans qu’à lui manque quoi que ce soit.

Basile de Césarée – Homélie 15, Sur la foi

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L’amour de Dieu ne s’enseigne pas

Question : Parlez-nous d’abord de l’amour de Dieu. Il est entendu qu’il faut aimer Dieu, mais com­ment faut-il l’aimer ? Voilà ce que nous voudrions apprendre.

Réponse : L’amour de Dieu ne s’enseigne pas. Personne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseigné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont élevés. De la même façon, ou plutôt à plus forte raison, ce n’est pas un enseignement extérieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant – je veux dire de l’homme – se trouve inséré comme un germe qui contient en lui le prin­cipe de cette aptitude à aimer. C’est à l’école des commandements de Dieu qu’il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter à son épa­nouissement moyennant la grâce divine.

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques, question 2, éd. Maredsous, 1969, p. 49

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Le jeune homme riche et le chameau

Le cas du jeune homme riche et de ses semblables me fait songer à celui d’un voyageur qui, désireux de visiter une ville, vient jusqu’au pied des murs, trouve là une auberge, y descend et, découragé par les derniers pas qui lui restent à faire, perd alors le bénéfice de sa fatigue antérieure et s’em­pêche de visiter les beautés de la ville.

Tels sont ceux qui observent les commandements, mais se révoltent à l’idée de perdre leurs biens. J’en sais beaucoup qui jeûnent, prient, se contristent, et pratiquent excellemment toute la piété gratuite ; mais ils ne versent pas une obole aux pauvres. Que leur servent les autres vertus ? Ils n’entreront pas au Royaume des cieux, car il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux (Mt 19, 24). Parole claire, et son auteur ne ment pas. Mais rares sont ceux qui se laissent tou­cher.

« Comment vivrons-nous quand nous serons dépouillés de tout ? s’écrient-ils. Quelle existence mènerons-nous lorsque tout sera vendu et qu’il n’y aura plus de propriétés ? » Ne me demandez pas quel profond dessein sous-tend les commandements de Dieu. Celui qui a établi nos lois sait aussi l’art de concilier l’impossible avec la loi.

Basile de Césarée – Homélies aux riches, 3 Dans Riches et pauvres, DDB, 1982, p. 82-83

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Les anges, esprits saints

« Les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, et toute leur armée par le souffle de sa bouche » (Ps 32, 6)… Comment ne pas penser à la Trinité : le Seigneur qui ordonne, la Parole qui crée, le Souffle qui affermit ? Que veut dire « affermir », sinon parfaire en sainteté, ce mot désignant sûrement le fait d’être solidement fixé dans le bien ? Mais sans l’Esprit Saint, pas de sainteté, car les puissances des cieux ne sont pas saintes par leur propre nature, autrement elles ne diffèreraient pas de l’Esprit Saint ; elles tiennent de l’Esprit la mesure de leur sainteté chacune à son rang…

La substance des anges est peut-être un souffle aérien ou un feu immatériel. Un psaume dit : « Tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flamme » (Ps 103, 4). C’est pourquoi, ils peuvent être dans un lieu et ensuite devenir visibles sous un aspect corporel à ceux qui en sont dignes. Mais la sainteté…leur est communiquée par l’Esprit. Et les anges se maintiennent dans leur dignité en persévérant dans le bien, en gardant leur choix ; ils choisissent de ne jamais s’écarter du vrai bien…

Comment les anges diraient-ils : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » (Lc 2, 14) sinon par l’Esprit ? En effet, « personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur’, sinon dans l’Esprit Saint, et personne, s’il parle dans l’Esprit de Dieu, ne dit : ‘Maudit soit Jésus’ » (1 Co 12, 3). Voilà ce qu’auront dit précisément les esprits mauvais, adversaires de Dieu…

Toutes les puissances invisibles (Col 1, 16), pourraient-elles mener une vie bienheureuse si elles ne voyaient pas sans cesse la face du Père qui est dans les cieux ? (Mt 18, 10) Or, cette vision-là, on ne peut pas l’avoir sans l’Esprit… Les séraphins diraient-ils : « Saint, Saint, Saint » (Is 6, 3) si l’Esprit ne leur avait pas appris cette louange ? Si tous ses anges et toutes ses puissances célestes louent Dieu (Ps 148, 2), si des milliers de milliers d’anges et d’innombrables myriades de ministres se tiennent près de lui, c’est dans la force de l’Esprit Saint qui régit toute cette harmonie céleste et indicible dans le service de Dieu et dans l’accord mutuel.

Basile de Césarée – Traité du Saint-Esprit, ch. 16 (trad. SC 17, pp. 177s rev)

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Les deux commandements

Question : Nous vous prions d’abord de nous dire si les commandements de Dieu se suivent dans un certain ordre. Y a-t-il un premier, un deuxième, un troisième et ainsi de suite ? …

Réponse : Le Seigneur en personne a déterminé l’ordre à garder dans ses commandements. Le premier et le plus grand est celui qui regarde la charité envers Dieu, et le second, qui lui est semblable, ou plutôt en est l’accomplissement et la conséquence, concerne l’amour du prochain…

Question : Parlez-nous d’abord de l’amour de Dieu. Il est entendu qu’il faut aimer Dieu, mais comment faut-il l’aimer ? …

Réponse : L’amour envers Dieu ne s’enseigne pas. Personne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseigné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont élevés. De la même façon, ou plutôt à plus forte raison, ce n’est pas un enseignement extérieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant — je veux dire de l’homme — est déposé une sorte de germe qui contient en lui le principe de cette aptitude à aimer. C’est à l’école des commandements de Dieu qu’il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter à son épanouissement moyennant la grâce divine. J’approuve votre zèle, il est indispensable au but…

Il faut savoir que cette vertu de charité est une, mais qu’en puissance elle embrasse tous les commandements : « Car celui qui m’aime, dit le Seigneur, accomplit mes commandements » (Jn 14, 23), et encore : « Dans ces deux commandements sont contenus toute la loi et les prophètes » (Mt 22, 40).

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques, Q 1-2 (trad. Eds Maredsous 1969, p. 48s)

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Les pièges de l’avarice

Puisque tes pensées sont terre à terre et que tu adores ton ventre en guise de Dieu, et que tout ton être n’est qu’une chair asservie aux passions, écoute la sentence qui te convient ; ce n’est point un homme qui l’adresse mais le Seigneur en personne : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » (Lc 12, 20).

Cette confusion de ta sottise est pire que le supplice éternel. Celui qui va être emmené de force, quels soucis nourrit-il ? « Je détruirai mes greniers et j’en construirai de plus grands » (Lc 12, 18). Tu as raison, lui dirais-je pour ma part, les greniers de l’injustice ne méritent que d’être abattus. Démolis de tes mains l’œuvre de ta méchanceté. Détruis tes dépôts qui n’ont jamais soulagé personne. Anéantis toute ta maison, gardienne d’iniquités, arrache le toit, renverse les murs, montre au soleil ton blé moisi, délivre tes richesses captives, expose aux risées des hommes l’asile enténébré de Mammon…

Écoute Salomon : « Ne dis pas : reviens demain et je te donnerai. Car tu ne sais ce que réserve le jour suivant » (Pr 3, 28). Quels commandements tu méprises, toi dont l’avarice a bouché les oreilles ! Quelle reconnaissance devrait t’animer à l’égard de ton bienfaiteur ! Comme tu devrais jubiler et exulter de l’honneur qu’il te fait puisque tu n’es point réduit à frapper à la porte d’autrui, mais que ce sont les autres qui assiègent ta demeure !

Et tu restes sombre et maussade, tu évites de les rencontrer de peur d’avoir à lâcher un sou. Tu n’as qu’un mot à la bouche : « Je n’ai rien, je ne peux rien donner, je suis pauvre. » Pauvre, oui, tu l’es, et dépourvu de tout bien. Tu es pauvre d’humanité, pauvre de foi, pauvre d’espérance éternelle. Partage ta moisson avec tes frères ! Partage ces récoltes qui demain auront pourri. Atroce avarice qui laisse tout moisir plutôt que d’en laisser aux miséreux !

À qui fais-je du tort, dit l’avare, en gardant ce qui m’appartient ? Mais quels sont, dis-le moi, les biens qui t’appartiennent ? D’où les as-tu tirés ? Tu ressembles à un homme qui, prenant place au théâtre, voudrait empêcher les autres d’entrer et entendrait jouir seul du spectacle auquel tous ont droit. Tels sont les riches : les biens communs qu’ils ont accaparés, ils s’en décrètent les maîtres, parce qu’ils en sont les premiers occupants. Si chacun ne gardait que ce qui est requis pour ses besoins courants, et que le superflu, il le laisse aux indigents, la richesse et la pauvreté seraient abolies.

Basile de Césarée – Homélie sur la charité, VI, 6-7

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Les soucis de l’abondance

« Que vais-je faire ? Je vais agrandir mes greniers ! » Pourquoi avaient-elles tant rapporté, les terres de cet homme qui ne devait faire qu’un mauvais usage de sa richesse ? C’est pour qu’on voie se manifester avec plus d’éclat l’immense bonté d’un Dieu qui étend sa grâce sur tous, « car il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes, et lever son soleil sur les méchants comme sur les bons » (Mt 5, 45)… Tels étaient les bienfaits de Dieu à l’égard de ce riche : une terre féconde, un climat tempéré, d’abondantes semences, des bœufs pour le labour, et tout ce qui assure la prospérité. Et lui, que rendait-il en retour ? Mauvaise humeur, misanthropie et égoïsme. C’est ainsi qu’il remerciait son bienfaiteur.

Il oubliait que nous appartenons tous à la même nature humaine ; il n’a pas pensé qu’il fallait distribuer son superflu aux pauvres ; il n’a tenu aucun compte de ces préceptes divins : « Ne refuse pas un bienfait à qui est dans le besoin » (Pr 3, 27), « Que la bienveillance et la fidélité ne te quittent jamais » (3, 3), « Partage ton pain avec celui qui a faim » (Is 58, 7). Tous les prophètes, tous les sages lui criaient ces préceptes, mais il faisait la sourde oreille. Ses greniers craquaient, trop étroits pour le blé qu’on y entassait, mais son cœur n’était pas rassasié… Il ne voulait se défaire de rien, tout en n’arrivant pas à tout stocker. Ce problème le harcelait : « Que vais-je faire ? » se répétait-il. Qui ne prendrait en pitié un homme aussi obsédé ? L’abondance le rend malheureux… ; il se lamente tout comme les indigents : « Que vais-je faire ? Comment me nourrir, me vêtir ? »…

Considère, homme, celui qui t’a comblé de ses dons. Réfléchis un peu sur toi-même : Qui es-tu ? Qu’est-ce qui t’a été confié ? De qui as-tu reçu cette charge ? Pourquoi as-tu été choisi ? Tu es le serviteur du Dieu bon ; tu as la charge de tes compagnons de service… « Que vais-je faire ? » La réponse était simple : « Je rassasierai les affamés, j’inviterai les pauvres… Vous tous qui manquez de pain, venez puiser les dons accordés par Dieu qui coulent comme d’une fontaine ».

Basile de Césarée – Homélie 31 ; PG 31, 261 (trad. cf. Ephata, vol. 3, Delhougne, p. 426 et Luc commenté, DDB 1987, p. 108)

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L’Esprit multiforme

Comme le soleil brille sur les corps sans être amoindri par la part de lumière qu’ils reçoivent de mille façons, l’Esprit procure à tous sa grâce sans être diminué ni divisé. Il illumine tous les êtres vers l’intelligence de Dieu, il inspire les prophètes, il donne la sagesse aux législateurs, la consécration aux prêtres, la force aux rois, le conseil aux justes, l’honneur aux gens de vertu. Par sa grâce il opère les guérisons, il rend la vie aux morts, il libère les enchaînés, il adopte les enfants déshérités.

Il opère ces merveilles en faisant naître d’en haut. Un publicain a la foi ? Il en fait un évangéliste (Mt 9, 9). Il vient chez un pêcheur ? Il en fait un théologien (Mt 4, 19). Un persécuteur se repent ? Il en fait l’Apôtre des nations, le héraut de la foi, l’instrument qu’il s’est choisi (Ac 9, 15). Par lui les faibles sont forts, les pauvres sont riches, les gens sans esprit ni éloquence plus sages que les sages.

L’Esprit est dans le ciel et il remplit la terre, il est partout présent et n’est enfermé nulle part. Il réside tout entier en chacun et est tout entier avec Dieu. Il n’administre pas les dons en serviteur liturgique, mais il dispense sa grâce de sa propre autorité. Car il la dispense, dit Paul, à chacun en particulier, comme il le veut (1 Co 12, 11). Il est envoyé comme dispensateur, mais il agit de sa propre autorité. Prions pour qu’il soit présent en nos âmes et qu’à aucun moment il ne nous abandonne, par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen !

Basile de Césarée – Homélie 15, Sur la foi

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Lorsqu’un rayon les frappe

Esprit Saint : c’est son appellation propre et particulière ; c’est là, mieux que tout autre, un nom de l’être incorporel purement immatériel et simple. C’est pourquoi le Seigneur, pour apprendre à l’âme qui croyait devoir adorer Dieu en un lieu, que l’Incorporel ne peut être circonscrit, dit que Dieu est esprit.

Inaccessible par nature, on peut le comprendre pour sa bonté ; remplissant tout de sa puissance, il ne se communique qu’à ceux-là seuls qui en sont dignes, non pas suivant une mesure unique, mais en distribuant son opération en proportion de la foi. Simple par l’essence, varié dans ses miracles, tout entier présent à chacun et tout entier partout.

C’est lui qui, brillant en ceux qui se sont purifiés de toute souillure, les rend spirituels par communion avec lui. Comme les corps limpides et transparents, lorsqu’un rayon les frappe, deviennent, eux aussi, étincelants et d’eux-mêmes reflètent un autre éclat, ainsi les âmes qui portent l’Esprit, illuminées par l’Esprit, deviennent-elles spirituelles et renvoient-elles sur les autres la grâce.

Basile de Césarée – Traité du Saint-Esprit, SC 17 bis, p. 329

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L’utilité de la culture profane

À quoi comparer la culture profane vis-à-vis de la culture chrétienne, pour en avoir une juste image ? Voici. Comme un arbre a pour vertu propre de se couvrir de fruits dans la saison, mais tire aussi quelque parure des feuilles qui s’agitent autour de ses branches, ainsi, pour l’âme, ce qui est le fruit essentiel c’est la vérité ; toutefois il y a de la grâce à l’envelopper même de sagesse profane, comme de feuilles procurant tout ensemble un abri au fruit et un spectacle qui n’est pas hors de saison. Ainsi, dit-on, le grand Moïse lui-même, tant renommé chez tous les hommes pour sa sagesse, exerça sa pensée dans les sciences de l’Égypte avant d’en venir à la contemplation de l’Être (Ac 7, 22). Pareillement à lui, et dans les siècles postérieurs, le sage Daniel à Babylone, à ce que l’on raconte, s’instruisit dans la science chaldéenne avant d’aborder l’étude des choses divines (Dn 1, 3-7). Il y a donc de l’utilité pour les âmes dans les sciences profanes.

Basile de Césarée – Sur la manière de tirer profit des lettres helléniques, 3, Les belles Lettres, 1935, p. 44

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Merveilleuse science

Avec beaucoup de soin, de nombreux travaux se sont évertués à analyser le corps humain qui est le nôtre. Si tu interroges la médecine, tu découvriras combien de choses elle nous apprend sur le fonctionnement de ce qui est nôtre, combien de circuits secrets elle a découvert dans notre structure interne, en faisant des expériences de dissection : les jonctions invisibles, la concertation du corps pour respi­rer, les voies du souffle, les vaisseaux sanguins, les voies respiratoires, l’installation d’un foyer de chaleur près du cœur, le mouvement incessant du souffle dans le péricarde.

Des milliers d’observations sur tout ce fonctionnement ont établi une science, dont personne d’entre nous n’a l’expérience, faute d’avoir pris en compte ce domaine de la recherche, si bien que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes. Nous connaissons mieux le ciel que nous. Ne dédaigne pas la merveille qui est en toi. Tu penses être petit, et la suite de mon discours te découvrira ta grandeur.

Ce qui fait dire au sage David, rompu à s’examiner lui-même avec acribie : « Merveilleuse est la science de toi que je tire de moi » (Ps 138, 6). J’ai découvert avec émerveille­ment la connaissance que j’ai de toi, dit-il à Dieu. Mais pourquoi ajoute-t-il : « que je tire de moi » ? « Merveilleuse est la science de toi que je tire de moi » veut dire : dans l’art qui m’a façonné, la science qui a structuré mon corps à partir d’un humble germe, j’ai découvert la gran­deur de celui qui l’a façonné.

Basile de Césarée – Homélies sur l’Heaxéméron, 2, dans L’homme icône de Dieu, trad. A. G. Hamman, Paris, éd. Migne, « Les pères dans la foi » n° 70-71, 1998, p. 177

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Mettons-nous à l’œuvre

Frères, ne demeurons pas dans l’insouciance et le relâchement ; ne remettons pas toujours avec légèreté, à demain ou à plus tard, pour commencer à nous mettre à l’œuvre. « C’est maintenant l’heure favorable, dit l’apôtre Paul, c’est aujourd’hui le jour du salut » (2 Co 6, 2). Actuellement, c’est le temps de la pénitence, plus tard ce sera celui de la récompense ; à présent, c’est le temps de la persévérance, un jour viendra celui de la consolation. Maintenant Dieu vient en aide à ceux qui se détournent du mal ; plus tard il sera le juge des actes, des paroles et des pensées des hommes. Aujourd’hui nous profitons de sa patience ; nous connaîtrons la justice de ses jugements, à la résurrection, quand nous recevrons chacun selon ses œuvres.

Jusqu’à quand donc remettrons-nous d’obéir au Christ qui nous appelle dans son Royaume céleste ? Ne nous purifierons-nous pas ? Ne nous résoudrons-nous pas à abandonner notre genre de vie habituel pour suivre à fond l’Évangile ?

Basile de Césarée – Prologue aux Grandes Règles (trad. Lèbe, Maredsous 1969, rev)

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Ne rien préférer au Christ

Notre Seigneur Jésus Christ a dit à tous, à plusieurs reprises et en donnant diverses preuves : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » ; et encore : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qu’il a ne peut être mon disciple ». Il nous paraît donc exiger le renoncement le plus complet… « Où est ton trésor, dit-il ailleurs, là est ton cœur » (Mt 6, 21). Si donc nous nous réservons des biens terrestres ou quelque provision périssable, notre esprit y demeure enlisé comme dans de la boue. Il est alors inévitable que notre âme soit incapable de contempler Dieu, et devienne insensible aux désirs des splendeurs du ciel et des biens qui nous sont promis. Nous ne pourrons obtenir ces biens que si nous les demandons sans cesse, avec un ardent désir qui, du reste, nous rendra léger l’effort pour les atteindre.

Se renoncer, c’est donc délier les liens qui nous attachent à cette vie terrestre et passagère, se libérer des contingences humaines, afin d’être plus à même de marcher dans la voie qui conduit à Dieu. C’est se libérer des entraves afin de posséder et user de biens qui sont « beaucoup plus précieux que l’or et que l’argent » (Ps 18, 11). Et pour tout dire, se renoncer, c’est transporter le cœur humain dans la vie du ciel, en sorte qu’on puisse dire : « Notre patrie est dans les cieux » (Ph 3, 20). Et surtout, c’est commencer à devenir semblable au Christ, qui pour nous s’est fait pauvre, de riche qu’il était (2 Co 8, 9). Nous devons lui ressembler si nous voulons vivre conformément à l’Évangile.

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques ; question 8 trad. Brésard, 2000 ans C, p. 224 et Lèbe, Maredsous

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Que lui rendrons-nous ?

Quelles paroles pourraient exposer dignement les bienfaits de Dieu ? Leur nombre est incalculable. Quant à leur grandeur, elle est telle qu’un seul d’entre eux suffit pour faire de nous des débiteurs obligés à manifester toute leur reconnaissance envers celui dont nous l’avons reçu. Il a subi la mort la plus déshonorante pour nous ramener à la vie de la gloire.

Et il ne lui a pas suffi de rendre à la vie ceux qui étaient morts ; il leur a donné gracieusement la dignité divine et leur a préparé dans l’éternel repos un bonheur qui surpasse tout ce que l’homme peut imaginer.

Que rendrons-nous donc au Seigneur pour tout ce qu’il nous a donné ? Il est si bon qu’il ne demande rien en échange de tout ce qu’il nous a donné : il se contente d’être aimé.

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques, question 2 PG 31, 912-916

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Ressembler à Dieu

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Vois-tu en quoi le Seigneur nous donne ce qui est à la ressemblance ? « Car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et les injustes. » Si tu deviens adversaire du mal, sans rancune et oublieux de l’inimitié de la veille, si tu aimes tes frères et leur es compatissant, tu ressembles à Dieu. Si tu pardonnes du fond du cœur à l’ennemi, tu ressembles à Dieu. Si ton attitude envers le frère qui t’a offensé est semblable à celle de Dieu envers toi pécheur, par la miséricorde envers le prochain tu ressembles à Dieu. Car tu possèdes ce qui est à l’image, parce que tu es raisonnable, mais tu deviens à la ressemblance en acquérant la bonté. Acquiers « des entrailles de compassion et de bienveillance » afin de « revêtir le Christ ». Les actions qui te font acquérir la compassion sont les mêmes, en effet, que celles qui te font revêtir le Christ, et l’intimité avec lui te fait intime avec Dieu.

Le récit de la Genèse est donc une leçon sur la vie humaine. « Créons l’Homme à l’image » : qu’il possède par la création ce qui est à l’image. Mais qu’il devienne aussi « à la ressemblance », car Dieu lui en a donné la puissance. S’il t’avait créé aussi à la ressemblance, où serait ton privilège ? Comment serais-tu couronné ? Et si le Créateur t’avait tout donné, comment le royaume des cieux s’ouvrirait-il pour toi ? Mais il se fait qu’une partie t’est donnée, tandis que l’autre a été laissée inachevée : c’est pour que tu t’achèves toi-même et que tu sois digne de la rétribution qui vient de Dieu.

Comment devenons-nous donc à la ressemblance ? Par les Évangiles. Qu’est-ce que le christianisme ? C’est la ressemblance de Dieu autant qu’il est possible à la nature de l’Homme.

Basile de Césarée – Sur l’origine de l’homme SC 160, p. 209-211

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Toujours prier ?

Il ne faut pas restreindre ta prière à la seule demande en paroles. Dieu, en effet, n’a pas besoin qu’on lui tienne de discours ; il sait, même si nous ne demandons rien, ce qui nous est utile. Qu’est-ce à dire ? La prière ne consiste pas en formules ; elle englobe toute la vie. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, dit l’apôtre Paul, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31).

Es-tu à table ? Prie : en prenant ton pain, remercie celui qui te l’accorde ; en buvant ton vin, souviens-toi de celui qui t’a fait ce don pour te réjouir le cœur et soulager tes misères. Le repas terminé, n’oublie pas pour autant le souvenir de ton bienfaiteur. Quand tu mets ta tunique, remercie celui qui te la donne ; quand tu mets ton manteau, témoigne de l’affection à Dieu qui nous fournit des vêtements appropriés pour l’hiver et l’été, et pour protéger notre vie.

Le jour terminé, remercie celui qui t’a donné le soleil pour les travaux de la journée et le feu pour éclairer la nuit et pour pourvoir à nos besoins. La nuit te fournit des motifs d’actions de grâces ; en regardant le ciel et en contemplant la beauté des étoiles, prie le Maître de l’univers qui a fait toutes choses avec tant de sagesse. Lorsque tu vois toute la nature endormie, adore encore celui qui nous soulage par le sommeil de toutes nos fatigues et nous rend par un peu de repos la vigueur de nos forces.

Ainsi tu prieras sans relâche, si ta prière ne se contente pas de formules et si au contraire tu te tiens uni à Dieu tout au long de ton existence, de manière à faire de ta vie une prière incessante.

Basile de Césarée – Homélie 5 (trad. Eds. Ouvrières rev.)

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Traditions non-écrites

Parmi les doctrines et les proclamations conservées dans l’Église, les unes nous viennent de l’enseignement écrit ; quant aux autres, nous les avons recueillies, trans­mises dans le secret, de la tradition apostolique ; mais pour la piété, toutes ont la même force. Cela, nul ne peut le contester, pour peu qu’il ait l’expérience des insti­tutions ecclésiastiques. Si l’on tentait en effet de repous­ser les coutumes non écrites, en prétendant qu’elles n’ont guère de force, sans le vouloir, on s’en prendrait à l’Évangile sur les points essentiels eux-mêmes ; plus grave encore : on ferait de la proclamation un mot vide de sens.

Par exemple, pour rappeler ce qui se situe tout à fait au début et qui est d’un usage très courant : marquer du signe de la croix ceux qui espèrent en notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous l’a enseigné par écrit ? Se tourner vers l’Orient pendant la prière, quelle Écriture nous l’a appris ? Les paroles de l’épiclèse, au moment de la consécration du pain de l’Eucharistie et de la coupe de la Bénédiction, quel est le saint qui nous les a laissées par écrit ? Et pourtant, nous ne nous contentons pas des paroles rapportées par l’Apôtre et l’Évangile ; nous en ajoutons d’autres, avant et après, d’une grande impor­tance pour le mystère et que nous avons reçues de l’enseignement non écrit.

Nous bénissons aussi l’eau du baptême, l’huile de l’onction et en outre le baptisé lui-même. D’après quels textes écrits ? N’est-ce pas d’après la tradition gardée secrète et cachée ? Mais quoi ! L’onction d’huile elle-même, quelle parole écrite l’a-t-elle enseignée ? La triple immersion (du baptême) d’où vient-elle ? Et d’ailleurs tout ce qui entoure le baptême, la renonciation à Satan et à ses anges, de quelle Écriture cela vient-il ? N’est-ce pas de cet enseignement demeuré privé et dont on ne parle pas, que nos pères gardèrent dans un silence exempt d’inquiétude et d’indiscrète curiosité, car ils savaient bien qu’en se taisant, on sauvegarde le caractère sacré des mystères ? Ce qu’il n’est pas permis aux non-initiés de contempler, comment pourrait-il être raisonnable d’en divulguer par écrit l’enseignement ?

Basile de Césarée – Traité du Saint-Esprit 27, 66 Trad. A. Maignan Éd. DDB, « Les Pères dans la foi », p. 136-138

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Trois formes d’obéissance

Je distingue trois dispositions différentes qui nous portent inévitablement à obéir : ou bien nous nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes dans la disposition de l’esclave ; ou nous poursuivons l’appât de la récompense en accomplissant les commandements pour l’avantage que nous en retirons, et ainsi nous ressemblons aux mercenaires ; ou enfin c’est pour le bien lui-même et l’amour de Celui qui commande, que nous obéis­sons, heureux d’avoir été trouvés dignes de servir un Dieu si glorieux et si bon, et nous sommes alors dans la disposition des enfants.

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques, Prologue éd. Maredsous, 1969, p. 37-38

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Tu as tout reçu

Tu dois savoir d’où vient pour toi l’existence, le souffle, l’intelligence et ce qu’il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu, d’où vient l’espérance du Royaume des cieux et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd’hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat (1 Co 13, 12). D’où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ (Rm 8, 16-17) et, j’oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D’où vient tout cela et par qui ?

Ou encore, pour parler de choses moins importantes, celles qui se voient : qui t’a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les étoiles innombrables et, en tout cela, l’harmonie et l’ordre qui les conduisent ?… Qui t’a donné la pluie, l’agriculture, les aliments, les arts, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ?

N’est-ce pas de Celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d’aimer les hommes ?… Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n’a pas honte d’être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ? Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas des gérants malhonnêtes des biens qui nous sont confiés.

Basile de Césarée – Homélie 14, sur l’amour des pauvres, § 23-2 ; PG 35, 887 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 161 rev.)

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Une naissance pour la joie

Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Sei­gneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle ; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du cœur étaient purifiés.

Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2 Co 3, 18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ : à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.

Basile de Césarée – Homélie sur Noël, 2 PG 31, 1475-1476, trad. Brepols

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Une vie chrétienne sérieuse

Jusqu’à quand remettrons-nous d’obéir au Christ qui nous appelle dans son Royaume céleste ? Ne nous purifierons-nous pas ? Ne nous résoudrons-nous pas à abandonner notre genre de vie habituel pour suivre à fond l’Évangile ? …

Nous prétendons désirer le Royaume de Dieu, mais sans trop nous préoccuper des moyens de l’obtenir. Bien mieux, dans la vanité de notre esprit, sans nous donner la moindre peine pour observer les commandements du Seigneur, nous croyons être dignes de recevoir les mêmes récompenses que ceux qui ont résisté au péché jusqu’à la mort.

Mais qui, au temps des semailles, a pu s’asseoir et dormir chez lui, et ramasser ensuite des gerbes à pleines brassées au moment de la moisson ? Qui a fait la vendange sans avoir planté et cultivé de vigne ? Les fruits sont pour ceux qui ont peiné ; les récompenses et les couronnes pour ceux qui ont vaincu. A-t-on jamais couronné un athlète qui ne s’est même pas dévêtu pour combattre son adversaire ? Et pourtant, non seulement il faut vaincre, mais aussi « lutter selon les règles », comme le dit l’apôtre Paul (2 Th 2, 5), c’est-à-dire selon les commandements qui nous ont été donnés…

Dieu est bon, mais il est juste aussi… : « Le Seigneur aime la miséricorde et la justice » (Ps 32, 5) ; « c’est pourquoi, Seigneur, je chanterai ta miséricorde et ta justice » (Ps 100, 1)… Vois avec quel discernement le Seigneur use de la miséricorde. Il n’est pas miséricordieux sans examen, et il ne juge pas sans pitié, car « le Seigneur est miséricordieux et juste » (Ps 114, 5). N’ayons donc pas de Dieu une idée tronquée ; son amour pour les hommes ne doit pas être pour nous prétexte à négligence.

Basile de Césarée – Grandes Règles monastiques, prologue (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 20)

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Bois l’eau de

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