Du baptême du Christ à notre baptême
Quel grand mystère dans ce baptême de notre Seigneur et Sauveur ! Le Père se fait entendre du haut du ciel, le Fils est vu sur la terre, l’Esprit Saint se montre sous la forme d’une colombe. Car il n’y a pas de vrai baptême ni de vraie rémission des péchés là où il n’y a pas la vérité de la Trinité… Le baptême que donne l’Église est unique et véritable ; il n’est donné qu’une fois et, en y étant plongé une seule fois, on est purifié et renouvelé. Purifié, parce qu’on a déposé la souillure des péchés ; renouvelé, parce qu’on ressuscite pour une vie nouvelle après avoir dépouillé la vieillerie du péché…
Donc les cieux se sont ouverts au baptême du Seigneur afin que, par le bain de la nouvelle naissance, on découvre que les royaumes des cieux sont ouverts aux croyants, selon cette parole du Seigneur : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5). Il est donc entré, celui qui renaît et qui n’a pas négligé de préserver son baptême…
Parce que notre Seigneur était venu donner le baptême nouveau pour le salut du genre humain et la rémission de tous les péchés, lui-même a voulu être baptisé le premier, non pour dépouiller le péché, puisqu’il n’avait pas commis de péché, mais pour sanctifier les eaux du baptême afin de détruire les péchés de tous les croyants renés par le baptême.
Chromace d’Aquilée – Sermons sur l’Epiphanie, 34 ; CCL 9A, 156-157 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 32)
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Le parfum de son nom
Après avoir oint les pieds du Seigneur, cette femme ne les a pas essuyés avec un linge, mais avec ses propres cheveux, pour mieux honorer le Seigneur… Comme quelqu’un d’assoiffé qui boit l’eau d’une source qui tombe en cascade, cette sainte femme a bu à la source de sainteté une grâce pleine de délices, pour étancher la soif de sa foi.
Mais au sens allégorique ou mystique cette femme préfigurait l’Église, qui a offert au Christ la dévotion pleine et totale de sa foi… Dans une livre, il y a douze onces. C’est donc la mesure du parfum que possède l’Église qui a reçu, comme un parfum précieux, l’enseignement des douze apôtres. En effet, quoi de plus précieux que l’enseignement des apôtres, qui contient la foi au Christ et la gloire du Royaume des cieux ? De plus, on rapporte que toute la maison fut remplie de l’odeur de ce parfum, parce que le monde entier a été rempli de l’enseignement des apôtres. « Par toute la terre », comme il est écrit, « se répandit leur voix, et jusqu’aux confins du monde leurs paroles » (Ps 18, 5).
Nous lisons dans le Cantique des Cantiques cette parole que Salomon fait dire à l’Église : « Ton nom est un parfum répandu » (1, 2). Ce n’est pas sans raison que le nom du Seigneur est appelé « parfum répandu ». Un parfum, vous le savez, tant qu’il est conservé à l’intérieur de son flacon, garde en lui la force de son odeur ; mais dès qu’on le verse ou le vide, alors il répand son parfum odorant. De la même façon, notre Seigneur et Sauveur, alors qu’il régnait au ciel avec le Père, était ignoré du monde, inconnu ici-bas. Mais lorsque, pour notre salut, il a daigné s’abaisser en descendant du ciel pour prendre un corps humain, alors il a répandu dans le monde la douceur et le parfum de son nom.
Chromace d’Aquilée – Sermon 11 (trad. cf. SC 154, p. 215s.)
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Par la force de l’Esprit
De quelle diversité de grâces ont été comblés les Apôtres devant le Seigneur ! Tout d’abord, ils ont parlé des langues différentes pour prêcher au monde entier le Seigneur et le créateur de toutes les langues, le Fils unique de Dieu ; car aucune langue n’aurait pu croire les Apôtres prêchant en langues, s’ils n’avaient été entendus en toute langue. Les Apôtres n’avaient pas besoin d’interprètes, eux qui avaient pour interprète Dieu et le Saint-Esprit ; ils n’avaient pas besoin d’être enseignés des hommes, car le Christ, maître de vie, leur avait appris tout ce qu’ils prêchaient.
Les Apôtres reçurent donc en premier lieu la grâce de parler dans toutes les langues. Ensuite, ils se mirent à faire des œuvres divines : rendre la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la santé aux malades, la vie aux morts (cf. Ac 3, 6 ; 5, 15-16 ; 9, 31-43), toutes choses qui ne relèvent pas de la puissance humaine, mais de la puissance de Dieu. Ces œuvres et ces miracles, les Apôtres, en effet, ne les faisaient pas en leur qualité d’hommes, mais en raison de la puissance divine. De même que le forgeron travaille le fer, qui par nature a raison de tout et réduit tout en poussière, non par sa force naturelle, mais par la puissance du feu, à condition d’avoir mis le fer au feu et de l’avoir chauffé au rouge, ainsi les Apôtres, portés au rouge par le feu divin, à savoir le Saint-Esprit, se mirent-ils à faire des miracles divins.
Chromace d’Aquilée – Sermon 31, 1
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