Daniel Vigne, Les Béatitudes lucaniennes (Lc 6, 20-36), abbaye d’En-Calcat, 11 septembre 2013. [pdf]
Les Béatitudes lucaniennes
Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. […] Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! (Lc 6, 20-21.24-25)
Dans le Sermon sur la montagne, en Matthieu, Jésus prononce solennellement les huit Béatitudes qui nous sont familières : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux… » Dans l’Évangile de Luc que nous venons d’entendre, le propos est plus bref, plus tranché, plus austère. Quatre formules positives, quatre formules négatives, et entre elles, un contraste vigoureux. L’Évangéliste situe d’ailleurs cet enseignement « dans la plaine », et non sur la montagne. Comme si Jésus, ici, voulait nous parler de plus près, de façon plus nette et plus claire. Et de fait, ce texte met résolument les points sur les i.
D’abord, à qui s’adressent les Béatitudes ? Elles ne sont pas des promesses vagues et un peu mystérieuses. « Regardant ses disciples », précise saint Luc, Jésus dit : « Heureux, vous les pauvres, le Royaume des cieux est à vous. » C’est la pauvreté du disciple, c’est la faim du disciple, ce sont les larmes du disciple qui donnent le bonheur. La misère, la famine, la tristesse ne sont pas heureuses en soi : mais les épreuves assumées avec Jésus pour Jésus donnent au disciple de partager sa joie.
Ensuite, et en face, il y a les riches. Jésus ne les maudit pas : il les plaint. Il ne les déclare pas malheureux : en grec il n’y a pas d’adjectif, mais seulement une exclamation : Ouaï ! Pauvres de vous ! Et pourquoi cet avertissement ? Mais parce que la vie selon le monde, selon les fausses valeurs du monde, traîne derrière elle tout ce que saint Paul a décrit dans l’Épître (Col 3, 1-11) : colère, passion, désirs mauvais, méchanceté, grossièreté… Toutes ces casseroles qui rendent la vie fatigante et amère.
Donc, c’est simple : faisons le bon choix. Celui de la pauvreté en Jésus, la simplicité en Jésus, la faim de Jésus. Elles font de nous, un tant soit peu, des prophètes du Royaume qui vient.
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