Eusèbe de Césarée – textes

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Eusèbe de Césarée (v. 260-339) - évangéliaire de Rabbula

Eusèbe de Césarée (v. 260-339) - évangéliaire de Rabbula

Textes

Jacques, apôtre et martyr

C’était sans doute grâce à une force et à une aide du ciel que la doctrine du salut, comme un rayon de soleil, a éclairé soudainement toute la terre. En effet, suivant les divines Écritures, la voix des évangélistes et des apôtres a retenti sur toute la terre : « leurs paroles jusqu’aux limites du monde » (Ps 18, 5). Et vraiment dans chaque ville, dans chaque village, comme dans une aire pleine de blé, des Églises fortes de milliers d’hommes se sont constituées en masse, remplies de fidèles…

Mais sous le règne de l’empereur Claude, « le roi Hérode se mit à maltraiter certains membres de l’Église ; c’est ainsi qu’il a fait périr Jacques, frère de Jean, par le glaive » (Ac 12, 1-2). Concernant Jacques, Clément [d’Alexandrie] rapporte un récit digne de mémoire tel qu’il le tenait de la tradition de ses prédécesseurs : celui qui l’avait amené au tribunal a été ému en le voyant donner son témoignage, et il a confessé que lui aussi était chrétien. Tous deux, dit-il, ont été amenés ensemble au supplice, et le long du chemin, celui-ci a demandé à Jacques de lui pardonner. Jacques a réfléchi un instant et il l’a embrassé en disant : « Que la paix soit avec toi ! » Et ainsi tous deux ont été décapités en même temps.

Alors, dit la sainte Écriture, voyant que ce qu’il avait fait par la mort de Jacques avait plu à certains, Hérode s’est attaqué également à Pierre et l’a jeté en prison. Il a failli le faire mourir aussi. Mais, grâce à une manifestation divine, un ange s’est présenté à l’apôtre pendant la nuit et l’a délivré miraculeusement de ses liens ; il a été relâché pour le ministère de la prédication (Ac 12, 4-17).

Eusèbe de Césarée – Histoire ecclésiastique, II, 3, 9 ; SC 31 (trad. SC p. 54s rev.)

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Je suis chrétienne

Les saints martyrs durent supporter des châti­ments au-delà de toute description, tandis que Satan ambitionnait de leur faire dire à eux aussi quelque blasphème. Toute la colère de la foule, aussi bien que celle du gouverneur et des soldats, se concen­tra sur Blandine : par cette dernière, le Christ mon­tra que ce qui est simple, sans apparence, facilement méprisable aux yeux des hommes, est jugé digne d’une grande gloire auprès de Dieu à cause de l’amour qu’on a pour lui, amour qui se montre dans la force et ne se glorifie pas dans l’apparence.

Nous tous en effet, nous redoutions que Blandine ne pût avec assurance faire sa confession de foi à cause de la faiblesse de son corps. Mais Blandine fut remplie d’une telle force qu’elle lassa et découragea ceux qui, se relayant les uns les autres, l’avaient torturée de toute manière depuis le matin jusqu’au soir : ils avouèrent eux-mêmes qu’ils étaient vaincus et n’avaient plus rien à lui faire ; ils s’étonnaient de la voir respirer encore, alors que son corps entier était déchiré et ouvert par les coups, et ils attestaient qu’une seule espèce de ces supplices était suffisante pour faire rendre l’âme, sans qu’il fût besoin de tant et de si grandes tortures. Mais la bienheureuse, comme un généreux athlète, se renouvelait dans sa confession ; c’était pour elle un réconfort, un repos, un arrêt dans la souffrance que de dire : « Je suis chrétienne ; chez nous, il ne se fait rien de mal. »

Eusèbe de Césarée – Lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon (177) Histoire ecclésiastique V, 1, 16-19 (SC 41, p. 10-11)

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L’appel des païens

Nombreux sont les témoignages de l’Écriture montrant que les nations païennes n’ont pas reçu moins de grâces que le peuple juif. Si les juifs…participent à la bénédiction d’Abraham, l’ami de Dieu, parce qu’ils sont ses descendants, rappelons que Dieu s’était engagé à donner aux païens une bénédiction semblable non seulement à celle d’Abraham, mais encore à celles d’Isaac et de Jacob. Il a prédit explicitement, en effet, que toutes les nations seront bénies pareillement et il invite tous les peuples à une seule et même joie avec ces bienheureux amis de Dieu : « Nations, réjouissez-vous avec son peuple » (Dt 32, 43) et encore : « Les princes des peuples se sont rassemblés avec le Dieu d’Abraham » (Ps 46, 10).

Si Israël se glorifie du Royaume de Dieu, en disant qu’il est son héritage, les oracles divins lui montrent que Dieu régnera aussi sur les autres peuples : « Allez dire aux nations : Le Seigneur est roi » (Ps 95, 10) et encore : « Dieu règne sur les païens » (Ps 46, 9). Si les juifs ont été choisis pour être les prêtres de Dieu et pour lui rendre un culte…, la parole de Dieu a promis de communiquer aux nations le même ministère : « Rendez au Seigneur, famille des peuples, rendez au Seigneur la gloire et l’honneur. Présentez des offrandes, entrez dans ses parvis » (Ps 95, 7-8)…

Et si jadis, dans un premier temps, « le lot du Seigneur fut Jacob, son peuple, et sa part d’héritage Israël » (Dt 32, 9 LXX), dans un deuxième temps, l’Écriture affirme que tous les peuples seront donnés en héritage au Seigneur, selon la parole du Père : « Demande-moi, et je te donnerai en héritage les nations » (Ps 2, 8). La prophétie annonce encore qu’il « dominera » non seulement en Judée, mais « de la mer à la mer et jusqu’aux extrémités de la terre ; tous les pays le serviront et en lui seront bénies toutes les tribus de la terre » (Ps 71, 8-11). C’est ainsi que le Dieu de l’univers « a fait connaître son salut devant toutes les nations » (Ps 97, 2).

Eusèbe de Césarée – Démonstration évangélique, II, 3, 35 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 197 ; cf. SC 228)

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Qu’ils soient un

Dans sa grande prière sacerdotale, notre Sauveur demande que nous soyons avec lui là où il est et que nous contemplions sa gloire. Il nous aime comme son Père l’aime et il désire nous donner tout ce que le Père lui a donné. La gloire qu’il tient de son Père, il veut nous la donner à son tour et nous faire tous un. Il veut que nous ne soyons plus une multitude mais formions tous ensemble une unité, réunis par sa divinité dans la gloire du Royaume, non pas dans la fusion en une seule substance, mais dans la perfection, sommet de la vertu. C’est cela que le Christ a proclamé quand il a dit : « Qu’ils soient parfaitement un ! » Ainsi, rendus parfaits par la sagesse, la prudence, la justice, la piété et toutes les vertus du Christ, nous serons unis à la lumière indéfectible de la divinité du Père, devenus nous-mêmes lumière par notre union avec lui, et pleinement fils de Dieu par notre communion à son Fils unique qui nous fait prendre part à l’éclat de sa divinité.

C’est de cette manière que nous deviendrons tous un avec le Père et le Fils. Car de même qu’il a déclaré que le Père et lui sont un – « Moi et le Père, dit-il, nous sommes un » (Jn 10, 30) – de même il prie pour qu’à son imitation nous participions à la même unité… Non pas cette unité de même nature qu’il a avec le Père, mais celle-ci : comme le Père l’a fait participer à sa propre gloire, ainsi lui-même, à l’imitation de son Père, communiquera sa gloire à ceux qu’il aime.

Eusèbe de Césarée – La Théologie ecclésiastique, III, 18-19 ; PG 24, 1042s (trad. Orval)

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Sur un évêque du deuxième siècle

Denys occupa le siège épiscopal de l’Église de Corinthe (v. 165-180) et fit largement participer à son activité divine non seulement ceux qui lui étaient soumis, mais encore ceux des pays étrangers. Il se rendit très utile à tous par les lettres catholiques qu’il composait pour les Églises. Parmi ces lettres, la première, aux Lacédémoniens, est une catéchèse d’orthodoxie, et a pour objet la paix et l’unité. Sa lettre aux Athéniens est une exhortation à la foi et à la conduite selon l’Évangile : Denys les blâme de s’en être peu inquiétés et d’avoir abandonné, ou peu s’en faut, la parole du Christ depuis que leur chef Publius avait été martyrisé lors des persécutions qui arrivèrent alors. Il rappelle que Quadratus fut installé pour leur évêque après le martyre de Publius et il témoigne que celui-ci mit tout son zèle à rassembler les fidèles et à rallumer leur foi. (…)

Écrivant aussi à l’Église qui pérégrine à Amastris en même temps qu’aux Églises du Pont, Denys rappelle que Bacchylide et Elpiste l’ont déterminé à écrire ; il propose des explications des Écritures divines et il marque que leur évêque s’appelait Palmas ; il leur donne plusieurs conseils sur le mariage et la continence, et il leur ordonne de recevoir ceux qui se convertissent de quelque faute que ce soit, qu’il s’agisse d’une faute de négligence ou même du péché d’hérésie. À ces lettres s’ajoute une autre lettre aux fidèles de Knosos, dans laquelle Denys exhorte l’évêque de l’Église Pinytos, à ne pas imposer aux frères, comme une nécessité, le lourd fardeau de la continence, mais à avoir en vue la faiblesse du grand nombre. À cette lettre Pinytos répondit en admirant Denys et en louant son exhortation ; il l’exhorta en revanche à donner encore une nourriture plus solide, dans des écrits plus parfaits, au peuple sous-alimenté qu’il dirigeait, de peur qu’à la fin ses fidèles, nourris de paroles semblables à du lait, ne s’aperçoivent pas qu’ils vieillissent dans une conduite de petits enfants. Il fait aussi mention de la lettre de Clément aux Corinthiens et il montre que depuis longtemps, d’après un antique usage, on en fait lecture à l’assemblée.

Eusèbe de Césarée – Histoire Ecclésiastique IV, 23

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