Angelus Silesius – Le pèlerin chérubinique

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La Trinité, enluminure du Scivias d'Hildegarde de Bingen (v. 1151)

La Trinité, enluminure du Scivias d'Hildegarde de Bingen (v. 1151)

Livres religieux

Angelus Silesius – Le pèlerin chérubinique, trad. Camille Jordens, Albin Michel, 1994. L’errant chérubinique, trad. Johannes Scheffler (autre traduction de la même œuvre), Planète, 1970 (résumé-citations D. Vigne [pdf 14 pages]).

Angelus Silesius

Le pèlerin chérubinique

(citations ordonnées par thèmes)

Dieu au-delà de Dieu

Dieu n’est ni ceci ni cela. / Laisse donc ce « quelque chose » I,44.

Dieu habite une Lumière, nulle voie n’y accède. / Qui ne devient pas lui-même Lumière ne la verra jamais de toute éternité I,72.

Dieu est altissime (homme, crois-le bien) ! ¨Lui-même éternellement ne touche l’extrémité de sa divinité I,33.

Heureux cet homme qui ne veut ni ne sait ! ¨Qui n’offre à Dieu (ne te méprends pas) ni louange ni gloire I,19.

Vers où dois-je aller ? Je dois encore progresser, / Au-delà de Dieu même, jusque dans un désert I,10.

Même si Dieu ne voulait me conduire au-delà de Dieu, / J’entends L’y contraindre, par la force du seul amour I,16.

Les on-dit sur Dieu ne me suffisent toujours pas ! / La déité dépassée : voilà ma vie, ma lumière I,15.

La voie de l’Enfance

Homme, si tu ne deviens pas enfant, jamais tu n’entreras / Où sont les enfants de Dieu, la porte est bien trop petite I,153.

Tu trimes sur les Écritures, et par des arguties ta raison pense trouver le Fils de Dieu. De grâce, libère-toi de cette quête inlassable ! / Viens dans l’étable L’embrasser en personne, et bientôt tu jouiras de la Force du cher Enfant III,5.

Puisque désormais Dieu, le plus grand, est considéré comme « le petit », / Mon désir majeur est de devenir comme un enfant III,25.

Dieu est pour moi bâton, lumière, sentier, but et jeu, / Il m’est père, frère, enfant et tout ce que je veux I,184.

Enfant et Dieu : équivalents! ! Si tu m’appelles enfant, / Tu as reconnu Dieu en moi, et moi en Dieu I,255.

Dieu passe – c’est inouï – dans la petitesse de l’enfant. / Ah ! si je pouvais être petit en ce Petit ! II,50.

La Sagesse aime à se trouver où sont ses enfants. / Pourquoi donc – Que c’est stupéfiant ! Elle-même est une enfant I,165.

Le Christ en nous

Christ serait-il mille fois né à Bethléem, / Et non en toi, tu restes perdu à tout jamais I,61.

La croix du Golgotha ne peut te délivrer du mal, / Si elle n’est pas non plus dressée en toi I,62.

Dieu s’est fait homme pour toi ; si à ton tour tu ne deviens Dieu, / Tu outrages Sa naissance et tu offenses Sa mort I,124.

Quel peut donc être le dessein du Fils de Dieu, qu’Il vient dans la misère et assume sur ses épaules une si lourde croix ? / Qu’Il va jusqu’à traverser de part en part l’angoisse de la mort ? Il ne recherche rien d’autre que de recevoir un baiser de toi IV,53.

Te demandes-tu, chrétien, où Dieu a mis son trône ? / Là, où en toi-même Il t’engendre comme fils I,50.

Je suis un royaume, mon cœur en est le trône, / L’âme la reine, le roi le fils de Dieu III,131.

On naît de Dieu – on meurt en Christ, / Et dans l’Esprit on se met à vivre III,163.

Devenir Dieu

Si tu croîs hors de toi-même et hors des créatures, / La nature divine se greffera sur toi II,57.

Deviens Dieu, si tu veux aller à Dieu1 VI,28.

La plus noble prière est quand le priant / Se transforme au plus intime en ce devant quoi il s’agenouille IV,140.

L’humain est le lait, le divin le vin. / Veux-tu être fortifié, bois donc le lait mêlé au vin I,69.

Si tu es divinisé, tu bois et manges Dieu, / (Et c’est vrai à jamais) dans chaque bouchée de pain II,120.

Dix est le nombre souverain : il naît de l’Un et du Rien, / C’est quand Dieu et la créature se rencontrent qu’il advient V,8.

Mon Dieu, comment est-ce possible ? Mon esprit, ce néant, / Aspire à T’absorber, Toi, espace de l’éternité ! III,50.

L’Amour divin

Tu peux, si tu le veux, reconnaître Dieu pour ton Seigneur ; / Moi, je ne veux pas l’appeler autrement que « mon époux » II,38.

La boisson que le Seigneur Dieu préfère / C’est l’eau de mes yeux que l’amour sécrète III,130.

Dieu m’aime en se dépassant Lui-même. Si je L’aime au-delà de moi-même, / Je lui accorde autant qu’Il m’accorde de Lui I,18.

Dieu fait des affaires : Il met le ciel en vente ; / À quel prix l’offre-t-Il ? Pour une flèche d’amour VI,151.

Exercer l’amour est laborieux : nous n’avons pas seulement à aimer, / Mais aussi, comme Dieu, à être amour I,71.

L’amour est la pierre philosophale : elle sépare l’or de la boue, / Elle fait de rien quelque chose, et elle me transmue en Dieu I,244.

Ce qui ne brûle pas dans l’huile de l’amour est une fausse lumière V,112.

Douceur et bonté

La plus grande consolation après Dieu me semble être / Qu’au ciel on voit droit dans le cœur l’un de l’autre V,187.

Apporter de la nourriture, de la boisson, du réconfort, héberger la personne, la vêtir, / Rendre visite aux indigents, c’est là paître le petit Agneau de Dieu II,219.

Mon enfant, prends l’habitude de guerroyer à la manière du Christ, et par ta conduite chevaleresque tu vaincras ton ennemi. / Comment cela ? C’est avec l’amour qu’il faut lutter, avec douceur et patience esquiver ses coups, et de bon cœur lui rester bienveillant III,57.

Mon enfant, lie-toi d’amitié avec la miséricorde : / Elle est portière au château de la béatitude V,314.

Tu tends si opiniâtrement à un lopin de terre. / Or un esprit pacifique te permettrait d’être l’héritier de tout III,100.

Hélas, hélas, l’amour est mort ! De quoi est-il mort ? / De froid – personne n’ayant prêté attention à lui, il a péri III,138.

Le diable n’entend que tonnerre, vacarme et craquements. /Aussi pourras-tu trouver plaisir à le rendre par ta douceur fou à lier II,246.

La demeure intérieure

Arrête, où cours-tu ? le ciel est en toi I,82.

Homme, veux-tu savoir en quoi consiste la prière authentique ? / Entre en toi-même, et demande l’Esprit de Dieu I,237.

L’esprit de mon esprit, l’essence de mon essence / Voilà ce que je me suis choisi comme demeure II,161.

Le sage est ce qu’il a VI,169.

Je suis en Dieu montagne, c’est moi-même que j’ai à gravir / Afin que Dieu daigne me montrer sa Face bien-aimée II,83.

Fais place et souffle, l’étincelle gît en toi ; / Tu l’enflammeras facilement du saint désir d’amour V,349.

Mon corps est une coquille où un petit poussin / Veut être couvé pour être éclos de l’Éternel Esprit II,87.

La vacuité-source

La vraie vacuité est comme un noble vase / Contenant du nectar. Il recèle, mais ne sait quoi II,209.

Je suis le temple de Dieu, et le tabernacle de mon cœur / Est le Saint des Saints, quand il est néant et transparence III,113.

Homme, si tu es vide, l’eau jaillit de toi, / Comme de la source d’éternité I,159.

Ton cœur recevra Dieu et tous ses biens, / S’il sait s’ouvrir à Lui comme une rose III,87.

Tu n’as pas à crier vers Dieu, la source jaillissante est en toi.

Si tu ne bouches l’issue, elle flue et flue I,55.

Nul grain de poussière n’est si mauvais, nul petit point si infime, / Que le sage n’y voie Dieu et toute sa Gloire IV,160.

Homme, tout ce que tu veux est d’ores et déjà en toi ; / Mais tout tient au fait que tu l’empêches de sortir183.

Le non-savoir

Qu’est-elle, l’éternité ? Elle n’est ni ceci ni cela, / Ni maintenant, ni telle chose, ni nulle chose. Elle est je ne sais quoi II,153.

Veux-tu, homme, exprimer ce qu’est l’éternité ? / Il te faut d’abord rompre radicalement avec toute parole II,68.

L’unique objet de mon amour, j’ignore ce qu’il est : / Et parce que je l’ignore, voilà pourquoi je l’ai choisi I,43.

Je ne sais qui je suis, je ne suis qui je sais15.

Lorsque tu penses à Dieu, alors tu L’entends en toi : / Si tu te tais et gardes le silence, Il parle sans arrêt V,330.

Ne pas pécher, qu’est-ce ? Ne t’interroge pas longtemps : / Sors, ce seront les fleurs muettes qui te le diront III,98.

La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit, / Elle ne prête pas attention à elle-même, elle ne se demande pas si on la voit I,289.

Le non-vouloir

Avec ton ego tu cherches tantôt ceci, tantôt cela. / Ah, laisse donc faire Dieu selon sa volonté I,279.

Sors, et Dieu entrera ; meurs à toi et Dieu vivra. / Ne sois rien, Il le sera, ne fais rien, ainsi s’accomplit ce qu’Il a ordonné II,136.

Être actif est bon – prier bien meilleur. / Mieux encore de se tenir en présence de Dieu muet et immobile II,19.

Le « lâcher prise » rend l’homme capable de Dieu. / Mais lâcher Dieu même est un « lâcher prise » que peu d’hommes saisissent II,92.

L’un court à fond de train pour tomber dans l’abîme ; / Et l’autre bouge à peine pour investir la citadelle de Dieu VI,65.

Homme, comme cela ne relève ni de ton vouloir ni de ta course, / Tu dois, à l’instar de Dieu, vaincre par le non-vouloir II,193.

Homme, si tu es encore, si peu soit-il, si tu sais, si tu aimes, si tu possèdes, / Crois-moi, tu ne t’es pas encore démis de ton fardeau I,24.

Mourir au monde

Tu voyages beaucoup pour voir, tu es à l’affût de tout : / Si tu n’as pas croisé le regard de Dieu, tu n’as rien vu VI,248.

C’est en toi que doit résider ta richesse : ce que tu n’as pas en toi, / Même si c’est l’univers tout entier, devient pour toi une charge VI,185.

Chrétien, deviens ce que tu cherches ! Si tu ne l’es toi-même, / Jamais tu ne trouveras l’apaisement. Et tout deviendra pour toi fumier VI,184.

Tu te nourris d’images alors que toi-même tu es Image. / Comment penses-tu donc pouvoir subsister ? II,229.

Tu resteras mort éternellement, si tu ne fleuris ici et maintenant III,90.

Meurs avant même que tu ne meures : que tu n’aies pas à mourir / Quand mourir il te faudra : sans quoi il se pourrait que tu te putréfies IV,77.

Tout t’adjure et t’exhorte à reconnaître Dieu. / Si tu n’entends pas l’appel : « Aime-Le! », tu es mort IV,193.

Le progrès spirituel

Dieu ne punit pas le pécheur. Le péché est à lui-même opprobre, / Angoisse, douleur, martyre, mort. Comme la vertu est à elle-même récompense V,55.

Homme, redresse-toi donc ! Comment Dieu te soulèverait-Il, / Si tu restes collé de toutes tes forces à la terre ? VI,31.

Toi-même crées le temps, tes sens forment l’horloge. / Arrête donc en toi le balancier, et c’en est fait du temps I,189.

Tu n’es pas dans l’espace, c’est l’espace qui est en toi. / Jette-le hors de toi, et voici déjà l’éternité I,185.

Homme, tout se métamorphose. Et toi seul – comment est-ce possible ? – / Tu restes, sans le moindre progrès, la motte du vieil homme VI,33.

Mais avance donc, frère, qu’as-tu à t’arrêter ? / S’arrêter sur la voie de Dieu signifie reculer VI,70.

Ami, cela suffit, Au cas où tu voudrais lire davantage, / Va, deviens toi-même le livre, toi-même l’essence VI,263.

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Angelus Silesius

Le pèlerin chérubinique

 (citations ordonnées par thèmes)

Secret de Dieu

Dieu est chose la plus pauvre. Il est nu et libre. / Aussi dis-je à bon droit la pauvreté divine. I,65

Si riche est le Dieu éternel en ses desseins, / Qu’Il n’a jamais encor touché le fond de soi. I,263

Dieu est haut infiniment (homme, crois-le bien), / Lui-même éternellement ne trouve un terme à sa divinité. I,41

Mon Dieu, que Dieu est grand ! Mon Dieu, qu’Il est petit ! / Petit comme l’infime et grand autant que Tout. II,40

Dieu est le grand prodige ; Il est ce qu’Il veut / Et veut ce qu’Il est, sans mesure ni but. I,40

Dieu est seulement, Il n’aime ni ne vit / Comme on le dit de toi et moi et d’autres choses. II,55

Nous disons : Seigneur, que ta volonté soit faite ; / Mais Dieu n’a nul vouloir, Il est éternel repos. I,294

Dieu n’est pas vertueux : la vertu vient de Lui, / Comme du soleil, l’éclat et l’eau, de la mer. V,50

Amour divin

La nature de Dieu est l’amour : Il ne sait rien d’autre. / Si tu veux être Dieu, aime à chaque moment. V,243

Ah, ne cherche au-delà des mers esprit, sagesse : / La noblesse de l’âme est dans le seul amour. V,291

L’amour est difficile, car aimer ne suffit. / Il nous faut, comme Dieu, nous-mêmes être l’amour. I,71

On dit qu’à Dieu rien ne manque, qu’Il n’a que faire de nos dons. / Si c’est vrai, pourquoi veut-Il mon pauvre cœur ? III,123

Que Dieu n’ait pas de fin, je ne puis l’accorder, / Car vois : Il me poursuit pour reposer en moi. I,277

Dieu tient à moi autant que Lui m’est nécessaire : / Je l’aide à soutenir son être et Lui le mien. I,100

L’éternelle Divinité doit tant aux hommes / Que, sans eux, Elle aussi perd cœur, courage et sens. I,259

Créateur et créatures

Dieu crée le monde encore. Cela te semble étrange ? / Sache qu’il n’est en Lui d’avant ni d’après, comme ici. IV,165

Les nombres tant qu’ils sont dérivent tous de l’un, / Ainsi toutes créatures sont issues de Dieu, l’Un. V,2

Le cercle est dans le point, dans la graine est le fruit, / Dieu dans le monde : avisé qui L’y cherche. IV,158

On dit qu’un animal ne peut entrer chez Dieu. / Mais alors que sont-ils ces Quatre qui l’entourent ? IV,121

La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu’elle fleurit, / N’a souci d’elle-même, ne cherche pas si on la voit. I,289

Prends, bois, tant que tu veux et peux : tout est pour toi. / La Divinité même sera ton festin. II,17

Homme, toute chose t’aime ; tout se presse autour de toi ; / Tout accourt jusqu’à toi pour se hausser à Dieu. I,275

Enfance spirituelle

La Sagesse a plaisir d’être avec ses enfants. / Pourquoi donc ? Ô merveille ! Elle-même est enfant. I,165

Je ne veux force, puissance, art, sagesse, richesse, / Éclat, je ne veux qu’en mon Père être un enfant. II,135

Quand tu désires Dieu et d’être son enfant, / Il est en toi déjà, et c’est Lui qui t’inspire. V,284

Chrétien, si tu peux être enfant du fond du cœur, / Dès cette terre est tien le Royaume des Cieux. I,253

Enfant et Dieu c’est un : si tu m’appelles enfant, / Tu as reconnu Dieu en moi et moi en Dieu. I,255

 Vie intérieure

L’éternité nous est si native et profonde / Qu’il nous faut bien, de gré ou non, être éternels. V,235

Homme, si le paradis n’est pas d’abord en toi, / Crois bien que jamais tu n’y entreras. I,295

Ce que mon cœur préfère en la béatitude, / Est qu’elle est essentielle et ne vient du dehors. V,25

Homme, ce que tu veux est là déjà en toi, / Mais tout vient de ce que tu ne le fais surgir. IV,183

Qui se tourne au levant dans l’attente de Dieu, / En lui monte bientôt l’aurore de la grâce. II,215

Celui qui s’est choisi le centre pour demeure / Voit d’un regard tout ce qu’enferme l’horizon. II,24

À tout instant Dieu te remet le ciel ouvert. / Il ne dépend que de toi d’être bienheureux. V,57

De Dieu tu n’attends rien de moins que son Royaume, / Et si l’on te demande un pain, tu es tout pâle. VI,165

Ne pense pas qu’il soit si long d’aller au ciel : / Tout le chemin pour y mener ne fait qu’un pas. V,67

Pour moi rien n’est grand que Dieu. Un cœur tout divin / Ne voit dans le ciel lui-même qu’un pauvre abri. VI,214

Le sage a le cœur fier. Quoi qu’on lui veuille offrir, / Il ne l’accepte que de la main de Dieu. VI,254

Silence et solitude

Tu dois être limpide et habiter l’instant / Pour qu’en toi Dieu se voie et doucement repose. I,136

La Parole est en toi plus que sur d’autres bouches. / Si pour elle tu fais silence, aussitôt tu l’entends. I,299

Il te faut être seul ; mais garde tes distances / Et tu pourras être partout dans un désert. II,111

Dès que tu penses à Dieu, tu L’entends en toi. / Si tu faisais silence et restais calme, Il parlerait sans cesse. V,330

Va là où tu ne peux ; regarde où tu ne vois ; / Écoute où rien ne bruit : tu es où parle Dieu. I,199

Qui repose en soi entend la Parole de Dieu, / (Nie-le si bon te semble), hors même temps et lieu. I,93

Divinisation

Tu n’iras pas au ciel – pourquoi tant t’agiter ? / Si tu n’es d’abord toi-même un ciel vivant. V,52

Deviens Dieu si tu veux aller à Dieu. Il ne se donne / À qui ne veut être Dieu avec Lui et tout ce qu’Il est. VI,128

La goutte devient mer quand elle entre en la mer. / Et l’âme Dieu, quand elle est absorbée en Lui. VI,171

Le feu fond et unit : si tu rejoins ton origine, / Ton esprit avec Dieu sera fondu en Un. II,163

Dieu est mon esprit, mon sang, ma chair et mes os ; / Comment ne serais-je avec Lui divinisé ? I,216

Si tu es divinisé, tu bois et manges Dieu, / Et c’est vrai à jamais dans chaque bouchée de pain. II,120

La plus noble prière est quand celui qui prie / Se transforme en ce devant quoi il s’agenouille. IV,140

On ne sait ce qu’est Dieu : Il n’est lumière ni esprit, / Ni vérité, ni unité, ni ce qu’on nomme divinité,

Ni sagesse, ni raison, ni amour, volonté ou bonté, /

Ni chose, ni non-chose, ni essence ou affect, / Il est ce que ni moi, ni toi, ni nulle créature

Jamais n’apprennent qu’en devenant ce qu’Il est. IV,21

Union mystique

Homme, comment peux-tu former désir quelconque, / Quand tu renfermes Dieu en toi et toutes choses ! I,88

Ne clame pas vers Dieu, en toi-même est la source. / N’en bouche pas l’issue, sans fin elle jaillira. I,55

Arrête, où cours-tu donc ? Le ciel est en toi. / Cherches-tu Dieu ailleurs, tu Le manques sans fin. I,82

Comment est fait mon Dieu ? Contemple-toi toi-même. / Qui se contemple en Dieu, voit Dieu en vérité. II,157

Quand je l’enserre en moi, Dieu est mon centre ; / Il est mon cercle, quand l’amour m’abîme en lui. III,148

Te voir un avec Dieu, homme, t’est plus facile / Que d’ouvrir l’œil ; veuille-le seulement et c’est fait. VI,175

Serre Dieu dans ton cœur, n’y laisse entrer nul autre, / Il sera près de toi, sans fin, ton prisonnier. III,147

Quand tu lances ton esquif sur la mer de Dieu, / Heureux es-tu alors, si tu t’y engloutis. IV,139

Dieu ne donne à personne, Il est offert à tous, / Afin, si tu le veux, de n’être qu’à toi seul. I,21

Dieu m’est bâton, lumière, sentier, but et jeu, / Et père, frère, enfant et tout ce que je veux. I,184

Dans le saint même Dieu fait ce que fait le saint : / Il va, demeure, dort, s’éveille, mange et boit, a joie au cœur. V,174

Apophatisme

Si tu aimes Quelque chose, tu n’aimes rien. / Dieu n’est ceci ni cela. Laisse le quelque chose. I,44

Aimes-tu quelque chose en Dieu, par là tu montres / Que Dieu ne t’est pas Dieu encor ni toutes choses. I,271

As-tu désir de quelque chose en Dieu, je dis / (Si saint que tu sois) que c’est ton idole. I,75

Qui aime la liberté aime Dieu. Qui s’abîme en Dieu, / Hors toutes choses, c’est à lui que Dieu la donne. II,27

Qu’est-ce, l’éternité ? Ni ceci, ni cela, / Ni maintenant, ni chose, ni rien, c’est, je ne sais quoi. II,153

Bienheureux l’homme qui ne veut ni ne sait, / Ne donne à Dieu (comprends-moi) louange ni gloire. I,19

Chose heureuse je suis, si puis être non-chose, / Inconnue, étrangère à tout ce qui existe. I,46

L’anéantissement seul t’élève au-dessus de toi ; / Le plus anéanti a le plus de divinité.

Qui est comme s’il n’était et n’eût jamais été, / (Ô seul délice) est purement devenu Dieu. I,92

Plus tu sauras t’ôter de toi, hors de toi te répandre, / Plus Dieu t’inondera de sa Divinité. I,138

Qui s’abandonne est près de Dieu ; mais délaisser / Dieu même est l’abandon que peu savent entendre. II,92

L’entièrement abandonné est pour toujours libre et un. / De lui à Dieu, peut-il être une différence ? II,141

Le Fils éternel

Donner naissance est un bonheur. Le seul délice / De Dieu est d’engendrer son Fils éternellement. VI,132

Dieu le Père est le point. De Lui sort le Fils, la ligne. / Des deux la surface et couronne est Dieu l’Esprit. IV,62

En Christ Dieu est Dieu, dans les anges figure d’ange, / Homme dans l’homme, et tout en ce que tu voudras. V,214

Incarnation

Le Dieu sans devenir devient au sein du temps / Ce qu’Il ne fut jamais de toute éternité. IV,1

Quand Dieu gisait caché dans le sein d’une vierge, / C’est alors que le point tenait en soi le cercle. III,28

Puisque Dieu même, le plus grand, s’est fait petit, / Tout mon désir sera d’être comme un enfant. III,25

Ah, si ton cœur pouvait devenir une crèche ! / De nouveau, ici-bas, Dieu serait un enfant. II,53

Puisque mon rédempteur a pris l’humanité, / En Lui je suis venu à la droite de Dieu. I,220

Passion du Christ

J’aime fort la beauté, mais je ne la dis belle / Si je ne la contemple au milieu des épines. III,89

Que Dieu soit mis en croix ! Qu’on puisse Le frapper ! / Qu’Il supporte l’outrage à Lui-même infligé !

Qu’Il éprouve l’angoisse ! Et qu’Il puisse mourir ! / Ne t’en étonne pas, l’amour l’a inventé. IV,52

Ce n’est pas sur la croix que Dieu fut mis à mort, / Car en Abel déjà Il fut assassiné. V,103

La passion du Christ n’a pas pris fin sur la croix. / Il souffre encor maintenant, le jour et la nuit. V,159

S’Il veut vivre pour toi, Dieu même doit mourir ; / Et tu voudrais sans mort hériter de sa vie ? I,33

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