Daniel Vigne, « À l’écoute du Verbe. Prier 30 jours avec Lanza del Vasto », textes pour le temps de Pâques, Parole et prière, avril 2020. [pdf]
À l’écoute du Verbe : prier 30 jours avec Lanza del Vasto
Centrés sur le mystère de Pâques, qui rayonne à travers tout le temps liturgique, des textes de Lanza del Vasto nous accompagneront durant ce mois d’avril. Qui est cet auteur au nom sonore et un peu médiéval ? Un homme exceptionnel, profondément catholique, connu surtout en tant qu’apôtre de la non-violence en Europe, mais qui a déployé ses talents sur beaucoup d’autres plans. « Serviteur de paix », il appelait chacun à revenir aux sources de la vie intérieure en même temps qu’à agir pour changer le monde. Certains de nous ont encore en mémoire son visage digne, sa stature prophétique, sa parole claire et chaleureuse.
Lanza del Vasto était de ces témoins dont on reçoit non seulement des paroles de sagesse, mais une lumière de vie. Précurseur de changements radicaux, que nous savons désormais nécessaires, il a ouvert des voies qui nous sont devenues familières mais qui, alors, étaient très novatrices. Il a été un des premiers à avertir notre civilisation des conséquences d’un pseudo-progrès incontrôlable et de la recherche effrénée du profit. Il y a cinquante ans déjà, il clamait l’appel que le pape François, dans l’encyclique Laudato si’, adresse à notre monde : urgence du respect de la création, importance du partage, unité et cohérence entre les divers aspects de nos vies. Tout est lié, tout est en relation ! Ce principe est le fondement de la philosophie de Lanza del Vasto, avec ses nombreuses conséquences pratiques et éthiques. La recherche d’un mode de vie plus simple et plus convivial en est une, ainsi que le refus de la violence, non comme idéal naïf, mais comme engagement actif en vue d’être « vainqueurs du mal par le bien » (Rm 12, 21).
Poète, sculpteur, musicien, Lanza del Vasto fut aussi un artiste, habité par l’amour de la beauté, qui nous fait retrouver l’harmonie entre matière et forme, entre corps et âme, entre terre et ciel. On trouvera ici certaines de ses plus belles prières, rappelant que l’expérience spirituelle était la clé de voûte de son enseignement. On lira surtout des extraits de son Commentaire de l’Évangile, méditant le récit biblique de façon sobre et savoureuse, à la façon des Pères de l’Église. Que ces textes choisis nous aident à mieux entendre la voix du Verbe, à contempler sa Passion, à entrer dans la joie de sa Résurrection !
Mercredi 1er avril
Jésus dit alors aux Juifs qui l’avaient cru : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera. » Ils lui répondirent : « Nous sommes la descendance d’Abraham et jamais nous n’avons été esclaves de personne. Comment peux-tu dire : « Vous deviendrez libres ? » » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave. Or l’esclave ne demeure pas à jamais dans la maison, le fils y demeure à jamais. Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres. Je sais, vous êtes la descendance d’Abraham ; mais vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne pénètre pas en vous. Je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez entendu auprès de votre père. » Ils lui répondirent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous êtes enfants d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Or maintenant vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j’ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l’a pas fait ! Vous faites les œuvres de votre père. » Ils lui dirent : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ; nous n’avons qu’un seul Père : Dieu. » Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne viens pas de moi-même ; mais lui m’a envoyé. »
Jean 8, 31–42
Nous sommes entrés dans le Carême, les quarante jours et le désert de l’âme. Nous y sommes entrés avec un deuil unique. [Enseignement donné à Paris peu de jours après l’assassinat de Gandhi, le 30 janvier 1948. Lanza del Vasto, qui avait rencontré Gandhi en Inde en 1937, se voulait son disciple chrétien, témoin de la non-violence en Occident]. Que tout vous serve, ô mes amis : et le deuil et la pénitence, et la sécheresse du désert et le froid du dehors, pour vous recueillir, pour vous ressaisir, pour reprendre en main votre vie, pour revoir vos fautes passées. Sachez jeûner, sachez accepter avec joie les contretemps de la vie, sachez tenir votre cœur resserré, votre esprit plus bas que terre. Si le grain ne meurt il restera seul, mais s’il sait attendre sous terre il donnera du fruit et la fête du réveil viendra, et celle de la moisson.
Commentaire de l’Évangile (DDB, 2015), p. 474
Jeudi 2 avril
« En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Les Juifs lui dirent : « Maintenant nous savons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais de la mort. Es-tu donc plus grand qu’Abraham, notre père, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui prétends-tu être ? » Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : Il est notre Dieu, et vous ne le connaissez pas ; mais moi, je le connais ; et si je disais : Je ne le connais pas, je serais semblable à vous, un menteur. Mais je le connais et je garde sa parole. Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. » Les Juifs lui dirent alors : « Tu n’as pas 50 ans, et tu as vu Abraham ! » Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham existât, Je Suis. » Ils ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se déroba et sortit du Temple.
Jean 8, 51–59
Nous sommes tous faits d’un noyau et d’une écorce, et pour que le noyau germe et fleurisse, il faut que l’écorce se brise, il faut aussi que cette écorce se brise par la force de la croissance du germe. Si le germe ne grandit pas, l’écorce se brisera tout de même ; si le germe pourrit, l’écorce pourrira aussi. Si nous ne mourons pas pour quelque chose, nous mourrons pour rien, si nous ne vivons pas en donnant un sens à notre vie, nous vivons une vie insensée qui n’en est pas pour autant heureuse ou tranquille ; ou bien elle est heureuse de par une illusion, dont le réveil sera la mort. Car l’ignorance consiste à se prendre soi-même pour son enveloppe, à se prendre pour l’écorce, à oublier le noyau, le germe qui, en croissant, ne peut pas ne pas briser l’écorce ; mais qui la brise dans une douleur joyeuse, puisqu’il n’y a de joie que dans la croissance et dans l’union.
Commentaire de l’Évangile, p. 519
Vendredi 3 avril
Les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur dit alors : « Je vous ai montré quantité de bonnes œuvres, venant du Père ; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » Les Juifs lui répondirent : « Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » Jésus leur répondit : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? Alors qu’elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu fut adressée – et l’Écriture ne peut être récusée – à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde vous dites : Tu blasphèmes, parce que j’ai dit : Je suis Fils de Dieu ! Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père. » Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir, mais il leur échappa des mains. De nouveau il s’en alla au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord baptisé, et il y demeura. Beaucoup vinrent à lui et disaient : « Jean n’a fait aucun signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. » Et là, beaucoup crurent en lui.
Jean 10, 31–42
Ils cherchèrent à le saisir, mais il s’échappa de leurs mains (Jean 10, 39). Il est dit que celui qui mettait les mains sur l’arche d’alliance, ses mains restaient plaquées sur l’arche comme la feuille morte sur un pavé mouillé. Celui qui était l’Arche vivante passe au milieu d’eux et personne n’ose mettre la main sur lui, car son heure n’est pas venue. Son heure n’est pas venue, mais son heure approche. Personne ne lui ôte la vie, mais il la dépose de lui-même, et bientôt il va la déposer. Avant de la déposer il se livre à la grande préparation : Jésus s’en alla de nouveau au-delà du Jourdain, dans le lieu où Jean avait d’abord baptisé, et il y demeura (Jean 10, 40). Nous voici revenus au point de départ, au baptême de Jean, et c’est sans doute à cause de ces mots que la préparation de Pâques se pratique par le rappel des quarante jours dans le désert qui eurent lieu lors du baptême et de la tentation.
Commentaire de l’Évangile, p. 474
Samedi 4 avril
Beaucoup d’entre les Juifs qui étaient venus auprès de Marie et avaient vu ce qu’il avait fait, crurent en lui. Mais certains s’en furent trouver les Pharisiens et leur dirent ce qu’avait fait Jésus. Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil : « Que faisons-nous ? Disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu saint et notre nation. » Mais l’un d’entre eux, Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n’y entendez rien. Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. » Or cela, il ne le dit pas de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation – et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Dès ce jour-là donc, ils résolurent de le tuer. Aussi Jésus cessa de circuler en public parmi les Juifs ; il se retira dans la région voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm, et il y séjournait avec ses disciples. Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier. Ils cherchaient Jésus et se disaient les uns aux autres, en se tenant dans le Temple : « Qu’en pensez-vous ? Qu’il ne viendra pas à la fête ? » Les grands prêtres et les Pharisiens avaient donné des ordres : si quelqu’un savait où il était, il devait l’indiquer, afin qu’on le saisît.
Jean 11, 45–57
Jésus envoie deux disciples prendre l’âne. C’est la troisième fois dans l’histoire de Jésus que l’âne paraît. La première fois à la crèche, où il réchauffe l’enfant de son souffle. La seconde fois pendant la fuite en Égypte, où il l’emporte loin des dangers. La troisième fois ici où il le porte dans son dernier triomphe, annonce de la tragédie qui se prépare. L’âne est un animal humble ou pour mieux dire humilié, injustement considéré comme vulgaire et lourd de bêtises. Il est l’animalité bafouée par la prétention humaine et mondaine. C’est donc lui qui est choisi par Dieu pour réchauffer, pour garder des dangers, pour porter en triomphe la divinité incarnée en un Roi que les rois, les grands, les trop-intelligents ignorent. Jésus ne fait pas sa dernière entrée dans la ville sacrée sur un cheval ou sur un éléphant, mais il choisit un âne, pour nous montrer la majesté du Roi secret.
Commentaire de l’Évangile, p. 498
Dimanche 5 avril, des Rameaux et de la Passion
Quand ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent en vue de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Rendez-vous au village qui est en face de vous ; et aussitôt vous trouverez, à l’attache, une ânesse avec son ânon près d’elle ; détachez-la et amenez-les-moi. Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous direz : Le Seigneur en a besoin, mais aussitôt il les renverra. » Ceci advint pour que s’accomplît l’oracle du prophète : Dites à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi ; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d’une bête de somme. Les disciples allèrent donc et, faisant comme leur avait ordonné Jésus, ils amenèrent l’ânesse et l’ânon. Puis ils disposèrent sur eux leurs manteaux et Jésus s’assit dessus. Alors les gens, en très nombreuse foule, étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin. Les foules qui marchaient devant lui et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Quand il entra dans Jérusalem, toute la ville fut agitée. « Qui est-ce ? » Disait-on, et les foules disaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »
Matthieu 21, 1–11
La foule en liesse bénit celui qui vient au nom du Seigneur. Un grand mouvement l’agite, ils mêlent leurs voix, leurs voix d’indifférents, de badauds, à la voix des disciples […] Dans cette procession solennelle, Jésus agit en Roi des pauvres. Il sait que tout lui appartient. Il n’a qu’à demander ou à faire demander : même les indifférents, même les passants sentent qu’ils lui doivent tout ce qu’il demande, et il envoie les disciples demander l’ânon et l’ânesse, et il s’applique à se présenter dans cet attirail ridicule. Mais telle est sa majesté que personne au monde, même ses ennemis, n’a envie de rire. Toute la ville est émue : chacun retire son manteau fait pour le couvrir, signe de sa personne, et de ce manteau fait un tapis. Ils prennent aussi les branches des arbres et les palmes, pour que toute la nature participe à la fête par le dépouillement de son manteau.
Commentaire de l’Évangile, p. 498-499
Lundi Saint, 6 avril
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts. On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l’un des convives. Alors Marie, prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison s’emplit de la senteur du parfum. Mais Judas l’Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu 300 deniers qu’on aurait donnés à des pauvres ? » Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait. Jésus dit alors : « Laisse-la : c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. » La grande foule des Juifs apprit qu’il était là et ils vinrent, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus.
Jean 12, 1–11
Il est à remarquer de ce Christ dont on nous parle souvent comme d’un doux et humble de cœur, et il le fut en effet, qu’il ne manqua jamais à la dignité et à l’honneur. Moi j’honore mon Père, et vous me déshonorez (Jean 8, 49), dit-il à ses accusateurs pendant la fête des Tabernacles. Il ne baisse pas la tête devant les puissants de ce monde qui lui font remarquer qu’ils ont pouvoir de le crucifier. Il ne baisse point la tête devant le roi Hérode. Quand la pécheresse brise sur lui le vase d’albâtre empli de parfums précieux, et qu’on lui fait remarquer qu’avec le prix de ce parfum on pourrait soulager les pauvres, il dit : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, mais moi vous ne m’aurez pas toujours (Jean 12, 8). Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous faites bien car je le suis (Jean 13, 13), dit-il sans fausse modestie. Est-il vrai que tu es roi ? lui demande Pilate. Et Jésus lui répond : Tu l’as dit (Jean 18, 37).
Commentaire de l’Évangile, p. 576-577
Mardi Saint, 7 avril
Ayant dit cela, Jésus fut troublé en son esprit et il attesta : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. » Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait. Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, se trouvait à table tout contre Jésus. Simon-Pierre lui fait signe et lui dit : « Demande quel est celui dont il parle. » Celui-ci, se penchant alors vers la poitrine de Jésus, lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. » Trempant alors la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote. Après la bouchée, alors Satan entra en lui. Jésus lui dit donc : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Mais cela, aucun parmi les convives ne comprit pourquoi il le lui disait. Comme Judas tenait la bourse, certains pensaient que Jésus voulait lui dire : « Achète ce dont nous avons besoin pour la fête », ou qu’il donnât quelque chose aux pauvres. Aussitôt la bouchée prise, il sortit ; il faisait nuit. Quand il fut sorti, Jésus dit : « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même et c’est aussitôt qu’il le glorifiera. Petits enfants, c’est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. » […] Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; mais tu me suivras plus tard. » Pierre lui dit : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi. » Jésus répond : « Tu donneras ta vie pour moi ? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois. »
Jean 13, 21–38
Où veux-tu que nous fassions les préparatifs (Matthieu 26, 17) ? Chez deux Évangélistes il est dit : Suivez l’homme qui porte une cruche d’eau, de cette eau qui selon saint François est si utile, humble et précieuse et chaste ; de cette eau qui sert à Jean pour le baptême de purification, de préparation, et pour l’aplanissement des chemins du Seigneur ; de cette eau qui, dans le premier miracle de Jésus, a été transformée en vin. L’homme qui porte l’eau n’est point le maître de maison, c’est un serviteur, il porte l’eau de nécessité et de pureté. Suivez l’homme qui porte une cruche d’eau (Marc 14, 13 ; Luc 22, 10) signifie : prenez la voie du service et de l’humilité afin de pénétrer dans la maison où doit s’accomplir la transformation et le passage. Cette maison, c’est le corps de celui qui est préparé à la transformation et au passage. Ce corps doit être purifié ; il le sera par le repentir, par l’humilité et le service.
Commentaire de l’Évangile, p. 506
Mercredi Saint, 8 avril
Alors l’un des Douze, appelé Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? » Ceux-ci lui versèrent 30 pièces d’argent. Et de ce moment il cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour des Azymes, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque ? » Il dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : Le Maître te fait dire : Mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples. » Les disciples firent comme Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque. Le soir venu, il était à table avec les Douze. Et tandis qu’ils mangeaient, il dit : « En vérité je vous le dis, l’un de vous me livrera. » Fort attristés, ils se mirent chacun à lui dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Il répondit : « Quelqu’un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer ! Le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! » À son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda : « Serait-ce moi, Rabbi » – « Tu l’as dit », répond Jésus.
Matthieu 26, 14–25
Pierre est déjà baigné et baptisé : la tête, le lieu de la foi et de la doctrine, est déjà propre ; et les mains, qui sont les instruments des œuvres, sont déjà propres et sanctifiées. Mais reste à laver les pieds, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus bas, l’instinct en nous, celui qui nous porte vers nos buts (ces buts qui ne sont pas nôtres). C’est vers la purification des pieds, entendez du corps, c’est à la purification du corps que va tendre toute la cérémonie qui s’appelle la Pâque, et qui se traduit par un repas du corps. Il faut que le corps participe aux noces spirituelles par un repas spirituel, et que le corps soit préparé lui-même au passage et puisse servir de lieu pour le passage. Et pour que le corps soit pur, il faut qu’il serve. Le service et la soumission, c’est l’eau qui va laver le corps, qui va le justifier, qui va le sanctifier et le préparer.
Commentaire de l’Évangile, p. 508
Jeudi Saint, 9 avril
Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « Seigneur, toi, me laver les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras. » Pierre lui dit : « Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous. » Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : « Vous n’êtes pas tous purs. » Quand il leur eut lavé les pieds, qu’il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. »
Jean 13, 1–15
Celui qui incontestablement est le maître, celui-là donne l’exemple du service pour qu’on le suive. Il ne sert pas seule-ment d’un service quelconque, mais d’un service particulier : il lave les pieds. Lui, le plus haut, lave ce qu’il y a en nous de plus bas. Il sert en purifiant, il sert en obligeant celui qu’il sert. Cet honneur disproportionné effraie à juste titre l’homme à qui il est rendu d’une manière toute gratuite et imméritée. Il humilie l’homme à qui le service est rendu, et le premier des disciples ne peut supporter cet honneur humiliant et il se récrie : Toi, me laver les pieds ? Jamais je ne supporterai un tel renversement ! Tu ne comprends pas ce que je te fais, dit le Maître. Et il force à rester à sa place celui qui se penche pour descendre au-dessous de celui qui se penche vers lui : Si tu ne me permets de te laver les pieds, tu n’auras pas de part avec moi.
Commentaire de l’Évangile, p. 508
Vendredi Saint, 10 avril
Ayant dit cela, Jésus s’en alla avec ses disciples de l’autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples. Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que bien des fois Jésus et ses disciples s’y étaient réunis. Judas donc, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les Pharisiens, vient là avec des lanternes, des torches et des armes. […] Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Jean 18, 1 à 19, 42
De même que les quarante jours de jeûne qui marquent le commencement de la vie publique du Christ s’achèvent par la tentation, de même, cette grande purification qu’est l’agonie, juste avant l’ultime sacrifice, s’achève par une nouvelle et dernière tentation, qui est marquée en lettres de sang et de feu dans le récit des quatre Évangélistes. C’est la sueur de sang au jardin des oliviers, c’est la supplication : Que cette coupe soit éloignée de moi (Matthieu 26, 39), c’est l’angoisse et l’obscurité qui précèdent le déchirement. C’est la conscience de tous les maux, de toutes les souffrances, de tous les péchés que le Fils de l’homme a pris sur lui. C’est peut-être, à l’extrême, la crainte que tout cela ne soit encore vain, la certitude que cela est vain pour quelques-uns et pour un long temps encore. N’y a-t-il pas là toutes les marques de la tentation ?
Commentaire de l’Évangile, p. 126
Samedi Saint, 11 avril
Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit. » Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. »
Matthieu 28, 1–10
La croix est le support de l’homme et sa structure. Le cadre sur lequel l’homme est tissé. Pense-toi dans la croix, pense la croix en toi. Ton échine dressée avec douleur est le poteau, tes épaules maigries sont la poutre traverse. Pendu dans son orage rouge, ton cœur de gloire est le corps du Seigneur. […]
Par longueur de temps, par effet de l’effort, par grâce, tu la verras, la croix, la croix du Christ, ta croix. De la racine des pieds rouillés de sang, remonte jusqu’à la plaie du flanc, source des deux baptêmes. Jusqu’à la poitrine où le souffle clapote, comme une proue qui va prendre le large. Jusqu’aux bras ouverts pour l’embrassement et pour le vol, ouverts comme le vent. Jusqu’au visage sans traits, et clos comme la lune. Appelle-le, ranime-le, réchauffe-le, par ta prière. Frappe et l’on t’ouvrira.
Principes et préceptes du retour à l’évidence,
Paris, DDB, 2015, p. 96-97
Dimanche de Pâques, 12 avril
Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l’autre Marie vinrent visiter le sépulcre. Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. À sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. Mais l’ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts, et voilà qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. Voilà, je vous l’ai dit. » Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. »
Matthieu 28, 1–10
– Femmes, que cherchez-vous ? Jésus de Nazareth ?
Venez et voyez, il n’est plus là.
Le linceul pend, la tombe est vide.
Il n’est plus là, ne pleurez plus.
La voix de la tourterelle est revenue sur notre terre.
La mort est un rideau de crainte devant Dieu.
Ne pleurez plus, levez les yeux, Alléluia.
Cherchez-le sur la route ; il est partout.
Les pèlerins l’ont rencontré,
il a rompu le pain pour découvrir sa face, Alléluia.
Quand vous dormez il appelle aux fenêtres.
Il a passé sous les rayons du pauvre.
Il m’a fait signe en une branche ailée.
Il marchera devant vous par les chemins de Galilée,
et par tous les chemins, Alléluia.
La Passion, Grasset, 1951, p. 127-128
Lundi de Pâques, 13 avril
Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre : « Je vous salue », dit-il. Et elles de s’approcher et d’étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » Tandis qu’elles s’en allaient, voici que quelques hommes de la garde vinrent en ville rapporter aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci tinrent une réunion avec les anciens et, après avoir délibéré, ils donnèrent aux soldats une forte somme d’argent, avec cette consigne : « Vous direz ceci : Ses disciples sont venus de nuit et l’ont dérobé tandis que nous dormions. Que si l’affaire vient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l’amadouer et de vous épargner tout ennui. » Les soldats, ayant pris l’argent, exécutèrent la consigne, et cette histoire s’est colportée parmi les Juifs jusqu’à ce jour.
Matthieu 28, 8–15
– Ô filles de Jérusalem,
Avez-vous vu mon Bien-Aimé ?
Car je le cherche et ne l’ai pas trouvé,
Car je l’appelle, il n’a pas répondu…
– Nous avons vu ton Bien-Aimé
Et l’avons reconnu.
Nos yeux l’ont vu, nos cœurs l’ont reconnu.
À tous ceux qui témoigneront,
Prendront leur croix et le suivront,
Par le pain et le vin, et par les chants
Comme nous aujourd’hui célébreront
La nouvelle Alliance et le Passage,
Et le retour du Bien-aimé,
Il a promis de demeurer
Avec eux tous les jours, jusqu’à la fin du monde.
Amen, Amen, Alléluia !
La Passion, Grasset, 1951, p. p. 128-129
Mardi de Pâques, 14 avril
Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l’intérieur du tombeau et elle voit deux anges, en vêtements blancs, assis là où avait reposé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds. Ceux-ci lui disent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur dit : « Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » Ayant dit cela, elle se retourna, et elle voit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’enlèverai. » Jésus lui dit : « Marie ! » Se retournant, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni » – ce qui veut dire : « Maître. » Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie de Magdala vient annoncer aux disciples qu’elle a vu le Seigneur et qu’il lui a dit cela.
Jean 20, 11–18
Quand Marie de Magdala qui pourtant l’a servi, l’a suivi, l’a oint de parfum de son vivant et après sa mort, a écouté sa parole assise à ses pieds, quand cette Marie le rencontre sur le lieu même de son supplice, pleine de l’image de lui, elle le prend pour le jardinier et lui demande où on a mis son Seigneur. Il est difficile de croire que ce soient les larmes qui l’empêchent de voir qu’elle a devant elle celui qu’elle cherche ; il est difficile, en pleurant, de ne pas reconnaître celui qu’on pleure quand on l’a devant soi. Et pourtant, Jésus se penche sur elle et lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu (Jean 20, 15) ? Mais il faut qu’enfin il lui dise : Marie !, avec une voix que sans doute elle connaît bien, il faut qu’il lui crie son nom, c’est-à-dire le signe de sa naissance et de son âme, il faut qu’il la rappelle à soi, il faut qu’il la fasse rentrer en elle-même pour qu’elle le reconnaisse.
Commentaire de l’Évangile, p. 582
Mercredi de Pâques, 15 avril
Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? » Et ils s’arrêtèrent, le visage sombre. Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : « Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci » – […] Alors il leur dit : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. » Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » À cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent : « C’est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.
Luc 24, 13–35
Les disciples d’Emmaüs, qui sans doute connaissent bien son visage et ses gestes familiers, cheminent le long de la route avec lui, parlent et discutent avec lui, l’invitent à l’auberge, s’assoient à table et croient se trouver avec un passant quelconque jusqu’à ce qu’il rompe le pain. Sous quelle forme donc apparaissait-il à ses disciples, sous quelle forme de chair et dans quelle chair ? On le voit bien une fois manger avec ses disciples après la Résurrection, mais on sait du même coup qu’il est entré dans la salle les portes étant closes ; c’est dire que son corps a passé à travers les murailles. Il montre à ses disciples, et il montre à Thomas les traces de la Passion, mais on dirait que les traits de son visage sont effacés. Il apparaît soudain comme une flamme qui jaillit ou bien comme un passant qui se présente et qu’on ne remarquerait pas.
Commentaire de l’Évangile, p. 583-584
Jeudi de Pâques, 16 avril
Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain. Tandis qu’ils disaient cela, lui se tint au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. Mais il leur dit : « Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai. » Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d’étonnement, il leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il leur dit : « Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures, et il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins. »
Luc 24, 35–48
Quand soufflera la trompette dernière,
Les morts feront crever la terre nue
Comme craque la foudre au cœur des nues
Et dresseront la hampe sans bannière
De leur squelette sec.
Mais quand le Fils
Et la Vierge Marie au corps de lys
Apparaîtront dans l’éclaircie
Comme vient le printemps sur la campagne,
Cette chair qui nous fut tendre et compagne
Poindra sur l’os comme feuille transie.
Le Chiffre des choses, Denoël, 1972, p. 14, « Résurrection »
Vendredi de Pâques, 17 avril
Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade. Il se manifesta ainsi : Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous venons nous aussi avec toi. » Ils sortirent, montèrent dans le bateau et, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Or, le matin déjà venu, Jésus se tint sur le rivage ; pourtant les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. Jésus leur dit : « Les enfants, vous n’avez pas du poisson ? » Ils lui répondirent : « Non ! » Il leur dit : « Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez. » Ils le jetèrent donc et ils n’avaient plus la force de le tirer, tant il était plein de poissons. Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : « C’est le Seigneur ! » À ces mots : « C’est le Seigneur ! », Simon-Pierre mit son vêtement – car il était nu – et il se jeta à l’eau. Les autres disciples, qui n’étaient pas loin de la terre, mais à environ 200 coudées, vinrent avec la barque, traînant le filet de poissons. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise, avec du poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez de ces poissons que vous venez de prendre. » Alors Simon-Pierre monta dans le bateau et tira à terre le filet plein de gros poissons : 153. Et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ?, sachant que c’était le Seigneur. Jésus vient, il prend le pain et il le leur donne ; et de même le poisson. Ce fut là la troisième fois que Jésus se manifesta aux disciples, une fois ressuscité d’entre les morts.
Jean 21, 1–14
Voici nos sept Apôtres retournés à leurs filets. Ils sont livrés à leurs propres moyens et jetés dans le monde, si bien figuré par l’eau mouvante, et ils pêchent et cherchent le poisson. Vous savez tous ce que le poisson signifie : le poisson, c’est le vivant des profondeurs ; le poisson, c’est l’eau faite vie. C’est celui dont il est dit : Ce qui a été fait a eu vie en lui (Jean 1, 4). Il était la vie de tout ce qui vit, il était l’essence profonde de tout ce qui est. Il était, lui, le poisson, c’est-à-dire l’eau vivante, consciente et libre, allant où elle veut, eau dans l’eau et vie dans le mouvement. Le poisson, c’est le Christ, mais c’est le Christ en nous, le Christ dans l’eau. Il est le Christ et le chrétien, il est l’essence divine du chrétien, et cette essence est en tout homme, mais il faut qu’on la pêche pour que l’homme soit nommé chrétien.
Commentaire de l’Évangile, p. 588
Samedi de Pâques, 18 avril
Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons. Celle-ci alla le rapporter à ceux qui avaient été ses compagnons et qui étaient dans le deuil et les larmes. Et ceux-là, l’entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ne la crurent pas. Après cela, il se manifesta sous d’autres traits à deux d’entre eux qui étaient en chemin et s’en allaient à la campagne. Et ceux-là revinrent l’annoncer aux autres, mais on ne les crut pas non plus. Enfin il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité. Et il leur dit : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. »
Marc 16, 9–15
Les disciples, pêcheurs d’hommes, ont jeté les filets en vain et ils sont dans leur barque. Ils sont au milieu des eaux, il fait nuit. Mais Jésus paraît à l’aube. Il est sur le rivage, car il est arrivé de l’autre côté de l’eau, et de l’autre côté de la nuit il leur crie : N’avez-vous rien à me donner à manger (Jean 21, 5) ? Mais ils ne le reconnaissent pas encore, ils le prennent pour un passant. Ils le prennent pour un passant, et c’est Jésus ! Jésus aime à être pris pour un passant. Il affirme qu’il est dans tous les passants et dans tous les pauvres. Il est dans l’appel de tous ceux qui ont besoin. Il a besoin, lui, de manger. Il a faim de manger du poisson, de se reprendre lui-même, de se retrouver lui-même. […] Mais il faut que l’aube ait point, que le Seigneur soit apparu et qu’il ait parlé, pour que le poisson se prenne en quantité si grande qu’on ne peut plus retirer le filet.
Commentaire de l’Évangile, p. 588-589
Deuxième dimanche de Pâques, 19 avril
Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : « Paix à vous ! » Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Or Thomas, l’un des Douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux, lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l’intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : « Paix à vous. » Puis il dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.
Jean 20, 19–31
Le Ressuscité dit à Marie-Madeleine : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore retourné à mon Père. Si tu veux aller au Père chez qui je vais retourner, cesse désormais de t’attacher à ma nature humaine, ne me touche pas comme au temps où tu baisais mes pieds et les oignais d’huile odorante et les essuyais de tes cheveux… Mais peu de jours après, il dit à Thomas : Mets ta main dans mes plaies (Jean 20, 17 et 27). C’est bien moi-même, et non un fantôme ou un rêve, moi avec mon corps portant les marques de ma passion et de ma mort, mais ressuscité… Il lui ordonne donc de le toucher, et pourtant il n’est pas retourné au Père. En effet, il est la voie de terre à ciel. En ordonnant à Thomas de le toucher, il affirme son lien avec la terre et montre qu’il est vrai homme encore que non mortel. En empêchant Marie de le toucher, il ouvre le chemin du ciel à celle qui n’était que trop attachée à l’homme.
Commentaire de l’Évangile, p. 582-583
Lundi 20 avril
Or il y avait parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des Juifs. Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »
Jean 3, 1–8
Une nouvelle âme a besoin d’un nouveau corps. Une nouvelle âme, c’est par la prière qu’on l’obtient, si Dieu veut nous l’accorder, comme le soleil accorde vie au grain de blé ; mais le corps se forme par l’effet de l’exercice. Car l’exercice, c’est l’effort de concentrer l’esprit, de détacher le cœur, de dépouiller et de dépasser les désirs. L’exercice a pour effet de créer au milieu de nous une densité que nous n’avons pas à l’état de nature, un corps spirituel non plus larvaire et informe, mais formé, puissant, capable de se révéler même dans le monde des corps visibles. Si aucun corps spirituel n’est formé, la grâce tombe sur l’âme comme de l’eau dans un vase percé. Ainsi ne vous contentez pas de demander des grâces, même spirituelles, mais préparez-vous par un effort constant, et qui dure toute la vie, à vous faire un vase et un réceptacle capables de les garder, et de les rendre.
Commentaire de l’Évangile, p. 307-308
Mardi 21 avril
« Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » Nicodème lui répondit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas ? En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. »
Jean 3, 7b-15
Celui qui possède un corps spirituel possède aussi des sens spirituels. Quand il parle de choses spirituelles, il ne parle pas de ce qu’il a appris ou de ce qu’il a lu, mais comme il est dit dans l’Évangile, nous attestons ce que nous avons vu (Jean 3, 11). Celui qui a un corps spirituel ne juge pas du bien et du mal selon la double liste qu’on lui a inculquée quand il était enfant, ni selon ce qu’en jugent les gens. Pour lui, le mal a une mauvaise odeur. Pour lui, la vérité est d’un éclat et d’une solidité de diamant. Il peut la toucher. Il peut la palper, et la justice est un bel objet, car il a des yeux pour voir la lumière, il a des oreilles pour entendre les harmonies de la bonté. Ce corps ne se forme pas sans effort, mais l’effort n’est pas seul à le former. Ce corps aspire à recevoir le souffle de vie. Il appelle ce souffle, ce souffle vivifiant, ce souffle de l’Esprit qui vient d’en haut.
Commentaire de l’Évangile, p. 308
Mercredi 22 avril
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. »
Jean 3, 16–21
Dieu éternel et impassible, Dieu infiniment grand, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique (Jean 3, 16), et son Fils unique c’est Dieu lui-même. Dieu lui-même s’est donné lui-même pour ce monde infime, lui qui n’a besoin de rien. Il n’est pas installé là-haut sur un trône orgueilleux d’où il répand sur les malheureux humains une pluie de malheurs ou de bonheurs quand sa vanité est flattée par les louanges des pieux fidèles. Non. Et seul celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, celui qui touche et voit les choses spirituelles est autorisé à le dire, car il le sait : Dieu s’est fait victime du sacrifice. Chose qui a besoin d’être révélée, car elle ne va pas de soi ; elle ne peut être découverte par la logique ; rien ne la démontre à celui qui raisonne ; personne ne peut l’expliquer à celui qui vit de vie extérieure ; c’est une sorte d’immense et sublime folie.
Commentaire de l’Évangile, p. 309
Jeudi 23 avril
« Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique ; en effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Qui croit au Fils a la vie éternelle ; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie ; mais la colère de Dieu demeure sur lui. »
Jean 3, 31– 36
Fuyez la mort et elle vous viendra malgré tout et malgré vous. Veuillez la mort, ou pour mieux dire acceptez-la et veuillez donner la vie, votre vie, et vous aurez de quoi donner. Celui qui cherche son souffle de vie le perdra ; celui qui est prêt à le perdre, celui qui le donne, celui-là le trouvera. L’homme généreux qui donne pour l’amour de quelqu’un, pour l’amour d’une femme ou d’un ami, est déjà plus glorieux dans l’esprit que le plus grand des conquérants, quoique sa gloire soit ignorée et d’ailleurs de peu de mérite, car il y a là un calcul et un échange : s’il donne, il veut avoir en retour l’amitié, l’amour, l’estime. Il est difficile de donner et de se donner sans rien attendre en échange. Et pourtant il nous est enseigné que c’est la seule façon de tout obtenir en échange, d’entrer dans le tout, dans l’essence et la vie de tout, qui est Amour.
Commentaire de l’Évangile, p. 520-521
Vendredi 24 avril
Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée ou de Tibériade. Une grande foule le suivait, à la vue des signes qu’il opérait sur les malades. Jésus gravit la montagne et là, il s’assit avec ses disciples. Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Levant alors les yeux et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Deux deniers de pain ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a ici un enfant, qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Jésus leur dit : « Faites s’étendre les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Ils s’étendirent donc, au nombre d’environ 5. 000 hommes. Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu’ils en voulaient. Quand ils furent repus, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu. » Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux qui, des cinq pains d’orge, se trouvaient en surplus à ceux qui avaient mangé. À la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient : « C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. » Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul.
Jean 6, 1–15
Le miracle, ou comme disent les Latins et les Grecs, le signe [de la multiplication des pains], n’a aucun rapport avec un prodige de prestidigitateur ou un enchantement de sorcier. Un miracle est un signe et porte une signification ; un miracle est un fait extraordinaire qui a pour but de propager un enseignement. En outre, c’est aussi une parole prophétique et qui annonce la plupart du temps, dans la vie de Jésus, le signe capital et dernier, le résumé de tous ses miracles, de tous ses signes et de tous ses enseignements : la Passion, la Résurrection, et la Cène ou distribution de soi-même aux hommes pour le salut de plusieurs. […] Le miracle représente le don de soi-même que le Sauveur du monde se prépare à faire douloureusement et dans sa propre chair. Il l’exprime d’avance dans le miracle des pains et des poissons, comme aux noces de Cana par celui du vin.
Commentaire de l’Évangile, p. 312-313 et 316
Samedi 25 avril
« Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.
Matthieu 16, 15–20
Si vous comparez la tradition des saints docteurs avec celle des philosophes, vous remarquerez que chez les premiers l’intelligence se présente sous la forme de la soumission, de l’acceptation, de la compréhension et s’applique au rattachement. Tandis que pour le philosophe, le premier souci, c’est d’affirmer sa vérité comme absolument neuve et différente. L’intelligence est une forme de la faim, tournée vers le dehors, toutes griffes et toutes dents dehors. Elle est une forme de domination, de conquête. La foi est un renversement de cet appétit : ce n’est pas une prise de possession de l’objet, mais une introduction à l’intérieur, c’est-à-dire une compréhension. Et c’est pourquoi, même lorsque le saint affirme une doctrine nouvelle, il a soin par tous les moyens possibles de la conformer au sillage de la Tradition et de la rattacher à l’autorité de ses prédécesseurs.
Commentaire de l’Évangile, p. 590
Troisième dimanche de Pâques, 26 avril
Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé. Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s’approcha, et il faisait route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ? » Et ils s’arrêtèrent, le visage sombre. Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : « Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci » – […] Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d’aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme. » Il entra donc pour rester avec eux. Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent… mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » À cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent : « C’est bien vrai ! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.
Luc 24, 13–35
Puisque la foi regarde le dépassement de la connaissance, le principal ennemi de la foi, c’est la complaisance dans la connaissance, c’est la curiosité et la critique. Cessons de prendre notre propre intelligence pour un dieu, de la nourrir de savoir, de l’abreuver de poésie, sachons qu’elle n’est qu’un instrument qui doit nous servir à nous rattacher aux choses essentielles. Appliquons-nous à l’étude des choses de la foi et de la vie, cherchons les paroles de vie, la science de vie, celle qui n’est pas dans les traités de science, mais dans la parole et la présence des sages et des saints. Cherchons leur compagnie, ou leur trace. Ayons au moins cette tiède et mince foi, indispensable à l’acquisition de la foi, qui consiste à garder confiance que la foi germera d’elle-même par la grâce de Dieu si nous ne l’empêchons pas de germer.
Commentaire de l’Évangile, p. 398
Lundi 27 avril
Le lendemain, la foule qui se tenait de l’autre côté de la mer vit qu’il n’y avait eu là qu’une barque et que Jésus n’était pas monté dans le bateau avec ses disciples, mais que seuls ses disciples s’en étaient allés. Cependant, de Tibériade des bateaux vinrent près du lieu où l’on avait mangé le pain. Quand donc la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s’embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
Jean 6, 22–29
Tout le mal du monde vient de ce que nous ne voulons pas être mangés et voulons manger, et toute la douleur, de ce que nous finirons par être mangés. Attitude qui nous rend aveugles à la grande vérité. Si au lieu de nous défendre désespérément, nous consentions au fort torrent de la nature, si au lieu de nous refuser nous allions de notre gré au point où nous devons aller, si nous préférions être dévorés que dévorer, toutes les pentes de notre nature changeraient de direction et nous regarderions l’horrible réalité d’un œil serein, détaché, émerveillé. Le Christ nous enseigne ce renversement. Il demande, il exige d’être dévoré, et quand nous le mangeons, c’est lui qui nous mange. C’est la vie qui nous mange, qui détruit notre corps de mort, notre personne de mensonge, qui descend dans la chair pour sanctifier la boue, racheter le péché, qui descend au tombeau pour vivifier la mort.
Commentaire de l’Évangile, p. 431
Mardi 28 avril
Ils lui dirent alors : « Quel signe fais-tu donc, pour qu’à sa vue nous te croyions ? Quelle œuvre accomplis-tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c’est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. » Jésus leur dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif. »
Jean 6, 30-35
C’est avec son être tout entier que l’homme doit aborder les choses pour que le secret des choses lui soit révélé : avec sa tête, avec son cœur et son corps en même temps. Pour qu’une connaissance soit profonde, il faut qu’elle descende de la tête au cœur, et du cœur au ventre. Voir la vérité avec l’œil de l’intellect, c’est tout à fait facile, mais la voir et la savoir par le moyen des entrailles, cela est difficile et profond, efficace et réel. C’est parce que l’enseignement du Christ se fait principalement par des faits, dont le premier est sa naissance, et le dernier (ou pour mieux dire l’avant-dernier) sa mort, et parce que de l’un à l’autre, tout le reste des enseignements est donné par des actes, des gestes, des miracles, des paroles qui sont elles-mêmes des actes et des gestes, c’est pour cela que cet enseignement est nourrissant et qu’il peut dire de lui-même : Je suis le pain de vie.
Commentaire de l’Évangile, p. 319
Mercredi 29 avril
En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. »
Matthieu 11, 25–30
Nulle part dans l’Évangile on ne parle de l’apparence du Christ. Qu’il eût une forte barbe, les cheveux divisés tombant sur les épaules, une haute stature, des membres longs, une poitrine de majesté, le nez grand et droit tombant sur la bouche grave, forte et bonne, les sourcils croisant la ligne du nez comme la garde d’une épée croise la lame de l’épée, un front large et paisible, des yeux profonds et sereins, nous n’apprenons ces choses par aucun texte canonique. Nous les savons par la Tradition et par l’image que les peintres n’ont cessé à travers les siècles de nous présenter de lui. Mais nous savons véritablement que l’image que nous nous faisons de lui est sa vraie image. Nous le savons aussi par le Saint Suaire de Turin où sa trace demeure et où nous pouvons encore la contempler, et nous sommes étonnés qu’elle se soit transmise intacte pendant vingt siècles.
Commentaire de l’Évangile, p. 584
Jeudi 30 avril
« Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque s’est mis à l’écoute du Père et à son école vient à moi. Non que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient d’auprès de Dieu : celui-là a vu le Père. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts ; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. »
Jean 6, 44–51
La folie de la Croix est une leçon de sagesse démesurée. Ce terrible événement n’est pas seulement réel, c’est aussi un drame éternel. Il a été un sujet de méditation assidu pour les saints, il a été revécu à travers les siècles par des inspirés ; il est un thème universel de réflexion et de méditation. Cette Passion n’est autre chose qu’un itinéraire de la vie spirituelle et de son aboutissement dernier et suprême. L’enseignement qui en résulte pourra ne pas nous plaire, mais il est d’une évidence éclatante : pour entrer dans le royaume, pour atteindre à la résurrection, il faut passer par le dépouillement absolu. Le détachement du sage ne suffit pas, il faut aussi le déchirement de l’être entier ; on ne peut pas outrepasser le voile de la connaissance sans déchirer la chair, l’intelligence, l’honneur aussi, et toutes les affections du cœur.
Commentaire de l’Évangile, p. 575
Autres textes
Si vous voulez que les ténèbres reçoivent la lumière, tâchez que vos ténèbres soient pures. Si vous voulez être illuminés, éteignez les fausses lumières, car si vous avez dans les yeux des lampes de ville, vous ne verrez pas l’étoile ; et si vous êtes plein de savoir, de satisfaction, de gloire et de contentement, vous suivez déjà le Prince de ce monde qui s’appelait Lucifer, c’est-à-dire le Porteur de la Lumière, et étant satisfait de la lumière qu’il portait, a été précipité dans le feu. Si vous voulez être illuminés, faites-vous obscurs, cherchez l’obscurité, retirez-vous à l’intérieur où tout est noir, rebroussez toutes les pentes au lieu d’y glisser, rebroussez la pente des désirs, évitez la distraction, souvenez-vous de l’essentiel, entrez par la porte étroite. Abaissez-vous, car si vous ne vous abaissez pas, vous ne serez pas relevés ; si vous vous élevez, vous serez précipités.
Commentaire de l’Évangile, p. 98-99
Ma parole ne pénètre pas en vous, dit Jésus. Le texte latin dit : non capit, c’est-à-dire ne prend pas. Ma parole ne prend pas, ne mord pas ; vous ne mordez pas, comme on dit du poisson qui ne prend pas l’hameçon. Et parce que ma parole ne prend pas en vous, c’est pour cela que vous cherchez à me faire mourir : vous qui passez, vous êtes irrités de ce que je demeure, de ce que, calmement, je vous dise que je demeure. Vous voulez vous donner l’illusion que vous demeurez plus longtemps que moi en me tuant. Mais en me tuant, vous vous êtes tués vous-mêmes : car je suis vous, je suis ce qui en vous demeure, je suis ce qui mérite de demeurer en vous. Si je ne demeure en vous, vous mourrez dans vos péchés et vous passerez, mais si je demeure en vous, vous aurez la vérité qui demeure, vous aurez l’éternité en vous et cela vous délivrera de toutes les causes, de tout ce qui passe, du monde et du temps.
Commentaire de l’Évangile, p. 453-454
Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus (Jean 8, 37). Le temps est le signe et la marque de notre incomplétude. C’est par le temps que nous nous départons de nous-même. Le temps, c’est l’écoulement de notre substance par la voie de nos désirs. C’est le passage du désir à la satisfaction, à la naissance du nouveau désir et son accomplissement, son accomplissement qui ne s’accomplit pas, marche qui n’est qu’une série de chutes. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus : même ceux qui ont connu la joie de la vie intérieure retombent pas à pas dans le désir et la coulée du temps, et ainsi ils ne me verront plus. Mais le temps, c’est aussi le passage de l’action au but, et le courant peut être rebroussé. L’homme peut faire des projets pour son propre salut, de sorte qu’encore un peu de temps et vous me verrez de nouveau, si votre temps n’est pas un écoulement, mais une construction.
Commentaire de l’Évangile, p. 551
Je suis venu de Dieu, dit le Christ, et si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous (Jean 8, 55). Comme vous quand vous dites que vous le connaissez, vous qui jugez par la face, vous qui n’êtes pas dans la substance, vous que le monde aime parce que vous êtes du monde, vous mes frères et sœurs et mes proches par le sang, et vous les étrangers falots, et vous les soldats imbéciles, et vous les princes arrogants, et vous les savants qui avez le malheur de croire en votre science. Vous tous qui êtes du monde, vous trouverez facilement un accommodement avec le monde, mais moi je n’irai pas à votre fête d’obligation, je n’irai pas montrer mes talents de thaumaturge et de faiseur de miracles. Comme en secret (Jean 7, 10) j’irai à la fête secrète. Car je suis dans le désert, moi dont tout le monde parle et murmure, que tout le monde exècre ou admire, je suis seul sous l’œil du Père.
Commentaire de l’Évangile, p. 441
Femmes, qui cherchez-vous ? Est-ce Jésus ? Venez et voyez : l’odeur de la violette attendrit le maigre bois. Qui cherchez-vous ? Femmes, qui cherchez-vous ? Jésus crucifié ? La sève est rouge aux rameaux nus. Venez et voyez, il n’est plus là. La pierre est muette, le caveau vide. Entrez et voyez : il n’est pas là. La voix de la tourterelle est revenue sur notre terre. Alléluia. Femmes, ne cherchez pas son visage clos comme un lac gelé. Il n’est pas là. Alléluia. Femmes, laissez vos pleurs. Vous ne baiserez plus ses plaies sanglantes. L’églantine est en fleurs. Il est ressuscité. Alléluia.
Judas (Grasset, 1938), p. 250
La nuit tombait. La route s’enfonça dans la forêt plus noire que la nuit. J’étais seul, désarmé. J’avais peur d’avancer, peur de reculer, peur du bruit de mes pas, peur de m’endormir dans la nuit redoublée. J’entendis des craquements sous le bois et j’eus peur. Je vis luire entre les troncs des yeux de bête et j’eus peur. Puis je ne vis plus rien et j’eus peur, plus que jamais. Enfin, de l’ombre, une ombre sortit qui me barra la route : « Allons ! Fais vite : c’est la bourse ou la vie ! » Et je fus presque soulagé par sa voix d’homme, car j’avais d’abord cru rencontrer un fantôme ou un démon. Il dit : « Si tu te défends pour sauver ta vie, je prendrai d’abord ta vie et ta bourse ensuite. Mais si tu me donnes ta bourse seulement pour sauver ta vie, je prendrai d’abord ta bourse, et ensuite ta vie. » Mon cœur s’affolait, mon cœur se révoltait. Perdu pour perdu, mon cœur se retourna. Je tombai à genoux, je criai : « Tout ce que j’ai, prends-le, Seigneur, et tout ce que je suis. » Aussitôt la peur me quitta et je levai les yeux. Il n’y avait devant moi que lumière. La forêt en était toute verte.
Approches de la vie intérieure (DDB, 2015), p. 301
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