Pâques, fête de liberté

L’Anastasis (Résurrection du Christ), fresque byzantive, XXe s.

L’Anastasis (Résurrection du Christ), fresque byzantive, XXe s.

2001 Conférences

Daniel Vigne, « Pâques, fête de liberté », communication à la Journée d’études interconfessionnelle « La Pâque juive et la Pâque chrétienne » (Toulouse, 27 avril 2001). [pdf]

Pâques, fête de liberté

Je vous propose une petite Haggadah pour aujourd’hui, un récit de Pâques dans la lumière du Christ. Je voudrais montrer que l’Exode et l’Évangile, c’est le même message, celui d’un Dieu qui libère.

L’Égypte : c’est curieux, au départ, on y va dans la joie ! Joseph y fait venir sa famille… et (re)voilà l’esclavage. Terrible retour des choses. Fatalité de l’existence. On se croit libre, on se découvre enchaîné. Nos possessions nous étouffent, notre confort nous engraisse…

L’Égypte : terre d’esclavage et de mort. L’homme abruti (que nous sommes) par le travail, la vie sociale, les obligations politiques, les responsabilités, l’emploi du temps surchargé, le sentiment de vivre là où on ne le voudrait pas. Une famille qu’on subit, un métier qu’on n’aime pas… Combien d’entre nous connaissent cette situation ?

Et tout ça pourquoi ? Pour construire des pyramides, c’est-à-dire des tombeaux. Des monuments de mort. On se fatigue toute sa vie pour des œuvres de mort, pour des institutions, pour des systèmes : les villes-entrepôts de Pitom et de Ramsès. Les puissants se servent de nous ; ils nous mettent au service de leur gloire… La mort est partout, elle finit par nous ronger du dedans. On tue l’enfant à sa naissance, et même avant sa naissance. Rares sont les sages-femmes qui s’y refusent… comme celles qui sauvent Moïse.

Le salut va venir d’un enfant ! D’un enfant miraculeux. Dieu agit à travers ce qui est petit. Le libérateur ne sera pas un super-Pharaon. Ce n’est pas quelqu’un qui brandit le feu, mais quelqu’un qui est sauvé des eaux. Ce n’est pas un surhomme, c’est le Fils de l’homme.

L’Exode nous fait découvrir un Dieu qui « voit » la misère, qui y « descend », qui s’y implique personnellement. Il prend sur lui nos ennuis, les épines de la vie. Dieu est dans le buisson d’épines, comme Jésus couronné. Nos problèmes le pénètrent, le transpercent…

Dieu veut nous libérer ! Il nous veut pour lui, il nous veut libres. Il ne veut pas que nous soyons ses « serviteurs », que nous lui soyons asservis, mais que nous soyons ses « fils » et ses amis. Dieu est notre liberté !

Mais pour ça, il doit remuer tout l’édifice qui nous opprime ! Il doit nous interpeller, nous réveiller. Nous ne voulons pas être libres : nous avons peur de la liberté. Nous préférons les oignons frits, les petits plats d’Égypte, à la poussière du désert et aux promesses vagues.

Moïse ne doit pas seulement affronter les résistances de Pharaon, mais l’apathie du peuple. Tout le monde se méfie de la liberté, les maîtres comme les esclaves. De même Jésus va s’affronter à la fois au peuple et aux chefs religieux. Personne ne veut la liberté !

Les 10 plaies d’Égypte, comme les miracles (de guérison !) de Jésus, nous font « signe », nous invitent à la conversion, nous réveillent… Mais Dieu va plus loin. Il faut sortir d’Égypte. Passer à une existence nouvelle, vraiment libre, où nous ne subissons plus notre condition.

Il y a donc un passage par la mort. Avec Dieu, c’est à la vie, à la mort. Il nous aime jusqu’au sang. L’agneau pascal : Jésus immolé. Le « jusqu’au bout » de l’amour. La mort est vaincue par la mort. Là où est l’Agneau immolé, la mort n’a plus de prise sur nous : nous sommes épargnés, nous sommes quittes. Nous avons du mal à y croire !

Et pourtant voilà la Résurrection : là où tout meurt, même ce qui devrait être promesse de vie (les premiers-nés…), il y a un surgissement de vie, une insurrection de vie. Un bond vers la liberté. On s’en va ! Les bagages sont légers : on mange debout, on est sur le départ, le pain n’a pas le temps de fermenter, tout est neuf. Jésus, lui aussi, traverse les murs, les portes closes. Il nous montre une condition de vie « désemcombrée ». Rien ne l’arrête, rien ne nous arrête à sa suite. Il est le nouveau, le véritable Moïse. Le Libérateur absolu.

Passage de la Mer Rouge : sortir des eaux de la mort. « Un mur à droite, un mur à gauche » : sortir des enfermements de cette vie ! Jésus a été crucifié hors-les-murs, et non pas dans le Temple. Il sort du tombeau : il n’a pas besoin d’un monument, comme les Pharaons : le temps des pyramides est terminé !

Cette libération ne se fait pas sans émotions. Des armées nous poursuivent. Mais on ne suit pas un étendard militaire, on n’est pas protégé par des tanks : on suit le maigre bâton de Moïse. On suit le bâton de la Croix.

Dieu nous libère, pour quoi ? Pour nous épouser ! Pour être tout à nous, et nous, tout à Lui. Pour être libres ensemble, comme des fiancés. Les amoureux savent bien que leur amour ne les enchaîne pas, au contraire : leur liberté, c’est d’être ensemble, de se donner l’un à l’autre.

Dieu nous fait donc sortir de la ville-entrepôt, de la ville-dépotoir, de la ville-poubelle : de l’agitation, du surmenage, et il nous conduit au désert. Il veut nous montrer qu’on n’a pas besoin de tant des choses que ça pour vivre : que si on a Dieu, on a tout.

Et au cœur du désert, il nous fait un cadeau, une « alliance » : le don de la Loi (comme une bague de fiançailles), et mieux encore, le don de l’Esprit (le mariage) ! Après Pâques, c’est Pentecôte, qui correspond à Shavouoth, la fête du don de la Loi ! Mais cela, c’est une autre Haggadah qui devrait le raconter…

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