Athanase d’Alexandrie – textes

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Athanase d'Alexandrie (297-373)

Athanase d'Alexandrie (297-373)

Textes

Antoine et les démons

Combien de fois, alors que les démons me disaient que j’étais un saint, les ai-je maudits au nom du Seigneur ! Une nuit, m’abordant avec une grande lumière qui n’était que feinte, ils me dirent : – Nous venons, Antoine, pour t’éclairer. Je fermais les yeux, je me mis en oraison, et aussitôt cette lumière diabolique fut éteinte.

Quelques mois après, ils vinrent en chantant des psaumes et en parlant de l’Écriture sainte. Mais je demeurais comme un sourd qui n’entend rien (Ps 38, 14).

Une autre fois, comme je jeûnais, cet imposteur vint me trouver en habit de solitaire, et en me présentant comme un pain, il me dit pour me tromper : Mange, et donne quelque relâche à tes travaux excessifs ; tu es un homme comme les autres et tu succomberas si tu continues dans ces grandes austérités. Connaissant ses ruses et ses artifices, je me levai pour prier ; ne pouvant le supporter, il fut vaincu et s’évanouit de devant mes yeux en sortant par la porte comme une fumée.

Quelqu’un ayant un jour frappé à ma porte dans le monastère, je sortis et vis un homme d’une extraordinaire grandeur. Lui ayant demandé qui il était, il me répondit : – Je suis Satan. – Qu’as-tu à faire ici ?, lui dis-je alors. Il me répliqua : – Pourquoi est-ce que tous les solitaires m’accusent injustement ? Pourquoi est-ce que tous les chrétiens me donnent sans cesse des malédictions ? – Mais pourquoi, lui répondis-je, leur fais-tu toujours du mal ? – Je ne leur en fais point, dit-il ; mais c’est eux-mêmes qui s’en font, car j’ai perdu toute ma force.

Alors, admirant la grâce de Dieu, je lui dis : – Bien que tu sois toujours menteur et que tu ne dises jamais la vérité, tu viens de la dire maintenant malgré toi. Car il n’y a pas de doute que Jésus-Christ en venant dans le monde, a ruiné toutes tes forces, et en te mettant à terre, t’a entièrement désarmé. Le démon, entendant proférer ce nom de notre Sauveur, et sentant par là augmenter l’ardeur de son supplice, disparut aussitôt.

Athanase d’Alexandrie – Vie de saint Antoine, XIII

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Il saisit sa main

Le Verbe, la Parole de Dieu, incorporel, incorruptible et immatériel, est arrivé dans notre région, bien qu’il n’en ait pas été loin auparavant. En effet, il n’avait laissé aucune partie de la création privée de sa présence, car il remplissait tout, lui qui demeure auprès de son Père. Mais il s’est rendu présent en s’abaissant à cause de son amour pour nous, et il s’est manifesté à nous … Il a eu pitié de notre race, il a eu compassion de notre faiblesse, il a condescendu à notre condition périssable. Il n’a pas accepté que la mort domine sur nous ; il n’a pas voulu voir périr ce qui avait commencé, ni échouer ce que son Père avait accompli en créant les hommes. Il a donc pris un corps, et un corps qui n’est pas différent du nôtre. Car il ne voulait pas seulement être dans un corps ou seulement se manifester. S’il avait voulu seulement se manifester, il aurait pu réaliser cette théophanie avec plus de puissance. Mais non : c’est bien notre corps qu’il a pris…

Le Verbe a pris un corps capable de mourir afin que ce corps, en participant au Verbe qui est au-dessus de tout…, reste impérissable grâce au Verbe qui y demeure, et afin de délivrer de la dégradation définitive tous les hommes par la grâce de la résurrection. Le Verbe a offert donc à la mort le corps qu’il avait pris, comme un sacrifice et une victime sans aucune tache ; et aussitôt il a anéanti la mort en délivrant de la mort tous les hommes ses semblables par l’offrande de ce corps qui leur ressemble.

Il est juste que le Verbe de Dieu, supérieur à tous, qui offrait son propre temple, son corps, en rançon pour tous, ait payé notre dette par sa mort. Uni à tous les hommes par un corps semblable, il est juste que le Fils incorruptible de Dieu revête tous les hommes d’incorruptibilité, selon la promesse apportée par sa résurrection. Car la corruption elle-même, impliquée dans la mort, n’a plus aucun pouvoir sur les hommes à cause du Verbe qui demeure parmi eux dans un corps unique.

Athanase d’Alexandrie – Sur l’incarnation du Verbe, 8-9 (trad. bréviaire ; cf. SC 190, p. 288s)

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L’âme immatérielle

Comment, puisque le corps est naturellement mortel, l’homme raisonne-t-il sur l’immortalité, et désire-t-il souvent la mort pour la vertu ? Ou encore, comment, puisque le corps est éphémère, l’homme se représente-t-il les réalités éternelles au point de mépriser les choses présentes, et de tourner son désir vers les autres ? Le corps ne saurait de lui-même raisonner ainsi sur lui-même, ni sur ce qui est extérieur à lui : il est mortel et éphémère ; il faut donc nécessairement qu’il y ait autre chose qui raisonne sur ce qui est opposé au corps et contraire à sa nature. Qu’est cela encore une fois, sinon l’âme raisonnable et immortelle ? Et elle n’est pas extérieure au corps, mais lui est intérieure – comme le musicien qui avec sa lyre fait entendre les meilleurs sons. Comment encore, l’œil étant naturellement fait pour voir et l’oreille pour entendre, se détournent-ils de ceci et préfèrent-ils cela ? Qu’est-ce qui détourne l’œil de voir ? ou qui empêche l’oreille d’entendre, alors qu’elle est faite naturellement pour entendre ? Et le goût, naturellement fait pour goûter, qu’est-ce qui souvent l’arrête dans son élan naturel ? La main, naturellement faite pour agir, qui l’empêche de toucher tel objet ? L’odorat, fait pour sentir les odeurs, qui le détourne de les percevoir ? Qui agit ainsi à l’encontre des propriétés naturelles des corps ? Comment le corps se laisse-t-il détourner de sa nature, et conduire par les avis d’un autre, et diriger par un signe de lui ? Tout cela montre que seule l’âme raisonnable mène le corps. Le corps n’est point fait pour se mouvoir lui-même, mais il se laisse conduire et mener par un autre, comme le cheval ne s’attelle pas lui-même, mais se laisse diriger par celui qui l’a maîtrisé. Aussi y a-t-il des lois chez les hommes, pour leur faire faire le bien et éviter le mal ; mais les êtres sans raison ne peuvent ni raisonner ni discerner le mal, puisqu’ils sont étrangers à la rationalité et à la réflexion raisonnable. Ainsi les hommes possèdent une âme raisonnable ; je pense l’avoir montré par ce qui vient d’être dit.

Athanase d’Alexandrie – Contra Gentes, 32

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L’âme immortelle

Que l’âme soit immortelle, la doctrine de l’Église ne peut l’ignorer … On parviendra de plus près à cette notion, si l’on part de la connaissance du corps et de sa différence d’avec l’âme. Si notre raisonnement a montré qu’elle est autre que le corps, et si le corps est naturellement mortel, il s’ensuit nécessairement que l’âme est immortelle, puisqu’elle est différente du corps. De plus, si, comme nous l’avons montré, c’est l’âme qui meut le corps, sans être elle-même mue par d’autres, il s’ensuit que l’âme se meut elle-même, et qu’après que le corps a été mis en terre, elle se meut encore par elle-même. Car ce n’est pas l’âme qui meurt, mais c’est quand elle se sépare de lui que meurt le corps. Si donc elle était mue par le corps, il s’ensuivrait que, le moteur s’éloignant, elle mourrait ; mais si c’est l’âme qui meut le corps, à plus forte raison elle se meut elle-même. Et si elle se meut elle-même, nécessairement elle vit après la mort du corps. Car le mouvement de l’âme n’est pas autre chose que sa vie, de même aussi que nous disions que le corps vit quand il est en mouvement, et que c’est la mort pour lui quand il cesse de se mouvoir. On verra cela encore plus clairement à partir de l’activité de l’âme dans le corps. Quand l’âme est venue dans le corps et lui est enchaînée, elle n’est pas resserrée et mesurée par la petitesse du corps, mais bien souvent, alors que celui-ci est couché dans son lit, immobile, et comme endormi dans la mort, l’âme, selon sa propre vertu, est éveillée, et s’élève au-dessus de la nature du corps ; comme si elle s’en allait loin de lui, bien que restant dans le corps, elle se représente et contemple des êtres supra-terrestres ; souvent même elle rencontre ceux qui sont au-dessus des corps terrestres, les saints et les anges, et s’en va vers eux, se confiant dans la pureté de l’esprit. Comment donc, à plus forte raison, détachée du corps quand le voudra Dieu qui l’avait liée à lui, n’aura-t-elle pas une connaissance plus claire de l’immortalité ? Si, quand elle était liée au corps, elle vivait une vie étrangère au corps, à plus forte raison, après la mort du corps, elle vivra et ne cessera de vivre, parce que Dieu l’a ainsi créée par son Verbe, notre Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi elle pense et réfléchit aux choses immortelles et éternelles, puisqu’elle aussi est immortelle. … C’est pourquoi elle a la pensée de la contemplation de Dieu, et devient à elle-même sa propre voie ; ce n’est pas du dehors, mais d’elle-même qu’elle reçoit la connaissance et la compréhension du Verbe de Dieu.

Athanase d’Alexandrie – Contra Gentes, 33

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L’appel d’Antoine

Après la mort de ses parents, alors qu’Antoine avait entre dix-huit et vingt ans…, un jour, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux ». Antoine a eu l’impression que cette lecture avait été faite pour lui. Il est sorti aussitôt et a donné aux gens du village ses propriétés familiales. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il a distribué aux pauvres tout l’argent qu’il en avait retiré, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il a entendu le Seigneur dire dans l’Évangile : « Ne vous faites pas de souci pour demain » (Mt 6, 34). Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il a distribué cela aussi aux plus pauvres. Il a confié sa soeur à des vierges connues et fidèles, qui vivaient ensemble dans une maison, pour y être éduquée. Et il s’est désormais consacré, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère…

Il travaillait de ses mains, car il avait entendu cette parole : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 10). Il achetait son pain avec une part de ce qu’il gagnait et il distribuait le reste aux indigents. Il priait sans cesse, parce qu’il avait appris qu’il faut « prier sans relâche » (Lc 21, 36) en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout ; dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. Tous les habitants du village et les gens de bien qui le fréquentaient habituellement, en le voyant vivre ainsi, l’appelaient ami de Dieu. Les uns l’aimaient comme leur fils, et les autres comme leur frère.

Athanase d’Alexandrie – La Vie de saint Antoine, 2-4

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L’image restaurée

Puisque les hommes s’étaient rendus déraisonnables et que la tromperie des démons jetait son ombre de tous côtés et cachait la connaissance du vrai Dieu, que devait faire Dieu ? Se taire devant une pareille situation ? Accepter que les hommes soient égarés ainsi et ne connaissent pas Dieu ?… Dieu ne va-t-il pas épargner à ses créatures d’être égarées loin de lui et assujetties au néant, surtout si cet égarement devient pour elles cause de ruine et de perte, alors que les êtres qui ont participé à l’image de Dieu (Gn 1, 26) ne doivent pas périr ? Que fallait-il donc que Dieu fasse ? Que faire, sinon renouveler en eux son image, afin que les hommes puissent de nouveau le connaître ?

Mais comment cela se fera-t-il, sinon par la présence de l’image de Dieu elle-même (Col 1, 15), notre Sauveur Jésus Christ ? Cela n’était pas réalisable par des hommes, puisqu’ils ne sont pas l’image mais ont été créés selon l’image ; ce n’était pas réalisable par des anges non plus, car même eux ne sont pas images. C’est pourquoi le Verbe de Dieu est venu lui-même, lui qui est l’image du Père, afin d’être en mesure de restaurer l’image au fond de l’être des hommes. Par ailleurs, cela ne pouvait pas se produire si la mort et la dégradation qui la suit n’étaient pas anéanties. C’est pourquoi il a pris un corps mortel, afin de pouvoir anéantir la mort et restaurer les hommes faits selon l’image de Dieu. L’image du Père, donc, son Fils très saint, est venue chez nous pour renouveler l’homme fait à sa ressemblance et pour le retrouver, alors qu’il était perdu, par la remise de ses péchés, comme il le dit lui-même : « Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10).

Athanase d’Alexandrie – Sur l’incarnation du Verbe, 13 (trad. cf. SC 199, p. 311s)

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La grande réclusion

S’affermissant ainsi de plus en plus en sa résolution, [Antoine] s’en alla dans la montagne où, ayant trouvé au-delà d’une rivière un vieux château plein de serpents, car il était abandonné depuis longtemps, il s’y arrêta et y établit sa demeure. Tous ces animaux s’enfuirent aussitôt comme si on les eût chassés et lui, après avoir pris du pain pour six mois (les moines de la Thébaïde ont l’habitude d’en faire qui dure même un an entier sans se corrompre) et ne manquant pas d’eau, entra dans ce château comme s’il fût entré dans un temple, et après en avoir fermé l’entrée, il y demeura seul sans en sortir et sans y laisser entrer personne.

Il vécut longtemps de la sorte, recevant seulement de six mois en six mois des pains qu’on lui jetait par-dessus son toit. Ceux de ses amis qui venaient le visiter, contraints de passer au dehors les jours et les nuits (car il ne les recevait point dans le lieu où il était), entendaient à l’intérieur comme des gens qui grognaient et faisaient du tapage, criant à voix forte : « Quitte ce lieu qui nous appartient ! Qu’as-tu à faire dans le désert ? Penses-tu pouvoir résister à nos embûches ? » Entendant cela, ils croyaient d’abord que c’étaient des hommes qui, étant descendus avec des échelles, se battaient avec lui. Mais ayant regardé par une fente et ne voyant personne, saisis de frayeur, ils appelaient Antoine qui ne témoignait pas moins de charité pour les rassurer que de mépris pour ceux qui leur avaient occasionné de la crainte. Ses amis, venant ainsi pour le voir et croyant le trouver mort, l’entendaient chanter des psaumes […].

Antoine passa environ vingt ans de la sorte, sans jamais sortir et sans être vu de personne, sauf de rares exceptions. Enfin, plusieurs désirant avec ardeur l’imiter dans cette sainte manière de vivre et, d’un autre côté, un grand nombre de ses amis étant venus le trouver et voulant à toute force rompre sa porte, il sortit comme d’un sanctuaire où il s’était consacré à Dieu et avait été rempli de son Esprit. Ce fut alors la première fois qu’il parut hors de ce château à ceux qui venaient vers lui et ils furent remplis d’étonnement en le voyant avec une vigueur plus grande que celle qu’il avait jamais eue. Il n’avait pas grossi par manque d’exercice, ni maigri par suite de tant de jeûnes et des combats qu’il avait soutenu contre les démons. Il avait le même visage qu’avant d’être solitaire, la même tranquillité d’esprit, et l’humeur aussi agréable.

Athanase d’Alexandrie – Vie de saint Antoine, VII

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La mort du Sauveur

Certains diront : si sa mort dut avoir lieu aux yeux de tous et devant témoins, afin de donner créance à l’annonce de la résurrection, il aurait aussi dû imaginer pour lui une mort glorieuse, afin d’éviter au moins l’infamie de la croix. Mais s’il avait fait cela, il se serait exposé au soupçon de n’être pas puissant contre tou­te forme de mort, mais seulement contre celle conçue par lui, et de nouveau on n’aurait pas manqué d’un prétexte pour nier sa résurrection. Aussi la mort advint, non de sa propre initiative, mais par suite d’un complot, afin que cette mort précisément qu’ils infligeaient au Sauveur, lui la détruisit.

Un vaillant athlète, grand par la prudence et le courage, ne choisit pas lui-même ses adversaires, pour ne pas éveiller le soupçon d’être lâche devant certains, mais il offre ce choix aux spectateurs, surtout si ceux-ci lui sont hostiles, afin d’abattre celui sur qui ils se sont mis d’accord et d’être cru le plus fort de tous. De même, celui qui est la vie de tous, notre Seigneur et Sauveur, le Christ, n’a pas conçu de son côté un genre de mort déterminé pour son corps, pour ne point sembler en craindre un autre, mais il a accep­té et supporté sur la croix la mort qui lui venait des autres, celle surtout de la part de ses ennemis, dont ils pensaient qu’elle était effrayante, igno­minieuse et intolérable. Détruisant cette mort-là, il ferait croire qu’il est la vie et il anéantirait radicalement le pouvoir de la mort.

Il est donc arri­vé une chose étonnante et admirable ; la mort ignominieuse qu’ils pensaient lui infliger, fut le trophée contre la mort elle-même. Aussi ne subit-il pas la mort de Jean qui eut la tête coupée ni ne fut-il scié comme Isaïe, pour garder jusque dans la mort son corps entier et indivisé et pour ne pas donner de prétexte à ceux qui veulent diviser l’Église.

Athanase d’Alexandrie – De l’Incarnation, 24

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La Sagesse en personne

La sagesse personnelle de Dieu, son Fils unique, a créé et réalisé toute chose. En effet, un psaume dit : « Tu as tout fait avec sagesse » (103, 24)… De même que notre parole humaine est l’image de cette Parole qui est le Fils de Dieu (cf. Jn 1, 1), ainsi notre sagesse est, elle aussi, l’image de ce Verbe qui est la Sagesse en personne. Parce que nous possédons en elle la capacité de connaître et de penser, nous devenons capables d’accueillir la Sagesse créatrice, et par elle nous pouvons connaître son Père. « Car celui qui a le Fils a aussi le Père » (1Jn 2, 23), et encore : « Celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé » (Mt 10, 40)…

« Puisque le monde, avec le moyen de la sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu à travers les œuvres de la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile » (1 Co 1, 21). Désormais Dieu ne veut plus, comme dans les temps anciens, être connu par des images et des ombres de la Sagesse : il a voulu que la véritable Sagesse en personne prenne chair, devienne homme, subisse la mort de la croix, afin qu’à l’avenir tous les croyants puissent être sauvés par la foi en cette Sagesse incarnée.

C’est donc elle qui est la Sagesse de Dieu. Auparavant, elle se faisait connaître par son image introduite dans les choses créées…et de cette façon faisait connaître le Père. Par la suite, elle, qui est le Verbe, est devenue chair, comme dit saint Jean (1, 14). Après avoir « détruit la mort » (1 Co 15, 26) et sauvé l’humanité, elle s’est manifestée plus clairement elle-même et, par elle-même, elle a manifesté son Père. Ce qui lui a fait dire : « Donne-leur de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3). Toute la terre a donc été remplie de sa connaissance. Car il y a une seule connaissance, du Père par le Fils, et du Fils à partir du Père. Le Père met sa joie en lui, et le Fils se réjouit de la même joie dans le Père, ainsi qu’il le dit : « J’y trouvais ma joie, je me réjouissais jour après jour en sa présence » (Pr 8, 30).

Athanase d’Alexandrie – Discours contre les Ariens, 2, 78-79 (trad. bréviaire 6e mar. rev.)

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La vertu est en nous

Un jour, tous les moines sont venus voir Antoine et l’ont prié de leur adresser la parole. Il leur dit : … Nous voilà commencés, nous nous sommes engagés sur la route de la vertu. Maintenant marchons toujours en avant afin d’atteindre le but (Ph 3, 14). Que personne ne regarde en arrière comme la femme de Lot (Gn 19, 26), car le Seigneur a dit : « Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est inapte au Royaume des cieux ». Regarder en arrière n’est rien d’autre que changer son propos et reprendre goût aux choses de ce monde-ci. Ne craignez pas quand vous entendez parler de vertu et ne vous étonnez pas de ce mot. Car la vertu n’est pas loin de nous : elle ne prend pas naissance hors de nous ; c’est notre affaire à nous, et la chose est simple pourvu que nous le voulions.

Les païens quittent leur pays et traversent la mer pour étudier les lettres. Nous, nous n’avons pas besoin de quitter notre pays pour aller au Royaume des cieux, ni de passer la mer pour acquérir la vertu. Car le Seigneur a dit : « Le Royaume des cieux est au-dedans de vous » (Lc 17, 21). La vertu n’a donc besoin que de notre vouloir, puisqu’elle est en nous et prend naissance de nous. Si l’âme conserve sa partie intelligente conforme à sa nature, la vertu prend naissance. L’âme est dans son état naturel quand elle demeure comme elle a été faite ; elle a été faite très belle et très droite. C’est pourquoi Josué, fils de Noun, disait au peuple en l’exhortant : « Rendez droit votre cœur devant le Seigneur, le Dieu d’Israël » (Jos 24, 23). Et Jean Baptiste : « Rendez droits vos chemins » (Mt 3, 3). Être droite, pour l’âme, c’est garder son intelligence, comme elle a été créée. Au contraire, quand elle dévie et se détourne de son état naturel, alors on parle de vice de l’âme. La chose n’est donc pas difficile… Si nous devions chercher la chose au dehors, ce serait vraiment difficile, mais puisqu’elle est en nous, gardons-nous des pensées impures et conservons notre âme pour le Seigneur, comme si nous avions reçu un dépôt, afin qu’il reconnaisse son œuvre, trouvant notre âme telle qu’il l’a faite.

Athanase d’Alexandrie – Vie de saint Antoine, 19-20 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 184)

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Le Dieu trine

Insensés, que ne cessez-vous vos recherches indiscrètes au sujet de la Trinité et ne vous contentez de croire qu’elle existe, puisque vous avez pour guide l’apôtre qui écrit : « Il faut croire que Dieu existe et qu’il assure la récompense à ceux qui le cher-chent »… Que nul ne se pose des questions superflues, mais qu’on se contente d’apprendre ce qui est contenu dans les Écritures…

L’Écriture dit que le Père est source et lumière : « Ils m’ont délaissé, moi la source d’eau vive » ; « Tu as abandonné la source de la sagesse », et selon Jean : « Notre Dieu est lumière ». Or, le Fils, en relation avec la source, est appelée fleuve, car « le fleuve de Dieu, selon le psaume, est rempli d’eau ». En relation avec la lumière, il est appelé resplendissement quand Paul dit qu’il est « le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance ». Le Père est donc lumière, le Fils son resplendissement…, et dans le Fils, c’est par l’Esprit que nous sommes illuminés : « Puisse Dieu vous donner, dit Paul, un Esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître ; puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur ». Mais quand nous sommes illuminés, c’est le Christ qui nous illumine en lui, car l’Écriture dit : « Il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ». En plus, le Père étant source et le Fils appelé fleuve, on dit que nous buvons l’Esprit : « Tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit ». Mais, abreuvés de l’Esprit, nous buvons le Christ car « ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait et ce rocher c’était le Christ »…

Le Père étant « le seul sage », le Fils est sa sagesse, car « le Christ est la force et la sagesse de Dieu ». Or, c’est en recevant l’Esprit de sagesse que nous possédons le Fils et acquérons la sagesse en lui… Le Fils est la vie, il a dit : « Je suis la vie » ; mais il est dit que nous sommes vivifiés par l’Esprit, car Paul écrit : « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts vivifiera aussi nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous ». Mais quand nous sommes vivifiés par l’Esprit, c’est le Christ qui est notre vie…

Quand il existe, dans la sainte Trinité, une telle correspondance et unité, qui pourrait séparer soit le Fils du Père, soit l’Esprit du Fils ou du Père ?… Le mystère de Dieu n’est pas livré à notre esprit par des discours démonstratifs, mais dans la foi et dans la prière pleine de respect.

Athanase d’Alexandrie – Lettres à Sérapion, n° 1, 19 ; PG 26, 373 ; SC 15, p. 115 rev.

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Le témoignage des martyrs

Si un tyran a été vaincu par un roi généreux et qu’il est pieds et poings liés, tous les passants se moquent de lui, le frappent et le mettent en pièces, ne craignant plus sa rage et sa cruauté, à cause du roi qui l’a vaincu ; de même, la mort une fois vaincue et mise au pilon, mains et pieds liés, par le Sauveur en croix, tous ceux qui marchent dans le Christ la foulent aux pieds, et rendant témoignage au Christ se moquent de la mort, en la raillant avec les mots écrits contre elle autrefois : « Où est, mort, ta victoire ? où, enfer, ton aiguillon ? »

Est-ce là une preuve sans valeur de l’impuissance de la mort ? Ou est-ce une démonstration trop courte de la victoire remportée sur elle par le Sauveur, si enfants ou jeunes filles dans le Christ méprisent la vie présente et se préparent à mourir ? En effet, l’homme craint naturellement la mort et la dissolution du corps ; mais, chose très surprenante, une fois qu’il a revêtu la foi en la croix, il méprise ce réflexe de la nature et à cause du Christ il ne craint plus la mort. Le feu a naturellement la proprié­té de brûler : mais si l’on raconte qu’il existe une matière qui ne craint pas la brûlure du feu, mais en démontre plutôt la faiblesse, comme on le dit de l’amiante des Indiens ; et si quelqu’un, restant sceptique devant ce pro­pos, veut faire l’expérience de ce qui a été dit, il revêtira la substance ininflammable et s’élancera dans le feu, et désormais il croira tout à fait à la faiblesse du feu. Ou si quelqu’un désire voir le tyran enchaîné, il doit nécessairement se rendre dans le pays et le royaume du vainqueur, pour voir privé de sa force celui que les autres redoutaient.

Pareillement, si quel­qu’un reste incrédule, même après des preuves si importantes, après tant de martyrs suscités dans le Christ, après la dérision ménagée quotidiennement à la mort par ceux qui se distinguent dans le Christ ; s’il hésite encore à se prononcer au sujet de la destruction de la mort et de sa fin, il fait bien de s’étonner d’une pareille chose, pourvu qu’il ne s’endurcisse pas dans l’incroyance et qu’il n’ait pas l’impudence de nier des faits aussi évidents. Mais comme celui qui a pris l’amiante reconnaît qu’il est incombustible, et celui qui veut, voir le tyran enchaîné passe dans le royaume du vainqueur, de même celui qui ne croit pas à la victoire sur la mort, qu’il reçoive la foi du Christ et se mette à son école : il verra l’impuissance de la mort et la victoire remportée sur elle. Nombreux sont ceux qui restèrent d’abord incré­dules et moqueurs, puis qui devinrent croyants et méprisèrent la mort au point de devenir des martyrs du Christ.

Athanase d’Alexandrie – De l’Incarnation, 27-28

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Les tentations d’Antoine

Le démon, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui voit toutes les bonnes actions des hommes, ne pouvant souffrir de voir une personne de cet âge se porter avec tant d’ardeur dans un tel dessein, résolut d’user contre lui de tous les efforts qui seraient en son pouvoir. La première tentation, dont il se servit pour le détourner de la vie solitaire, fut de lui mettre devant les yeux les biens qu’il avait quittés, le soin qu’il devait prendre de sa sœur, la noblesse de sa race, l’amour des richesses, le désir de la gloire, les diverses voluptés qui se rencontrent dans les délices, et tous les autres plaisirs de la vie. Il lui représentait d’un autre côté les extrêmes difficultés et les travaux qui se rencontrent dans l’exercice de la vertu, la faiblesse de son corps, le long temps qui lui restait encore à vivre ; et enfin, pour tâcher de le détourner de la sainte résolution qu’il avait prise, il éleva dans son esprit comme une poussière et un nuage épais de diverses pensées. […] Mais Antoine, élevant ses pensées vers Jésus-Christ et considérant quelle est la noblesse et l’excellence de l’âme qu’il nous a donnée, éteignit ces charbons ardents dont il voulait par cette tromperie embraser son cœur. Le démon lui remit encore davantage devant les yeux les douceurs de la volupté ; mais Antoine, comme entrant en colère et en s’affligeant, se représenta les gênes éternelles dont les impudiques sont menacés, et les douleurs de ce remord qui, comme un ver insupportable, ronge pour jamais leur conscience.

Ainsi en opposant ces saintes considérations à tous ces efforts, ils n’eurent aucun pouvoir pour lui nuire. Et quelle plus grande honte pouvait recevoir le démon, lui qui ose s’égaler à Dieu, que de voir une personne de cet âge se moquer de lui, et de se trouver terrassé par un homme revêtu d’une chair fragile, lui qui se glorifie, comme il le fait, d’être par sa nature toute spirituelle élevé au-dessus de la chair et du sang ! Mais le Seigneur qui, par l’amour qu’il nous porte, a voulu prendre une chair mortelle, assistait son serviteur et le rendait victorieux du démon afin que chacun de ceux qui combattent contre lui puisse dire avec l’Apôtre : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est en moi » (1 Co 15).

Athanase d’Alexandrie – Vie de saint Antoine, III

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L’Incarnation salvatrice

Le Verbe de Dieu, incorporel, incorruptible et immatériel, est arrivé dans notre région, bien qu’il n’en ait pas été loin auparavant. En effet, il n’avait laissé aucune partie de la création privée de sa présence, car il remplissait tout, lui qui demeure auprès de son Père. Mais il s’est rendu présent en s’abaissant à cause de son amour pour nous, et il s’est manifesté à nous. Il a eu pitié de notre race, il a eu compassion de notre faiblesse ; il a condescendu à notre corruption ; il n’a pas accepté que la mort domine sur nous ; il n’a pas voulu voir périr ce qui avait commencé, ni échouer ce que son Père avait accompli en créant les hommes. Il a donc pris un corps, et un corps qui n’est pas différent du nôtre. Car il ne voulait pas seulement être dans un corps, ou seulement se manifester. S’il avait voulu seulement se manifester, il aurait pu réaliser cette théophanie avec plus de puissance. Mais non : c’est notre corps qu’il a pris.

Dans le sein de la Vierge, il construisit pour lui-même le temple de son corps ; il en fit son instrument adapté, pour se faire connaître et pour y demeurer. Après avoir pris parmi nos corps un corps de même espèce, comme nous sommes tous soumis à la corruption de la mort, il le livra à la mort pour nous tous, et l’offrit à son Père. Il a fait cela par amour pour les hommes. Ainsi, puisque tous mourraient en lui, la loi soumettant les hommes à la corruption serait annulée : en effet, elle déploierait toute sa force contre le corps du Seigneur, et elle n’aurait plus désormais le pouvoir de frapper ses pareils, les hommes. Le Verbe rendrait incorruptibles de nouveau les hommes revenus à la corruption ; il leur communiquerait la vie du fait de sa mort : par le corps qu’il s’était approprié et par la grâce de la résurrection, il écarterait la mort loin d’eux, comme une paille consumée par le feu.

Le Verbe prit un corps capable de mourir afin que ce corps, en participant au Verbe qui est au-dessus de tout, devienne capable de mourir pour tous, reste incorruptible grâce au Verbe qui y demeure, et enfin délivre de la corruption tous les hommes par la grâce de la résurrection. Le Verbe offrit donc à la mort le corps qu’il avait pris, comme un sacrifice et une victime sans aucune tache, et aussitôt il anéantit la mort en en délivrant tous les hommes ses pareils par l’offrande de ce corps qui leur ressemble. Il est juste que le Verbe de Dieu, supérieur à tous, qui offrait son propre temple, son corps, en rançon pour tous, ait payé notre dette par sa mort. Uni à tous les hommes par un corps semblable, il est juste que le Fils incorruptible de Dieu revête tous les hommes d’incorruptibilité, selon la promesse apportée par sa résurrection.

Athanase d’Alexandrie – De l’Incarnation, 8-9

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L’Incarnation, victoire sur la mort

Le Verbe comprenait que la corruption des hommes ne pouvait pas être éliminée autrement, sinon par le seul fait de mourir. Or, il était impossible que mourût le Verbe, qui est immortel et Fils du Père. Aus­si il prend pour soi un corps capable de mourir, afin que, participant au Verbe qui est au-dessus de tout, ce corps devienne apte à mourir pour tous, demeure incorruptible grâce au Verbe logé en lui et fasse désormais cesser la corruption en tous par la grâce de la résurrection. Comme un sacrifice et une victime pure de toute tache, offrant à la mort le corps qu’il avait pris pour lui, il éloigna donc, sur le champ, la mort de tous les autres corps semblables, par le don de ce corps qui leur ressemblait. Étant le Verbe de Dieu, supérieur à tous, qui offrait son propre temple et son instrument cor­porel en rançon pour tous, il pavait à bon droit notre dette en sa mort. Et uni à tous les hommes par un corps semblable au leur, le Fils incorruptible de Dieu les revêtit tous avec raison d’incorruptibilité selon la promesse de la résurrection. Car la corruption même, comprise dans la mort, n’a plus de prise sur les hommes, à cause du Verbe logé en eux par le moyen de son corps individuel.

Lorsqu’un grand roi entre dans une grande ville et habite en l’une de ses maisons, cette ville s’estime l’objet d’une extrême faveur et ni en­nemi ni brigand ne marche contre elle pour la saccager ; on la juge plutôt digne de tous les égards à cause du roi qui habite une seule de ses demeures. Il en va de même du roi de l’univers. À sa venue dans notre contrée et une fois qu’il fut logé dans un corps semblable aux nôtres, toute entreprise des ennemis a cessé contre les hommes et la corruption de la mort a disparu, elle qui depuis longtemps sévissait contre eux. Le genre humain serait allé a sa perte, si le Fils de Dieu, maître de l’univers et sauveur, n’était venu le secourir pour mettre un terme à la mort.

Vraiment ce grand-œuvre convenait au plus haut point à la bonté de Dieu. Car si un roi construit une maison ou une ville et que celle-ci est attaquée par des brigands à cause de la négligence des habitants, il ne l’a­bandonne d’aucune manière, mais il la défend comme sa propre œuvre et il assure son salut, sans regarder à la négligence des habitants, mais à son propre honneur. À plus forte raison, Dieu, le Verbe du Père très bon, n’a­bandonna pas le genre humain, son œuvre tombée dans la corruption ; mais il effaça par l’offrande de son propre corps la mort qui s’était attachée à eux, il corrigea leur négligence par son enseignement, il restaura toute la condition des hommes par sa puissance.

Athanase d’Alexandrie – De l’Incarnation, 9-10

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Mort, où est ta victoire ?

La mort une fois vaincue par le Sauveur et fixée à la croix, comme à un pilori, tous ceux qui marchent dans le Christ la foulent aux pieds. Rendant témoignage au Christ, ils se moquent de la mort, se jouent d’elle et répètent ce qui est écrit à son sujet : « Mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ton aiguillon ? » (1 Co 15, 55 ; Os 13, 14)… Est-ce une pauvre démonstration de la victoire remportée sur elle par le Sauveur, lorsque les chrétiens, enfants et jeunes filles, méprisent la vie présente et se préparent à mourir plutôt que de renier leur foi ? L’homme craint naturellement la mort et la dissolution de son corps ; mais, chose tout à fait extraordinaire, celui qui a revêtu la foi en la croix méprise ce sentiment naturel et, pour le Christ, il ne craint plus la mort…

Si la mort, autrefois si forte et pour cela si redoutable, est méprisée maintenant après la venue du Sauveur, après sa mort corporelle et sa résurrection, il est évident que c’est par le Christ monté sur la croix que la mort a été anéantie et vaincue. Lorsqu’après la nuit le soleil paraît et illumine toute la surface de la terre, il n’y a absolument pas à douter que le soleil qui répand partout sa lumière est le même qui a chassé les ténèbres et tout illuminé. Ainsi…il est évident que le Sauveur manifesté en son corps est celui-là même qui a détruit la mort et qui chaque jour démontre sa victoire sur elle en ses disciples… Lorsqu’on voit des hommes, de femmes et de jeunes enfants courir et s’élancer à la mort pour la foi au Christ, qui serait assez sot, qui serait assez incrédule, qui aurait l’esprit assez aveugle pour ne pas comprendre et penser que c’est le Christ, auquel ces hommes rendent témoignage, qui procure et donne à chacun la victoire sur la mort en détruisant la puissance de celle-ci en chacun de ceux qui ont foi en lui et portent le signe de sa croix ?

Athanase d’Alexandrie – Sur l’Incarnation du Verbe, 27-29 ; PG 25, 143 ; SC 199 (trad. Orval rev.)

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Présence du Verbe

Ce monde est très bon, tel qu’il a été fait et tel que nous le voyons, parce que Dieu le veut ainsi : personne ne pourrait en douter. Si la création était désordonnée, si l’univers évoluait au hasard, on pourrait mettre en doute cette affirmation. Mais puisque le monde a été fait avec sagesse et science, de façon raisonnable et logique, puisqu’il a été orné de toute beauté, il faut que celui qui y préside et qui l’a organisé ne soit autre que la Parole de Dieu, son Verbe, son Logos…

Étant la Parole bonne du Dieu de bonté, c’est ce Verbe qui a disposé l’ordre de toutes choses, qui a réuni les contraires avec les contraires pour en former une seule harmonie. C’est lui, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), qui fait tourner le ciel, qui suspend la terre et qui, sans qu’elle repose sur rien, la maintient par sa propre volonté (cf. He 1, 3). Le soleil éclaire la terre par la lumière qu’il reçoit de lui, et la lune reçoit sa mesure de sa lumière. Par lui, l’eau est suspendue dans les nuages, les pluies arrosent la terre, la mer garde ses limites, la terre se couvre de plantes de toutes sortes (cf. Ps 103)…

La raison pour laquelle cette Parole, le Verbe de Dieu, est venue jusqu’aux créatures est vraiment admirable… La nature des êtres créés est passagère, faible, mortelle ; mais puisque le Dieu de l’univers est par nature bon et excellent, il aime les hommes… Voyant donc que par elle-même toute la nature créée s’écoule et se dissout, pour lui éviter cela et pour que l’univers ne retourne pas au néant…, Dieu ne l’abandonne pas aux fluctuations de sa nature. Dans sa bonté, par son Verbe, il gouverne et maintient toute la création… Elle ne subit donc pas le sort qui serait le sien si le Verbe ne la gardait pas, c’est-à-dire l’anéantissement. « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, parce que c’est par lui que tout subsiste, les choses visibles et invisibles, et il est aussi la tête de l’Église » (Col 1, 15-18).

Athanase d’Alexandrie – Contre les païens, 40 ; SC 18 (trad. SC p. 190 rev.)

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Trinité et Incarnation

Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance : autre est en effet la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint Esprit ; mais le Père, le Fils et le Saint Esprit ont une même divinité, une gloire égale, une même éternelle majesté. Comme est le Père, tel est le Fils, tel le Saint Esprit : incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint Esprit… Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint Esprit est Dieu ; et cependant, ils ne sont pas trois dieux, mais un Dieu…

Voici la foi droite : nous croyons et nous confessons que notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme : il est Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles ; et il est homme, de la substance de sa mère, né dans le temps : Dieu parfait, homme parfait, composé d’une âme raisonnable et d’un corps humain, égal au Père selon la divinité, inférieur au Père selon l’humanité. Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’y a pas cependant deux Christ, mais un Christ : un, non parce que la divinité a passé dans la chair, mais parce que l’humanité a été assumée par Dieu ; un absolument, non par un mélange de substance, mais par l’unité de personne. Car, de même que l’âme raisonnable et le corps font un homme, de même Dieu et l’homme font un Christ. Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père, d’où il viendra juger les vivants et les morts.

Athanase d’Alexandrie – Symbole « Quicumque » dit de saint Athanase entre 430 et 500) (trad. Dumeige, La Foi catholique, Orante 1975, p. 9)

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Un vrai corps

Le Verbe, la Parole éternelle de Dieu, « a pris en charge la descendance d’Abraham ; c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères » (He 2, 16-17) et prendre un corps pareil au nôtre. C’est pourquoi Marie est vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien… Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi »… ; il a dit : « Celui qui va naître de toi »…

Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature divine, ce qui permet à Saint Paul de dire : « Il faut que ce qui est périssable en nous devienne impérissable, que ce qui est mortel revête l’immortalité » (1 Co 15, 53). Cela ne s’est pas fait de façon simulée comme certains hérétiques l’ont imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là… Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam.

Athanase d’Alexandrie – Lettre à Épictète, 5-9 (trad. bréviaire rev.)

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