Daniel Vigne, Jésus et les petits enfants (Mc 10, 13-16), baptême de Silouane Costes, église Saint-Pierre, Aston, 25 juin 2006. [pdf]
Jésus et les petits enfants
Baptême de Silouane
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » […] Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains. Mc 10, 13.14.16)
La première chose que nous avons tous envie de dire, dans la circonstance qui nous rassemble, c’est : Merci. Merci à vous, cher Père curé, de nous accueillir dans cette église si belle, parce que nos yeux sont remplis et réjouis par le message de ses fresques de Nicolas Greschny. À elles seules, elles sont une fête. Elles nous parlent d’un christianisme qui traverse les siècles, d’Orient en Occident, et qui rayonne d’une lumière très douce et pourtant très puissante. Elles nous disent : oui, la foi chrétienne vaut la peine d’être vécue. Oui, le Christ est le Sauveur du monde, oui, notre vie trouve son sens en lui.
Merci à vous, Xavier et Prisca, de nous avoir invités, les uns et les autres, avec cette générosité et ce sens de l’accueil qui vous caractérisent, et qui font qu’ici, à Aston, tant d’amis viennent vous rendre visite. Un village de montagne qui, en six mois, augmente sa population d’un jeune couple et d’un bébé, c’est bon signe, n’est-ce pas ? Surtout quand il s’agit de jeunes comme ceux-là, et d’un bébé comme celui-là !
Merci à Dieu, parce que c’est lui, en réalité, qui nous accueille dans sa maison. Le Dieu que nous prions depuis le début de cette messe, le Dieu à qui tout à l’heure nous dirons : « Notre Père qui es aux cieux », est un Dieu avec qui nous sommes en famille. C’est un Dieu qui a un Fils bien-aimé, qui sait ce que c’est que d’aimer un autre en qui on se prolonge et à qui on veut du bien. Dieu partage avec nous ce sentiment mystérieux, cet élan d’amour que nous éprouvons tous pour le petit Silouane. Oui, Dieu connaît cela. C’est un Dieu qui aime les enfants, nous venons de l’entendre dans l’Évangile, dans un texte bien choisi et qui parle à notre cœur, comme ces fresques parlent à nos yeux.
Jésus, l’Enfant de Dieu, laissait venir à lui les enfants. Il disait : c’est à ceux qui leur ressemblent qu’appartient le Royaume des cieux. Il prenait contre lui, les bénissait – vous avez remarqué l’insistance du texte : « On lui présentait des petits-enfants pour qu’il les touchât… Il les bénit en leur imposant les mains. » Il les donnait en exemple, non parce que la foi serait une chose puérile ou bêtifiante : mais parce que l’enfant est dans une dynamique d’ouverture et de croissance, dans un état de réception permanente. Il capte, il accueille, il reçoit, il grandit, il veut grandir !
C’est en cela qu’il est notre modèle. Avec l’âge, quelquefois, nous nous enfermons dans nos limites, nous nous crispons dans certaines postures (quitte à en attraper des crampes et à s’en plaindre), au lieu de laisser la vie nous traverser, nous transformer. L’enfant est notre modèle parce qu’il est en devenir. Il est plus petit que nous, mais il avance. Sa grandeur, c’est de grandir.
En cela il est notre maître. Sa façon d’exister nous rappelle que nous aussi, nous sommes en croissance, non plus physiquement, mais spirituellement. Que toute notre vie est un voyage, un stage de formation. Nous avons tant de choses à apprendre, même si nous croyons en savoir beaucoup ! Nous sommes des disciples, chers amis, des « appreneurs ». Ne nous arrêtons pas dans notre croissance intérieure, n’en restons pas à nos vieilles habitudes, à nos vieilles certitudes. Laissons Dieu nous éduquer comme ses fils et ses filles, réjouissons-le comme Silouane nous réjouit. Oui, sourions à Dieu, sourions à la vie !
Le monde est plein de faux jeunes, qui sont déjà vieux : blasés, aigris. Ils soignent leur look, ils pianotent sur leur téléphone portable, ils s’abrutissent de musiques branchées, mais au-dedans leur cœur est triste. Ils sont sans espérance. Nous, les chrétiens, on nous croit dépassés, on croit que notre religion a vieilli, mais je vous le dis : le christianisme est la jeunesse du monde. Il a l’air vieux, mais son cœur est puissant. Dans les veines de ce grand corps, coule un élixir de jouvence. Le christianisme, c’est un laboratoire de résurrection.
Alors la deuxième chose que je voudrais dire, et spécialement à toi, Silouane, c’est : Bienvenue. Bienvenue dans l’Église de Jésus-Christ. Le baptême, je le disais il y a quelques jours à tes parents, c’est le sacrement du commencement. C’est un début, une promesse, un germe, une semence. Tu vas être greffé sur un grand arbre, tu vas recevoir sa sève. Le baptême, c’est une marque par laquelle Dieu nous dit : toi, je t’aime, je te veux, je m’intéresse à toi. Avez-vous déjà pensé, frères et sœurs, que votre baptême, c’est cela : un intérêt que Dieu a pour vous, une préférence – car Dieu « préfère chacun », comme nous aimons chacun de nos enfants d’un amour unique.
Bienvenue à toi, Silouane, dans la maison de Dieu, dans la famille du Christ. Tu es son enfant chéri, son petit choisi. La grâce sera avec toi. Tes parents vont te la transmettre, jour après jour, ils vont t’apprendre à écouter la voix de Dieu qui parle au-dedans, qui parle dans la beauté de la montagne (ton père t’apprendra cela), qui chante dans la beauté de la musique (ta mère t’apprendra cela), qui parle dans les choses de la vie (tes grands-mères te le diront), dans la peinture, la poésie, la théologie (tu demanderas à tes grands-pères de t’en parler)… Enfin on va tous s’y mettre, et ce petit, nous allons l’accompagner sur le chemin de la vie, de la vie éternelle !
C’est pourquoi la troisième chose que j’ai envie de dire, c’est : En avant. Frères et sœurs, cet enfant nous relance dans notre marche, dans notre foi. Elle est petite, je sais, et chacun de nous se dit : la foi, j’en ai un peu, seulement un peu… Mais ce peu, c’est énorme ! Si vous ne l’aviez pas, vous seriez sans espérance. Vous l’avez, ce germe de foi – sinon, vous ne seriez pas là aujourd’hui. Vous croyez que nos vies ont un sens, que la vie de cet enfant a un sens. Et ce sens, Seigneur, où le trouver sinon en toi ? « À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »
En avant, frères et sœurs. Nous ne sommes qu’au début de la vie éternelle. Nous sommes tous des enfants dans la vie éternelle. Le baptême que Silouane va recevoir, c’est le sacrement de cette foi qui nous attire, qui nous aspire vers la vie.
Alors je conclus… et je résume. Merci à toi, Seigneur Jésus, qui a donné ta vie pour nous. Bienvenue à toi, Silouane, sur le chemin de la vie en Jésus. En avant, frères et sœurs, la vie de Jésus est en nous ! Amen.
Nous allons maintenant prier les uns pour les autres, pour tous les chrétiens qui sont la famille de Dieu, et pour cet enfant qui va en faire partie. Je voudrais seulement rappeler qu’il va être baptisé, non par moi, mais plutôt à travers moi. Il va être baptisé dans la foi de l’Église, c’est-à-dire la vôtre. D’une certaine manière, nous allons tous le baptiser, le faire naître à la vie. Alors prions ensemble et pour lui.
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