Qu’il est grand ton nom

La création d'Adam, chapelle palatine de Palerme, 1240 © D.Vigne 2023

La création d'Adam, chapelle palatine de Palerme, 1240 © D.Vigne 2023

2002 Homélies

Daniel Vigne, Qu’il est grand ton nom (Ps 8), monastère Sainte-Marie de Prouilhe, 19 octobre 2002. [pdf]

Qu’il est grand ton nom

Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur. […] Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur. (Ps 8, 2-6)

Une fois n’est pas coutume : je voudrais aujourd’hui prêcher sur le Psaume, ce Psaume 8 que nous avons entendu entre les deux premières lectures. En vérité, on ne devrait pas parler de deux lectures avant l’Évangile, mais de trois, la deuxième étant toujours tirée du même livre de l’Ancien Testament : le Psautier. Dans la liturgie chrétienne, les psaumes sont le livre qui est le plus souvent lu ! Dans chaque eucharistie, il y a place pour un psaume, même s’il est lu de façon abrégée.

Oui, ne l’oublions pas, le psaume est parole de Dieu : une parole inspirée, ou plutôt : une prière inspirée. Car le psaume, et c’est son originalité, ne nous parle pas de Dieu, il nous fait parler à Dieu. C’est une parole que Dieu nous donne, à l’intérieur de nous, pour la faire sortir : pour la lui rendre, pour la lui offrir à notre tour.

Le psaume, c’est la parole de Dieu donnée à l’homme, au sens où on donne la parole à quelqu’un : non pas pour qu’il se taise, mais pour qu’il parle. Dans le psaume, Dieu parle à travers l’homme : Dieu et l’homme parlent, ils se parlent, ils parlent l’un à l’autre et l’un de l’autre. Le psaume est un dia-logos, une parole qui passe entre Dieu et l’homme.

Et ce psaume, justement, nous parle à la fois de Dieu et de l’homme. Et d’abord de Dieu : « Ô Seigneur notre Dieu, qu’il est grand ton nom par tout l’univers ! » Dieu est grand, nos frères musulmans ne sont pas seuls à le dire. Dieu est grand, « à sa grandeur point de mesure », dit un autre psaume. Ce Très-Haut, cet Éternel, « que les hommes divers nomment de divers noms », a dit quelqu’un, que les croyants de toutes les religions cherchent, pressentent, vénèrent, parfois à tâtons. Et nous aussi nous balbutions devant son mystère.

Dieu est grand, ne l’oublions jamais, ne rétrécissons pas ce mystère. Dieu est un océan sans fond, un abîme infini, un cœur vaste, un amour sans limites. Il n’est pas un objet intellectuel que nous pouvons manipuler. Dieu est éternel, il est l’Éternel, plénitude de plénitude, gloire de toute gloire, joie de toute joie. Il nous précède et nous dépasse, il nous déborde, nous sommes petits devant Lui, petits, si petits, les hommes que nous sommes !

Mais le psaume nous apprend encore autre chose : c’est que cet homme petit que nous sommes, Dieu l’aime et l’élève. « Qu’est-ce que l’homme que tu en gardes mémoire, le fils d’Adam que tu en prennes souci ? » Dieu se souvient de chacun de nous. Il nous a en mémoire. Il n’oublie personne. Mieux que cela : il « prend souci », il prend soin de chacun de nous.

Oui, ose le croire : Dieu se soucie… de toi. De toi, personnellement ! Avec toute ta vie vivante, toutes les promesses, toutes les attentes que tu portes. Avec toutes tes craintes, tes espérances, ton passé blessé (tous les passés sont blessés). Mais tu n’es pas pour Dieu une fourmi dont il aurait pitié : tu es son fils, sa fille. Et Dieu, comme un père qui aime, se réjouit de te voir grandir. Si Dieu se soucie de l’homme, c’est pour lui communiquer sa propre grandeur. « À peine le fis-tu moindre qu’un Dieu, le couronnant de gloire et de splendeur. »

Ainsi Dieu est grand, mais l’homme aussi : Dieu est grand par essence, l’homme est grand par naissance. Il nous donne la vie, toute la vie, pour naître à cette vie infinie qui est la sienne. Pour le connaître, c’est-à-dire pour naître-avec-lui, « par lui, avec lui et en lui ». Pour renaître, pour revivre, pour nous déployer en lui. Et si nous nous sentons indignes ou incapables, si notre cœur nous condamne, nous fait des reproches, souvenons-nous : « Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît tout. »

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