Le Paraclet promis

Mouette © D.Vigne 2015

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1985 Articles

Daniel Vigne, « Le Paraclet promis », dans Lettre de la Théophanie n° 77-78, mars-avril 1985, p. 21-24. [pdf]

Le Paraclet promis

L’Esprit comme Paraclet conteste et console. Il manifeste le Crucifié et nous en fait témoins jusqu’à la mort. L’Esprit de Vérité prophétise et sanctifie. Il glorifie le Ressuscité et nous entraîne dans sa vie. Une libre méditation de l’Évangile de Jean (16, 5-15)…

Origène dit que si de toutes les Écritures, les Évangiles sont les prémices, celui de Jean est les prémices des Évangiles, et que personne n’en peut saisir le sens sinon couché comme Jean sur la poitrine du Christ. Laissons donc un moment les distances nécessaires aux exégètes, voulez-vous ? Penchons-nous sur le Livre. Il est Parole, il est poitrine du Verbe, il respire l’Esprit-Saint.

Si je ne vous en ai pas parlé plus tôt, c’est parce que j’étais avec vous. Mais maintenant je m’en vais à celui qui m’a envoyé (Jn 16, 5). Derniers moments de la vie du Messie. L’étrangeté s’y mêle à la proximité. Jésus rassemble ses intimes, et c’est pour leur dire : je m’en vais.

Il ne s’en retourne pas chez Celui qui l’a envoyé comme un navire vers l’eau calme du port. Il passe de ce monde à son Père, et la Pâque sera dure. Il le sait. Les disciples le savent eux aussi, ou le pressentent. Mais c’est encore Jésus qui rassure et console. C’est à eux qu’il consacre cette heure où Judas le trahit. Et sur leur désarroi se penche, [p. 21] peut-être même avec quelque ironie, le visage de celui qui s’en va.

Écoutons-le.

« Aucun de vous ne me demande plus maintenant de quel départ je parle, n’est-ce pas, Thomas ? Toi non plus, Pierre. Auriez-vous donc compris que je m’en vais vraiment ? Jusqu’à maintenant vous n’avez pu y croire. Mais vos rêves s’évanouissent. Vous êtes tout tristes, mes petits enfants : serait-ce vous que l’amertume doit submerger et la mort prendre ? Si vous saviez…

Pourtant je vous l’ai dit : si vous m’aimiez vraiment, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père. Car le Père est plus grand que moi. L’amour qui est en Lui intégrera ma mort. Réjouissez-vous donc pour moi, mes bien-aimés. Mais réjouissez-vous aussi pour vous-mêmes, car c’est la vérité que je vous dis, il est avantageux pour vous que je m’en aille. Ils vont m’élever, seul, sur un pieu misérable, mais je vous partagerai ma gloire de crucifié. Je vous laisserai l’Esprit.

Ne faut-il pas que ma mort le libère ? Mon corps est comme un vase et lui comme un parfum. Que le vase soit brisé, et le rocher frappé, et le sanctuaire détruit : l’Esprit qui est en moi ressuscitera ma chair, abreuvera ceux qui ont soif, remplira la maison de mes amis.

Le Paraclet viendra à vous si moi je vais au Père. Et ainsi vous aurez un autre Paraclet, car je reste votre Paraclet auprès du Père (1 Jn 2, 1). Mais cet autre Paraclet, n’en soyez pas surpris, sera comme un autre moi-même. C’est moi qui, de la part du Père, vous l’enverrai. Et je vous dis d’avance (voyez comme je le connais) ce que sera son œuvre.

Il confondra le monde, en quel sens ? Le mot parakletos veut dire principalement avocat, plaideur, et par extension, consolateur et défenseur. Un avocat, en effet, console et encourage celui qu’il défend. Mais l’Évangile, ici, entend d’abord le terme dans son sens juridique et son contexte de procès. Le Paraclet confond le monde qui a condamné Jésus, parce que son irruption témoigne que Jésus n’est pas mort. L’Esprit rouvre le procès, de fond en comble et sous tous ses aspects.

En matière de péché, d’abord. Qui avait tort ? De quel côté était le péché ? Jésus déjà interrogeait : Qui d’entre vous me convaincra de péché ? Désormais nous le savons : c’est l’Innocent, l’Élu de Dieu que le monde a condamné, parce que le monde a refusé de croire en lui, et c’est là le péché, que tant de crimes ont renouvelé depuis. Mais Jésus est vivant et les martyrs le sont en Lui, et d’autres se leveront inspirés par l’Esprit pour témoigner (car vous aussi vous témoignerez, a-t-il promis) de l’innocence du Crucifié et de sa vie.

En matière de justice, ensuite. Car l’Innocent qu’une justice coupable a condamné, l’Esprit le révèle comme le Juste. Il est certes parti auprès du Père, on ne peut plus le voir. Mais il fait voir au monde, par l’Esprit, sa justice. On ne s’y trompera plus : celui qui pratique la justice est juste comme celui-là est juste. Celui qui commet le péché est du diable (1 Jn. 3, 7).

En matière de jugement, enfin. Car Jésus l’Innocent, le seul juste, est aussi ultimement le vrai Juge. Sa mort, mystérieusement, [p. 22] a été un jugement (« le jugement du jugement », dit saint Maxime le Confesseur). L’antique Accusateur, le diable, est déjà renversé, jeté bas. Jugé, mais pas encore exécuté, semblent dire l’Évangile et notre expérience quotidienne. Mais l’Esprit nous révèle la sentence, et l’imminence de son accomplissement. La victoire est déjà à la vie. La mort est morte.

Mais de nouveau, Jésus se penche sur les disciples, et comme pour prévenir leurs questions, ou peut-être les tirer de leur sommeil, poursuit : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mes bien-aimés. Et je vois bien que vous ne les comprenez pas. Mais justement, l’Esprit que je vous promets, c’est lui qui vous fera connaitre la vérité que je vous dis depuis le commencement. Qui me fera connaftre à vous.

Je ne serai plus un inconnu pour vous (tu entends, Philippe ?). L’Esprit vous conduira dans cette vérité que je suis. Moi je suis le chemin, lui est le guide. Je suis la Vie, il est le vivificateur. Tout ce que je vous ai dit, tout ce que j’ai à vous dire (mais je vous ai tout dit…), lui vous le redira, il vous l’expliquera. Il l’imprimera en vous et vous impliquera en moi. Ne croyez pas que tout va changer : ce sera toujours moi, puisqu’il prendra de ce qui est à moi pour vous le communiquer. Il me glorifiera… comme le parfum glorifie la fleur ; c’est un de vos Pères qui le dira.

À ce propos, l’Esprit vous annoncera aussi les choses à venir, car il y aura encore des choses à venir, je veux dire, votre entrée dans notre communion. Je ne vous prédis pas des événements catastrophiques, il y en aura. Tenez-vous-le d’ailleurs pour dit ; vous aurez à souffrir dans le monde. Ce que je vous prophétise, c’est l’avènement historique de ma gloire chez les hommes. Par l’Esprit et en vous. Car, pour l’instant, je disparais, et pour longtemps, ou pour un peu de temps. Mais les choses à venir, c’est ma gloire. Et c’est aussi la sienne.

Souvenez-vous : je vous ai dit que je ne parlais pas de moi-même. Lui non plus. Il prend de ce qui est en moi – et voilà que je parle déjà comme d’au-delà de ma mort… Il prendra, dis-je, de ce qui est à moi.

Mais tout ce que j’ai, je vous l’ai dit aussi, c’est du Père que je l’ai : et le Père m’a tout donné. C’est donc du Père que l’Esprit vous donnera, qu’il vous donnera ce que j’ai, vous comprenez ? Car il procède du Père, mais… Enfin, il vous le fera bien comprendre lui-même. D’ailleurs, de grâce, sur ces questions ne vous disputez pas. »

L’unique Esprit est à la fois le Paraclet qui confond le monde, et l’Esprit de vérité qui conduit les disciples de la part de Jésus.

En réhabilitant le Crucifié, le Paraclet fait beaucoup plus que révéler une erreur judiciaire : il situe les disciples dans le monde et suscite les martyrs. [p. 23]

En guidant l’Église dans la vérité, l’Esprit fait plus que l’éclairer sur des vérités particulières : il partage aux croyants la gloire de leur Seigneur qu’il glorifie.

Il est lui-même Seigneur, adoré et, glorifié avec le Père et le Fils.

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