Philippe Lefebvre – La Vierge au livre, Paris, Éditions du Cerf, 2004 (résumé-citations D. Vigne [pdf]).
Philippe Lefebvre
La Vierge au livre
(citations regroupées de façon thématique)
Ancien Testament
La lumière de l’Ancien Testament éclaire la Vierge Marie. Le Livre éclaire la Vierge.9 Par exemple quand l’évangile de Luc évoque la venue de l’ange auprès de la jeune femme pour lui annoncer la naissance d’un fils, ce n’est pas la première fois dans la Bible qu’une femme connaît pareille visite.9 Si l’on parle de Marie comme nouvelle Ève, ce n’est pas seulement en enjambant toute l’histoire humaine et en reliant directement la première femme à Marie ; c’est en « traversant » toutes ces figures de femmes qui offrirent autant de visages d’Ève.29 Marie n’est pas la nouvelle Ève en reprenant le seul personnage d’Ève et en enjambant ainsi des millénaires comme s’il ne s’était rien passé entre l’épouse d’Adam et elle-même. Elle montre en chaque femme d’autrefois, en chaque femme qui l’entoure, un visage d’Ève, un accomplissement de ce qui n’a pas pu être mené à bien par l’aïeule commune.211
Des livres bibliques sont structurés par les femmes. Celles-ci racontent autre chose que ce qui paraît être l’histoire officielle.11 Marie s’inscrit dans une lignée de femmes jugées subalternes ou suspectes, à ce titre peu regardées, des femmes pourtant que l’Écriture met en lumière depuis longtemps.11 Marie est à la confluence de bien des histoires, à la fois dans l’héritage des matriarches et dans la lignée des servantes. […] Elle fait entrer Jésus dans les multiples chemins de l’incarnation.75 En Marie afflue tout un passé féminin de combat pour la vie et de fréquentation de Dieu.49
Les auteurs des évangiles n’utilisent pas l’Ancien Testament de manière confuse.210 Il y a une volonté précise, persistante, de revisiter l’héritage de femmes anciennes.211 Cela ne signifie pas que Marie se conforme à des modèles d’actions préfabriqués.10 Les rapprochements entre l’Ancien Testament et les évangiles ne relèvent pas d’un jeu subtil de l’esprit.13 Ces rapprochements manifestent la cohérence de la Bible qui fait résonner l’Ancien et le Nouveau Testament et les met en adéquation avec nos expériences d’aujourd’hui.13
Élisabeth
Élisabeth appartient au même groupe qu’Annah : celui des femmes stériles de la Bible.57 Le peuple d’Israël commence par trois générations de matriarches stériles : Sara, Rébecca, Rachel.25
Rébecca est longtemps stérile, puis elle se trouve enceinte. Comme des jumeaux s’agitent dans son ventre, elle veut savoir ce qui se prépare : « elle alla donc consulter le Seigneur » (Gn 25, 22).36 Les manifestations intra-utérines qu’elle perçoit la poussent à interroger Dieu. […] Luc reprend ce thème peu habituel des mouvements prénatals. « Le petit dans mon ventre a bondi d’allégresse » (Lc 1, 44).69 Élisabeth est, comme Rébecca, une femme longtemps stérile qui sent en elle les mouvements de son enfant.69
Rachel interpelle son mari Jacob : « « Donne-moi des fils ou je meurs. » La colère de Jacob s’enflamme : « Suis-je à la place de Dieu qui t’a refusé le fruit du ventre ? » (Gn 30, 1-2.)41 Après quelque temps, « Dieu se souvint de Rachel, il l’exauça et ouvrit sa matrice » (Gn 30, 22).41 « Dieu se souvint de Rachel. […] Elle dit : « Dieu a enlevé ma honte » » (Gn 30, 22-23). Élisabeth reprend exactement la première parole de Rachel : « Voilà donc ce qu’a fait pour moi le Seigneur aux jours où il a regardé pour enlever ma honte parmi les hommes » (Lc 1, 25).73 Quand le patriarche Jacob revient en Terre promise, Dieu lui dit : « Fructifie et multiplie-toi ».42 Le fruit du ventre de Rachel, la postérité sortie des reins de Jacob, illustrent cette « fructification » que Dieu leur a accordée.42 Dieu est attaché au peuple avec qui il a fait alliance : « [le Seigneur] bénira le fruit de ton ventre » (Dt 7, 13).42
Jean-Baptiste
Par sa famille sacerdotale, Élisabeth est proche du temple. […] C’est au temple que Zacharie reçoit l’annonce qu’un fils lui sera accordé.57 Cet enfant, qu’on appellera Jean, ressemble au petit Samuel ; dès son enfance, il est consacré au Seigneur (Lc 1, 15 : 1 S 3, 19-20).57
Elisabeth, une stérile dont le fils sera consacré au Seigneur, rappelle précisément la figure de cette mère dont le fils, Samson, est nazir du Seigneur (Jg 13, 3-5) ; quant à Marie, elle reçoit comme la mère de Samson la visite d’un ange qui lui annonce un fils sauveur (Jg 13, 5).167 Quand l’ange s’adresse à Zacharie […] il reprend des paroles dites par l’ange quand il s’adressait à la femme de Manoah : « Il ne boira pas de vin ni de boisson forte » (Lc 1, 15 ; cf. Jg 13, 4). L’ange ajoute que Jean-Baptiste « sera rempli d’Esprit Saint » ; Jg 13, 25 note que l’esprit de Dieu « commença à agiter Samson ».171
Les figures conjointes d’Élisabeth et de Marie « réacclimatent » la figure de Rébecca. Toutes deux président comme la matriarche à la dualité, à la disparité des deux fils.70
Ésaü est l’homme qui parcourt les déserts, le velu (on dirait dès sa naissance qu’il est couvert d’un manteau de poils) ; Jacob est au contraire le fils de sa mère, l’homme qui reste près des endroits habités (Gn 25, 25-28). Jean est l’homme au manteau en poils de chameau (Mt 3, 4 ; Mc 1, 6) qui part au désert où il mange de la nourriture non apprêtée : miel sauvage et sauterelles. Jésus au contraire est élevé à Nazareth, soumis à ses parents durant son enfance (Lc 2, 51), il mange la nourriture cuite des hommes des cités (Lc 7, 34).70
Rachel l’appela du nom de Joseph, en disant : « Que le Seigneur m’ajoute un autre fils » (yasaph qui veut dire « ajouter») (Gn 30, 23) […] .Ce premier-né inattendu en amène un autre dans son sillage.72 Poursuivons de même la logique du propos d’Élisabeth : si sa honte est ôtée et qu’en elle un fils se prépare (Jean), c’est que Dieu va faire naître un autre fils. Et ce fils est bientôt annoncé par l’ange à Marie.73
Marie vierge
Promettre de tuer quelqu’un pour un sacrifice est un vœu qu’il est interdit de faire en Israël (Lv 18, 21 ; Lv 20, 2-5 ; Dt 12, 31). Ce bref passage (Jg 11, 30-40) est truffé d’étrangetés.155 Qu’est-ce au juste que Jephté a promis ?153
Jephté dit « Je l’offrirai en offrande » (régulièrement traduit par « holocauste ») ; quand elle revient de sa retraite en montagne, il est écrit : « Il fit envers elle le vœu qu’il avait voué ». 154 Notre texte ne mentionne pas positivement la mort de la jeune fille, mais insiste sur le fait qu’elle était vierge : « Elle n’avait pas connu d’homme » (v. 39). La jeune fille semble donc offerte à Dieu, non selon le rite d’un sacrifice sanglant, mais en tant que vierge d’Israël donnée au Seigneur.156
La fille de Jephté quitte le monde de l’enfance, « elle sort de la maison » de son père (Jg 11, 31.34) et elle accepte ce que son père a dit : elle appartiendra à Dieu.157 Notons enfin que la consécration de la fille de Jephté (Jg 11) précède la consécration d’un homme, institutionnelle celle-là (c’est un nazir), celle de Samson (Jg 13).159
« Je pleurerai sur ma virginité, moi et mes compagnes » (Jg 11, 36-37). […] Cela peut marquer le passage d’un état de vie à un autre. Si une espèce de deuil s’exprime effectivement dans les larmes de la jeune fille, c’est qu’elle « enterre sa vie de jeune fille ». Elle se prépare pour les noces avec Celui devant qui elle dansait en allant à la rencontre de son père.164À la fin, le texte hébreu dit des jeunes femmes d’Israël non pas qu’elles se lamentent sur la fille de Jephté (selon une correction traditionnelle du texte), mais qu’elles la célèbrent.154
Comme pour la fille de Jephté, il semble à première vue que des décisions soient prises sans que Marie ait été consultée. […] Comme la jeune fille d’autrefois qui « n’avait pas connu d’homme » (Jg 11, 39), la voici orientée vers une vie inattendue.158
Abishag. Le roi David est vieux. Ses serviteurs lui proposent de trouver une jeune fille qui redonnera un peu de chaleur au vieux monarque en se couchant contre lui.175 Les officiers royaux ne se contentent pas de la première jeune fille venue. Ils font des investigations « dans tout le territoire d’Israël » (1R 1, 3) et finissent par en trouver une à Shounem.176 « L’ange Gabriel fut envoyé d’auprès de Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, chez une vierge ». L’ambiance en ce début de Luc n’est pas sans rappeler le début des livres des Rois.180
Abishag partage la couche du roi, mais celui-ci ne la connaît pas (1R 1, 4) ; Marie est enceinte et pourtant elle « ne connaît pas d’homme » (Lc 1, 34).180 Le « couple » que forment David, trop âgé pour engendrer, et Abishag qui demeure vierge, offre une image paradoxale des épousailles et de la lignée à venir. Marie, la vierge, et Joseph, de la maison de David, l’époux qui ne la connaît point, manifestent pour leur part la joie des noces et accueillent un fils de David qui régnera « sans fin » (Lc 1, 33).181
Dans les livres des Rois, il y a d’autres cas où un homme rencontre une femme sans que ce soit dans un cadre conjugal ; La reine de Saba vient de loin pour voir et entendre Salomon (1 R 10, 1-13). Le prophète Élie est chez une veuve phénicienne, il ressuscite son fils […] sans être son mari (1 R 17, 7-24). Le prophète Élisée promet un fils à une femme de Shounem qui l’héberge […] puis lui redonne la vie. L’époux de la Shounamite est absent de l’histoire : à nouveau l’impression persiste que l’homme de Dieu est en situation d’époux et de père, sans être légalement ni l’un ni l’autre.181
Annonciation
L’ange termine son propos par une phrase que le Seigneur avait dite à Abraham et à Sara lors de l’annonce qu’un fils leur naîtrait : « Rien n’est impossible de la part du Seigneur » (Gn 18, 14, repris en Lc 1, 37).69 Jésus est le fils de la promesse ; c’est ce que Marie suggère quand elle dit que le Seigneur agit « selon ce qu’il a dit à nos pères, à Abraham et à sa descendance pour les siècles ».68
Agar. La première annonciation de la Bible est faite pour Agar l’Égyptienne (Gn 16, 7-12). C’est la première fois que l’on mentionne explicitement un ange dans la Bible, la première fois que l’on assiste à cette scène d’un messager divin informant une femme qu’elle sera mère.59 La rencontre d’Agar avec l’ange est toute nuptiale […] la première scène de toute une série du même genre dans la Bible : la rencontre amoureuse au bord d’un puits. (Rébecca : Gn 24, 11s., Rachel : Gn 29, 1-14, Moïse : Exode 2, 15-22)…66 « L’Ange du Seigneur dit [à Agar] : « Je multiplierai ta descendance au point qu’on ne pourra pas la compter ».60 Plus tard, la promesse est répétée : « De lui je ferai une grande nation » (Gn 21, 18).60 Genèse 16, 11 : « Voici que tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom d’Ismaël.» 60
« Jusques à quand seras-tu dans l’ivresse ? Va faire passer ton vin ! » (1S 1, 14). Ce qu’une femme vit avec Dieu (Annah au temple), est-ce délire, abus de vin ? Ou bien est-ce vraiment une expérience vécue avec le Seigneur ? C’est un apprentissage pour un homme que de comprendre ce qu’une femme vit en vérité sans que le soupçon et l’inquiétude paralysent son jugement.207
Marie entre en dialogue avec l’ange.158Elle n’abdique en rien son rôle de personne. […] C’est après ces explications demandées par elle que Marie donne son accord.159 Marie apparaît comme une collaboratrice du Seigneur ; la visite de l’ange manifeste en elle une femme que Dieu respecte.63
Conception
« Voici, la vierge est enceinte » (Is 7, 14). Mariée ou vierge, la femme qu’Isaïe mentionne est une femme en lien avec Dieu. Le signe donné réside dans le fait qu’elle est une partenaire de Dieu pour enfanter un fils qui manifeste la présence du Seigneur ; elle l’appellera en effet Emmanuel, Dieu-avec-nous.145
Samuel est né d’une femme stérile, Anne, et d’un père humain, Elqana, mais obtenu de Dieu. Anne le lui a demandé comme une épouse peut parler à un époux (1 S 1, 2). […] L’enfant qui va naître est présenté comme venu de Dieu dans le cadre d’un couple humain.145 Caïn est salué à sa naissance par une étrange parole d’Ève : « J’ai acquis un homme de par le Seigneur » (Gn 4, 1).145
Avant d’être mariée, Marie se trouve enceinte d’un enfant dont le père n’est pas Joseph. […] Le même mouvement qui la comble […] la met au ban de la société aux yeux des hommes. Marie est une femme socialement humiliée.64 Marie rejoint les femmes humiliées, celles qui sont enchevêtrées dans toutes sortes de situations complexes. […] Elle propose une traversée des apparences […] une situation qu’on trouve déplorable peut devenir un chemin de Dieu.64
Le texte grec dit : « Il s’est penché sur l’humiliation de sa servante » (Lc 1, 48). « Humiliation » est un terme technique ; il fait référence à différentes flétrissures sociales qui peuvent atteindre une femme.135 « Lorsqu’il y a une jeune fille, vierge, fiancée à un homme et qu’un homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les ferez sortir tous deux à la porte de cette ville, vous les lapiderez avec des pierres » (Dt 22, 23). […] Luc reprend donc le cas d’une vierge fiancée qui, dans une ville, Nazareth, donne toutes les apparences d’avoir été abordée par un homme. Bientôt Marie semblera avoir fauté : c’est l’humiliation publique.137 Marie semble une pécheresse, alors qu’elle est une vierge qui marche sur le chemin du Seigneur. En cela elle anticipe ce que son fils vivra.138
Tamar, comme Marie, « fut trouvée enceinte » (Mt 1, 18) sans que l’on sache d’abord qui était le père (Gn 38, 24-25). En fait Tamar est enceinte de son beau-père Juda.28 Marie prend sa place parmi les femmes entrées dans la tribu de Juda qui ont contribué à sa survie. Tamar a déclenché le lancement de la tribu ; on peut trouver déplacés ses procédés. Pourtant. […] Tamar est la seule à vouloir que la tribu se développe, la seule qui ait un espoir d’avenir.111 Tamar ruse pour la cause de la vie, pour que la postérité de Jacob soit assurée.109 Tamar est justifiée de la bouche même de Juda : « Elle est plus juste que moi » (Gn 38, 25).110
Incarnation
Dès le début de l’évangile de Luc, Marie est assimilée au sanctuaire construit par Moïse, le tabernacle […] « La Puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1, 35). « Moïse ne put entrer dans la tente du Rendez-vous, car la nuée demeurait sur elle, et la gloire du Seigneur emplissait la demeure » (Ex 40, 36). La nuée qui la couvre la « prend sous son ombre » (Ex 40, 35).197 La chair de Marie est présentée comme ce bâtiment mobile qui est réservé à Dieu et auquel il va demeurer intimement présent. Tout de suite après, Marie part chez sa cousine Elisabeth. En vrai tabernacle, elle se déplace.198
C’est à propos du tabernacle dans l’Exode qu’apparaît pour la première fois dans la Bible le mot sagesse : « Tu parleras à tous les gens au cœur sage que j’ai remplis d’un esprit de sagesse et ils feront les vêtements d’Aaron » (Ex 28, 3).199 L’artisan principal du tabernacle est Beçaléel, dont le nom signifie : « À l’ombre de Dieu » ; il est dit fils de Ouri, c’est-à-dire fils de « Ma Lumière.199 Marie, comme Beçaléel, « fabrique », dans la tribu de Juda, un sanctuaire […] : sa propre chair à laquelle Dieu est présent. […] Marie est vraiment cette « ouvrière » de l’incarnation ; elle a reçu l’Esprit de Sagesse pour bâtir au mieux sa maison.200
Une femme est l’image d’une ville, bâtie avec ses remparts, ses maisons – à moins qu’une ville ne soit l’image d’une femme, puisque c’est une femme qui est le premier bâtiment que la Bible mentionne. […] La première qui soit « bâtie » dans la Bible est Ève que le Seigneur « construisit en femme » (Gn 2, 22).146
Une femme ne construit pas d’abord un édifice, elle est cet édifice. […] Voir une femme bâtie par Dieu, c’est apprendre qu’une force qui n’est pas de ce monde permet de tenir debout en ce monde.196 C’est surtout quand elle est en sa demeure que la Sagesse apparaît comme une femme ; elle manifeste cette nature de femme bâtie, enracinée.196
Visitation
Marie et Élisabeth reprennent à elles deux plusieurs paroles jadis prononcées par Léa et Rachel.21 À la naissance du second de ces fils, Léa, tout heureuse, s’écrie : « Bienheureuse je suis ! Les filles me diront bienheureuse ! » (Gn 30, 13). Et aussitôt elle appelle son fils adoptif, le fils « biologique » de la servante, du nom de « Bienheureux » (en hébreu : Asher).74
Marie et Élisabeth sont d’âges différents : une jeune femme et une matrone. […] Dans le livre de Ruth, on trouve un binôme féminin analogue : la vieille Noémi, une Israélite de souche, et sa jeune belle-fille, Ruth, une étrangère.21 La belle affection qui lie Marie et Élisabeth retrouve la qualité de relation qui unissait Ruth et Noémi.22
Dans l’initiative de Marie qui s’en va chez Élisabeth (Lc 1, 39-56), il y a une manière d’agir de la femme vaillante telle qu’elle est décrite en Pr 31.190 « Toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 48). Les fils de la femme vaillante « se lèvent pour la proclamer bienheureuse » (Pr 31, 28). (En Gn 30, 13, c’étaient seulement les femmes, contemporaines de Léa, qui allaient la proclamer heureuse).191
Humiliation
Marie s’intitule par deux fois « servante » (Lc 1, 38 et 48). […] Agar est la première du nom.58 « Dieu s’est penché sur l’humiliation de sa servante » (Lc 1, 48). 60 Sara humilie sa servante (Gn16, 6), puis l’ange exhorte Agar à retourner chez Sara et à s’humilier devant elle (Gn 16, 9), car, ajoute-t-il : « Le Seigneur a entendu ton humiliation » (Gn 16, 11). 61 En se disant servante, en parlant de son humiliation sur laquelle Dieu se penche, Marie épouse la condition des femmes inconnues qui souffrent en secret. 61
Agar est une domestique chargée de tâches ménagères, invitée, quand ses maîtres en ont besoin, à devenir « mère porteuse ». Mais, dans cette situation, elle va vivre une expérience de Dieu intense.62 Agar donne un nom au lieu où elle a été accostée : « Atta El Roï », ce qui signifie : «Tu es le Dieu de Vision » (Gn 16, 13).62 Agar est entrée véritablement dans la rencontre.62 Dieu a vu Agar et Agar a vu Dieu.63 Agar la servante obéit à la parole angélique, non pas au nom d’une soumission servile, mais bien parce qu’elle a fait sien le vouloir de l’ange. Elle est désormais la servante du Seigneur.63
Abraham donne pour la mère et l’enfant, une outre d’eau. Bientôt, dans le désert, l’eau vient à manquer. Ismaël va-t-il mourir de soif ? Non : Dieu dessille les yeux d’Agar et elle voit un puits (encore un) qui se trouvait là (Gn 21, 19).65 C’est au plus fort de son désespoir qu’Agar est abordée par un ange pour la seconde fois dans sa vie : Dieu est bien là et veut la vie du fils (Gn21, 17-18).65 Ismaël est le premier fils d’Abraham pour qui Dieu a déployé sa puissance de salut. […] Dieu le Père ne veut pas la mort du fils de la servante, mais qu’il vive.65
Si l’ange dit à Agar d’aller s’humilier sous la main de Sara (Gn 16, 9) […] ce n’est pas qu’il la renvoie vivre un peu d’horreur supplémentaire. Après sa rencontre avec Dieu, Agar sait maintenant que le Seigneur est avec elle, au plus profond de son humiliation. Revenant chez Sara, elle n’est plus tout à fait la même femme ; elle est désormais révélée comme cette femme que Dieu a vue.138
Agar est la troisième femme dont on entend la voix dans la Bible. […] D’une femme trompée par un ange (Gn 3) ou passe à Agar, une femme prise en compte par un ange…66 Une femme reconnue, vue, une femme à qui la parole est donnée : c’est Dieu qui inaugure cela.66
Annah parle aussi de son humiliation devant le Seigneur : « Seigneur Sabaot, si tu daignes regarder l’humiliation de ta servante, si tu te souviens de moi et si tu n’oublies pas ta servante… » (1 S 1, 11).136 Elle termine son chant en annonçant la venue d’un roi messie à qui Dieu donnera sa force (1 S 2, 10). Dans la Bible, elle est le premier être humain à parler d’un messie institué par Dieu.56
Glorification
Dans la Bible, quand une femme peut dire son humiliation. […] Cela marque qu’elle entre dans la douleur de la vie, dans l’épaisseur de l’histoire, souvent si dure envers les femmes, avec cette certitude que Dieu y entre avec elle et va « faire pour elle des merveilles » (Lc 1, 49).139 Si vraiment Marie était une « humble servante », elle ne se dirait même pas « humble » : celui qui se targue d’une humilité ainsi définie n’est déjà plus si humble ! Elle ajoute : « toutes les générations [la] diront bienheureuse » : cela n’a rien à voir avec la discrétion d’une femme effacée.135
Le prêtre Zacharie est muet […] mais Élisabeth et Marie fondent, par leurs mots de femmes, le mystère qui naît. Anne commence à « évangéliser » (Lc 2, 38). Marie apparaît donc dans un contexte où la parole est légitimée pour les femmes […] elles assument la parole dans les moments où des hommes ne peuvent encore l’assumer.58
Qui est la première Marie de la Bible ? C’est la sœur de Moïse et d’Aaron, Miryam, qui apparaît en Exode 15, 20.49 La grande sœur anonyme, évoquée lors de la naissance de Moïse, est peut-être bien Miryam […] une adolescente attentive à la vie de son frère.54
Miryam est la première femme de la Bible à entraîner une groupe de femmes pour chanter la victoire […] : la prophétesse Débora chante un cantique de triomphe (Jg 5), la fille de Jephté vient au-devant de son père victorieux « en dansant au son des tambourins » (Jg 11, 34), les femmes d’Israël viennent au-devant de David en chantant et dansant au rythme des instruments (1 S 18, 67). Et Marie chante aussi quand elle se trouve chez Élisabeth.51 Plusieurs éléments du Magnificat rappellent l’ambiance des cantiques de Moïse et de Miryam : le bras fort du Seigneur, (Ex 15, 16), le Puissant (Lc l, 49).52 Le Magnificat a donc des résonances de chant guerrier : non pas appel au combat, mais constatation que Dieu n’a pas de rivaux qui lui résistent.52
Joseph
Entre Joseph et Marie se rejoue une situation qui a commencé avec Adam et Ève : un couple au commencement en présence de Dieu […] au début d’une histoire de messie.30 Élisabeth et Zacharie montrent un Adam et une Ève plus âgés.30 On verra même apparaître le vieux Syméon, puis la vieille Anne.30 La torpeur qui descend sur Adam porte un enseignement : un homme ne sait pas d’où lui vient une femme ni qui elle est.34
Le début de Matthieu, le début de Luc se référent au commencement, au grand enjeu que constitue le face-à-face d’un homme et d’une femme quand Dieu est présent.88 La relation nuptiale de Marie et de Joseph annonce la rencontre de Jésus et de Marie de Magdala au matin de la résurrection. […] Un homme est endormi, une femme est là qui attend.88
En Gn 2, 21, Adam est plongé dans une torpeur par Dieu. […] Au début de l’évangile, il y a un homme endormi que Dieu enseigne concernant la femme qu’il doit recevoir.83 Adam tombe en sommeil avant qu’Ève lui soit amenée ; Abraham connaît un semblable assoupissement lorsque Dieu s’approche de lui, afin de faire avec lui une solennelle alliance (Gn 15, 12).83 On a en Gn 2, 21 et en Gn 15, 12 le même mot hébreu, terme technique pour désigner un sommeil mystérieux venu de Dieu : tardéma.84
Le sommeil est le signe d’une confiance nécessaire : tout ne dépend pas de ce qu’un homme a préalablement arrangé ou compris.84 Comme Adam s’éveille pour accueillir celle que Dieu lui amène, Joseph s’éveille et prend Marie pour femme.98 Matthieu multiplie les signes qui apparentent Joseph, époux de Marie, à l’antique Ioseph. Il est comme lui fils d’un Jacob (selon la généalogie en Mt 1, 16), il part en Égypte, il a des songes…98
Un ange aborde la femme de Manoah et lui dit qu’elle sera enceinte. […] L’ange insiste pour rencontrer la femme, seul à seule.168 Les commentateurs ont depuis longtemps remarqué la connivence entre cette femme et l’ange. Ainsi n’apprend-on pas le nom de la femme. […] Manoah demande à l’ange son nom ; celui-ci lui répond que ce nom est mystérieux (Jg 13, 17-18). Deux personnages sont donc anonymes : l’ange et la femme. Leurs noms sont connus de Dieu seul.169
On s’est même interrogé : l’ange ne serait-il pas le père de l’enfant ? Par deux fois en effet il est dit que l’ange « vint vers » la femme. […] Cela est renforcé par le fait que l’ange est appelé homme ; la femme le perçoit comme « un homme de Dieu » de belle prestance (v. 6).169 Jg 13 réaffirme qu’une femme a une relation avec Dieu, à part entière. Cette relation n’est pas soumise au contrôle d’un homme.170
Manoah, en Jg 13, n’entre jamais dans cette intimité de Dieu qui le ferait lui-même homme de Dieu […] et qui le poserait comme véritablement homme devant sa femme.170 Joseph a vécu devant Marie une situation analogue. Lui, le fiancé, doit-il s’effacer pour que Dieu prenne toute la place ? Est-il de trop ? L’ange de l’annonciation vient manifester la place de l’époux : en cette place se tiennent à la fois Dieu et Joseph. Et chacun de manière spécifique, chacun en étant tout à fait soi devant Marie.171
Dieu visita Abimélek en songe, pendant la nuit, et lui dit : « Tu vas mourir à cause de la femme que tu as prise, car elle est une femme mariée » » (Gn 20, 3). […] Il y a une étroite contiguïté entre la relation avec une femme et celle avec Dieu. S’approprier l’une, c’est pécher contre l’Autre.85 Qu’une femme soit reconnue comme femme et respectée en tant que telle, comme ce fut le cas pour elle chez Abimélek, et l’ordre du monde reprend, la vie trouve sa plénitude.85 Abimélek reçut avis, dans un songe de nuit, qu’il ne devait pas toucher la femme qu’il avait accueillie ; Joseph, dans les mêmes conditions, est informé qu’il peut recevoir Marie.87
Booz est endormi et Ruth est à ses pieds […] « Qui es-tu ? » lui dit-il. – « Je suis Ruth, ta servante » » (Rt 3, 7-9). Dans l’ombre « nuptiale, auguste et solennelle » […] un nouveau commencement survient entre ce vieil Adam et cette jeune Ève.87
Marie quitte Joseph pour trois mois parce que, au commencement d’une rencontre entre une femme et un homme, dans laquelle Dieu sera intimement présent, il convient que cet homme demeure seul en compagnie de Dieu. […] Zacharie vit une expérience du même ordre. Pendant la grossesse de sa femme, il est isolé par son mutisme.81
Dieu s’approche de la Vierge et engendre l’enfant par la puissance de l’Esprit. Joseph vit dans l’intimité de Dieu et assume sa place devant Marie. Marie ne devient pas une femme seule avec un enfant ; Joseph, habité par Dieu, occupe près d’elle la place de l’époux.171
Mangeoire
Un nourrisson emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Jésus est manifesté là comme une offrande végétale […] le fruit du ventre et le fruit du sol. Cela se passe à Bethléem, la Maison du Pain. 44 On parle auparavant, avec une certaine insistance du ventre d’Elisabeth (cf. Lc 1, 15 ; 41 ; 44). 45 Le ventre d’une mère est toujours un lieu saint, puisque c’est là que Dieu fait surgir la vie.45 Le fœtus de six mois bondit dès que Marie, enceinte depuis peu, s’approche d’Élisabeth.45
« Et béni est le fruit de ton ventre ». C’est une question depuis le commencement : qu’est-ce qu’une femme fait du fruit qui vient de Dieu ? 33 La première parole que Dieu adresse au couple humain : « Fructifiez et multipliez.» 33 Élisabeth, une femme, témoigne que Marie, une femme, est faite pour donner à ceux qui le désirent un fruit de vie.37 C’est Dieu lui-même qui se donne avec ce fruit et dans ce fruit.39
Quand Élisabeth proclame que le « fruit du ventre » de Marie est béni, elle suggère l’abondance qui est le signe de la Terre promise. « Le Seigneur t’aimera, te bénira, te multipliera ; il bénira le fruit de ton ventre et le fruit de ton sol » (Dt 7, 13).205 Jésus, le fruit, se donnera un jour à manger et à boire dans le pain et le vin.205 De manière prophétique, Marie l’offre à manger en le plaçant dans la mangeoire de Bethléem.206
Anne
Dans l’Ancien Testament hébraïque, il n’y a qu’une seule Annah : la mère de Samuel55 (selon le livre de Tobie il y a une autre Anne, c’est la femme du vieux Tobit).55 La mère de Samuel est montrée au temple où elle vient « d’année en année » (1S 1, 11).55 Anne au temple de Silo, qui parle au Seigneur, représente quelque chose de la Sagesse femme en sa maison (1S 1, 9-17).197
Élisabeth « est issue des filles d’Aaron », en quelque sorte une arrière-petite-nièce de Miryam.52 Le nom même d’Élisabeth reprend celui de l’épouse d’Aaron (Ex 6, 23).53 Quant à la vieille Anne du temple, elle se situe dans l’héritage de Miryam au point de vue « professionnel » : la première prophétesse de l’Ancien Testament est Miryam, la première du Nouveau Testament est Anne.53
La vieille femme est « fille de Phanouel » qui signifie Face de Dieu.19 Penouel est le nom du lieu où Jacob, lors d’une nuit de combat, a rencontré Dieu en revenant en Terre promise (Gn 32, 23-33).19 Anne-de-la-Sainte-Face, une femme qui jour et nuit attend que Dieu manifeste son salut et montre son visage. « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » 19 En quoi consiste le ministère des femmes qui servent devant la Tente du Seigneur (Ex 38, 8 ; voir aussi 1 S 2, 22) ? On n’en sait rien au juste, mais on sait qu’elles sont là.151
L’évangile de Luc commence par le trio constitué d’Élisabeth, Marie, Anne.11 L’ange Gabriel appelle Marie Pleine-de-Grâce. Il s’agit en grec d’un seul mot (kecharitômènè) qui résonne comme un titre, ou même comme un autre nom.17 Il ajoute qu’elle a « trouvé grâce auprès de Dieu ».18 Le nom « Anne » que porte la vieille prophétesse désigne la « grâce ».18 Johannan en hébreu, c’est « Dieu fait grâce ».18 Apparaissent donc au début de l’évangile « trois Grâces ».18
En Lc 2, 36-37, le bref curriculum vitae de la vieille femme mentionne ses divers états de vie : virginité, mariage, présence assidue à Dieu. Anne totalise toutes les situations qu’une femme peut connaître.148 Il est exceptionnel de dater le temps du mariage « depuis la virginité ». C’est un nouveau lien d’Anne avec Marie : pour toutes deux, Luc mentionne la virginité.149
Anne est là comme une « marraine » qui s’est penchée sur l’enfant.56 Elle est issue de la tribu d’Asher, un groupe traditionnellement établi en Galilée, et elle se trouve en son extrême vieillesse à Jérusalem. N’est-ce pas le parcours que fera Jésus ?56
Glaive
L’enfant amené devant Salomon risque d’être tranché et la mère en souffre intimement : « ses entrailles étaient bouleversées pour son fils » (1 R 3, 26).132 Le glaive qui la transpercera désigne ce permanent discernement qui aura lieu au plus profond de Marie. L’épée de Salomon était demandée pour couper le fils, elle servit à trancher entre la fausse mère et la vraie mère. Ainsi en est-il du glaive dont parle Syméon.133
Où est Jésus quand on le perd pendant trois jours à Jérusalem ? Il est aux affaires de son Père. […] Marie a vécu intimement le tourment du fils perdu et retrouvé quand celui-ci avait douze ans ; son âme a été transpercée.133 Joseph et elle ont souffert (Lc 2, 48). […] C’est une douleur qui révèle et qui éduque : Marie entre peu à peu dans la réalité de Jésus comme Fils du Père.133
« Femme, voici ton fils » dit à peu près le roi Salomon (1 R 3, 27), faisant remettre le fils vivant, qui vient d’échapper à la mort par le glaive, à la « vraie » mère, c’est-à-dire à la « mère des vivants » (Gn 3, 20).130 C’est celle-là qui est sa mère » (lR 3, 27). […] Telle est la définition biblique d’une mère : une femme qui travaille à la vie du fils, que cette femme soit ou non la génitrice de ce fils.130
Cana
Quand la Sagesse construit sa maison […] le pain est offert par elle sans qu’on se fatigue (Pr 9, 5). Le vin, parfois répréhensible (Pr 31, 4-5), est recommandé quand c’est la Sagesse qui le prépare et le propose. Marie est partie prenante de ce riche passé.205 L’épisode de Cana fait penser au banquet de la Sagesse.207 Marie laisse apparaître en cette occasion un visage de la Sagesse pourvoyeuse de vin.206
Stabat
« Il y a du sang sur Saül et sur sa maison » (2S 21, 1). La conclusion est que Dieu demanderait des victimes expiatoires. David amène aux habitants de Gabaon les deux fils que Saül eut de sa concubine Riçpa, ainsi que les cinq fils nés d’une fille « légitime » de Saül. […] Les Gabaonites, une fois que les sept descendants de Saül leur sont livrés, les emmènent à Guibéa, l’ancienne capitale de Saül, et leur font subir un supplice mortel. […] Il sont exposés jusqu’à ce que mort s’ensuive.124
Pendant des semaines, Riçpa veille pour que les corps suppliciés ne deviennent pas la proie des bêtes (2S 21, 10). Elle affirme le respect dû aux hommes, aux corps. […] Riçpa debout incarne la clameur maternelle qui monte vers Dieu.125 Riçpa, dans un monde de mort et de violence, a travaillé pour que la chair ne soit pas oubliée.126
Le nom commun riçpa est rendu par lithostroton qui évoque un pavement de pierres. En Jn 19, 13, Gabbatha fait penser au nom hébreu Guibéal qui est l’endroit où les fils de Riçpa ont été suppliciés. Quant à lithostroton, il évoque le nom même de Riçpa tel qu’il est traduit en grec.128
« Femme, voici ton fils. » (Jn 19, 26). Aux yeux du monde, Marie perd son fils unique ; dans la lumière du Royaume, elle en gagne deux.102 Les paroles de Jésus attestent en effet de l’action vivifiante de son Père : un fils amène un fils.102 Jésus est bien un nouveau Joseph qui amène un Benjamin.103
Les premiers mots de Marie en Jean présentent Jésus comme un nouveau Joseph : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Gn 41, 55 ; cf. Jn 2, 5).103 « Le disciple que Jésus aimait » : C’est Benjamin qui est ainsi appelé en Deutéronome 33, 12 : « Celui que le Seigneur aime demeure en sécurité près de lui ».104 Joseph qui fait entrer dans sa propre élection le bien-aimé, son frère, anticipe déjà la réalité si importante que la résurrection manifestera : les disciples de Jésus sont devenus pleinement ses frères.104
Marie de Magdala
Trois femmes au commencement selon Luc. Le même évangile met aussi en relief trois femmes lors de la résurrection : 23 « Marie la Magdalénienne, Ioanna et Marie mère de Jacques » (Lc 24, 10).24 La fin de l’évangile de Luc ressemble au début : Marie rencontre un ange annonciateur ; les saintes femmes rencontrent deux anges.165
« Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père » (Jn 20, 17-18). Il faut prendre très au sérieux ce travail confié par Jésus à Marie. Elle est chargée de dévoiler les frères de Jésus, mandatée pour leur dire qu’ils sont fils avec le Fils.99 Marie, mère de Jésus, est relayée par d’autres femmes, par Marie de Magdala en particulier, afin de poursuivre ce travail de mise au monde, de révélation des fils.99
Ève . La Sagesse
Ève, la femme trompée par le serpent au début de l’histoire, fait place à des femmes qui rappellent que toute connaissance vient de Dieu.193 Marie reprend la première parole prononcée par Dieu : « Fiat » en Gn 1, 3.198 Non, une femme n’est pas source de tous les maux.31 Une femme au commencement n’est pas dangereuse.31
Quand Abraham se trouve un jour devant un dilemme difficile, Dieu lui dit : « Pour tout ce que te dira Sara, écoute sa voix » (Gn 21, 12).32 Dans une situation très délicate, Rébecca dit à son fils Jacob : « Maintenant, mon fils, écoute ma voix pour faire ce que je vais te commander » (Gn 27, 8).32 La Sagesse, personnage féminin, exhorte les hommes à écouter sa voix […] « Écoutez : j’ai à vous dire des choses importantes »… (Pr 8, 4-6).32
Une femme manifeste la Sagesse, quand, guidée par Dieu, elle accomplit son œuvre de vie pour les siens. Les Proverbes commencent en mettant en scène la Sagesse qui fait irruption dans la cité et parle (Pr 1, 20-33) ; ils s’achèvent en évoquant longuement cette femme avisée que son époux glorifie (Pr 31, 10-31) : « Avec sagesse elle ouvre la bouche, sur sa langue ; une doctrine de piété » (Pr 31, 26).189 « De loin elle apporte ses vivres » (Pr 31, 14). La Sagesse préside au déploiement de la chair porteuse de Dieu.190
Le vocabulaire amoureux dit la quête passionnée qui seule permet de la rencontrer. « C’est elle que j’ai chérie et cherchée dès ma jeunesse ; j’ai cherché à la prendre pour épouse et je suis devenu amoureux de sa beauté » (Sg 8, 2). « Donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse, et ne me rejette pas du nombre de tes enfants » (Sg 9, 1-4). « Étreins-la et elle t’élèvera, elle fera ta gloire si tu l’embrasses » (Pr 4, 8). « Dis à la Sagesse : « Tu es ma sœur », donne le nom de cousine à l’intelligence » (Pr 7, 4).187 Il y a une communauté d’expérience entre la quête amoureuse et la quête de Sagesse. […] Pour un homme, une femme est une personne mystérieuse qui l’approche, tout comme l’est la Sagesse.188
Dans l’Ancien Testament, la Sagesse est une personne […] un être féminin qui prend parfois la parole pour parler d’elle-même.185 La Sagesse est-elle le Fils ou l’Esprit ? En tout cas, elle manifeste cette propension en Dieu à vivre une vie de relation et en même temps d’unité. […] Comme personnage féminin, la Sagesse nous habitue à la réalité des noces : l’union jubilante des êtres entre eux, de l’homme et de la femme, de chacun et de Dieu.187
Dans le Magnificat191… Marie reprend une « vision des choses » que la Sagesse a acclimatée en Israël ; elle apparaît elle-même, en tant que femme de Dieu, comme une illustration de cette Sagesse féminine.192
____