Paulin de Nole – textes

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Paulin de Nole (353-451)

Paulin de Nole (353-451)

Textes

Souffrances du Christ

Depuis l’origine du monde, le Christ souffre dans tous les siens. Il est « le commencement et la fin » (Ap 1, 8) ; caché dans la Loi, révélé dans l’Évangile, il est le Seigneur « toujours admirable » qui souffre et triomphe « dans ses saints » (2 Th 1, 10 ; Ps 67, 36 LXX). En Abel, il a été assassiné par son frère ; en Noé, il a été ridiculisé par son fils ; en Abraham, il a connu l’exil ; en Isaac, il a été offert en sacrifice ; en Jacob, il a été réduit en servitude ; en Joseph, il a été vendu ; en Moïse, il a été abandonné et repoussé ; dans les prophètes, il a été lapidé et déchiré ; dans les apôtres, il a été persécuté sur terre et sur mer ; dans ses nombreux martyrs, il a été torturé, assassiné. C’est lui qui, maintenant encore, porte notre faiblesse et nos maladies, car il est homme lui-même, exposé pour nous à tous les maux et capable de prendre en charge la faiblesse que, sans lui, nous serions totalement incapables d’assumer. C’est lui, oui c’est lui qui porte en nous et pour nous le poids du monde afin de nous en délivrer ; voilà comment « la force donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). C’est lui qui en toi supporte le mépris, et c’est lui que ce monde hait en toi.

Rendons grâces au Seigneur, car s’il est mis en cause, il remporte la victoire (cf. Rm 3, 4). Selon ce mot de l’Écriture, c’est lui qui triomphe en nous lorsque, prenant la condition de serviteur, il acquiert pour ses serviteurs la grâce de la liberté.

Paulin de Nole  – Lettre 38, 3-4 ; PL 61, 359-360

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Amitié spirituelle

La parole de l’homme est le miroir de son âme, la parole de Dieu l’assure : « la bouche parle selon la richesse du coeur et le trésor du cœur se révèle par la parole » (Mt 12, 34). Aussi reçois mon âme, qui s’exprime dans cette lettre, avec l’esprit de vérité, par lequel nous sommes dans le Christ ; non, ne mesure pas notre amitié à sa durée. Ce n’est pas une de ces amitiés profanes que fait naître l’intérêt plus que la confiance fraternelle ; c’est une amitié spirituelle: inspirée par Dieu, une amitié qui nous associe dans la fraternité secrète de nos esprits. Aussi notre amitié n’a pas besoin du temps pour grandir ; elle ne réclame pas non plus de preuves ; fille de vérité, elle est dès sa naissance pleine de fermeté et de force, parce que le Christ l’a fait apparaître, dès le début, dans toute sa perfection. Avec cette fraternelle charité, je t’embrasse, je te rends hommage comme membre du Christ, je t’aime comme le membre d’un Corps Commun ; un membre qui m’appartient. Comment n’auraient-ils pas le même esprit, ceux qui ont la même foi ? Comment n’auraient-ils pas le même cœur, ceux qui ont le même Dieu ? Comment nos cœurs ne seraient-ils pas unis pour supporter les épreuves, puisque nous formons un même corps dans l’unité de la foi ? Je dis la vérité, je ne mens pas: lorsque je pense aux émotions qui bouleversent ton âme, je me sens agité, jus­qu’au fond de mon être, par tes sanglots, je souffre de la douleur de ta blessure, puisque nous sommes vraiment les organes d’un corps unique.

Paulin de Nole  – Epist. 13, 2-3 (éd. Hartel p. 87) ; trad. Ch. Pietri, p. 130 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Christ souffre en nous

Tu as raison de te réjouir, frère vénérable, de dire avec allégresse que tu te crois véritablement chrétien, puisque ceux qui t’aimaient se sont mis à te haïr, puisque ceux qui te craignaient te méprisent maintenant. Tu t’en es rendu compte tout seul : s’il y avait toujours le même homme en toi, ils continueraient de t’aimer et de te craindre.

Réjouissez-vous et tressaillez d’allégresse, car votre récompense sera grande au ciel ! (Mt 5, 12). Le Christ souffre dans tous les hommes qui souffrent. Ce n’est pas toi qu’ils haïssent, c’est celui qui est déjà en toi ; c’est l’œuvre de sa grâce, son humilité, qu’ils méprisent, c’est sa chasteté qu’ils détestent. Tu dois apprendre avec joie que tu partages un tel bonheur avec les prophètes et avec les apôtres. Le prophète dit : Ils me sont hostiles parce que j’ai suivi les lois de la justice (Ps 37, 21). Et l’Apôtre dit : Nous sommes devenus l’ordure du monde (1 Co 4, 13). I1 explique : C’est parce que nous sommes donnés en spectacle en ce monde aux anges et aux hommes. Depuis le début des siècles, le Christ, qui est le commencement et la fin, souffre dans tous les siens. Caché dans la Loi, révélé dans l’évangile, toujours admirable, il est le Seigneur qui souffre et qui triomphe dans ses saints. Dans la personne d’Abel, il a été tué par son frère ; dans celle de Noé, il a été ridiculisé par son fils ; dans celle d’Abraham, il a été contraint à l’exil ; dans celle d’Isaac, il a été offert en sacrifice ; dans celle de Jacob, il a été réduit en esclavage ; dans celle de Joseph, il a été vendu ; dans celle de Moïse, il a été abandonné, chassé ; dans la personne des prophètes, il a été lapidé et déchiré ; dans celle des apôtres il a été jeté à la mer, abattu dans la personne de ses nombreux martyrs ; il a été torturé et assassiné.

C’est lui qui porte nos infirmités, nos maladies, car il est toujours là pour prendre sur lui nos plaies. Lui, il sait supporter la maladie que, sans lui, nous ne pourrions, nous ne saurions supporter. C’est lui, oui, c’est lui qui porte en nous et pour nous le poids du monde ; en le portant, il nous en délivre ; il fait naître la force dans notre faiblesse. C’est lui qui souffre en toi tous les opprobres ; c’est lui que le monde hait en te haïssant. Rendons grâce au Seigneur, car il emporte la victoire lorsqu’il est mis en cause ; car il triomphe en nous, parce qu’il a pris la condi­tion de l’esclave, parce qu’il a obtenu, pour ses esclaves, la grâce de la liberté.

PAULIN DE NOLE

Paulin de Nole  – Epist. 38, 3, à Aper (Hartel p. 326) ; trad. Ch. Pietri, p. 90-91 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Donnons avec joie

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » nous dit saint Paul (1 Co 4, 7). Ne soyons donc pas avares de nos biens comme s’ils nous appartenaient… On nous en a confié la charge ; nous avons l’usage d’une richesse commune, non la possession éternelle d’un bien propre. Si tu reconnais que ce bien n’est à toi ici-bas que pour un temps, tu pourras acquérir au ciel une possession qui n’aura pas de fin. Rappelle-toi ces serviteurs dans l’Évangile qui avaient reçu des talents de leur maître, et ce que le maître, à son retour, a rendu à chacun d’eux ; tu comprendras alors que déposer son argent sur la table du Seigneur pour le faire fructifier est beaucoup plus profitable que de le conserver avec une fidélité stérile sans qu’il rapporte rien au créancier, au grand dommage du serviteur inutile dont le châtiment sera d’autant plus lourd…

Prêtons donc au Seigneur les biens que nous avons reçus de lui. Nous ne possédons rien en effet qui ne soit un don du Seigneur, et nous n’existons que parce qu’il le veut. Que pourrions-nous considérer comme nôtre, puisque, en vertu d’une dette énorme et privilégiée, nous ne nous appartenons pas ? Car Dieu nous a créés, mais il nous a aussi rachetés. Rendons grâces donc : rachetés à grand prix, au prix du sang du Seigneur, nous ne sommes plus des choses sans valeur… Rendons au Seigneur ce qu’il nous a donné. Donnons à Celui qui reçoit en la personne de chaque pauvre. Donnons avec joie, pour recevoir de lui dans l’allégresse, comme il l’a promis.

Paulin de Nole  – Lettre 34, 2-4 ; PL 61, 345-346 (trad. Orval et Delhougne, Les Pères commentent, p. 305)

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Grandir en Christ

Tu te dis aussi inculte, aussi ignorant aux yeux de Dieu, qu’un petit enfant ? Oui, c’est vrai en partie. Tu es devenu un enfant, car tu n’as pas plus de méchanceté qu’un petit enfant ; mais ta profession de foi me l’apprend, tu as atteint la sagesse parfaite. Car tu connais la vérité, tu as été chercher l’expression la plus directe de la vérité. Et cela, c’est la plénitude de la sagesse.

(…) Tu l’as bien compris, il n’y a d’innocence, de sainteté que dans ce qui plaît à Dieu et non dans ce qui plaît aux hommes. Voilà pourquoi tu vas si rarement dans les villes ; ta lettre me l’assure, tu préfères de plus en plus la retraite familière et silencieuse de ta maison de campagne ; tu ne préfères pas l’oisiveté au travail, tu ne cherches pas à te soustraire au service de l’Église, mais tu veux t’éloigner de ces assemblées religieuses, de ces réunions turbulentes presque aussi troubles que les assemblées civiles. Oui, tu te prépares à rendre de plus grands services à l’Église ; tu occupes sagement tout ton temps à une sainte étude, tu te consacres à des recherches spirituelles, dans la solitude qui leur est propice. Chaque jour, tu fais naître, tu fais grandir en toi le Christ, tu deviens un serviteur plus utile, un maître plus savant, toujours plus digne de la place qui lui a été assignée par la Providence divine. Tu as autant d’influence par ce que tu fais que par ce que tu dis ; car ta parole et ton esprit s’accordent pour faire de toi un témoin et un maître de l’enseignement divin. Cc n’est pas le suffrage des hommes, mais le jugement de Dieu qui fera de toi un prêtre.

Paulin de Nole  – Epist. 38, 1 et 10 (éd. Hartel p. 324s.) ; trad. Ch. Pietri, p. 114 et 124 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Les tombeaux des martyrs

Partout où un martyr a été envoyé et partout ou son corps repose, il est devenu l’étoile qui éclaire tout le pays, le remède qui guérit tous les fidèles. Dans le monde obscur des antiques ténèbres, ces âmes languissantes ont suscité au ciel la pitié de Dieu ; il a disposé sur la terre les tombeaux des martyrs, comme il a semé les étoiles dans le ciel. Les martyrs ont tous la même foi ; ils ont tous la même grâce, ils rivalisent de vertus, mais ils manifestent leur sainteté de manière bien différente ; ici, nous honorons le souvenir d’un mérite sublime, par une tombe discrète ; là nous admirons des signes éclatants, des manifestations surprenantes. C’est là, je crois, où l’impiété du méchant résiste avec plus de force, là où un mal plus grave demande une intervention plus puissante, là où l’erreur aveugle répand la nuit profonde de l’incroyance, là ou la foi d’un peuple hésitant est malade, c’est là qu’il faut embraser des lumières plus puissantes ; dissiper avec la clarté divine les ténèbres du monde ; c’est là qu’il faut, avec un spectacle éblouissant, frapper les esprits de stupeur et de crainte, pour les tourner vers les lumières de la Vérité divine. C’est là qu’il faut guérir cet aveuglement abominable, avec le collyre du Christ médecin. Parce qu’il désirait nous éloigner du mal, le Seigneur, le médecin suprême, a envoyé, a travers toutes les nations du monde, des saints médecins. Pour démontrer avec plus d’éclat sa sollicitude, la puissance divine les envoie de préférence dans les villes ; certes, les petits villages ont eu des martyrs, mais Dieu a envoyé dans les grandes villes des héros illustres ; il a réparti, entre quelques régions seulement, les saints qu’il a chargé d’être, avant de mourir, les maîtres de l’univers.

Paulin de Nole  – Poème 19 (éd. Hartel p. 118) ; trad. Ch. Pietri, p. 185-186 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Lettre à un soldat

L’optimisme de ton âge, l’attrait des honneurs, l’espoir de faire fortune t’entraînent peut-être à dire : je suis jeune encore, en âge de servir dans l’armée, de me marier, d’avoir des enfants ; plus tard j’entrerai au service du Seigneur. Ce n’est pas moi qui te répond, c’est le Seigneur lui-même, qui parle par la bouche de ses apôtres et de ses prophètes et le prophète dit : «Ne tarde pas à te convertir au Seigneur ; ne diffère pas de jour en jour ; tremble de voir arriver brusquement sa colère» (Sir 5, 8). Dans l’évangile, il mon­tre avec quelle ardeur, avec quelle hâte, il faut se convertir : «Depuis le temps de Jean jusqu’à ce jour, le royaume des cieux est forcé ; ce sont les violents qui s’en emparent». Une telle violence qui ne fait de mal, qui ne fait de tort à personne, plaît à Dieu. Empare-toi de ce butin. I1 n’est pas criminel, il apporte le salut. Sans faire de tort à personne, avec la grâce de Dieu, tu peux employer toute ta violence à conquérir le royaume des cieux ; car le Christ accepte qu’on emploie la force pour le conquérir ; il s’en réjouit même ; il a tant d’amour et tant de puissance qu’il peut donner tout ce qu’il a et, en même temps, rester le maître de ce qu’il a donné. Oui, il laissera les saints régner dans son royaume ; mais il régnera dans le cœur de ceux qu’il a choisis pour partager le royaume céleste : car il est écrit que le royaume de Dieu serait avec les saints (Ap 20, 6) ; que les saints formeraient le royaume de Dieu.

(…) Écoute, ô mon fils, laisse-moi te convaincre. Brise tous les liens qui t’attachent à ce siècle. Abandonne le service du monde, pour un service meilleur : dès maintenant, sers dans l’armée du roi éternel. Tu es, m’a-t-on dit, le défenseur, le protecteur des citoyens ; deviens le compagnon du Christ. Dans l’armée de ce monde, vous souhaitez habituellement obtenir une promotion, devenir membre de la garde impériale. Si tu gagnes l’approbation de Dieu, tu auras Dieu comme garde. Voilà l’armée où je t’invite à servir avec moi, comme compagnon d’armes.

Ce que tu voudrais être pour les hommes, un pro­tecteur, Dieu le sera pour toi. Si tu te mets à suivre, à servir le Seigneur, pour devenir son lieutenant. Tu auras, à la fin de ton service, non pas un royaume de la terre, un royaume du siècle, mais le royaume de l’éternité, le royaume du ciel.

Paulin de Nole  – Epist. 25, 5 et 8 (éd. Hartel p. 226s.), trad. Ch. Pietri p. 40 et 43 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Mourir pour vivre

Rendons grâces à la Sagesse de Dieu, au Christ Dieu ; il est immuable et il renouvelle toutes choses ; il dispose toutes choses avec douceur ; il ordonne qu’«il y ait un temps pour chaque chose, le temps du meurtre, de la guérison, le temps du rire et le temps des pleurs, le temps de la rénovation et le temps de la destruction». Qu’il s’éloigne, je t’en prie, Seigneur, le temps du meurtre, de la destruction et du rire, qu’il vienne enfin le temps de la guérison, de la rénovation et des pleurs ! Voici le moment propice, voici le jour du salut. La nuit s’avance, le jour approche. Abandonnons les œuvres des ténèbres, prenons les armes de lumière, marchons, comme des fils de Dieu. dans la lumière, car nos ennemis bandent leur arc, ils ajustent leur flèche sur la corde, pour tirer dans l’ombre (Ps 10, 3). Ils ne pourront blesser ceux qui vivent dans la lumière ; ceux-ci sont sur leurs gardes, ils pourront prévoir les coups, avant d’être atteints et les éviter facilement.

Il est peut-être une autre manière d’expliquer ces deux temps dont parle le livre de la Sagesse. J’ai dit plus haut qu’ils se succédaient dans nos cœurs ; mais peut-être sont-ils contemporains ; car le Christ nous fait mourir pour nous donner la vie, et il ne peut nous faire vivre, s’il ne nous a pas fait mourir. C’est lui qui dit : Je tuerai et je ferai vivre (Dt 32, 39). Si le Christ ne nous tue pas, nous ne vivrons pas. Le Seigneur fait mourir, est-il écrit, et il fait vivre (1 R 2, 6). Car s’il n’a pas mis à mort nos péchés, il ne vivifiera pas nos âmes. Et le prophète ajoute: Je me dresse et je suis encore avec toi si tu fais périr le méchant, Seigneur (Ps 138, 18). Debout ! sortons de ce bourbier, sortons des ténèbres de la mort et nous resterons avec lui, s’il tue, en nous, le pécheur, s’il fait naître, en nous, le juste. Le calice de notre fragilité humaine est dans la main du Seigneur et il en use, pour abaisser l’un et exalter l’autre (Ps 74, 8). Si l’homme charnel n’est pas abaissé, l’homme spirituel ne sera pas exalté. Ainsi, le moment de la mort et celui de la guérison, le temps de la destruction et celui de la rénovation sont contemporains ; ils travaillent également pour nous, puisque la vie du péché est détruite dans notre cœur, pour édifier la vie de la justice. On ne peut édifier l’homme nouveau, sans détruire, 1e vieil homme, on ne peut aimer le Christ sans commencer par haïr Mammon, et nous ne pouvons trouver la joie dans le monde futur sans pleurer dans ce monde. Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans la joie (Ps 126, 5).

Paulin de Nole  – Epist. 40, 5 (éd. Hartel p. 345), trad. Ch. Pietri p. 71-72 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Profession de foi

Je crois, je suis sûr que tu crois, que tu confesses la Trinité coéternelle d’une divinité unique, qui a la même substance, la même action et le même royaume. Car tu penses que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que l’Esprit-Saint est Dieu, ce Dieu qui était, qui est et qui vient, ce Dieu qui t’a envoyé, comme Moïse et les apôtres, annoncer aux nations la bonne nouvelle de la bonté divine. Et tu enseignes cette bonne nouvelle, comme tu l’as appris toi-même de Dieu ; tu annonces l’Unité de la Trinité, sans confondre les Personnes divines, et tu annonces la Trinité de cette Unité, sans séparer les personnes divines. Ainsi ta foi ne mêle pas une personne à une autre ; elle fait briller, dans chacune des trois personnes, le Dieu unique ; elle montre que le Fils est aussi grand que le Père, aussi grand que le Saint-Esprit. Elle assure que chacune des personnes, distincte par la propriété de son nom, est insé­parablement unie aux autres dans l’unité de la puissance et de la gloire. Je suis bien sûr aussi que tu prêches le Fils de Dieu, sans rougir de confesser qu’il est en même temps fils de l’homme, aussi réellement homme dans notre nature, que Dieu dans la sienne, mais Fils de Dieu avant les siècles car il est Verbe de Dieu, Dieu lui-même ; il était au commencement auprès de Dieu, Dieu tout puissant à l’égard de Dieu, coopérateur du Père, car c’est par lui que tout a été fait et rien n’a été fait sans lui. C’est Ce Verbe qui, par le mystère de son immense amour, a été fait chair et a habité parmi nous. Il a été non seulement chair de notre corps, mais homme tout entier, en assumant notre corps et notre âme, notre âme raisonnable, dans laquelle, selon la création naturelle de Dieu, se trouve l’intelligence. Si nous ne professions pas cette vérité, nous serions plongés dans les erreurs ténébreuses d’Apollinaire. Oui, il en serait ainsi si nous prétendions que l’homme pris par Dieu n’a eu qu’une âme privée de intelligence humaine, comme celle des animaux et du bétail. Car cet homme, assumé par le Fils de Dieu, il faut que Dieu l’ait entièrement assumé dans la Vérité, par laquelle il est la Vérité et par laquelle il a créé l’homme. Il le faut, pour qu’il renouvelle son œuvre en la sauvant entièrement. Car notre salut serait nul, s’il n’était total. Ce n’est pas l’homme, mais je ne sais quel animal sans raison que le Fils de Dieu assume, si l’âme de l’homme assumé ne possède pas l’intelligence qui lui est propre. I1 en est ainsi, si contrairement à la nature, cet homme, premier né de toutes les créatures, cet homme pris pour assumer parfaitement l’humanité, a été privé de son intelligence, si bien qu’on lui prête une intelligence venue de la divinité et non de l’humanité. Voilà ce qu’ils disent ceux qui sécrètent, dans leur cœur le venin et qui vont jusqu’à accuser la vérité de mentir ; mais auprès de toi est le Verbe de Vérité et la Vérité de Dieu.

Paulin de Nole  – Epist. 37, 5-6, à Victrice (éd. Hartel p. 321) ; trad. Ch. Pietri p. 90-91 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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Promesses de la résurrection

Le Verbe de Dieu nous a promis, dans son enseignement, que la chair ressusciterait pour la vie éternelle, et il nous en a donné la preuve en ressuscitant. En effet, le Fils de Dieu par qui tout existe, sans qui rien n’existe, l’assure lui-même : Je suis la Résurrection ; celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra ; celui qui vit et qui croit en moi, ne mourra jamais (Jn 11, 25). I1 ne s’est pas contenté de l’affirmer en paroles, il l’a confirmé par son exemple : il a montré à ses disciples que c’était bien son corps d’homme, ce corps qui assume l’humanité tout entière, qui était ressuscité des morts. I1 leur montrait ainsi que c’était sur lui qu’il fallait fonder notre foi en la résurrection de la chair. Il dit à Thomas: « Mets ici ton doigt et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, ne sois pas incrédule mais fidèle ». « Un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai ». Voilà les témoignages, voilà les preuves, voilà la lumière de foi que nous avons ; comment douter de la résurrection ? Nous l’avons appris de la bouche du Verbe. Nous l’avons vu, avec les yeux des apôtres, nous avons touché, avec leurs mains. Par le Christ, nous sommes liés à Dieu, greffés en lui ; nous avons sur la terre un gage divin, l’Esprit Saint, que nous a donné le Christ et, pour garantir la résurrection de notre corps, il y a le corps du Christ ressuscité en Dieu. Dans cet inter­valle immense qui sépare le divin de l’humain, le Christ s’est placé en médiateur, il s’est jeté là, si je puis dire, comme un pont. Il sert ainsi à réaliser cette union du ciel et de la terre, qui s’opérera lorsque l’incorruptibilité céleste revêtira notre corruption, lorsque comme il est écrit (1 Co 15, 14), l’immortalité pénétrera notre corps mortel, lorsque la Vie victorieuse, par le Christ, dans le Christ, anéantira en nous la mort vaincue. Obtiendrons-nous cette gloire ? Nous ne pouvons douter que ce miracle s’accomplira réellement ; nous pouvons douter seulement d’en être un jour les bénéficiaires. Faisons donc ce que Dieu nous a prescrit et nous obtiendrons ce qu’il nous a promis. Il nous a donné la vérité, ne lui refusons pas notre foi ; pour tous, il est la vie, pour tous, il est la voie, pour tous, il est la porte ; il n’exclut personne de son royaume et il nous permet d’en forcer l’accès.

Paulin de Nole  – Epist. 13, 25-26 à Pammachius (Hartel p. 105-106) ; trad. Ch. Pietri p. 154-155 (éd. Soleil levant – Les écrits des saints)

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