Daniel Vigne, Trésor caché et perle rare (Mt 13, 44-52), La Croix, 24 juillet 2026.
Trésor caché et perle rare
Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. Ou encore, le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines… (Mt 13, 44-45)
Deux petites paraboles, en forme de secret et de confidence à qui veut les entendre. Deux comparaisons pleines d’une joie cachée, réservée à ceux qui peuvent les comprendre. Voilà ce que l’Évangile nous fait ici entendre, avec une brièveté étonnante, puisque ces deux paraboles sont les plus courtes du Nouveau Testament. Comme si Jésus disait : écoutez bien, je vous parle de l’essentiel. Je n’en ferai pas un roman, mais des récits qui tiennent en deux temps trois mouvements. Des récits éclairs, à vous de les saisir.
De fait, la lumière de ces textes est celle d’un flash. C’est tellement fort que tout s’éclaire, mais tellement bref qu’on reste ébloui. Cette affaire de trésor enfoui, de perle précieuse, nous en pressentons le sens, mais il nous échappe. C’est comme un chèque de 100 millions qu’on ferait passer devant nos yeux en nous disant : « C’est pour toi… Attrape-le ! »
Faisons donc un arrêt sur image, et d’abord sur celui qui trouve un trésor dans le jardin d’un autre. Par hasard et par chance, puisqu’on ne dit pas qu’il cherchait quoi que ce soit, le voilà en présence du butin d’un grand explorateur, du coffre à bijoux d’une princesse inconnue. On l’imagine stupéfait, extasié…
Mais de retour chez lui, il ne va pas commettre l’imprudence de crier partout son bonheur. Comme les plus prudents de ceux qui gagnent le gros lot, il reste discret et réfléchi. Au fond de ce jardin, il y a peut-être d’autres merveilles à découvrir : la première chose à faire, n’est-ce donc pas d’en devenir propriétaire ?
Pour cela, dit l’Évangile, il vend tout ce qu’il a. Intéressant renversement : au lieu de se remplir les poches, il se dépossède pour avoir de quoi acheter. Tout bon spéculateur le sait, il faut oser perdre pour gagner. Celui qui investit toute sa fortune au bon endroit et au bon moment la retrouvera un jour multipliée.
Ainsi le royaume des Cieux est un « placement » extraordinaire, ouvert à ceux qui y mettent le prix. Mais au départ, il est caché. Celui qui s’aperçoit de son existence a beaucoup de chance, mais par la suite, il lui faudra beaucoup d’audace et de patience pour en goûter les fruits. C’est un pari, dirait Pascal, une sage folie…
On pense ici aux nouveaux baptisés, de plus en plus nombreux dans notre pays. Quelle grâce magnifique, pour eux et pour nous ! Ils ont trouvé le trésor, ils sont eux-mêmes un trésor dans l’Église. Mais après le temps de l’émerveillement, vient le temps de l’investissement. Ils ont, et nous avec eux, à faire fructifier le don reçu.
Ces néophytes sont l’homme chanceux de la première parabole. Nous devons être les négociants expérimentés de la deuxième. Mettront-ils vraiment au centre de leur vie Celui qu’ils ont découvert ? Et nous, chrétiens de longue date, saurons-nous miser sur eux de telle façon qu’ils dynamisent tout le corps ecclésial ? C’est tout l’enjeu de ce renouveau : ne pas être un feu de paille, mais le début d’une grande renaissance spirituelle. Espérons et prions.
Seigneur, je t’ai trouvé comme le trésor de ma vie, comme la perle rare. J’ai eu beaucoup de chance. Je t’en remercie de tout cœur. Je veux serrer cette merveille dans mes bras, m’en pénétrer pour qu’elle me transforme. Je veux l’acquérir comme ce que j’ai de plus précieux. Pendant ces vacances, aide-moi à me détacher de l’accessoire pour revenir à l’essentiel. Fais-moi trouver encore d’autres trésors cachés. Et que nous soyons de plus en plus nombreux, en France et partout, à goûter la joie du Royaume.
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