Chrétiens et juifs messianiques : un enrichissement mutuel

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Croix et étoile de David - composition contemporaine

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2001 Articles

Daniel Vigne, « Chrétiens et juifs messianiques : un enrichissement mutuel », dans Famille chrétienne n° 1229 (août 2001), p. 15. [pdf]

Chrétiens et juifs messianiques : un enrichissement mutuel

Le point de vue d’un théologien catholique, Daniel Vigne, diacre, historien et professeur de patristique à la Faculté de théologie de Toulouse.

D’après vous, peut-on considérer le mouvement des juifs messianiques comme une Église chrétienne ?

Il est trop tôt pour le dire. Le mouvement des juifs messianiques est un mouvement qui s’amplifie, mais qui ne représente pas une Église dans la mesure où ce n’est pas une institution unifiée. Je parlerais plutôt d’une mouvance où se côtoient plusieurs confessions, ainsi que des personnes sans appartenance ecclésiale, mais se réclamant de la foi en Jésus-Christ.

Est-ce, selon vous, un mouvement important pour les chrétiens ?

Les chrétiens peuvent beaucoup recevoir des juifs messianiques, qui redécouvrent Jésus comme Christ, en comprenant l’Évangile à la lumière de leur tradition. Ils enrichissent notre compréhension du mystère de Jésus, en vivifiant nos propres racines.

Mais les juifs messianiques ont également à recevoir de l’Église catholique le trésor de sa méditation théologique, de sa liturgie, de sa spiritualité et de ses saints, cette grande famille des sanctifiés : Les nations apporteront leurs trésors, dit la Bible (Is 60, 5 ; cf. Ag 2, 7 ; So 3, 10)…

Il faut accepter cet enrichissement mutuel afin que les pagano-chrétiens que nous sommes ne repoussent pas les judéo-chrétiens comme cela s’est fait aux IVe et au Ve siècles. D’autre part, il faut éviter que ces derniers fassent fi de ce que les non-juifs ont porté à travers les siècles. Chacun reçoit de l’autre l’Évangile.

Par ailleurs, il ne faudrait pas que le phénomène des juifs messianiques suscite un engouement comme s’il représentait le seul vrai christianisme qu’on n’aurait jamais dû quitter.

Enfin, si l’annonce de l’Évangile est possible en milieu juif, c’est plutôt à des juifs de s’en charger, tant la crainte du prosélytisme chrétien reste grande dans les mémoires.

S’agit-il là d’un phénomène nouveau dans l’Histoire ?

Les juifs messianiques ont formé l’Église à ses débuts, puis elle a accueilli les païens en son sein. Ils ont été greffés sur la racine du peuple élu, comme dit saint Paul : Toi, sauvageon d’olivier, tu as été greffé parmi les branches pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier, ne va pas te glorifier aux dépens des branches. Ou si tu veux te glorifier, ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte (Rm 11, 17-18).

Cela dit, la racine n’est pas le seul dépositaire de la foi chrétienne. Les chrétiens non juifs sont devenus majoritaires assez vite, et n’ont pas été obligés de respecter la loi juive. C’est tout le débat sur la circoncision : les chrétiens issus du paganisme ne sont pas devenus des judéo-chrétiens, et même pour les judéo-chrétiens, l’observance intégrale de la Loi n’était pas obligatoire.

Mais sur cette question, il y a eu des divergences. Le judéo-christianisme ancien s’est divisé en deux groupes, les Nazaréens et les Ébionites, qui ont disparu aux alentours du Vsiècle. Il n’y a donc pas de continuité historique entre les premiers juifs messianiques et ceux d’aujourd’hui. La résurgence actuelle du judéo-christianisme est un signe porteur d’espérance, à comprendre et à discerner.

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