Jérôme de Stridon – textes

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Jérôme de Stridon (347-427)

Jérôme de Stridon (347-427)

Textes

Celui-ci est mon Fils

« Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain auprès de Jean pour être baptisé par lui » Le Sauveur reçut le baptême de Jean pour trois raisons. La première, parce que, né homme, il voulait accomplir toutes les humbles prescriptions de la Loi ; la seconde pour sanctionner par son baptême le baptême de Jean ; la troisième pour manifester, lorsqu’il sanctifiait l’eau du Jourdain, par la descente de la colombe la venue de l’Esprit Saint dans le baptême des fidèles.

« Laisse faire maintenant. » Il dit bien à propos : « maintenant » pour montrer que, si le Christ devait être baptisé dans l’eau, Jean devait l’être par le Christ dans l’Esprit. Ou bien, autre signification, « Laisse faire maintenant », car moi qui ai pris la forme d’un esclave, je veux en remplir toute l’humilité. Mais aussi, sache qu’au jour du jugement, tu dois être baptisé de mon baptême. « Laisse faire maintenant », dit le Seigneur, j’ai aussi un autre baptême dont je dois être baptisé [Il s’agit du baptême de la Passion. Cf. Lc 12, 50]. Tu me baptises dans l’eau pour que moi je te baptise pour moi dans ton sang [Il s’agit du baptême de Jean par le martyre].

« Car c’est ainsi qu’il convient que nous accomplissions toute justice. » Il n’a pas ajouté : justice de la Loi ou de l’ordre naturel pour que nous entendions les deux. Si Dieu a reçu le baptême d’un homme, que personne ne juge indigne de le recevoir d’un compagnon de servitude.

« Et voici que les cieux s’ouvrirent et qu’il vit l’Esprit Saint descendre comme une colombe et venir au-dessus de lui… » C’est le mystère de la Trinité qui se manifeste dans ce baptême. Le Seigneur est baptisé, l’Esprit Saint descend sous l’aspect d’une colombe, et l’on entend la voix du Père rendant témoignage à son Fils. Les cieux s’ouvrent, non que les éléments s’écartent, mais aux yeux de l’esprit, ces yeux avec lesquels Ézéchiel aussi les vit ouverts, comme il le rapporte au début de son livre (Ez 1, 1). La colombe vint se poser sur la tête de Jésus pour qu’on ne pût penser que la parole du Père s’adressait à Jean et non à Jésus.

JérômeCommentaire sur Matthieu III, 13-16 ; SC 242 tome I. Livres I et II. Trad. É. Bonnard ; Éds du Cerf 1978, p. 95, rev.)

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Où est ta foi ?

Penses-tu que, lorsque viendra le Fils de l’Homme, Il trouvera la foi sur la terre ? (Lc 18, 8) Que ceux qui avancent cette sentence de l’Évangile sachent que la foi mentionnée ici est celle dont le Seigneur disait : « Ta foi t’a sauvée » (Mt 9, 22). Et ailleurs, à propos du centurion : « Je n’ai pas trouvé pareille foi en Israël » (Mt 8, 10). (…) Ni le centurion, ni cette pauvre femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans (Mc 5, 25), ne croyaient au mystère de la Trinité, qui a été manifesté aux Apôtres après la résurrection du Christ, (…) mais c’est la simplicité de leur cœur et leur âme donnée à leur Dieu qui sont approuvées ici. « Elle disait en effet dans son cœur : si je touche la frange de son vêtement, je serai sauvée ! » (Mt 9, 21) Voilà la foi dont le Seigneur a dit qu’elle se trouve rarement ! Voilà la foi qui, même chez ceux qui croient, est difficilement parfaite ! « Qu’il te soit fait, dit le Seigneur, selon ta foi ! » (Mt 8, 13).

Cette parole, moi, je désire ne pas l’entendre ! En effet, pour peu qu’il me soit fait selon ma foi, je périrai. Certes, « je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois à l’Esprit Saint qui est Dieu, je crois en un seul Dieu », et cependant je ne veux pas qu’il me soit fait « selon ma foi ». Souvent, en effet, survient l’homme ennemi et, au milieu de la moisson du Seigneur, il sème l’ivraie. (…)

En réalité, bien des fois, dans ma prière, je flâne à travers les rues, je calcule des intérêts, ou bien, emporté par une songerie honteuse, je m’occupe de ce que je rougirais de dire. Où est la foi ? À chacun d’interroger son propre cœur et, dans la vie, il verra combien il est rare de découvrir une âme fidèle au point de ne rien faire par désir de gloire ni rien pour le ‘qu’en-dira-t-on’. (…) En effet, les vices voisinent avec les vertus. Il est difficile de se contenter d’avoir Dieu seul pour juge.

JérômeDébat entre un luciférien et un orthodoxe, SC 473 (Éd. Cerf 2003, p 143-147 ; rev.)

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Ouvre mes yeux

« Jésus lui a mis de la salive sur les yeux, lui a imposé les mains et lui a demandé s’il voyait quelque chose. » La connaissance est toujours progressive… Ce n’est qu’au prix de beaucoup de temps et d’un long apprentissage qu’on peut parvenir à la connaissance parfaite. D’abord les saletés s’en vont, la cécité s’en va, et c’est ainsi que la lumière vient. La salive du Seigneur est un enseignement parfait : pour enseigner de façon parfaite, elle provient de la bouche du Seigneur. La salive du Seigneur, qui provient pour ainsi dire de sa substance, est la connaissance, comme sa parole qui provient de sa bouche est un remède…

« Je vois des hommes, comme des arbres qui marchent » ; je vois toujours l’ombre, pas encore la vérité. Voici le sens de cette parole : je vois quelque chose dans la Loi, mais je n’aperçois pas encore la lumière éclatante de l’Évangile… « Et il lui posa à nouveau les mains sur les yeux et il commença à voir si bien qu’il voyait tout clairement. » Il voyait, dis-je, tout ce que nous voyons : il voyait le mystère de la Trinité, il voyait tous les mystères sacrés qui sont dans l’Évangile… Nous aussi nous les voyons, car nous croyons en Christ qui est la vraie lumière.

JérômeHomélies sur l’évangile de Marc, n° 8, 235 (trad. SC 494, p. 143)

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Rudesse des Écritures

Comprends donc que tu ne peux pas t’engager dans les Saintes Écritures sans avoir un guide qui te montre le chemin… Alors, dis-moi, frère très cher : vivre au milieu de ces Livres sacrés, les méditer sans cesse, ne rien connaître ni chercher en dehors d’eux, n’est-ce pas déjà, dès ici-bas, habiter le Royaume des cieux ?

Et ne sois par heurté, dans les Saintes Écritures, par la simplicité, voire la rudesse du langage, que ce soit par la faute des traducteurs ou même à dessein. Toujours elles se présentent de telle façon que le premier auditoire venu peut trouver à s’y instruire et que, dans une seule et même phrase, le savant et l’ignorant découvrent des sens insoupçonnés. Non point que je pousse la pétulance et la stupidité jusque me flatter de connaître tout ce qui s’y trouve : ce serait vouloir cueillir sur terre les fruits d’arbres dont les racines sont fixées dans le ciel ; mais j’avoue le désirer et je prétends m’y efforcer. Étudions ici sur terre ce dont la connaissance nous restera acquise dans le ciel.

JérômeLettre 53 à Paulin de Nole Trad. P. Verbraken dans Feu nouveau 1968, p. 6-8

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Sors de cet homme

« Jésus menaça le démon en disant : ‘ Tais-toi, et sors de cet homme. ‘ » La Vérité n’a nul besoin du témoignage du Menteur… « Je n’ai pas besoin de la reconnaissance de celui que je voue au déchirement. Tais-toi ! Que ma gloire éclate dans ton silence. Je ne veux pas que ce soit ta voix qui fasse mon éloge, mais tes tourments ; car ton déchirement est mon triomphe… Tais-toi, et sors de cet homme ! » Il semble dire : « Sors de chez moi ; que fais-tu sous mon toit ? Moi, je désire entrer : alors, tais-toi, et sors de cet homme, de l’homme, cet être doué de raison. Quitte cette demeure préparée à mon intention. Le Seigneur désire sa maison, sors de cet homme »…

Voyez à quel point l’âme de l’homme est précieuse. Cela va à l’encontre de ceux qui pensent que nous, les hommes, et les animaux sommes dotés d’une âme identique et que nous sommes animés d’un même esprit. À un autre moment, le démon est expulsé d’un seul homme et il est envoyé dans deux mille porcs (Mt 8, 32) ; l’esprit précieux s’oppose à l’esprit vil, l’un est sauvé, l’autre est perdu. « Sors de cet homme, va t’en chez les porcs, va où tu veux, va t’en aux abîmes. Quitte l’homme, c’est-à-dire ce que je possède en propre ; je ne te laisserai pas posséder l’homme, car ce serait une injure pour moi si tu t’installais en lui à ma place. J’ai assumé un corps humain, j’habite en l’homme : cette chair que tu possèdes fait partie de ma chair. Sors de l’homme. »

JérômeCommentaire sur l’évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 48)

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Tout est vanité

Si toutes les choses que Dieu a faites sont extrêmement bonnes, comment toutes choses peuvent-elles n’être que vanité, et non seulement vanité, mais vanité des vanités ? De la même manière que l’expression « Cantique des cantiques » sert à désigner le chant le plus remarquable d’entre tous les chants, de même, par l’expression « vanité des vanités » se révèle la grandeur de la vanité…

Le ciel, la terre, les mers et toutes choses qui se trouvent dans l’enceinte de ce monde qui est le nôtre sont assurément bons en soi, mais comme un néant en comparaison de Dieu. N’ayant devant les yeux que la flammèche d’une lampe, je pourrais me contenter de la lumière qu’elle dispense, mais plus tard, une fois le soleil levé, je ne la verrais plus briller, même la lumière des étoiles échapperait à ma vue, rendue invisible par l’éclat de la torche solaire. De même, lorsque j’observe les éléments et la nature diverse et complexe, je ne peux qu’admirer l’ampleur de la création ; mais je garde présent à l’esprit que tout passe et que le monde clos vieillit, et que Dieu seul ne cesse d’être ce qu’il a été, je ne peux m’empêcher de dire, non pas une seule fois mais deux fois : Vanité des vanités, toutes choses ne sont que vanitéQo 1, 2).

JérômeCommentaire de l’Ecclésiaste, 1 ; Coll. Les Pères dans la foi n° 79-80, Éd. Migne, Paris, 2001, p. 69-70

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Tout quitter pour tout recevoir

Nous avons reçu plus que nous n’avons donné ; nous quittons de petites choses et nous trouvons des biens immenses. Le Christ rend au centuple ce qu’on fait pour lui : « Si tu veux être parfait, va, vends tout et donnes-en le prix aux pauvres. Puis, viens et suis-moi ». « Si tu veux être parfait » — les grandes choses sont toujours laissées à notre libre choix. De même l’apôtre Paul ne fait pas un commandement de la virginité (1 Co 7), car Jésus a dit : « L’observe qui pourra ! Ce don vient de la miséricorde de Dieu » (cf. Mt 19, 12). « Si tu veux être parfait » ; on ne vous l’impose pas, afin que le sacrifice étant volontaire, le mérite en devienne plus grand. Et cependant, pour arriver à la perfection, il ne suffit pas simplement de mépriser les richesses et de donner ses biens, de se libérer de ce qu’on peut perdre et acquérir en un moment. Cela, les philosophes l’ont fait ; un chrétien doit faire plus qu’eux.

Il ne suffit pas de quitter les biens terrestres, il faut suivre le Christ. Mais suivre le Christ, qu’est-ce que c’est ? C’est renoncer à tout péché, et adhérer à toute vertu. Le Christ, c’est la Sagesse éternelle, ce trésor qu’on trouve en un champ (Mt 13, 44), dans le champ des Saintes Écritures. C’est la perle précieuse pour laquelle il en faut sacrifier beaucoup d’autres (Mt 13, 46). Le Christ, c’est encore la sainteté, la sainteté sans laquelle personne ne verra la face de Dieu. Le Christ est notre rédemption, notre rédempteur ; il est notre rançon (1 Tm 2, 6). Le Christ est tout : celui donc qui acceptera de tout quitter pour lui retrouvera tout en lui. Celui-là pourra dire : « Ma part d’héritage, c’est le Seigneur » (Ps 15, 5)… Ne donnez pas seulement votre argent, si vous voulez suivre Jésus Christ. Donnez-vous vous-même à lui ; imitez le Fils de l’Homme qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (Mc 10, 45).

JérômeCorrespondance (trad. rev. Tournay)

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Un unique Testament

Dieu fait une promesse et dit : Je vous donnerai la pluie qui tombe au bon moment, et celle qui tombe tardivementDt 11, 14). Il s’agit bien sûr de l’Ancien Testament et du Nouveau, et de cette double pluie, je vous arroserai. Cela maintenant encore nous encourage à lire l’Ancien Testament sans mépriser le Nouveau, à chercher le sens spirituel dans l’Ancien sans croire que ce qui se lit chez les évangélistes et les Apôtres n’a de sens que pris tel quel. Nous ignorons par lequel Dieu nous accorde la science et la grâce la plus étendue ; et heureux est celui qui aura associé l’un et l’autre en une seule communauté, et en aura fait comme un unique corps. Celui qui aura accompli cela verra la lumière, il verra le Christ, soleil de justice. Et, s’il a vécu de nombreuses années, il vivra dans la plus grande liesse et le plus grand plaisir, ayant la science des Écritures, et il n’en sera que davantage poussé à accomplir ce travail qu’il se souviendra du jugement futur.

JérômeCommentaire de l’Ecclésiaste, 11 ; Coll. Les Pères dans la foi n° 79-80, Éd. Migne, Paris, 2001, p. 291-292

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De Moïse au Christ

Quand je lis l’Évangile et que j’y vois des témoignages tirés de la Loi ou des prophètes, je ne considère que le Christ. Je n’ai vu Moïse, je n’ai vu les prophètes, qu’avec l’intention de comprendre ce qu’ils disent du Christ. Car enfin quand j’arrive à la splendeur du Christ et que j’aperçois en quelque sorte la lumière resplendissante du soleil éclatant, je ne peux pas voir la lumière d’une lampe. Si on allume une lampe en plein jour, peut-elle éclairer ? Quand le soleil se lève, la lumière de la lampe est invisible. De même, quand le Christ est présent, la Loi et les prophètes disparaissent totalement. Je ne critique pas la Loi et des prophètes ; au contraire, je les loue car ils annoncent le Christ. Mais quand je lis la Loi et les prophètes, mon but n’est pas de m’en tenir à la Loi et aux prophètes, mais, par la Loi et les prophètes, de parvenir jusqu’au Christ.

JérômeHomélies sur l’évangile de Marc, n° 9, 8 ; SC 494 (trad. cf. SC p. 171)

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Espérer le pardon

« Le Seigneur est bon et miséricordieux », préférant à la mort le repentir des péchés (Jl 2, 13). « Il est patient et riche en miséricorde » ; il n’imite pas l’impatience des hommes, mais il attend longuement notre repentir. « Il est prêt à arrêter le mal » ou à s’en repentir. C’est-à-dire que si nous nous repentons de nos péchés, lui-même se repentira de ses menaces et ne nous infligera pas les maux dont il nous avait menacés ; si nous changeons d’avis, lui aussi en changera…

Cependant le prophète qui vient de dire : « Le Seigneur est bon et miséricordieux, patient et riche en miséricorde, prêt à arrêter le mal ou à s’en repentir » ajoute pour que cette grande clémence ne nous rende pas négligents : « Qui sait ? il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment et nous combler de ses bienfaits » (v. 14). Moi, dit-il, je vous exhorte de mon mieux à la pénitence, et je sais que la clémence de Dieu est inexprimable. Comme l’a dit David : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ta grande miséricorde ; dans l’abondance de tes pardons, efface mes péchés » (Ps 50, 3). Mais, parce que nous ne pouvons pas connaître la profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu (Rm 11, 33), je m’exprimerai de façon plus nuancée, je formulerai seulement un souhait en disant : « Qui sait si Dieu ne se ravisera pas et ne pardonnera pas ? » Ce « qui sait » doit être compris comme désignant une chose difficile.

JérômeCommentaire sur le prophète Joël ; PL 25, 967 (trad. bréviaire rev.)

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Heureuse capture

Vous qui avez maintenant revêtu le Christ, vous qui suivez notre direction, comme les petits poissons suivent l’appât, laissez-vous soulever par la parole de Dieu hors des flots de ce monde et parlez donc ainsi : « En nous, les lois de la nature sont changées. Car lorsque les poissons sont tirés hors de la mer, ils meurent. Mais nous, les Apôtres nous ont tirés de la mer de ce monde pour que nous passions de la mort à la vie.

« Tant que nous étions dans le monde, nos regards se perdaient dans les bas-fonds, notre vie se passait dans la vase. Maintenant que nous avons échappé aux flots, nous avons commencé à voir le soleil, à regarder la vraie lumière et, bouleversés par une joie immense, nous disons à notre âme : Espère en Dieu, car je lui rendrai grâce, à lui, mon sauveur et mon Dieu (Ps 41, 6). »

JérômeHomélie sur le Psaume 41 ; CCL 78, 542-544

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Il la fit se lever

« Jésus s’approcha d’elle, la prit par la main, et la fit lever. » En effet, cette malade ne pouvait pas se lever d’elle-même ; étant alitée, elle ne pouvait pas venir au-devant de Jésus. Mais ce médecin miséricordieux s’approche lui-même du lit. Celui qui avait porté une brebis malade sur ses épaules (Lc 15, 5) s’avance à présent vers ce lit… Il approche toujours plus afin de guérir encore davantage. Remarquez bien ce qui est écrit ici… « Tu aurais dû sans aucun doute venir à ma rencontre, tu aurais dû venir m’accueillir au seuil de ta maison ; mais alors ta guérison résulterait non pas tant de ma miséricorde que de ta volonté. Puisqu’une fièvre si forte t’accable et t’empêche de te lever, je viens moi-même. »

« Et il la fit lever ». Comme elle ne pouvait pas se redresser d’elle-même, c’est le Seigneur qui la relève. « Il la prit par la main et il la fit lever. » Quand Pierre était en péril en mer, au moment où il allait se noyer, lui aussi a été saisi par la main, et il se releva… Quelle belle marque d’amitié et d’affection pour cette malade ! Il la relève en la tenant par la main ; sa main guérit la main de la malade. Il saisit cette main comme l’aurait fait un médecin, prend le pouls et évalue l’importance de la fièvre, lui qui est à la fois médecin et remède. Jésus la touche, et la fièvre disparaît.

Souhaitons qu’il touche notre main afin qu’ainsi nos actes soient purifiés. Qu’il entre dans notre maison : levons-nous enfin de notre lit, ne restons pas couchés. Jésus se tient à notre chevet et nous restons couchés ? Allons, debout !… « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26) ; « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17, 21). Ayons la foi, et nous verrons Jésus présent au milieu de nous.

JérômeCommentaire sur l’évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 52)

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Jérusalem est partout

Ce dont on doit se féliciter, ce n’est pas d’avoir été à Jérusalem, mais d’y avoir bien vécu. La cité qu’il faut chercher, ce n’est pas celle qui a tué les prophètes et versé le sang du Christ, mais celle qu’un fleuve impétueux met en liesse, celle qui, bâtie sur une montagne, ne peut pas être cachée, celle que l’apôtre Paul proclame la mère des saints et en laquelle il se réjouit de résider avec les justes (Ps 45, 5 ; Mt 5, 14 ; Ga 4, 26)… Je n’oserais pas limiter la toute-puissance de Dieu à une contrée ou confiner dans un petit coin de terre celui que le ciel ne peut contenir. Chaque croyant est apprécié au mérite de sa foi et non au lieu qu’il habite ; et les vrais adorateurs n’ont pas besoin de Jérusalem ou du mont Garizim pour adorer le Père, car « Dieu est esprit » et ses adorateurs doivent « l’adorer en esprit et en vérité » (Jn 4, 21-23). Or « l’Esprit souffle où il veut » (Jn 3, 8) et « la terre est au Seigneur, ainsi que tout ce qu’elle contient » (Ps 23, 1)…

Les lieux saints de la croix et de la résurrection ne sont utiles qu’à ceux qui portent leur croix, ressuscitent avec le Christ chaque jour et se montrent dignes d’habiter en de tels endroits. Quant à ceux qui disent : « Temple du Seigneur, Temple du Seigneur, Temple du Seigneur » (Jr 7, 4), qu’ils écoutent cette parole de l’apôtre : « C’est vous qui êtes le temple de Dieu, si l’Esprit Saint habite en vous » (1 Co 3, 16)…

Ne crois donc pas qu’il manque quelque chose à ta foi si tu n’as pas vu Jérusalem et ne me crois pas meilleur parce que j’habite en ce lieu. Mais ici ou ailleurs tu recevras égale récompense selon tes œuvres devant Dieu.

JérômeLettre 58, 2-4 ; PL 22, 580-582 (trad. Orval)

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Jésus au Jourdain

« Et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. » Grande est sa miséricorde : celui qui n’avait pas commis de péché est baptisé comme un pécheur. Dans le baptême du Seigneur tous les péchés sont remis. Mais Il n’est qu’une sorte de préfiguration du baptême du Sauveur, car la vraie rémission des péchés est dans le sang du Christ, dans le mystère de la Trinité.

« Et ressortant de l’eau, il vit les cieux ouverts. » Tout cela est écrit pour nous. Donc avant de recevoir le baptême, nous avons les yeux fermés, nous ne voyons pas les réalités célestes.

« Il vit l’Esprit-Saint descendre comme une colombe et demeurer sur lui. Et il y eut une voix du haut du ciel : tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma faveur ». Nous voyons le mystère de la Trinité : Jésus est baptisé, l’Esprit-Saint descend sous l’apparence d’une colombe, le Père parle du haut du ciel.

« Il vit les cieux ouverts. » L’expression « il vit » montre que les autres n’avaient pas vu. Que l’on n’aille pas s’imaginer les cieux simplement et matériellement ouverts : nous-mêmes qui maintenant sommes en ce lieu, selon la diversité de nos mérites, nous voyons les cieux ouverts ou fermés. Une foi totale voit les cieux ouverts, mais une foi qui doute les voit fermés.

« Il vit les cieux ouverts, et l’Esprit comme une colombe descendre et demeurer sur lui. » (Jn 1, 32) Voyez ce que dit l’Écriture : demeurer, c’est-à-dire ne pas s’en aller. Sur le Christ, l’Esprit-Saint est descendu et est demeuré ; tandis que sur les hommes, il descend mais ne demeure pas. En effet espérons-nous que l’Esprit-Saint demeure en nous quand nous haïssons notre frère ou que nous avons des pensées mauvaises ? Si donc nous avons de bonnes pensées, sachons que l’Esprit-Saint habite en nous, mais si nous en avons de mauvaises, c’est le signe que l’Esprit-Saint s’est retiré de nous. C’est pourquoi il est dit du Sauveur : « Celui sur qui tu verras l’Esprit Saint descendre et demeurer, c’est lui. » (Jn 1, 33)

JérômeHomélies sur l’évangile de Marc 1C, SC 494 (trad. SC, rév.)

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L’Agneau ouvre le Livre

Il y a une « sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que, dès avant les siècles, Dieu nous a destinée par avance ». Cette sagesse de Dieu, c’est le Christ ; il est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu »… Dans le Fils, en effet, « se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » ; caché dans le mystère, destiné par avance, dès avant les siècles, c’est lui qui a été prédestiné et préfiguré dans la Loi et les Prophètes.

C’est pourquoi les prophètes portaient le nom de « voyants » ; ils voyaient celui qui était caché et inconnu des autres. Abraham aussi « a vu son jour, et il s’est réjoui ». Pour Ézéchiel, les cieux se sont ouverts, alors que pour le peuple pécheur ils restaient bouchés. « Ôtez le voile de dessus mes yeux, dit David, et je contemplerai les merveilles de ta loi ». En effet, la loi est spirituelle, et pour la comprendre il faut que soit « écarté le voile » et que « soit contemplée la gloire de Dieu à visage découvert ».

Dans l’Apocalypse, on montre un livre scellé de sept sceaux… Combien d’hommes aujourd’hui, qui se prétendent instruits, tiennent en mains un Livre scellé ! Et ils sont incapables de l’ouvrir, à moins qu’il ne soit ouvert par « Celui qui tient la clef de David ; s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira ». Dans les Actes des Apôtres, l’eunuque lisait le prophète Isaïe… ; pourtant il ignorait celui qu’il vénérait dans ce livre sans le connaître. Survient Philippe ; il lui montre Jésus caché sous la lettre… Comprends donc que tu ne peux pas t’engager dans les Saintes Écritures sans avoir un guide qui te montre le chemin.

 (Références bibliques : 1 Co 2, 7 ; 1 Co 1, 24 ; Col 2, 31 ; 1 S 9, 9 ; Jn 8, 56 ; Ps 118, 18 ; 2 Co 3, 16-18 ; Ap 5, 1 ; Ap 3, 7 ; Ac 8, 26s)

JérômeLettre 53, à saint Paulin, évêque de Nole (trad. Orval/ Verbraken rev.)

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La maison du Pain

Heureux celui qui porte dans son cœur la Croix et la Résurrection, ainsi que le lieu de la naissance et le lieu de l’ascension du Christ. Heureux celui qui possède Bethléem dans son cœur et dans le cœur de qui le Christ naît chaque jour. Que veut d’ailleurs dire Bethléem sinon « maison du pain » ?

Soyons, nous aussi, maison du pain, de ce pain qui est descendu du ciel. Chaque jour, le Christ est crucifié : nous sommes en effet crucifiés au monde (Ga 6, 14) et le Christ est crucifié en nous. Heureux celui dans le cœur de qui le Christ ressuscite chaque jour parce que chaque jour il fait pénitence pour ses péchés même légers. Heureux celui qui chaque jour s’élève du mont des Oliviers au Royaume des cieux, là où sont grasses les olives et où naît la lumière du Christ.

JérômeTraité sur le Psaume 95 ; CCL 78, p. 154-155, trad. Orval

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La parole du Christ

Jésus se rendit donc à la synagogue de Capharnaüm et il se mit à enseigner. Les gens étaient étonnés de son enseignement, car Jésus parlait « non comme les scribes, mais comme un homme qui a autorité. » Il ne disait pas, par exemple : « Parole du Seigneur ! » ou bien encore : « Ainsi s’exprime celui qui m’a envoyé. » Non, Jésus parlait en son propre nom : c’était lui qui avait parlé jadis par la voix des prophètes. C’est déjà bien de pouvoir dire, en s’appuyant sur un texte, « Il est écrit… » C’est encore mieux de proclamer, au nom du Seigneur lui-même, « Parole du Seigneur ! » Mais c’est tout autre chose de pouvoir affirmer, comme Jésus en personne, « En vérité, je vous le déclare !… » Comment oses-tu dire, toi : « En vérité, moi, je vous le déclare ! » si tu n’es pas celui-là qui autrefois a donné la Loi et parlé par les prophètes ?…

« Les gens étaient frappés par son enseignement. » Qu’est-ce donc qu’il enseignait de si nouveau ? Que disait-il de si neuf ? Il ne faisait que redire ce qu’il avait déclaré par la voix des prophètes. Mais les gens étaient frappés, car il n’enseignait pas selon la méthode des scribes. Il enseignait comme ayant lui-même autorité ; non en rabbi mais en Seigneur. Il ne parlait pas en se référant à un plus grand que lui. Non, la parole qu’il disait était la sienne ; et s’il tenait, en fin de compte, ce langage d’autorité, c’est qu’il affirmait présent celui dont il avait parlé par les prophètes : « Moi qui vous parlais, me voici ! » (Is 52, 6)… C’est pourquoi Jésus menace le démon qui s’exprime par le possédé dans la synagogue : « Silence ! lui dit-il, sors de cet homme. » C’est à dire : « Sors de ma maison ; que fais-tu dans ce qui est ma demeure ? Moi, je veux y entrer. Tais-toi ! Sors de cet homme. Laisse cette demeure qui m’a été préparée… Dieu la veut. Laisse l’homme ; il m’appartient. Je ne veux pas qu’il soit à toi. J’habite l’homme ; c’est mon Corps. Va-t-en ! »

JérômeCommentaire sur l’Évangile de Marc ; PL 2, 137-138 (trad. rev. Tournay)

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Le Christ annoncé

Quand je lis l’Évangile et que j’y rencontre des témoignages tirés de la Loi ou des prophètes, je ne considère que le Christ. Si j’ai vu Moïse, si j’ai vu les prophètes, c’était seulement pour comprendre ce qu’ils disent du Christ. Quand un jour je serai entré dans la splendeur du Christ et que brillera à mes yeux sa lumière aussi éblouissante que le soleil, je ne pourrai plus voir la lumière d’une lampe. Si on allume une lampe en plein jour, éclairera-t-elle ? Quand le soleil se lève, la lumière de la lampe s’évanouit. De même, quand on jouit de la présence du Christ, la Loi et les prophètes disparaissent. Je n’enlève rien à la gloire de la Loi et des prophètes ; au contraire, je les loue d’être les annonciateurs du Christ. Car quand je lis la Loi et les prophètes, mon but n’est pas de m’en tenir à la Loi et aux prophètes, mais, par la Loi et les prophètes, d’arriver jusqu’au Christ.

JérômeCommentaire sur l’évangile de Marc, 9, 1-7

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Le Saint de Dieu

« Il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais ». Cet esprit ne pouvait pas supporter la présence du Seigneur ; il s’agissait de cet esprit impur qui avait conduit tous les hommes à l’idolâtrie… « Quelle entente entre le Christ et Satan ? » (2 Co 6, 15) ; le Christ et Satan ne pouvaient pas être associés l’un à l’autre. « Il cria en disant : ‘ Que nous veux-tu ? ‘ » Celui qui s’exclame ainsi est un individu qui s’exprime au nom de plusieurs personnes ; cela prouve qu’il a conscience d’avoir été vaincu, lui et les siens.

« Il cria en disant… : ‘ Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ‘ ». En plein tourment et malgré l’intensité des souffrances qui le font crier, il n’a pas abandonné son hypocrisie. Il est contraint de dire la vérité, la souffrance le presse, mais la malice l’empêche de dire toute la vérité : « Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? » Pourquoi ne reconnais-tu pas le Fils de Dieu ? Est-ce le Nazaréen qui te torture, et non pas le Fils de Dieu ? …

Moïse n’était-il pas un saint de Dieu ? Et Isaïe et Jérémie n’ont-ils pas été des saints de Dieu ? … Pourquoi ne leur dis-tu pas : « Je sais qui tu es, saint de Dieu » ? … Ne dis pas « Saint de Dieu » mais « Dieu Saint ». Tu t’imagines que tu sais, mais tu ne sais pas ; ou si tu sais, tu te tais par duplicité. Car il n’est pas seulement le Saint de Dieu, mais Dieu Saint.

JérômeCommentaire sur l’évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 47)

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