Dieu est Père
Le Fils a fait connaître le nom du Père non seulement en le révélant et en nous donnant un enseignement exact sur sa divinité. Car tout cela était proclamé avant la venue du Fils, par l’Écriture inspirée. Mais aussi en nous enseignant non seulement qu’il est vraiment Dieu, mais qu’il est aussi vraiment Père, et vraiment qualifié ainsi, ayant en lui-même et produisant hors de lui-même son Fils, co-éternel à sa nature.
Le nom de Père convient à Dieu plus proprement que le nom de Dieu : celui-ci est un nom de dignité, celui-là signifie une propriété substantielle. Car qui dit Dieu dit le Seigneur de l’univers. Mais celui qui nomme le Père précise la propriété de la personne : il montre que c’est lui qui engendre. Que ce nom de Père soit plus vrai et plus propre que celui de Dieu, le Fils lui-même nous le montre par l’emploi qu’il en fait. Il disait parfois, non pas «moi et Dieu» mais : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10, 30). Et il disait aussi : « C’est lui, le Fils, que Dieu le Père a marqué de son empreinte » (Jn 6, 27).
Mais quand il a prescrit à ses disciples de baptiser toutes les nations, il a expressément ordonné que cela se ferait non pas au nom de Dieu, mais au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 19).
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Jean, 11, 7 ; PG 74, 497-499 (trad. Delhougne, Les Pères commentent)
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Il vous est bon que je m’en aille
Tout ce que le Christ avait à faire sur la terre était maintenant accompli ; mais il fallait absolument que nous « devenions participants de la nature divine » du Verbe (2P 1, 4), c’est-à-dire que nous abandonnions notre vie propre pour qu’elle se transforme en une autre… En effet, aussi longtemps qu’il demeurait dans la chair auprès des croyants, le Christ leur apparaissait, je crois, comme le donateur de tout bien. Mais lorsque viendrait le moment où il devrait monter vers son Père des cieux, il faudrait bien qu’il soit présent par son Esprit auprès de ses fidèles, qu’il « habite par la foi dans nos cœurs » (Ep 3, 17).
Les hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle comme on peut facilement le voir par des exemples pris dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Samuel, après avoir adressé tout un discours à Saül, lui dit : « L’Esprit du Seigneur fondra sur toi et tu seras changé en un autre homme » (1S 10, 6). Quant à saint Paul : « Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, comme il convient au Seigneur qui est Esprit. Car le Seigneur, c’est l’Esprit » (2 Co 3, 18).
Vous voyez comment l’Esprit transforme pour ainsi dire en une autre image ceux en qui on le voit demeurer. Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d’une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s’est produit chez les disciples : fortifiés ainsi par l’Esprit, les assauts des persécuteurs ne les ont pas paralysés ; au contraire, ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. C’est absolument indubitable. Elle est donc bien vraie, la parole du Sauveur : « C’est votre intérêt que je retourne au ciel » (Jn 16, 7). Car c’est le moment de la descente de l’Esprit.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Jean, 10 (trad. bréviaire)
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Je t’ai engendré
Si l’on dit que le Christ a reçu le Saint Esprit, c’est en tant qu’il s’est fait homme et en tant qu’il convenait à l’homme de le recevoir. Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père et engendré de sa substance, et cela avant l’Incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n’éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu’il s’est fait homme : « Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ».
Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui ; cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous recevions le don de l’Esprit en lui. Le Christ n’a pas reçu l’Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c’est par lui que nous parviennent tous les biens.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Jean 5, 2 (trad. Pusey I, 691-693)
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L’Éternel dans le temps
Il est grand, le mystère de la foi (1Tm 3, 16) : le Christ est né dans la chair ! Il s’est abaissé pour nous, sans y être forcé par personne, mais il est allé jusqu’à prendre pour nous la condition d’esclave, lui qui, par nature, était libre ; il s’est fait l’un de nous, lui qui était au-dessus de toute la création ; il est devenu mortel lui qui vivifie toutes choses, car il est le « pain vivant, qui donne la vie au monde » (Jn 6, 51-53) ; il s’est mis avec nous sous l’autorité de la loi, lui qui, comme Dieu, était supérieur à la loi et fondateur de la loi. Oui, il s’est rendu pareil à un nouveau-né qui entre dans la vie, lui qui existait avant tous les âges et tous les siècles, lui qui était l’auteur et le créateur des siècles.
Comment donc est-il devenu égal à nous ? En prenant corps de la Vierge Marie. C’est pourquoi nous disons que la Vierge sainte est la Mère de Dieu.
Cyrille d’Alexandrie – Homélie sur l’Incarnation 15, 1-3 ; PG 77, 1090-1091 ; trad. Brepols
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Le corps du Verbe
Comment l’homme, qui demeurait rivé à la terre et restait soumis à la mort, pouvait-il avoir accès de nouveau à l’immortalité ? Il fallait que sa chair soit rendue participante de la puissance vivifiante qui est en Dieu. Or, la puissance vivifiante de Dieu le Père, c’est sa Parole, c’est le Fils Unique ; c’est donc lui qu’il nous a envoyé comme Sauveur et Rédempteur…
Si tu jettes un petit morceau de pain dans l’huile, de l’eau ou du vin, il va tout de suite s’imprégner de leurs propriétés. Si tu mets du fer au contact du feu, il sera bientôt rempli de son énergie, et, bien qu’il ne soit par nature que du fer, il deviendra semblable au feu. Ainsi donc, le Verbe vivifiant de Dieu, en s’unissant à la chair qu’il s’est appropriée, l’a rendue vivifiante.
Il a dit en effet : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de la vie ». Et encore : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair. En vérité, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ». Ainsi donc, en mangeant la chair du Christ, notre Sauveur à tous, et en buvant son sang, nous avons la vie en nous, nous devenons comme un avec lui, nous demeurons en lui et lui demeure en nous.
Il fallait donc qu’il vienne en nous de la manière qui convient à Dieu, par l’Esprit Saint, et qu’il se mêle en quelque sorte à nos corps par sa sainte chair et par son sang précieux que nous recevons en bénédiction vivifiante comme dans du pain et du vin. En effet…, Dieu a usé de condescendance envers notre faiblesse et a mis toute la puissance de sa vie dans les éléments du pain et du vin qui sont ainsi dotés de l’énergie de sa propre vie. N’hésite donc pas à le croire, puisque le Seigneur lui-même a dit clairement : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang ».
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Luc, 22
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Le corps vivifiant du Verbe
Même pour ressusciter des morts, le Sauveur ne se contente pas d’agir par sa parole, qui est pourtant porteuse des ordres divins. Comme coopératrice, si l’on peut dire, pour cette œuvre si magnifique, il prend sa propre chair, afin de montrer qu’elle a le pouvoir de donner la vie, et pour faire voir qu’elle ne fait qu’un avec lui ; elle est bien en effet sa chair à lui, et non pas un corps étranger. C’est ce qui est arrivé quand il a ressuscité la fille du chef de la synagogue ; en lui disant : « Mon enfant, lève-toi », il l’a prise par la main. Comme Dieu, il lui a donné la vie par un commandement tout-puissant, et il lui a donné la vie aussi par le contact de sa sainte chair, témoignant ainsi que, dans son corps comme dans sa parole, une même puissance divine était à l’œuvre. De même encore, quand il est arrivé dans une ville nommée Naïm, où l’on enterrait le fils unique de la veuve, il a touché le cercueil en disant : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! » (Lc 7, 13-17).
Ainsi, non seulement il confère à sa parole le pouvoir de ressusciter les morts, mais encore, pour montrer que son corps est vivifiant, il touche les morts, et par sa chair il fait passer la vie dans leurs cadavres. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à un corps qui se décompose, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante eucharistie quand nous ferons d’elle notre nourriture ? Elle transformera totalement en son bien propre, c’est à dire en l’immortalité, ceux qui y auront participé.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Jean, 4
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Le pardon du Père
Le Seigneur nous ordonne d’avoir confiance et d’user dans nos prières du vocable de « Père », voulant nous faire comprendre par là, à nous qui le prions, que si nous appelons Dieu « Père » et si nous avons été jugés dignes d’un tel honneur, nous devons nous conduire d’une façon digne de celui qui nous l’a accordé.
Peut-être te diras-tu en toi-même : « Je suis souillé de toutes sortes de péchés ; comment pourrais-je être purifié, moi qui suis couvert de tant de taches ? »
Écoute-moi donc : tu sais que tu n’es que péché, tu avoues ta faiblesse, tu te souviens de tes chutes ? Alors, tu n’es pas loin d’être sauvé. Avouer sa faute, c’est commencer à s’en corriger. Car il est écrit aussi : Fais toi-même le compte de tes fautes, pour te justifierIs 43, 26). Le Seigneur souverain n’est ni inflexible, ni dépourvu de clémence, mais bien plutôt doux, miséricordieux, bon, connaissant bien sa créature. C’est une grande chose que l’aveu et le renoncement au mal.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Luc, 15, trad. A. Maignan ; L’Évangile selon Luc commenté par les Pères, Paris, DDB, 1987, p. 131-132
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Ne jugez pas
« Le disciple n’est pas au-dessus de son maître. Il sera parfait s’il est comme son maître ». Les bienheureux disciples étaient destinés à devenir les guides et les maîtres spirituels de la terre entière. Ils devaient donc faire preuve, plus que les autres, d’une ferveur remarquable, être familiarisés avec la manière de vivre selon l’Évangile et entraînés à pratiquer toute œuvre bonne. Ils auraient à transmettre à ceux qu’ils instruiraient la doctrine exacte, salutaire et strictement conforme à la vérité, après l’avoir d’abord contemplée eux-mêmes et avoir laissé la lumière divine éclairer leur intelligence. Sans quoi, ils seraient des aveugles conduisant d’autres aveugles. Car ceux qui sont plongés dans les ténèbres de l’ignorance ne peuvent pas conduire à la connaissance de la vérité les hommes souffrant de cette même ignorance. Le voudraient-ils d’ailleurs, qu’ils tomberaient tous ensemble dans l’abîme de leurs tendances mauvaises.
C’est pourquoi le Seigneur a voulu arrêter le penchant à la vantardise que l’on trouve chez tant de gens, et les dissuader de rivaliser avec leurs maîtres pour surpasser leur réputation. Il leur a dit : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître ». Même s’il arrive à certains d’atteindre un degré de vertu égal à celui de leurs prédécesseurs, ils devront surtout imiter leur modestie. Paul nous en donne la preuve quand il dit : « Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ » (1 Co 11, 1).
Cela étant, pourquoi juges-tu, alors que le Maître ne juge pas encore ? Car il n’est pas venu juger le monde (Jn 12, 47), mais lui faire grâce… « Si je ne juge pas, dit-il, ne juge pas non plus, toi qui es mon disciple. Il se peut que tu sois plus coupable que celui que tu juges… Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère ? »
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Luc, 6 ; PG 72, 601 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 402 rev.)
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Nous te saluons, Marie
Je vois cette joyeuse assemblée de saints évêques qui, à l’invitation de la sainte Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, se sont rassemblés ici dans l’enthousiasme. Aussi, bien que je sois dans la tristesse, la présence de ces saints Pères me porte à la joie. Cette douce parole du psalmiste David s’accomplit parmi nous : Voyez comme il est bon, comme il est doux, pour des frères d’habiter ensemble !
Nous te saluons donc, sainte Trinité mystérieuse, qui nous as tous convoqués dans cette Église de sainte Marie Mère de Dieu. Nous te saluons, Marie, Mère de Dieu, trésor sacré de tout l’univers, astre sans déclin, couronne de la virginité, sceptre de la foi orthodoxe, temple indestructible, demeure de l’incommensurable, Mère et Vierge, à cause de qui est appelé béni, dans les saints Évangiles, celui qui vient au nom du Seigneur.
Nous te saluons, toi qui as contenu dans ton sein virginal celui que les cieux ne peuvent contenir ; toi par qui la Trinité est glorifiée et adorée sur toute la terre ; par qui le ciel exulte ; par qui les anges et les archanges sont dans la joie ; par qui les démons sont mis en déroute ; par qui le tentateur est tombé du ciel ; par qui la créature déchue est élevée au ciel ; par qui le monde entier captif de l’idolâtrie est parvenu à la connaissance de la vérité ; par qui le saint baptême est accordé à ceux qui croient, avec l’huile d’allégresse ; par qui, sur toute la terre, les Églises ont été fondées ; par qui les nations païennes sont amenées à la conversion.
Et que dirai-je encore ? C’est par toi que la lumière du Fils unique de Dieu a brillé pour ceux qui demeuraient dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort ; c’est par toi que les prophètes ont annoncé l’avenir, que les Apôtres proclament le salut aux nations, que les morts ressuscitent, et que règnent les rois, au nom de la sainte Trinité.
Y a-t-il un seul homme qui puisse célébrer dignement les louanges de Marie ? Elle est mère et vierge à la fois. Quelle merveille ! Merveille qui m’accable ! Qui a jamais entendu dire que le constructeur serait empêché d’habiter le temple qu’il a lui-même édifié ? Osera-t-on critiquer celui qui donne à sa servante le titre de mère ?
Voici donc que le monde entier est dans la joie. Qu’il nous soit donné de vénérer et d’adorer l’unité, de vénérer et d’honorer l’indivisible Trinité en chantant les louanges de Marie toujours Vierge, c’est-à-dire de la sainte Église, et celles de son Fils et de son Époux immaculé : car c’est à lui qu’appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Cyrille d’Alexandrie – Homélie au Concile d’Éphèse ; Acta concilii œcumenici I, p. 102-104
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Qu’ils soient un
Pour nous fondre dans l’unité avec Dieu et entre nous quoique nous ayons chacun une personnalité distincte, le Fils unique a inventé un merveilleux moyen : par un seul corps, le sien propre, il sanctifie ses fidèles dans la communion mystique, les faisant un seul corps avec lui et entre eux. Nulle division ne peut survenir à l’intérieur du Christ. Unis tous à l’unique Christ par son propre corps, le recevant tous, lui un et indivisible, en nos propres corps, nous sommes les membres de ce corps unique, et il est ainsi pour nous le lien de l’unité.
Tous nous sommes, par la nature, enfermés les uns et les autres en nos individualités. Mais d’une autre façon, tous ensemble, nous sommes réunis. Divisés en quelque sorte en personnalités bien tranchées, par quoi un tel est Pierre, ou Jean, ou Thomas, ou Matthieu, nous sommes comme fondus en un seul corps dans le Christ, en nous nourrissant d’une seule chair. Un seul Esprit nous marque pour l’unité, et comme le Christ est un et indivisible, nous tous ne sommes plus qu’un en lui. Aussi disait-il à son Père céleste : Qu’ils soient un comme nous sommes un.
Cyrille d’Alexandrie – Dialogue sur la Trinité, PG 75, 695
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Salut à toi, Marie
Salut à toi, Marie Mère de Dieu, auguste trésor de toute la terre habitée, lampe inextinguible, couronne de la virginité, sceptre de l’orthodoxie, temple indissoluble, réceptacle de celui qui ne peut être contenu, mère et vierge, par laquelle est nommé, dans les saints Évangiles : Béni soit celui qui vient au nom du SeigneurMt 21, 9).
Salut, toi qui as contenu dans ta sainte matrice virginale celui que rien ne contient, toi par qui la Sainte Trinité est glorifiée et adorée dans toute la terre habitée, toi par qui le ciel se réjouit, par qui les anges et les archanges exultent, par qui les démons sont mis en fuite, par qui le diable tentateur est tombé du ciel, par qui la création tombée est ramenée au ciel, par qui toute la création prisonnière du culte des idoles est revenue à la connaissance de la vérité, par qui le saint baptême est donné aux croyants, par qui est donnée l’huile de réjouissance, par qui les églises sont bondées sur toute la terre, par qui les peuples sont conduits à la repentance…
Et pour tout dire, toi par qui le Fils unique de Dieu a brillé comme une lumière pour ceux qui se tiennent dans les ténèbres et l’ombre de la mortLc 1, 79), par qui les prophètes ont annoncé l’avenir, par qui les apôtres prêchent le salut aux nations, par qui les morts ressuscitent, par qui les rois règnent.
Cyrille d’Alexandrie – Homélie contre Nestorius, trad. A. Festugière, dans Éphèse et Chalcédoine, Actes des Conciles, Paris, Beauchesne, 1982, p. 311
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Semence d’immortalité
Dès lors que le Christ est entré en nous par sa propre chair, nous ressusciterons entièrement ; il est inconcevable, ou plutôt impossible, que la vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s’introduit. Comme on recouvre un tison ardent d’un tas de paille pour garder intacte le germe du feu, de même notre Seigneur Jésus Christ cache la vie en nous par sa propre chair et y met comme une semence d’immortalité qui écarte toute la corruption que nous portons en nous.
Ce n’est donc pas seulement par sa parole qu’il réalise la résurrection des morts. Pour montrer que son corps donne la vie, comme nous l’avons dit, il touche les cadavres et par son corps il donne la vie à ces corps déjà en voie de désintégration. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à ces morts, quel profit ne trouverons-nous pas en son eucharistie vivifiante quand nous la recevrons !… Il ne suffirait pas que notre âme seulement soit régénérée par l’Esprit pour une vie nouvelle. Notre corps épais et terrestre aussi devait être sanctifié par sa participation à un corps aussi consistant et de même origine que le nôtre et devait être appelé ainsi à l’incorruptibilité.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire sur l’évangile de Jean, 4 ; PG 73, 560
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Un seul Corps
Lorsque le Christ est devenu semblable à nous, c’est-à-dire s’est fait homme, l’Esprit l’a oint et consacré, bien qu’il soit Dieu par nature… Il sanctifie lui-même son propre corps, et tout ce qui dans la création est digne d’être sanctifié. Le mystère qui s’est passé dans le Christ est le principe et l’itinéraire de notre participation à l’Esprit.
Pour nous unir nous aussi, pour nous fondre dans l’unité avec Dieu et entre nous, bien que séparés par la différence de nos individualités, de nos âmes et de nos corps, le Fils Unique a inventé et préparé un moyen de nous rassembler, grâce à la sagesse qui est la sienne et selon le conseil de son Père. Par un seul corps, son propre corps, il bénit ceux qui croient en lui, dans une communion mystique il en fait un seul corps avec lui et entre eux.
Qui pourrait donc séparer, qui donc pourrait priver de leur union physique ceux qui, par ce corps sacré et par lui seul, sont unis dans l’unité du Christ ? Si nous partageons un même pain, nous formons tous un seul corps (1 Co 10, 17). Car le Christ ne peut pas être partagé. C’est pourquoi l’Eglise elle aussi est appelée corps du Christ, et nous ses membres, selon la doctrine de saint Paul (Ep 5, 30). Tous unis au seul Christ par son saint corps, nous le recevons, unique et indivisible, dans nos propres corps. Nous devons considérer nos propres corps comme ne nous appartenant plus.
Cyrille d’Alexandrie – Commentaire de l’évangile de Jean, 11, 11 ; PG 74, 558 (trad. Jean expliqué, DDB 1985, p. 134)
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