L’appel de Simon-Pierre

L'appel de Simon-Pierre, basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, VIe s.

L'appel de Simon-Pierre, basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, VIe s.

2006 Homélies

Daniel Vigne, L’appel de Simon-Pierre (Mc 1, 14-20), église Saints-Gervais-et-Protais, Castanet-Tolosan, 22 janvier 2006. [pdf]

L’appel de Simon-Pierre

Comme il passait sur le bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, qui jetaient l’épervier dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. Et Jésus leur dit : « Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Et aussitôt, laissant les filets, ils le suivirent ? ‘Mc 1, 16-18)

Ce texte de l’Évangile est d’une simplicité magnifique. Jésus passe le long du lac, il aperçoit des pêcheurs, il les appelle, et ils se mettent à le suivre. Ils entendent sa voix, ils sont touchés, bouleversés. Ils laissent leurs filets, ils laissent leur barque. Pour eux, rien ne sera plus jamais comme avant. Ils ont été percutés par une parole ; ils sont traversés par un appel.

Oui, Dieu appelle. Le Dieu de l’Évangile est un Dieu qui appelle. C’est la première chose que nous devons retenir. Et le Dieu de l’Ancien Testament était déjà un Dieu qui appelle : il appelait Jonas à aller dans la grande ville, à témoigner de la vérité. Il lui disait : « Lève-toi, va à Ninive », comme on dirait : va à l’autre bout du monde. N’aie pas peur de porter la parole que je te donne. N’aie pas peur d’être témoin de ce qui te dépasse. N’aie pas peur d’être chrétien dans toute ta vie.

Mais voici une deuxième chose à retenir, essentielle pour comprendre ces deux textes. Elle n’est pas explicite dans le texte de l’Évangile de Marc, il faut la lire entre les lignes. Elle n’était pas explicite non plus dans le livre de Jonas tel qu’il a été lu, mais elle s’y trouve quand même, entre les lignes. Cette chose essentielle, c’est que nous sommes libres ! Dieu ne nous force pas, il respecte notre liberté. Son appel n’est pas un ordre dur, mais une invitation qui ne nous force pas.

Ainsi Pierre, dans le récit de saint Luc (4, 18), dit d’abord à Jésus : « Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. » Il ne se sent pas digne, il a peur d’être appelé, il faut que sa liberté prenne le temps de s’accorder à la volonté de Dieu. Même hésitation chez Jonas : Dieu lui demande d’aller prêcher à Ninive, vers l’est, et que fait-il ? Il prend le bateau dans la direction opposée ! Vous connaissez la suite : une grande tempête se lève, et Jonas doit avouer aux autres passagers que c’est à cause de sa désobéissance. Alors on le jette à la mer, et Jonas, est avalé par un grand poisson. Il reste trois jours et trois nuits dans son ventre, mais du fond de l’abîme, il crie vers Dieu…

Alors, nous qui avons entendu l’appel de Dieu, levons-nous ! Notre obéissance nous rend libres. Laissons nos filets : nos mauvaises habitudes qui nous emprisonnent. Quand je suis accro de quoi que ce soit, je suis pris dans un filet. Quand je suis incapable d’oublier mes soucis, je suis pris dans un filet. Sortons de la baleine ! De tout ce qui nous enferme, qui nous dévore, nous détruit. Nous ne faisons que passer dans ce monde, comme dit saint Paul, alors donnons un sens à notre vie. Faisons confiance. Marié ou célibataire, au travail ou sans travail, jeune ou moins jeune, nous avons une vocation.

Car la parole de Dieu qui nous appelle est puissante. Elle veut faire de grandes choses à travers nous. Elle réalise ce qu’elle énonce. Elle est performative, disent les philosophes. C’est-à-dire que ce qu’elle énonce, elle le réalise. Et de fait, toute la Bible nous apprend que lorsque Dieu parle, cette parole est. « Il parle, et ceci est. Il commande, et ceci existe », dit le Psaume (33, 9). Ou encore, chez Isaïe : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer… ainsi la parole qui sort de ma bouche, dit Dieu, ne revient pas vers moi sans effet » (55, 10-11).

Nous sommes habités par cette parole. Elle met parfois du temps à porter du fruit, mais faisons-lui confiance. Jonas, André, Pierre, Jacques, Thierry, Xavier, Chloé, Marie, Justine, Raphaël, Dieu vous appelle ! Bon vent dans la barque du Christ !

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