Daniel Vigne, Pèlerins de Rome, chapelle Notre Dame de Grâce, maison diocésaine du Christ-Roi, Toulouse, 29 mars 2025.
Pèlerins de Rome
Pèlerins toujours ! Quel plaisir de se retrouver aujourd’hui dans le souvenir vivant de notre pèlerinage à Rome ! Je pense que chacun de nous continue de goûter les fruits de ce voyage. Quelqu’un me disait, un peu étonné : « Depuis, j’ai une espèce de joie, et ça dure »… Bien sûr, c’est fait pour ça ! Un pèlerinage, ce n’est pas une parenthèse, c’est une semence. Et quand ce qui a été semé commence à pousser, on comprend mieux le sens profond de tout ce qu’on a vécu.
Car pourquoi sommes-nous allés à Rome, avec notre archevêque et son vicaire, avec trois autres prêtres et quatre diacres, c’est-à-dire en Église diocésaine ? Pourquoi, sinon pour faire une expérience d’Église, dans la ville qui préside à la communion de toute l’Église ? Car c’est bien ça, n’est-ce pas, que nous avons rapporté du voyage : une image forte de la communion universelle, de l’extension l’immense du christianisme dans l’espace et dans le temps.
Être catholique, ce n’est pas appartenir à une institution fermée sur elle-même, sûre de son bon droit ou de ses privilèges. Je dirais : être catholique, c’est être étonné par la générosité de Dieu, qui arrive à rapprocher et même à unir des gens si différents. C’est adhérer à un mystère de communion qui nous dépasse. Et c’est pour cela que nous revenons de Rome avec le cœur plus large.
Déjà entre nous, il y avait un enjeu dans le fait que nous étions près de 120 (Cathy le savait bien, et je crois qu’elle n’avait jamais organisé un pèlerinage de cette taille). L’aspect logistique du voyage était donc important, avec les inévitables petites complications liées aux trajets, à la météo, à l’hospitalisation du pape, aux longues files d’attente à l’entrée des basiliques, etc. Mais on peut le dire, on n’a pas seulement été un bon groupe, on a vécu quelque chose de plus, en Église. Et bravo à ceux d’entre nous qui sont plus âgés, ou plus faibles, et qui ont tenu, et aussi à nos frères de la diaconie qui nous avaient rejoints grâce à Sébastien.
Me reviennent deux images fortes, parmi des dizaines d’autres. La première, c’est la messe à la chaire de Saint-Pierre, dans la lumière de ce vitrail ovale, orange et jaune, représentant le Saint Esprit. Vous vous souvenez de ce moment, inoubliable pas seulement parce que nous étions nombreux : ce n’est pas l’effet de foule que nous étions venus chercher. C’était ce mystère d’unité dans l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ.
Et nous nous sentions petits, pas seulement devant l’immensité de la basilique, mais devant la générosité de Dieu, qui permettait que nous soyons là, tout simplement. Un peu comme le publicain de la parabole que nous venons d’entendre : il est dans le temple, il peut parler à Dieu, il ne revendique rien, il se frappe la poitrine, c’est dans son cœur que ça se passe. Nous aussi, nous étions chez nous, dans la maison du Seigneur, ensemble. Béni soit Dieu pour de tels moments, uniques dans une vie.
L’autre moment, moins collectif, plus individuel, c’est au baptistère de saint Jean du Latran où nous sommes descendus l’un après l’autre pour renouveler notre promesse baptismale et recevoir une bénédiction spéciale de notre évêque. Ça aussi, frères et sœurs, vous ne le revivrez pas de sitôt ! Dans ce lieu extraordinaire, c’est comme si l’eau de votre baptême avait une nouvelle fois coulé sur vous. Et elle passait peut-être par vos larmes, car pour beaucoup d’entre nous ça a été un moment de grande émotion.
Et ici nous retrouvons le publicain, dans sa démarche de conversion. Il ne fait pas le malin, ce pèlerin-là, comme le pharisien qui se pavane et qui se glorifie de ses états de service. Le publicain dit simplement dit : « Seigneur, aie pitié du pécheur que je suis. » Et nous non plus, nous ne revenons pas de ce pèlerinage avec une espèce de badge qui nous rendrait supérieurs à d’autres. Non, cette chance, cette grâce qui nous a été accordée ne nous donne aucun privilège. Elle nous confie une mission.
Et donc, après ce voyage, quelle est la semence qui va grandir en nous ? C’est l’amour du Seigneur Jésus, inséparable de l’amour de nos frères. C’est cet esprit de communion qui s’appelle l’Esprit Saint. C’est un sens renouvelé de l’Église, pas seulement comme institution, mais comme mystère. C’est une joie nouvelle, petite, gratuite, libre, simple, qui nous aide à vivre là où nous sommes.
Car aujourd’hui chacun de nous a retrouvé son logement, son quartier, sa famille, a repris ses activités, et c’est là, maintenant, que le pèlerinage continue. C’est là que la source à laquelle nous avons bu va continuer à nous désaltérer et à faire du bien, pas seulement à nous, mais à d’autres. Alors remercions Dieu ensemble, non seulement pour ce pèlerinage béni, mais tous les fruits qu’il va porter.
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