Femme, que me veux-tu ?

Les noces de Cana, icône contemporaine © Atelier Saint Luc, Le Plantay

Les noces de Cana, icône contemporaine © Atelier Saint Luc, Le Plantay

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Daniel Vigne, Femme, que me veux-tu ? (Jn 2, 1-11), La Croix, 16 janvier 2025.

Femme, que me veux-tu ?

Il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (Jn 2, 1-4)

Jésus apparaît parmi les invités d’un mariage : le tableau est un peu inattendu. C’est d’ailleurs le seul récit du Nouveau Testament qui nous le présente ainsi. En tant que célibataire, ne lui convenait-il pas d’éviter ce genre de réjouissances ? En tant que maître religieux, n’avait-il pas des choses plus importantes à faire ?

Pourtant, l’image du repas de noces est si fréquente dans les paraboles qu’on peut en être sûr : Jésus avait l’expérience de ces festins orientaux qui durent parfois plusieurs jours et où, dit le maître de cérémonie, on boit jusqu’à plus soif. À la différence de Jean-Baptiste, ascète rigoureux, le Christ a aimé le vin et les joies de la table. Certains le traitaient même de glouton et d’ivrogne (Mt 11,19) ! Mais dans cet événement très humain, se produit quelque chose qui fait signe vers le divin. Car le Dieu incarné ne méprise pas l’amour conjugal, l’union heureuse de l’homme et de la femme : au contraire, il en fait un lieu privilégié de révélation. Voyons comment.

 

Tout commence comme une fête villageoise où sont invitées les familles d’alentour. Marie, qui connaissait sûrement les mariés, est venue de Nazareth, à deux heures de marche. Comme pour l’accompagner, Jésus est là aussi avec ses premiers disciples. C’était le troisième jour après leur rencontre au Jourdain, précise l’évangéliste, ce qui trace l’horizon de sens de l’événement : dès le début de la mission du Christ se profile le grand mystère de sa mort-résurrection.

Après la bénédiction matrimoniale, on passe à table. Repas copieux, servi par un intendant zélé : tout se passe bien, presque trop bien, car déjà les amphores se vident et l’ambiance baisse ! Cette joyeuse journée pourrait se terminer de façon un peu terne… Marie, compatissante, s’en inquiète et se tourne vers son fils. Belle image de la mère du Sauveur intercédant pour les hommes et leurs difficultés, « notre Dame » que l’Église prie depuis des siècles.

La réponse de Jésus intrigue les exégètes. Repousse-t-il la demande ? Non, car la suite prouve qu’il l’a entendue et qu’il y répond. Certes, son heure ultime n’est pas encore venue, mais ce moment précis en est une prophétie, à la fois solennelle et effacée. Mais cette prophétie est annoncée non haut et fort mais de manière indirecte. Ainsi Jésus appelle sa mère Marie par le mot de « femme », comme il le fera à la croix. Et il se met à l’œuvre, à travers cette eau claire qui devient un vin rouge, comme de son côté ouvert couleront l’eau et le sang.

Car le Christ n’est pas un magicien cherchant à épater son public, et le miracle de Cana n’est pas une marque de puissance : il est le premier signe du don de sa vie, offerte par amour pour le salut du monde. Le quatrième Évangile est le seul à nous le relater, car très peu ont remarqué « d’où vint le vin qui réjouit nos coupes, miracle inaperçu dans le bruit du festin », comme l’a dit un poète. C’est là peut-être la leçon spirituelle la plus forte de cette page d’évangile : aujourd’hui encore, c’est avec discrétion que le Sauveur agit parmi nous.

Seigneur, le vin de la joie me manque. Ma vie commençait bien, je m’attendais à ce qu’elle soit une fête. Aujourd’hui elle est fade et mes réserves s’amenuisent. Seigneur, je te le demande : donne-moi la joie qui vient de toi. Je confie mon attente à la prière de ta Mère, douce et miséricordieuse. Qu’elle intercède pour moi. Seigneur, en contemplant ton cœur ouvert, je te remercie d’avance. Tu es la source de mon avenir. Déjà, en secret, tu me fais renaître. Déjà mes yeux s’illuminent. Merci.

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