Suivre Jésus crucifié

Khatchkar, monastère de Haghpat, Arménie © D.Vigne 2016

Khatchkar, monastère de Haghpat, Arménie © D.Vigne 2016

2024 Homélies

Daniel Vigne, Suivre Jésus crucifié (Lc 9, 22-25), chapelle de la Maison diocésaine d’Auch, Toulouse, 15 février 2024. [pdf]

Suivre Jésus crucifié

« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. (Lc 9, 22.23)

L’Évangile que nous venons d’entendre est bien accordé à l’atmosphère du Carême dans lequel nous sommes entrés hier. Le Seigneur nous invite à prendre résolument, avec lui, le chemin qui le conduit vers sa Passion et vers sa croix. À l’horizon, il y a Pâques, ce mystère de mort et de résurrection qui est le point focal de notre vie chrétienne.

On pourrait, à vrai dire, en être un peu effrayé. On pourrait penser, du moins c’est mon cas : suis-je capable de te suivre, Seigneur, sur ce chemin-là ? Renoncer à soi-même, prendre sa croix chaque jour, marcher derrière toi en toute humilité, alors même que tu es rejeté, non seulement par les autorités religieuses de ton temps, mais par une grande partie de la société d’aujourd’hui, n’est-ce pas surhumain ? Qui d’entre nous peut se croire à la hauteur d’un tel appel ? Et pour ceux d’entre nous qui t’ont voué leur vie, notamment dans le ministère et dans le célibat, n’est-il pas quelque peu inquiétant, ce signe de la croix perçu comme une menace, comme un avenir sombre, comme un poteau d’exécution ? Mourir, Seigneur Jésus, est-ce vraiment notre vocation ?

Mais regardons le texte de plus près. Jésus ne nous dit pas, à proprement parler, que nous devons être crucifiés. C’est lui qui va l’être pour nous, pour nous sauver. C’est lui qui assume toute la douleur du rejet, qui traverse le ravin de la mort, qui prend sur lui le péché du monde. Il ne nous demande pas de faire cela pour lui, c’est lui qui le fait pour nous. Ce qu’il nous demande, c’est d’être unis à lui dans ce mystère d’amour pour les hommes. C’est d’y collaborer chacun pour notre part et à notre manière. En marchant vers sa croix, il nous fait l’honneur de prendre avec lui, dans son sillage et sous sa protection. Il nous fait le grand honneur d’être ses petits coopérateurs.

Et c’est une promesse de vie, non une menace de mort, comme l’Église le souligne en ayant choisi pour première lecture ce texte du Deutéronome : « Choisis donc la vie, pour que vous viviez, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui : c’est là que se trouve ta vie. » Oui, Pâques sera la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la bénédiction sur toutes les malédictions que nous affrontons et parfois que nous subissons. Le Christ est celui qui sauve nos vies, même du malheur et de la mort. Si je crois sauver ma vie par moi-même, je la perds, parce que je ne peux rien contre la mort. Mais si je jette ma vie dans le Seigneur, je participe à sa victoire. Je marche derrière celui-là seul qui est plus fort que la mort, et à sa suite, je peux en entraîner d’autres vers la vie. Oui, frères et sœurs, avec Jésus, la terre où nous marchons est une terre d’espérance. Assumons la mission que le Christ nous confie, abritons-nous en lui et croyons en ses promesses. À l‘ombre de ta Croix, Seigneur, j’ai trouvé la vraie vie.

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