Jean Chrysostome – textes

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Jean Chrysostome (349-407), mosaïque du IXe s., Sainte-Sophie, Istanbul

Jean Chrysostome (349-407), mosaïque du IXe s., Sainte-Sophie, Istanbul

Textes

Acheter le ciel

Les pauvres devant l’église demandent une aumône. Combien donner ? C’est à vous de décider ; je ne fixerai pas de montant, afin de vous éviter tout embarras. Achetez dans la mesure de vos moyens. Vous avez une pièce ? Achetez le ciel ! Non pas que le ciel soit offert à bon marché, mais c’est la bonté du Seigneur qui vous le permet. Vous n’avez pas de pièce ? Donnez un verre d’eau fraîche (Mt 10, 42)…

Nous pouvons acheter le ciel, et nous négligeons de le faire ! Pour un pain que vous donnez, vous obtenez en retour le paradis. Offrez même des objets de peu de valeur, et vous recevrez des trésors ; faites don de ce qui passe, et vous obtiendrez l’immortalité ; donnez des biens périssables, et recevez en échange des biens impérissables… Lorsqu’il s’agit de biens périssables, vous savez faire preuve de beaucoup de perspicacité ; pourquoi manifestez-vous une telle indifférence lorsqu’il s’agit de la vie éternelle ?… Nous pouvons d’ailleurs établir un parallèle entre ces vasques remplies d’eau que l’on trouve aux portes des églises pour y purifier ses mains, et les pauvres qui sont assis à l’extérieur de l’édifice pour que vous purifiiez votre âme par eux. Vous avez lavé vos mains dans l’eau : de la même manière, lavez votre âme par l’aumône…

Une veuve, réduite à une pauvreté extrême, a donné l’hospitalité à Élie (1 R 17, 9s) : son indigence ne l’a pas empêché de l’accueillir avec une grande joie. Et alors, en signe de reconnaissance, elle a reçu de nombreux cadeaux qui symbolisaient le fruit de son geste. Cet exemple vous fait souhaiter peut-être d’accueillir un Élie. Pourquoi demander Élie ? Je vous propose le Maître d’Élie, et vous ne lui offrez pas l’hospitalité… Voici ce que nous dit le Christ, le Seigneur de l’univers : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

Jean ChrysostomeHomélies sur la conversion, n° 3, sur l’aumône (trad. coll. Pères dans la foi, n° 8, DDB 1978, p. 54)

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Aime ton épouse

Que faut-il que tu dises à ta femme ? Dis-lui avec beaucoup de douceur : « …Je t’ai choisie, je t’aime et te préfère à ma propre vie. L’existence présente n’est rien ; c’est pourquoi mes prières, mes recommandations et toutes mes actions, je les fais pour qu’il nous soit donné de passer cette vie de manière à pouvoir être réunis dans la vie future sans plus aucune crainte de séparation. Le temps que nous vivons est court et fragile. S’il nous est donné de plaire à Dieu durant cette vie, nous serons éternellement avec le Christ et l’un avec l’autre dans un bonheur sans limites. Ton amour me ravit plus que tout et je ne connaîtrais pas de malheur plus insupportable que d’être séparé de toi. Quand je devrais tout perdre et devenir plus pauvre qu’un mendiant, encourir les derniers périls, et endurer n’importe quoi, tout me sera supportable tant que ton affection pour moi demeure. Ce n’est qu’en comptant sur cet amour que je souhaiterai des enfants. »

Il faudra aussi conformer ta conduite à ces paroles… Montre à ta femme que tu apprécies beaucoup de vivre avec elle et que tu aimes mieux, à cause d’elle, être à la maison que sur la place. Préfère-la à tous les amis et même aux enfants qu’elle t’a donnés ; et que ceux-ci soient aimés de toi à cause d’elle…

Vos prières, faites-les en commun. Que chacun de vous aille à l’église et qu’à la maison le mari demande compte à sa femme, et la femme à son mari, de ce qui a été dit ou lu… Apprenez la crainte de Dieu ; tout le reste coulera comme de source et votre maison s’emplira de biens innombrables. Aspirons aux biens incorruptibles, et les autres ne nous feront pas défaut. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, nous dit l’Évangile, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).

Jean ChrysostomeHomélie 20 sur la lettre aux Éphésiens, 4, 8, 9 ; PG 62, 140s (trad. Orval)

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Athlètes blessés

Seuls les chrétiens estiment les choses à leur vraie valeur, et ils n’ont pas les mêmes motifs de se réjouir et de s’attrister que le reste des hommes. À la vue d’un athlète blessé, portant sur la tête la couronne du vainqueur, celui qui n’a jamais pratiqué aucun sport considère seulement les blessures qui font souffrir cet homme ; il n’imagine pas le bonheur que lui procure sa récompense. Ainsi font les gens dont nous parlons. Ils savent que nous subissons des épreuves, mais ignorent pourquoi nous les supportons. Ils ne considèrent que nos souffrances. Ils voient les luttes dans lesquelles nous sommes engagés et les dangers qui nous menacent. Mais les récompenses et les couronnes leur restent cachées, non moins que la raison de nos combats. Comme l’affirme saint Paul : « On nous croit démunis de tout, et nous possédons tout » (2 Co 6, 10)…

Pour ce qui nous regarde, quand nous sommes soumis à l’épreuve à cause du Christ, supportons-la vaillamment, bien plus, avec joie. Si nous jeûnons, bondissons de joie comme si nous étions dans les délices. Si l’on nous outrage, dansons allègrement comme si nous étions comblés d’éloges. Si nous subissons un dommage, considérons-le comme un gain. Si nous donnons au pauvre, persuadons-nous que nous recevons… Avant tout, rappelle-toi que tu combats pour le Seigneur Jésus. Alors tu entreras de bon cœur dans la lutte et tu vivras toujours dans la joie, car rien ne nous rend si heureux qu’une bonne conscience.

Jean ChrysostomeHomélie sur la Deuxième lettre aux Corinthiens, 12, 4 ; PG 61, 486 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 398)

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Aujourd’hui tu seras avec moi

Aujourd’hui le paradis fermé depuis des milliers d’années est ouvert pour nous ; en ce jour, à cette heure, Dieu y a introduit le larron. Il a accompli ainsi deux merveilles : il nous ouvre le paradis et il y fait entrer un voleur. Aujourd’hui Dieu nous a rendu notre vieille patrie, aujourd’hui il nous a ramenés dans la cité de nos pères, aujourd’hui il a ouvert une demeure commune à toute l’humanité. « Aujourd’hui, dit-il, tu seras avec moi dans le paradis. » Que dis-tu là, Seigneur ? Tu es crucifié, attaché avec des clous, et tu promets le paradis ? Oui, dit-il, afin que par la croix tu apprennes ma puissance…

Car ce n’est pas en ressuscitant un mort, en commandant à la mer et au vent, ni en chassant les démons qu’il a pu changer l’âme méchante du larron, mais c’est crucifié, attaché par des clous, couvert d’insultes, de crachats, de railleries et d’outrages, afin que tu voies les deux aspects de sa puissance souveraine. Il a ébranlé toute la création, il a fendu les rochers (Mt 27, 51) ; et il a attiré à lui l’âme du larron, plus dure que la pierre, et l’a comblée d’honneur…

Certes, aucun roi ne permettrait jamais à un voleur ou à un autre de ses sujets de s’asseoir à côté de lui lorsqu’il fait son entrée dans sa ville. Mais le Christ l’a fait : quand il entre dans sa sainte patrie, il y introduit un voleur avec lui. En agissant ainsi…, il ne la déshonore pas par la présence d’un voleur ; bien au contraire, il honore le paradis, car c’est une gloire pour le paradis d’avoir un maître qui puisse rendre un voleur digne des délices qu’on y goûte. De même, lorsqu’il introduit les publicains et les prostituées dans le Royaume des cieux (Mt 21, 31)…, c’est pour la gloire de ce lieu saint, car il lui montre que le maître du Royaume des cieux est si grand qu’il peut rendre aux prostituées et aux publicains toute leur dignité au point de mériter cet honneur et ce don. Nous admirons un médecin d’autant plus quand nous le voyons guérir des hommes souffrant de maladies réputées incurables. Il est donc juste d’admirer le Christ…lorsqu’il rétablit les publicains et les prostituées dans une telle santé spirituelle qu’ils deviennent dignes du ciel.

Jean ChrysostomeHomélie 1 sur la croix et le larron, pour le Vendredi Saint, 2 ; PG 49, 401 (trad. composite)

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Avouer ses fautes

Si on est vraiment pécheur, il n’y a pas d’humilité à l’avouer. L’humilité commence lorsque quelqu’un qui sait qu’il a fait beaucoup de grandes choses n’en tire pas une haute idée de lui-même. L’humilité existe lorsque, tout en étant semblable à Paul au point de pouvoir dire : « Ma conscience ne me reproche rien », on ajoute aussitôt, comme lui : « Mais je ne suis pas justifié pour autant » (1 Co 4, 4), ou encore : « Le Christ Jésus est venu sauver les pécheurs, dont je suis le premier » (1Tm 1, 15). Voilà en quoi consiste l’humilité : en dépit de la grandeur de nos actes, nous abaisser nous-mêmes en esprit.

Dieu, cependant, à cause de son amour inexprimable des hommes, n’accueille et ne reçoit pas seulement ceux qui s’abaissent devant lui de cette manière, mais aussi ceux qui avouent franchement leurs fautes ; il se montre favorable et bienveillant envers ceux qui sont en de telles dispositions. Pour que tu apprennes combien il est bon de ne pas avoir une haute idée de soi-même, représente-toi deux chars. Attelle à l’un la vertu et l’orgueil, à l’autre le péché et l’humilité. Tu verras l’attelage du péché devancer celui de la vertu, non certes par sa propre puissance, mais par la force de l’humilité qui l’accompagne, et tu verras l’autre dépassé non à cause de la faiblesse de la vertu, mais à cause du poids et de l’énormité de l’orgueil.

Jean ChrysostomeSur l’incompréhensibilité de Dieu, 5, 6-7 ; PG 48, 745 (trad. Orval rev.)

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Ceci est mon corps

« Prenez et mangez, dit Jésus, ceci est mon corps qui est rompu pour vous » (cf. 1 Co 11, 24). Pourquoi les disciples n’ont-ils pas été troublés en entendant ces mots ? C’est parce que le Christ leur avait déjà dit beaucoup de grandes choses à ce sujet (Jn 6)… Faisons pleinement confiance à Dieu, nous aussi. Ne lui faisons pas d’objections, même si ce qu’il dit paraît contraire à nos raisonnements et à ce que nous voyons. Que sa parole soit plutôt maîtresse de notre raison et de notre vue elle-même. Ayons cette attitude face aux mystères sacrés : n’y voyons pas seulement ce qui tombe sous nos sens, mais tenons surtout compte des paroles du Seigneur. Sa parole ne peut pas nous tromper, alors que nos sens nous égarent facilement ; elle n’est jamais prise en défaut, mais eux défaillent très souvent. Lorsque le Verbe dit : « Ceci est mon corps », fions-nous à lui, croyons et contemplons-le avec les yeux de l’esprit…

Combien de gens disent aujourd’hui : « Je voudrais voir le Christ en personne, son visage, ses vêtements, ses chaussures ». Eh bien, dans l’eucharistie c’est lui que tu vois, que tu touches, lui que tu reçois ! Tu désirais voir ses vêtements ; et c’est lui-même qui se donne à toi non seulement pour le voir, mais pour le toucher, le manger, l’accueillir dans ton cœur. Que personne donc ne s’approche avec indifférence ou avec mollesse ; mais que tous viennent à lui animés d’un amour brûlant.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 82 ;PG 58, 743 (trad. Orval rev.)

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Chacun à son heure

« Allez, vous aussi, à ma vigne. » Frères, vous vous demandez peut-être pourquoi on ne fait pas venir tous ces ouvriers en même temps dans la vigne du Seigneur ? Je vous répondrai que le dessein de Dieu a été de les appeler tous en même temps. Mais ils ne veulent pas venir dès qu’ils sont appelés à la première heure et cela tient à leur refus. C’est pourquoi Dieu lui-même vient les appeler en particulier…, à l’heure où il pensait qu’ils se rendraient et qu’ils répondraient à son invitation.

C’est ce que remarque clairement l’apôtre Paul à son propre sujet : « Quand il a plu à Dieu, il m’a mis à part dans le sein de ma mère » (Ga 1, 15). Quand est-ce que cela a plu à Dieu, sinon quand il a vu que Paul se rendrait à son appel ? Dieu aurait voulu l’appeler, certes, dès le commencement de sa vie, mais parce que Paul ne se serait pas rendu à sa voix, Dieu a pris le parti de ne l’appeler que lorsqu’il a vu qu’il lui répondrait. C’est ainsi que Dieu n’a appelé le bon larron qu’à la dernière heure, bien qu’il aurait pu le faire plus tôt, s’il avait prévu que cet homme se serait rendu à son appel.

Donc si les ouvriers de la parabole disent que personne ne les a embauchés, il faut se souvenir de la patience de Dieu… Lui, il montre assez qu’il a fait tout ce qu’il a pu de son côté afin que tous puissent venir dès la première heure du jour. Ainsi la parabole de Jésus nous fait voir que les hommes se donnent à Dieu à des âges très différents. Et Dieu veut à tout prix empêcher les premiers appelés de mépriser les derniers.

Jean ChrysostomeHomélie 64

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Cinq chemins de conversion

Voulez-vous que je vous indique les chemins de la conversion ? Ils sont nombreux, variés et différents, mais tous conduisent au ciel.

Le premier chemin de la conversion, c’est la condamnation de nos fautes. « Commence toi-même par dire tes fautes, pour être justifié » (Is 43, 26). Et c’est pourquoi le prophète disait : « J’ai dit : Je veux confesser au Seigneur les iniquités que j’ai commises ; et toi, tu as pardonné le péché de mon cœur » (Ps 31, 5). Condamne donc toi-même les fautes que tu as commises, et cela suffira pour que le Maître t’exauce. Celui qui condamne ses fautes, en effet, craindra davantage d’y retomber…

Il y en a un deuxième, qui n’est pas inférieur à celui-là, c’est de ne pas garder rancune à nos ennemis, de dominer notre colère pour pardonner les offenses de nos compagnons de service, car c’est ainsi que nous obtiendrons le pardon de celles que nous avons commises contre le Maître ; c’est la deuxième manière d’obtenir la purification de nos fautes. « Si vous pardonnez à vos débiteurs, dit le Seigneur, mon Père qui est aux cieux vous pardonnera aussi » (Mt 6, 14).

Tu veux connaître le troisième chemin de la conversion ? C’est la prière fervente et attentive que tu feras du fond du cœur…

Le quatrième chemin, c’est l’aumône ; elle a une puissance considérable et indicible…

Ensuite, la modestie et l’humilité ne sont pas des moyens inférieurs pour détruire les péchés à la racine. Nous en avons pour témoin le publicain qui ne pouvait pas proclamer ses bonnes actions, mais qui les a toutes remplacées par l’offrande de son humilité et a déposé ainsi le lourd fardeau de ses fautes (Lc 18, 9s).

Nous venons d’indiquer cinq chemins de la conversion… Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins. Ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère.

Jean ChrysostomeSermon sur le diable tentateur ; PG 49, 263-264 (trad. bréviaire)

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Comme nous pardonnons

Le Christ nous demande donc deux choses : condamner nos péchés, pardonner ceux des autres, faire la première chose à cause de la seconde, qui sera alors plus facile, car celui qui pense à ses péchés sera moins sévère pour son compagnon de misère. Et pardonner non seulement de bouche, mais « du fond du cœur », pour ne pas tourner contre nous-mêmes le fer dont nous croyons percer les autres. Quel mal peut te faire ton ennemi, qui soit comparable à celui que tu te fais toi-même ?… Si tu te laisses aller à l’indignation et à la colère, tu seras blessé non par l’injure qu’il t’a faite, mais par le ressentiment que tu en as.

Ne dis donc pas : « Il m’a outragé, il m’a calomnié, il m’a fait quantité de misères. » Plus tu dis qu’il t’a fait du mal, plus tu montres qu’il t’a fait du bien, puisqu’il t’a donné occasion de te purifier de tes péchés. Ainsi, plus il t’offense, plus il te met en état d’obtenir de Dieu le pardon de tes fautes. Car si nous le voulons, personne ne pourra nous nuire ; même nos ennemis nous rendent ainsi un grand service… Considère donc combien tu retires d’avantages d’une injure soufferte humblement et avec douceur.

Jean ChrysostomeHomélies sur saint Matthieu, n° 61 (trad. Véricel, L’Évangile commenté, p. 214)

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Communier dignement

Pour nous garder de toute ingratitude envers notre bienfaiteur, adonnons-nous, dans la mesure de notre pouvoir, à la pratique de toutes les vertus, de la foi, de l’espérance, de la charité, de la tempérance, de la miséricorde et de l’hospitalité. Je reviens au conseil que je vous donnais récemment et que je vous rappellerai sans cesse. Vous le connaissez. Lorsque vous dési­rez participer à nos saints mystères et vous approcher de la Table sainte, faites-le avec un pieux effroi, avec une conscience pure, préparée par le jeûne et la prière. Approchez sans bruit, sans bousculade, sans tapage des pieds : ce serait le signe d’une suprême inconscience, et d’un grave mépris. Une semblable conduite vous exposerait à de graves châtiments. Songez, mes frères, quelle victime vous allez recevoir à la sainte Table ! Vous, cendre et poussière, vous allez vous unir au Corps et au Sang adorable du Christ. Si un prince vous convie à sa table, vous n’y prenez place qu’avec une certaine timidité, n’osant presque pas toucher aux mets qui vous sont présentés. Et lorsque Dieu lui-même vous invite à sa table et vous y offre son Fils incarné, qu’entourent, pénétrées de la plus vive frayeur, les puissances angéliques, les chérubins qui se voilent la face, les séraphins qui chantent avec saisissement : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, vous oseriez vous approcher de ce banquet spirituel en piaffant et gesti­culant ! En ce moment, ne l’oubliez pas, l’âme a besoin de sérénité, de calme, de tranquillité ; et le bruit, l’humeur et le trouble ne pourraient que détruire le calme paisible de votre cœur. Serons-nous excusables de ne pouvoir nous libérer de ces passions, au moins au moment même où nous nous dirigeons vers l’autel ? Est-il pour nous meilleure nourriture que celle qu’on nous y sert ? Pourquoi dès lors nous troubler, nous inquiéter, et nous précipiter hors de l’église pour retourner dans le monde ? Chrétiens, je vous en conjure, n’attirez pas sur vous le courroux du Seigneur. Ce qui vous est offert, c’est un remède efficace contre les blessures de l’âme, un trésor inépuisable et la clef du royaume des cieux. En conséquence, ne prenons cette nourriture qu’avec crainte et reconnaissance. Prosternons-nous devant Dieu en confessant nos péchés ; pleurons nos fautes et prions sans relâche. Nos consciences ainsi purifiées, présentons-nous en silence et avec modestie devant le Roi des cieux. Baisons respectueusement la victime sainte que nous recevrons, et regardons-la avec des yeux brillants de ferveur. Nous communierons alors, non pour notre condamnation, mais pour notre édification.

Jean ChrysostomeHomélie sur la Nativité, 7, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 42-44 (Les écrits des saints)

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Conception virginale

Remarquez l’à-propos de cette expression : « elle se trouva enceinte ». On parle ainsi de faits surprenants et inattendus. N’allez pas demander plus qu’il n’en est dit dans le texte. Ne demandez pas : comrnent le Saint-Esprit est-il intervenu dans ce prodige ? Si la formation de l’homme selon les lois ordinaires de la nature est déjà une merveille qu’on n’arrive pas à expliquer, comment pourrions-nous rendre raison d’un prodige opéré par l’Esprit même ? Aussi l’Évangéliste, coupant court à d’importunes questions, s’en affranchit en nommant l’auteur de cette merveille. Tout ce que je sais, dit-il, c’est que l’Esprit-Saint a tout fait. Qu’’ils rougissent donc, ceux qui scrutent la génération divine du Verbe. Si sa naissance temporelle, dont les témoins se comptent par milliers, qui fut annoncée par tant d’oracles, et qui fut en quelque sorte vue et touchée, est néanmoins ineffable, à plus forte raison serait-il insensé de vouloir pénétrer la génération cachée. Ni l’archange Gabriel, ni saint Matthieu n’ont pu dire autre chose, sinon que c’est là l’œuvre de l’Esprit-Saint. Comment et par quel moyen ce mystère s’est-il opéré, c’est ce que personne n’a dit, par la raison que c’est ineffable. Tout en connaissant le fait de l’intervention divine, nous ignorons donc beaucoup de choses de ce mystère comme de tant d’autres. Comprenons-nous comment le Dieu infini se trouve renfermé et porté dans le sein d’une femme ? Comment celle-ci put-elle demeurer vierge en devenant mère ? Comment l’Esprit a-t-il formé ce temple saint ? Comment ce divin Fils ne prit-il pas entièrement la substance de sa mère, mais seulement une partie, se réservant de l’agrandir et de la former par degrés ! Car on ne peut pas douter que la chair du Verbe incarné ne provienne réellement de la Vierge après ce que dit l’Évangéliste : « Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint », et saint Paul : « né d’une femme ». Toutes propositions qui ferment la bouche à ceux qui diront plus tard que le Christ n’a passé par le sein maternel que comme par un canal. S’il en était ainsi, qu’aurait-il besoin du sein d’une femme ? Qu’aurait-il de commun avec nous, puisque sa chair viendrait d’ailleurs et ne s’apparenterait plus à la nôtre ? Serait-il de la tige de Jessé ? Comment en serait-il le rejeton, le Fils de l’homme, la fleur ? Marie serait-elle sa mère ? Et le Christ serait-il de la race de David ? Aurait-il vraiment pris la forme d’un esclave ? Le Verbe se serait-il fait chair ? Et comment saint Paul aurait-il dit aux Romains que « le Christ est issu des Israélites selon la chair, lui qui est Dieu au-dessus de tout » ? Tous ces témoignages et beaucoup d’autres encore, démontrent donc l’identité de sa nature avec la nôtre. Le Christ est sorti d’un sein virginal, mais la manière dont s’est opéré ce prodige, nous l’ignorons. Toutes nos recherches dans ce domaine resteront toujours vaines. II nous faut recevoir humblement ce que Dieu a révélé, et respecter ce qu’il nous cache.

Jean ChrysostomeHomélies sur Matthieu IV, 4, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 42-44 (Les écrits des saints)

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De l’étoile à l’ange

Vous me demanderez peut-être : pourquoi se servir d’une étoile pour appeler les Mages au Christ ? Y avait-il un autre moyen ? Fallait-il envoyer des prophètes ? Les Mages ne les auraient jamais accueillis. Fal­lait-il faire entendre une voix céleste ou députer un ange ? Ils auraient également méprisé ces moyens. Dieu, dans son extrême condescendance, préfère les appeler par des choses auxquelles ils sont accoutumés. Il leur montre une étoile, grande et merveilleuse, qui les impressionnera par son volume, son éclat, et l’étrangeté de son mouvement. Paul imitera plus tard ce comportement quand il prendra occasion d’un autel qu’il voit à Athènes pour discuter avec les Grecs, et citer le témoignage de leurs poètes. Aux Juifs il par­lera de la circoncision, et des sacrifices de la loi ancienne, afin de les conduire à l’Évangile. Chacun est attaché à ses coutumes ; Dieu et ses envoyés tiennent donc compte de ce sentiment pour sauver le genre humain.

Ne regardez donc pas comme indigne de Dieu le choix de cette étoile, car vous devriez alors condamner toute la religion judaïque : ses sacrifices, ses purifica­tions, ses néoménies, l’arche et le temple même. Or, toutes ces choses tirent plus ou moins leur origine du paganisme. Si pour sauver un peuple égaré, le Seigneur tolère qu’on l’honore d’un culte qu’on rendait ailleurs aux démons, sauf quelques légères modifications, n’est-ce pas pour amener peu à peu ses adorateurs à un culte plus pur et plus saint ? Le Seigneur use de cette même condescendance envers les Mages. Il les appelle d’abord par la vue d’une étoile, pour les élever ensuite à de plus sublimes pensées. La preuve en est dans le fait, qu’après les avoir conduits à la crèche comme par la main, il leur signifie sa volonté par un ange. C’est donc par degrés que les Mages sont devenus plus par­faits et plus sages Donne au sage, disent les Proverbes (9, 9), et il deviendra plus sage encore.

Jean ChrysostomeHomélies sur Matthieu VI, 3, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 97-9 (Les écrits des saints)

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Désordre dans l’église

Puisque j’ai parlé du corps du Seigneur, il faut en dire quelques mots avant de terminer. Il en est trop parmi nous qui veulent communier en ce jour de fête, par habitude, en raison de la solennité. Je vous l’ai dit souvent : voulez-vous vous approcher de la sainte Table en ce jour, il faut avant tout purifier votre conscience, et ne penser à la fête que par après. Cette disposition seule vous donne droit de participer à cet­te chair divine et redoutable. Un pécheur ne peut en aucune circonstance, même pas aux solennités, y par­ticiper. Celui qui s’est purifié par une sincère péni­tence est toujours digne de participer aux divins mys­tères, et de jouir des dons célestes, même en dehors des jours de fête. Cependant, certains fidèles prennent ces choses trop à la légère ; malgré leur conscience chargée, sitôt qu’une fête arrive, ils osent s’approcher des saints mystères, sur lesquels, en raison de leur indignité, ils ne pourraient même pas porter les yeux. J’écarterai donc de la Table sainte les fidèles manifes­tement indignes. Quant à ceux dont l’indignité m’échappe, Dieu qui pénètre le secret des cœurs sera leur juge. Je me bornerai pour aujourd’hui à préve­nir un désordre quasi général. Quel est ce désordre ? Votre manque de respect. Vous ne vous approchez pas de la sainte Table avec vénération ; vous piaffez, vous vous agitez, vous vous mettez en colère, vous criez, vous vous injuriez les uns les autres, vous frappez vos voisins, vous créez le désordre. En un mot, vous n’avez pas un minimum de maintien. Je vous ai souvent lancé ce reproche, et je suis malheureusement obligé de le renouveler sans cesse.

… Pourquoi tout ce tumulte et cette agitation ? Êtes-vous si pressés de vaquer à vos affaires ? L’affaire importante à ce moment, n’est-ce pas la sainte Communion ? Pouvez-vous en un moment si solennel vous croire encore sur la terre, conversant avec les hommes ? Ce serait faire preuve de dureté de cœur que de le croire. En vérité vous êtes alors au milieu des chœurs angéliques, entonnant avec eux l’hymne mysti­que, et chantant en l’honneur de Dieu le cantique du triomphe.

Jean ChrysostomeHomélie pour l’Epiphanie, 4, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 175-176 (Les écrits des saints)

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Dieu est bon pour les pécheurs

Il faut que nous gardions toujours à l’esprit combien tous les hommes sont entourés de tant de témoignages du même amour de Dieu. Si sa justice avait précédé la pénitence, l’univers aurait été anéanti. Si Dieu avait été prompt au châtiment, l’Église n’aurait pas connu l’apôtre Paul ; elle n’aurait pas reçu un tel homme dans son sein. C’est la miséricorde de Dieu qui transforme le persécuteur en apôtre ; c’est elle qui change le loup en berger, et qui a fait d’un publicain un évangéliste (Mt 9, 9). C’est la miséricorde de Dieu qui, touchée de notre sort, nous a tous transformés ; c’est elle qui nous convertit.

En voyant le goinfre d’hier se mettre aujourd’hui à jeûner, le blasphémateur de jadis parler de Dieu avec respect, l’homme ignoble d’autrefois n’ouvrir sa bouche que pour louer Dieu, on peut admirer cette miséricorde du Seigneur. Oui, frères, si Dieu est bon envers tous les hommes, il l’est particulièrement envers les pécheurs.

Voulez-vous même entendre quelque chose d’étrange du point de vue de nos habitudes, mais quelque chose de vrai du point de vue de notre religion ? Écoutez : tandis que Dieu se montre exigeant pour les justes, il n’a pour les pécheurs que bonté et douceur. Quelle rigueur envers le juste ! Quelle indulgence envers le pécheur ! Telle est la nouveauté, le renversement, que nous offre la conduite de Dieu… Et voici pourquoi : effrayer le pécheur, surtout le pécheur obstiné, ce serait le priver de toute confiance, le plonger dans le désespoir ; flatter le juste, ce serait émousser la vigueur de sa vertu, le faire se relâcher de son zèle. Dieu est infiniment bon ! Sa crainte est la sauvegarde du juste, et sa bonté retourne le pécheur.

Jean Chrysostome7e Homélie sur la conversion

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Dieu sur une croix

Pleurons pour les païens qui ne comprennent pas le salut que Dieu veut leur donner… Oui, un époux aime moins sa femme que nous n’aimons, nous, tous les hommes et que nous voudrions amener tous les hommes au salut. Pleurons et gémissons sur ces incroyants, parce que pour eux « le langage de la croix est une folie », alors qu’il est en fait « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 18.24)…

Regarde, ô homme ! Pour toi Jésus Christ a pris la forme d’un esclave (Ph 2, 7), pour toi il est mort sur une croix, pour toi il est ressuscité. Et tu dis qu’il est impossible de croire en un tel amour, d’adorer un tel Dieu, alors que ce Roi a fait pour toi, son ennemi, ce que parmi nous un père, un fils ou un ami n’aurait pas fait pour toi ? …

Quand je dis : « Mon Dieu a été attaché à une croix », le païen répond : « La raison ne peut pas admettre cela. Il souffre, il se laisse crucifier ; il ne peut donc pas se sauver lui-même ? … S’il ne peut pas se sauver lui-même, comment peut-il sauver les autres ? (cf. Mt 27, 42) Tout cela est contraire à la raison. » C’est vrai ; la croix est un mystère au-dessus de la raison humaine, elle est le signe d’une puissance au-delà de notre compréhension… Quand, après avoir été jetés dans la fournaise, les trois Hébreux ont triomphé des flammes (Dn 3), c’était plus prodigieux que s’ils n’y avaient pas été précipités. Que Jonas soit englouti par une baleine, c’est naturel, c’est normal ; mais Jonas vivant dans le ventre du monstre, voilà le prodige. De même, le Christ prouvait mieux sa divinité en triomphant de la mort du sein même de la mort qu’en refusant de mourir.

Jean Chrysostome4e Homélie sur 1 Corinthiens

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Difficile orthodoxie

La loi que Dieu donna à Moïse, les sectateurs de Marcion et de Valentin, et d’autres qui leur ressemblent, la retranchent du canon des Écritures. D’autre part, les Juifs ont pour elle un respect tel, qu’aujourd’hui qu’elle est abrogée, ils se piquent de l’observer encore étroitement, contre la volonté du Seigneur lui-même. L’Église, également éloignée de ces deux excès, a pris le juste milieu ; d’une part, elle refuse de se soumettre au joug de cette loi, et d’autre part elle n’accepte pas qu’on en dise du mal. Bien plus, elle en fait l’éloge après sa suppression dans le présent, en lui reconnaissant son utilité dans le passé.

C’est cette sage mesure que devra garder celui qui aura à combattre deux camps si opposés. S’il veut persuader les Juifs qu’ils ne sont plus astreints aux observances légales, et attaque l’ancienne loi sans ménagement, il donnera prise aux hérétiques qui la dénigrent. Si, pour fermer la bouche aux hérétiques, il exalte la loi outre mesure comme si elle était encore obligatoire de nos jours, c’est aux Juifs qu’il donne gain de cause.

Ces rencontres avec les hérétiques sont donc extrêmement périlleuses. On marche sur un sentier étroit, escarpé, et, des deux côtés, bordé de précipices ; et on risque, à chaque instant, en voulant frapper une de ces hérésies, d’être blessé par l’autre. Proclamez-vous l’unité de Dieu, Sabellius en conclut bêtement qu’il n’y a qu’une personne. Proclamez-vous la Trinité en disant : autre est le Père, autre est le Fils, autre est le Saint-Esprit, Arius s’empare de cette distinction pour transformer en diversité de nature la distinction des Personnes. Il faut savoir également rejeter, et la confusion que Sabellius veut introduire, et la division non moins sacrilège d’Arius, en reconnaissant en même temps une seule et unique divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur distinction en trois Personnes (ou Hypostases).

Voilà la vérité capable de braver les assauts des deux sectes hérétiques. Je pourrais te signaler bien d’autres points de controverse où il faut autant de prudence que de courage, si on ne veut pas y être criblé de coups.

Jean ChrysostomeDialogue sur le sacerdoce IV, 4 trad. B. Vandenberghe, p. 128-129 (Les écrits des saints)

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Douceur du Christ

Aujourd’hui encore, le Christ est pour nous un maître plein de douceur et d’amour…. Voyez comment il agit. Il se montre compatissant pour le pécheur qui mérite pourtant ses rigueurs. Ceux qui provoquent sa colère devrait être anéantis, mais il adresse aux hommes coupables des paroles pleines de douceur : « Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». Dieu est humble ; l’homme, orgueilleux. Le juge se montre clément ; le malfaiteur, arrogant. L’artisan dit des paroles d’humilité ; l’argile discourt à la manière d’un roi (cf. Is 29, 16 ; 45, 9). « Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. » Il n’apporte pas le fouet pour châtier, mais le remède pour guérir.

Songez donc à sa bonté inexprimable. Allez-vous refuser votre amour au Maître qui jamais ne frappe et votre admiration au juge qui implore pour le coupable ? Ses paroles si simples ne peuvent pas vous laisser insensibles : « Je suis le Créateur et j’aime mon œuvre ; je suis l’artisan et je prends soin de celui que j’ai formé (cf. Gn 2, 7). Si je ne voulais me soucier que de ma dignité, je ne relèverais pas l’homme déchu. Si je ne traitais pas sa maladie incurable avec des remèdes appropriés, jamais il ne pourrait recouvrer la santé. Si je ne le réconfortais pas, il mourrait. Si je ne faisais que le menacer, il périrait. Il gît sur le sol, mais je vais lui mettre le baume de la bonté (cf. Lc 10, 34). Ému de compassion, je m’abaisse profondément pour le relever de sa chute. Celui qui se tient debout ne pourrait pas relever un homme couché par terre sans s’incliner pour lui tendre la main. ‘ Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ‘ ».

Jean ChrysostomeHomélie à la mémoire de saint Bassus, 2 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 115 rev.)

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Douze hommes transformés

Saint Paul disait : « La faiblesse de Dieu est plus forte que tous les hommes » (1 Co 1, 25). Que la prédication soit l’œuvre de Dieu, c’est évident. Comment douze hommes, des ignorants, ont-ils pu avoir l’idée d’une telle démarche, eux qui vivaient près des lacs et des fleuves et dans le désert ? Eux qui n’avaient jamais fréquenté les villes et leurs assemblées, comment ont-ils pu songer à se mobiliser contre la terre entière ? Ils étaient craintifs et sans courage : l’évangéliste le montre bien, il n’a voulu ni excuser ni cacher leurs défauts. C’est là une preuve très forte de vérité. Que dit-il à leur sujet ? Quand le Christ a été arrêté, après avoir fait les miracles innombrables, la plupart se sont enfuis, et celui qui était leur chef de file n’est resté que pour le renier.

Quand le Christ était vivant, ces hommes étaient incapables de soutenir les assauts de ses ennemis. Et lorsqu’il était mort et enseveli…, comment croyez-vous qu’ils se seraient mobilisés contre la terre entière ? Est-ce qu’ils n’auraient pas dû se dire : « Il n’a pas été capable de se sauver lui-même, et il nous protégerait ? Quand il était vivant, il n’a pas pu se défendre, et maintenant qu’il est mort, il nous tendrait la main ? Quand il était vivant, il n’a pas pu se soumettre aucune nation, et nous allons convaincre la terre entière en proclamant son nom ? »… La chose est donc évidente : s’ils ne l’avaient pas vu ressuscité et s’ils n’avaient pas eu la preuve de sa toute-puissance, ils n’auraient pas pris un risque pareil.

Jean ChrysostomeHomélie sur la 1ère lettre aux Corinthiens 4, 3 ; PG 61, 34 (trad. bréviaire 24/08)

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Encore trois jours…

Gardons-nous de perdre tout espoir, mais évitons également de céder trop facilement à la nonchalance. (…) Le désespoir empêche celui qui est tombé de se relever, et la nonchalance fait chuter celui qui est debout. (…) Si la présomption nous précipite du haut des cieux, le désespoir nous précipite dans l’abîme infini du mal, alors qu’il suffit d’un peu d’espoir pour nous en arracher. (…)

C’est ainsi que Ninive a été sauvée. Pourtant, la sentence divine prononcée contre les Ninivites était de nature à les plonger dans le désarroi, car elle ne disait pas : « Si vous vous repentez, vous serez sauvés », mais simplement : « Encore trois jours, et Ninive sera détruite » (Jon 3, 4). Mais ni les menaces du Seigneur, ni les injonctions du prophète, ni la sévérité même de la sentence (…) n’ont fait fléchir leur confiance. Dieu veut que nous tirions une leçon de cette sentence portée sans condition afin qu’instruits par cet exemple, nous résistions au désespoir tout comme à la passivité. (…) En outre, la bienveillance divine ne se manifeste pas seulement à travers le pardon accordé aux Ninivites repentants (…) : le délai accordé atteste également sa bonté inexprimable. Pensez-vous que trois jours auraient pu suffire pour effacer tant d’iniquité ? La bienveillance de Dieu éclate derrière ces mots ; d’ailleurs, n’est-elle pas l’artisan principal du salut de toute la ville ?

Que cet exemple nous préserve de tout désespoir. Car le diable considère cette faiblesse comme son arme la plus efficace, et, même en péchant, nous ne saurions lui faire de plus grand plaisir qu’en perdant espoir.

Jean ChrysostomeHomélies sur la conversion prononcées à son retour de la campagne, n° 1 (trad. DDB 1978, p. 27)

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Entends ma prière

« Prête l’oreille à mes paroles, Seigneur ! » (Ps 5, 2) Tu es venu non seulement prendre en pitié ton peuple Israël, mais sauver toutes les nations…, non seulement restaurer une partie de la terre, mais renouveler le monde entier. Donc « prête l’oreille à mes paroles, Seigneur ! »… Ne rejette pas ma supplication comme indigne ; ne repousse pas ma prière. Je ne demande pas l’or ou les richesses… C’est en désirant l’amour et le respect pour toi que je crie sans cesse : « Prête l’oreille à mes paroles, Seigneur ! »

Israël a joui de tes biens ; moi aussi je ferai l’expérience de tes bienfaits. Tu l’as conduit hors d’Égypte ; retire-moi de l’erreur. Tu l’as racheté au Pharaon ; délivre-moi de l’auteur du mal. Tu l’as conduit à travers la Mer Rouge ; conduis-moi à travers l’eau du baptême. Tu l’as guidé par la colonne de feu ; éclaire-moi par ton Esprit Saint. Israël a mangé le pain des anges au désert ; donne-moi ton Corps très saint. Il a bu l’eau du rocher ; désaltère-moi du Sang de ton côté. Israël a reçu les tables de ta Loi ; grave ton Évangile en mon cœur…

« Prête l’oreille à mes paroles, Seigneur ! Comprends mon cri. » Grâce à ce cri, Moïse a eu la création comme alliée pour ton peuple ; grâce à cette clameur, Josué a freiné la course du soleil (Jos 10, 12) ; grâce à ce cri, Elie a rendu stériles les nuées du ciel (1 R 17, 1) ; c’est grâce à cette plainte qu’Anne a mis au monde un enfant, contre tout espoir (1S 1, 10s). « Seigneur, comprends donc mon cri ! »

Je proclame la puissance absolue du Père et la médiation du Fils, son envoi dans le monde et son obéissance. Le Père siège éternellement, et toi tu as « incliné les cieux et tu es descendu » (Ps 28, 10 ;17, 10)… Dans le Jourdain tu as reçu son témoignage. En appelant Lazare hors du tombeau, tu as rendu grâces à ton Père… ; en multipliant les pains au désert, tu as levé les yeux vers le ciel et as dit la bénédiction. Quand tu as été suspendu à la croix, c’est lui qui a reçu ton esprit ; quand tu as été déposé dans le tombeau, c’est lui qui t’a ressuscité le troisième jour. C’est tout cela que je crie dans ma prière ; c’est cela que je proclame à travers les âges. .

 

Jean ChrysostomeHomélie anonyme du IVe siècle placée sous son nom (trad. SC 146, p. 67s rev.)

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Épreuves de force

« Après son baptême, Jésus a été conduit par l’Esprit à travers le désert, où il a été mis à l’épreuve par le démon »… Tout ce que Jésus a fait et enduré était destiné à nous instruire. Il a donc voulu être conduit en ce lieu pour lutter avec le démon, afin que personne parmi les baptisés ne soit troublé si après son baptême il subit de plus grandes tentations, comme si c’était extraordinaire ; mais il doit supporter tout cela comme étant dans l’ordre des choses. C’est pour cela que vous avez reçu des armes : non pour rester oisifs, mais pour combattre.

Voici pour quels motifs Dieu n’empêche pas les tentations qui vous surviennent. D’abord pour vous apprendre que vous êtes devenus beaucoup plus forts. Puis, afin que vous gardiez la mesure, au lieu de vous enorgueillir des grands dons que vous avez reçus, car les tentations ont le pouvoir de vous humilier. En outre, vous serez tentés afin que cet esprit du mal, se demandant encore si vous avez vraiment renoncé à lui, soit convaincu, par l’expérience des tentations, que vous l’avez totalement abandonné. Quatrièmement, vous êtes tentés pour être entraînés à être plus forts et plus solides que l’acier. Cinquièmement, afin que vous ayez la certitude absolue que des trésors vous ont été confiés. Car le démon ne vous aurait pas assaillis s’il n’avait pas vu que vous receviez un plus grand honneur.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 13, 1 ; PG 57, 207 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 339s)

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Et s’il n’en reste qu’un…

Un semeur est sorti semer son grain, et une partie est tombée le long du chemin, une autre sur la bonne terre. Trois parts ont été perdues, une seule a fructifié. Mais le semeur n’a pas cessé de cultiver son champ ; il lui suffit qu’une partie soit conservée pour ne pas abandonner ses travaux. En ce moment, il est impossible que le grain que je lance au milieu d’un auditoire si nombreux ne germe pas. Si tous n’écoutent pas, un tiers écoutera ; si ce n’est pas un tiers, ce sera la dixième partie ; si même la dixième partie n’écoutait pas, pourvu qu’un seul membre de cette nombreuse assemblée écoute, je ne cesserai pas de parler.

Ce n’est pas peu de chose que le salut même d’une seule brebis. Le Bon Pasteur a laissé les quatre-vingt-dix-neuf autres pour courir après la brebis qui s’était égarée (Lc 15, 4). Je ne pourrais jamais mépriser qui que ce soit. Même s’il n’y en a qu’un, c’est toujours un homme, cet être si cher à Dieu. Même si c’est un esclave, je ne le dédaignerai pas, car je cherche, non la condition sociale, mais la valeur personnelle, non la puissance ou la servitude, mais un homme. Même s’il n’y en a qu’un, c’est toujours l’homme, celui pour qui le soleil, l’air, les sources et la mer ont été créés, les prophètes envoyés, la Loi donnée. Il est toujours cet être pour qui le Fils unique de Dieu s’est fait homme. Mon Maître a été immolé, son sang a été versé pour l’homme, et j’oserais mépriser qui que ce soit ?…

Non, je ne cesserai pas de semer la parole, même si personne ne m’écoutait. Je suis médecin, j’offre mes remèdes. Je dois enseigner, ordre m’a été donné d’instruire, car il est écrit : « Je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël » (Ez 3, 17).

Jean ChrysostomeHomélie sur Lazare, 2 (trad. En Calcat rev.)

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Force de la croix

Pierre considère les souffrances et la mort du Christ d’un point de vue purement naturel et humain, et cette mort lui paraît indigne de Dieu, honteuse pour sa gloire. Le Christ le reprend et semble lui dire : « Mais non, la souffrance et la mort ne sont pas indignes de moi. Des idées terre à terre troublent et égarent ton jugement. Écarte toute idée humaine ; écoute mes paroles du point de vue des desseins de mon Père, et tu comprendras que cette mort est la seule qui convienne à ma gloire. Tu crois que c’est une honte pour moi de souffrir ? Sache que c’est la volonté du diable que je n’accomplisse pas ainsi le plan du salut »…

Que personne donc ne rougisse des signes de notre salut, qui sont si dignes de vénération et d’adoration ; la croix du Christ est la source de tout bien. C’est par elle que nous vivons, que nous sommes régénérés et sauvés. Portons donc la croix comme une couronne de gloire. Elle met son sceau à tout ce qui nos conduit au salut : quand nous sommes régénérés par les eaux du baptême, la croix est là ; quand nous nous approchons de la table sainte pour y recevoir le Corps et le Sang du Sauveur, elle est là ; quand nous imposons les mains sur les élus du Seigneur, elle est là. Quoi que nous fassions, elle se dresse là, signe de victoire pour nous. C’est pourquoi nous la mettons dans nos maisons, sur nos murs, sur nos portes ; nous la traçons sur notre front et notre poitrine ; nous la portons dans notre cœur. Car elle est le symbole de notre rédemption et de notre libération et de la miséricorde infinie de notre Seigneur.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 54

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Gardons l’humilité

Si vous voulez être grand, n’en tirez pas orgueil comme le Pharisien de la parabole (Lc 18, 9s), et alors vous serez vraiment grand. Croyez que vous êtes sans mérite, et alors vous en aurez. Le publicain, lui, s’est reconnu pécheur et ainsi il est devenu juste ; combien plus le juste qui se reconnaît pécheur verra-t-il sa justice et ses mérites s’agrandir ! Car l’humilité fait du pécheur un juste, puisqu’il reconnaît la vérité de sa vie ; et dans l’âme des justes l’humilité véritable agit encore plus puissamment.

Ne perdez donc pas par la vaine gloire le fruit que vous aurez gagné par vos travaux, le salaire de vos peines, la récompense des labeurs de votre vie. Dieu connaît mieux que vous-même le bien que vous faites. Un simple verre d’eau fraîche sera récompensé. Dieu agrée la plus petite aumône, ou si vous ne pouvez rien donner, même un soupir de compassion. Il accueille tout, se souviendra de tout pour vous le rendre au centuple.

Cessons donc de compter nos mérites et de les étaler au grand jour. Si nous chantons nos mérites, nous ne serons pas loués par Dieu. Gémissons plutôt sur notre misère, et Dieu nous élèvera aux yeux des autres. Il ne veut pas que le fruit de nos labeurs se perde. Dans son amour ardent il veut couronner nos plus petites actions ; il cherche toutes les occasions pour nous délivrer de la géhenne.

Jean ChrysostomeHomélies sur Saint Matthieu, n° 3

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Grande est ta foi

Alors qu’elle devrait se retirer découragée, la Cananéenne approche de plus près et, adorant Jésus, elle lui dit : « Seigneur, viens à mon secours ! » Mais alors, femme…, tu ne l’as pas entendu dire : « Je n’ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d’Israël » ? Je l’ai entendu, réplique-t-elle ; mais je sais qu’il est le Seigneur de toutes choses…

C’est parce qu’il prévoyait sa réponse que le Christ retardait d’exaucer sa prière. Il n’a refusé sa demande que pour mettre en valeur sa piété. S’il n’avait pas voulu l’exaucer, il ne lui aurait pas finalement accordé sa demande… Ses réponses n’étaient pas destinées à lui faire de la peine, mais plutôt à l’attirer et à révéler ce trésor caché.

Mais considère, je te prie, en même temps que sa foi, son humilité profonde. Jésus a donné aux juifs le nom d’enfants ; la Cananéenne renchérit encore sur ce titre et les appelle des maîtres, tant elle était loin d’être jalouse des louanges prodiguées aux autres : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres »… Et c’est à cause de son humilité qu’elle a été admise au nombre des enfants. Le Christ lui dit alors : « Femme, ta foi est grande ». Il lui tardait de prononcer cette parole et de récompenser cette femme : « Qu’il t’advienne selon ton désir ! »… Tu le vois, la Cananéenne a une grande part dans la guérison de sa fille. En effet, le Christ ne dit pas : Que ta fille soit guérie, mais : « Ta foi est grande, qu’il t’advienne selon ton désir ! » Et remarque encore bien ceci : là où les apôtres avaient échoué et n’avaient rien obtenu, elle a réussi. Telle est la puissance d’une prière persévérante.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 52, 1-3 (trad. Véricel, L’Évangile commenté, p. 200 rev.)

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Grandeur du sacerdoce

Le sacerdoce s’exerce sur la terre, mais son rang est parmi les choses célestes. Et c’est à bon droit. Ce n’est ni l’homme, ni l’ange, ni l’archange, ni quelqu’autre puissance créée, mais le divin Paraclet lui-même qui a réglé cette union. C’est lui qui a permis à des êtres revêtus de chair d’exercer ici-bas un ministère tout angélique. Il faut donc qu’un prêtre soit aussi pur que s’il était déjà dans le ciel au milieu des chœurs angéliques. Que l’on se rappelle la pompe et la majesté du cérémonial dans le sacerdoce hébraïque : quelle crainte respectueuse, quelle sainte frayeur il inspirait ! Tout cet imposant appareil de clochettes, de grenades, de pierres précieuses qui brillaient sur la poitrine et sur les épaules du grand-prêtre ; sa mitre, son diadème, sa longue tunique traînante, sa lance d’or, le Saint des Saints et le silence profond de son intérieur ! Mais que toute cette pompe extérieure était peu de chose, rapprochée des mystères de la loi de grâce ! Et combien l’Apôtre n’a-t-il pas eu raison de dire que l’éclat du premier sacerdoce n’est rien à côté de la gloire suréminente du second (2 Co 3, 10) !

En effet, quand tu vois le Seigneur immolé et gisant sur l’autel, et le prêtre debout qui s’incline sur la victime, occupé à prier, et tous les assistants, les lèvres empourprées de ce sang auguste, penses-tu être encore parmi les hommes et habiter la terre ? Ne te semble-t-il pas plutôt être transporté soudain dans les cieux ? Bannissant de ton esprit toute pensée charnelle, ne contemples-tu pas, avec une âme dégagée des sens, les célestes merveilles, comme si tu étais un pur esprit ? Ô prodige ! Ô bonté de Dieu pour les hommes ! Celui qui siège là-haut, à la droite de Dieu le Père, en ce moment même se laisse prendre par les mains de tous les assistants, et se donne à qui veut le recevoir et lui donner en retour des marques de son amour. Voilà ce que découvrent les yeux de la foi.

(…) C’est aux prêtres seuls qu’a été confié l’enfantement spirituel des âmes, ce sont eux qui les engendrent à la vie de Dieu, ce sont eux qui les revê­tent du Christ, les ensevelissent avec lui au tombeau, et les constituent membres du Corps mystique, dont il est le chef. À ce titre, nous devrions les honorer plus que les princes et les rois, et même les chérir plus que nos propres parents. Ceux-ci nous font naître de leur sang et du désir de leur chair ; les prêtres nous font naître enfants de Dieu. Nous leur devons et notre bienheureuse régénération, et notre vraie liberté, et notre adoption dans l’ordre de la grâce.

Jean ChrysostomeDialogue sur le sacerdoce III, 4 et 5 trad. B. Vandenberghe p. 72-74 et 76 (Les écrits des saints)

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Il vint pour rendre témoignage

Le Christ s’est manifesté à tous non pas au moment de sa naissance mais au moment de son baptême. Jusqu’à ce jour-là, peu le connaissaient ; presque tous ignoraient qu’il existait et qui il était. Jean Baptiste disait : « Il y a parmi vous quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26). Jean lui-même partageait cette ignorance du Christ jusqu’à son baptême : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint »

… En effet, quelle est la raison que Jean donne pour ce baptême du Seigneur ? C’était, dit-il, pour le faire connaître à tous. Saint Paul le dit aussi : « Jean donnait un baptême de conversion, disant au peuple de croire en celui qui devait venir après lui » (Ac 19, 4). Voici pourquoi Jésus reçoit le baptême de Jean. Aller de maison en maison en présentant le Christ et dire que c’était le Fils de Dieu, voilà qui rendait le témoignage de Jean bien difficile ; le conduire à la synagogue et le désigner comme le Sauveur aurait rendu son témoignage peu crédible. Mais qu’au milieu d’une grande foule rassemblée au bord du Jourdain, Jésus reçoive le témoignage clairement exprimé du haut du ciel, que l’Esprit Saint soit descendu sur lui sous la forme d’une colombe, voilà ce qui confirmait le témoignage de Jean sans aucun doute possible.

« Moi-même, je ne le connaissais pas » disait Jean. Qui donc te l’a fait connaître ? « C’est celui qui m’a envoyé baptiser ». Et qu’est-ce qu’il t’a dit ? « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et reposer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint ». C’est donc l’Esprit Saint qui révèle à tous celui dont Jean avait proclamé les merveilles, en descendant le désigner, pour ainsi dire, de son aile.

Jean ChrysostomeHomélie sur le Baptême de Jésus-Christ et sur l’Épiphanie

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Je suis au milieu d’eux

Si je vous dis d’imiter l’apôtre Paul, ce n’est pas vous dire : Ressuscitez les morts, guérissez les lépreux. Faites mieux : ayez la charité. Ayez l’amour qui animait saint Paul, car cette vertu est bien supérieure au pouvoir de faire des miracles. Là où il y a la charité, Dieu le Fils règne avec son Père et le Saint Esprit. Il l’a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Aimer se trouver ensemble, c’est le caractère d’une amitié aussi forte que réelle.

Est-ce qu’il y a des gens assez misérables, direz-vous, pour ne pas désirer avoir le Christ au milieu d’eux ? Oui, nous-mêmes, mes enfants ; nous le chassons d’entre nous quand nous sommes en lutte les uns contre les autres. Vous me direz : Que dis-tu là ? Ne vois-tu pas que nous sommes rassemblés en son nom, tous dans les mêmes murs, dans l’enceinte de la même église, attentifs à la voix de notre pasteur ? Pas la moindre dissension, dans l’unité des cantiques et des prières, écoutant ensemble notre pasteur. Où est la discorde ?

Je sais que nous sommes dans le même bercail et sous le même pasteur. Je n’en pleure que plus amèrement… Car si vous êtes calmes et tranquilles en ce moment, au sortir de l’église celui-ci critique celui-là ; l’un injurie publiquement l’autre ; tel est dévoré par l’envie, la jalousie ou l’avarice ; tel autre médite la vengeance, tel autre la sensualité, la duplicité ou la fraude… Respectez donc, respectez cette table sainte à laquelle nous communions tous ; respectez le Christ immolé pour nous ; respectez le sacrifice qui est offert sur cet autel au milieu de nous.

Jean ChrysostomeHomélie 8 sur l’épître aux Romains, 8 ; PG 60, 464-466

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Je suis là, au milieu d’eux

Si je vous dis d’imiter l’apôtre Paul, ce n’est pas vous dire : « Ressuscitez les morts, guérissez les lépreux. » Faites mieux : ayez la charité. Ayez l’amour qui animait saint Paul, car cette vertu est bien supérieure au pouvoir de faire des miracles. Là où il y a la charité, Dieu le Fils règne avec son Père et le Saint Esprit. Il l’a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Aimer se trouver ensemble, c’est le caractère d’une amitié aussi forte que réelle.

Est-ce qu’il y a des gens assez misérables, direz-vous, pour ne pas désirer avoir le Christ au milieu d’eux ? Oui, nous-mêmes, mes enfants ; nous le chassons d’entre nous quand nous sommes en lutte les uns contre les autres. Vous me direz : « Que dis-tu là ? Ne vois-tu pas que nous sommes rassemblés en son nom, tous dans les mêmes murs, dans l’enceinte de la même église, attentifs à la voix de notre pasteur ? Pas la moindre dissension, dans l’unité des cantiques et des prières, écoutant ensemble notre pasteur. Où est la discorde ? »

Je sais que nous sommes dans le même bercail et sous le même pasteur. Je n’en pleure que plus amèrement… Car si vous êtes calmes et tranquilles en ce moment, au sortir de l’église, celui-ci critique celui-là ; l’un injurie publiquement l’autre ; tel est dévoré par l’envie, la jalousie ou l’avarice ; tel autre médite la vengeance, tel autre la sensualité, la duplicité ou la fraude… Respectez donc, respectez cette table sainte à laquelle nous communions tous ; respectez le Christ immolé pour nous ; respectez le sacrifice qui est offert sur cet autel au milieu de nous.

Jean Chrysostome8e Homélie sur la lettre aux Romains, 8 ; PG 60, 464

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L’ami de l’Époux

« Voilà l’Agneau de Dieu » dit Jean Baptiste. Jésus lui-même ne parle pas ; c’est Jean qui dit tout. L’époux a coutume d’agir ainsi ; il ne dit rien encore à l’épouse, mais il se présente et se tient en silence. D’autres l’annoncent et lui présentent l’épouse. Quand elle paraît, l’époux ne la prend pas lui-même, mais il la reçoit des mains d’un autre. Mais après qu’il l’a ainsi reçue d’autrui, il se l’attache si fortement qu’elle ne se souvient plus de ceux qu’elle a quittés pour le suivre.

C’est ce qui s’est passé à l’égard de Jésus Christ. Il est venu pour épouser l’humanité ; il n’a rien dit lui-même, il n’a fait que se présenter. C’est Jean, l’ami de l’Époux, qui a mis dans sa main celle de l’Épouse, en d’autres termes, le cœur des hommes, qu’il a persuadés par sa prédication. Alors Jésus Christ les a reçus et les a comblés de tant de biens qu’ils ne sont plus revenus à celui qui les lui avait amenés… Il a tiré son Épouse de sa condition très humble pour la conduire de la maison de son Père…

C’est Jean, l’ami de l’Époux, qui seul a été présent à ces noces ; c’est lui qui a tout fait alors ; apercevant Jésus qui venait, il a dit : « Voilà l’Agneau de Dieu ». Et il montrait ainsi que ce n’est pas seulement par la voix, mais encore des yeux, qu’il rendait témoignage à l’Époux. Il admirait le Fils de Dieu et, en le contemplant, son cœur tressaillait d’allégresse et de joie. Avant de l’annoncer, il l’admire présent, et il fait connaître le don que Jésus est venu apporter : « Voilà l’Agneau de Dieu ». C’est lui, dit-il, qui enlève le péché du monde, et il le fait sans cesse, pas seulement au moment de sa Passion quand il a souffert pour nous. S’il n’offre qu’une seule fois son sacrifice pour les péchés du monde, cet unique sacrifice purifie à jamais les péchés de tous les hommes jusqu’à la fin du monde.

Jean ChrysostomeHomélie 18 sur l’évangile de saint Jean

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L’Écriture est de Dieu

Dans les premiers temps, le Seigneur, qui avait créé l’homme, parlait lui-même à l’homme de telle façon que celui-ci pouvait l’entendre. C’est ainsi qu’il conversait avec Adam…, comme plus tard avec Noé et Abraham. Et même, lorsque le genre humain s’était précipité dans l’abîme du péché, Dieu n’a pas brisé toute relation avec lui, même si c’était nécessairement avec moins de familiarité, parce qu’ils s’en étaient rendus indignes. Il a consenti donc à renouer avec eux des rapports de bienveillance, mais par lettres, ainsi que nous le faisons à un ami absent ; de cette façon il pouvait aussi, dans sa bonté, se rattacher tout le genre humain. C’est Moïse qui est le porteur de ces lettres que Dieu nous envoie.

Ouvrons ces lettres ; quels en sont les premiers mots ? « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Que c’est admirable !… Moïse, qui est venu au monde bien des siècles après, a été vraiment inspiré d’en haut pour nous raconter les merveilles que Dieu a faites à la création du monde… Ne semble-t-il pas nous dire nettement : « Des hommes m’ont-ils appris ce que je vais vous révéler ? Nullement, mais le Créateur seul, lui qui a opéré ces merveilles ; c’est lui qui dirige ma langue pour vous les apprendre. Dès lors, je vous en prie, imposez silence à toutes les réclamations du raisonnement humain. N’écoutez pas ce récit comme s’il n’était que la parole de Moise ; c’est Dieu lui-même qui vous parle ; Moïse n’est que son interprète »…

Frères, accueillons donc la Parole de Dieu avec un cœur reconnaissant et humble… Car c’est Dieu qui a tout créé, c’est lui qui prépare toutes choses et qui les dispose avec sagesse… C’est lui qui conduit l’homme par ce qui est visible à la connaissance du Créateur de l’univers. C’est lui qui apprend à l’homme à contempler l’Ouvrier suprême dans ses œuvres en sorte qu’il sache adorer son Créateur.

Jean Chrysostome2e Sermon sur la Genèse

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La chute de Pierre

Pierre devait recevoir en dépôt les clefs de l’Église, ou plutôt, les clefs des cieux, et il devait se voir confier le nombreux peuple. Que lui dit en effet le Seigneur ? « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 19). Car Pierre avait un caractère quelque peu abrupt ; s’il avait été sans péché, quel pardon les disciples auraient-ils reçu de sa part ? C’est pour cette raison que la grâce divine l’a laissé tomber dans quelque faute, pour que sa propre épreuve le rende bienveillant envers les autres.

Tu vois comment Dieu peut laisser quelqu’un tomber dans le péché : ce Pierre, le coryphée des apôtres, le fondement inébranlable, le roc indestructible, le premier de l’Église, le port inexpugnable, la tour inébranlable, ce Pierre qui avait dit au Christ : « Même si je devais mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26, 35), Pierre qui, par une révélation divine avait confessé la vérité : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant » (Mt 16, 16). (…)

Mais, comme j’ai dit, Dieu en disposa ainsi et permit à Pierre de pécher, parce qu’il avait en vue de lui confier un peuple nombreux, et il craignit que sa rudesse, jointe à son impeccabilité, ne le rende impitoyable envers ses propres frères. Il succomba au péché, afin qu’au souvenir de sa propre faute, et de la bienveillance du Seigneur, il pût témoigner envers les autres d’une grâce de philanthropie, conformément au dessein divin conçu par Dieu. La chute a été permise à celui qui allait se voir confier l’Église, la colonne des Églises, le port de la foi, la chute a été permise à Pierre, le docteur de l’univers, pour que le pardon reçu demeure le fondement de l’amour des autres.

attribué à JEAN CHRYSOSTOME

Jean ChrysostomeSur l’apôtre Pierre et le prophète Élie (Le Saint Prophète Élie, coll. Spiritualité orientale n° 53, éd. Bellefontaine, 1992, p. 99-100 rev.)

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La faute d’Hérodiade

« Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. » Et Dieu l’a permis, il n’a pas lancé sa foudre du haut des cieux pour dévorer ce visage insolent ; il n’a pas ordonné à la terre de s’entrouvrir et d’engloutir les convives de ce banquet hideux. Dieu donnait ainsi une plus belle couronne au juste et laissait une magnifique consolation à ceux qui, dans l’avenir, seraient victimes de pareilles injustices. Écoutons donc, nous tous qui, malgré notre vie honnête, avons à souffrir des méchants… Le plus grand des enfants nés de la femme (Lc 7, 28) a été mis à mort à la demande d’une fille impudique, d’une femme perdue ; et cela pour avoir défendu les lois divines. Que ces considérations nous fassent endurer courageusement nos propres souffrances…

Mais remarque le ton modéré de l’évangéliste qui, dans la mesure du possible, cherche des circonstances atténuantes à ce crime. Au sujet d’Hérode, il note qu’il a agi « à cause de ses serments et des convives » et qu’« il fut contristé » ; au sujet de la jeune fille, il remarque qu’elle avait été « endoctrinée par sa mère »… Nous aussi, ne haïssons pas les méchants, ne critiquons pas les fautes du prochain, cachons-les aussi discrètement que possible ; accueillons la charité en notre âme. Car sur cette femme impudique et sanguinaire, l’évangéliste a parlé avec toute la modération possible… Toi, au contraire, tu n’hésites pas à traiter ton prochain avec méchanceté … Toute différente est la façon d’agir des saints : ils pleurent sur les pécheurs, au lieu de les maudire. Faisons comme eux ; pleurons sur Hérodiade et sur ceux qui l’imitent. Car on voit aujourd’hui bien des repas du genre de celui d’Hérode ; on n’y met pas à mort le Précurseur, mais on y déchire les membres du Christ.

 

Jean ChrysostomeHomélie 48, 2 sur Saint Matthieu

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La joie dans l’épreuve

« Vous êtes devenus les imitateurs du divin Maître » dit Paul. Comment cela ? « En recevant la parole au milieu des épreuves, dans la joie de l’Esprit Saint » (1 Th 1, 6)… L’épreuve affecte la partie matérielle de notre être ; la joie brille dans les hauteurs spirituelles. Je m’explique : les accidents de la vie sont tristes et pénibles, mais les résultats en sont joyeux, l’Esprit le voulant ainsi. Il est donc possible qu’on ne se réjouisse pas quand on souffre, si l’on souffre alors pour ses péchés, mais on se laissera même flageller avec allégresse si c’est pour le Christ (cf. Ac 5, 41).

C’est là ce que l’apôtre nomme la « joie de l’Esprit » ; on la respire dans ce que la nature repousse avec horreur. On vous a suscité mille peines, dit-il, vous avez subi la persécution, mais l’Esprit ne vous a pas abandonné dans ces épreuves. Comme les trois enfants étaient entourés d’une douce rosée dans la fournaise (Dn 3), vous l’êtes aussi dans l’épreuve. Assurément cela ne dépendait pas de la nature du feu et ne pouvait avoir pour cause que le souffle de l’Esprit. Il n’est pas non plus dans la nature de l’épreuve de vous donner de la joie, et cette joie ne peut venir que d’une souffrance endurée pour le Christ, de la divine rosée de l’Esprit qui transforme en un lieu de repos la fournaise des épreuves. « Avec joie » dit-il, et non avec une joie quelconque, mais avec une joie intarissable ; c’est ce qu’il faut entendre, dès lors que l’Esprit Saint en est l’auteur.

Jean ChrysostomeHomélie 1 sur la 1ère lettre aux Thessaloniciens (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 132)

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Laissez croître l’ivraie

C’est la méthode du diable de mêler le mensonge à la vérité et de lui en donner l’apparence et la couleur, pour mieux tromper les âmes simples et faciles à séduire. Voilà pourquoi, dans la semence jetée par l’ennemi, notre Seigneur ne parle que de l’ivraie, qui ressemble beaucoup au blé. Ensuite il indique comment l’ennemi s’y prend : « pendant que les gens dormaient ». Voilà le grave danger que courent les responsables de l’Église, à qui la garde du champ a été confiée ; ce danger, d’ailleurs, ne menace pas seulement les chefs, mais aussi tous les fidèles. Cela nous montre aussi que l’erreur vient toujours après la vérité ; les faux prophètes viennent après les vrais… Le Christ nous dit cela pour nous apprendre à ne pas nous endormir…, à vivre dans une grande vigilance. C’est pourquoi il dit dans un autre endroit : « Celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé » (Mt 10, 22)…

Considère maintenant le zèle des serviteurs ; ils veulent arracher l’ivraie tout de suite. Même s’ils manquent de réflexion, cela prouve leur sollicitude pour le bon grain. Ils ne recherchent qu’une chose : non pas tirer vengeance de celui qui a semé l’ivraie, mais sauver la moisson… Que répond le Maître ? « Non, pas encore. » Admirable réponse qui interdit les guerres, la violence, l’effusion du sang pour la cause de l’Église. Oui, il faut épargner la vie des hérétiques ; autrement on allumerait partout des guerres et des divisions sans cesse. « Attendez le moment favorable… Patientez, car peut-être qu’ils sortiront des ténèbres de leur erreur et d’ivraie deviendront pur froment… Si vous l’arrachez maintenant, vous nuirez à la moisson, en arrachant ceux qui pourront changer et devenir meilleurs. »

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 46, 1-2

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Le bon combat

Plus le roi s’approche, plus il faut se préparer. Plus est proche le moment où l’on décernera le prix au combattant, mieux il faut combattre. Ainsi fait-on lors des courses : quand arrive le terme de la course et qu’on s’approche du but, on stimule davantage la fougue des chevaux. Voilà pourquoi Paul dit : « Maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons embrassé la foi. La nuit est avancée, le jour est tout proche » (Rm 13, 11-12).

Puisque la nuit s’efface et que le jour apparaît, faisons les œuvres du jour ; laissons les œuvres des ténèbres. Ainsi fait-on en cette vie : quand nous voyons que la nuit cède le pas à l’aurore et que nous entendons chanter l’hirondelle, nous nous réveillons les uns les autres, bien qu’il fasse encore nuit… Nous nous empressons aux tâches du jour ; nous nous habillons après nous être arrachés au sommeil, pour que le soleil nous trouve prêts. Ce que nous faisons alors, faisons-le à présent : secouons tous nos rêves, arrachons-nous aux songes de la vie présente, sortons de notre profond sommeil et revêtons le vêtement de la vertu. C’est ce que nous dit clairement l’apôtre : « Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière » car le jour nous appelle à la bataille, au combat.

Ne sois pas effrayé en entendant ces mots de combat et de lutte ! Si revêtir une lourde armure matérielle est pénible, il est désirable par contre de revêtir l’armure spirituelle, car c’est une armure de lumière. Ainsi, tu brilleras d’un éclat plus resplendissant que le soleil, et tout en brillant d’un vif éclat, tu seras en sécurité, car ce sont des armes…, des armes de lumière. Alors ? Sommes-nous dispensés de combattre ? Non ! Il faut combattre, mais sans être accablés de fatigue et sans peine. Car c’est moins à une guerre que nous sommes conviés, qu’à une fête et à une réjouissance.

Jean ChrysostomeHomélies sur la lettre aux Romains, n° 24 (trad. Bourguet, Matthieu médité, p. 188)

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Le Christ dans le pauvre

Le Père n’a pas épargné son propre Fils (Rm 8, 32) ; toi, tu ne donnes même pas un morceau de pain à celui qui a été livré et immolé pour toi. Le Père, pour toi, ne l’a pas épargné ; toi tu passes, méprisant, à côté du Christ qui a faim, alors que tu ne vis que de ses bienfaits… Il a été livré pour toi, immolé pour toi, il vit dans le besoin pour toi, il veut que la générosité te soit avantageuse et, même ainsi, tu ne donnes pas. Y a-t-il des pierres aussi dures que vos cœurs alors que tant de raisons les interpellent ?

Il n’a pas suffi au Christ d’endurer la mort et la croix ; il a voulu devenir pauvre, mendiant et nu, être jeté en prison (Mt 25, 36) afin que cela au moins te touche. « Si tu ne me rends rien pour mes douleurs, dit-il, aie pitié de moi à cause de ma pauvreté. Si tu ne veux pas me prendre en pitié pour ma pauvreté, que mes maladies te fléchissent, que mes chaînes t’attendrissent. Si tout cela ne te touche pas, consens du moins à cause de la petitesse de la demande. Je ne te demande rien de coûteux, mais du pain, un toit et des paroles d’amitié… J’ai été enchaîné pour toi et je le suis encore pour toi, afin qu’ému par mes liens passés ou par ceux d’aujourd’hui, tu veuilles bien m’être miséricordieux. J’ai souffert la faim pour toi, et je la souffre encore pour toi. J’ai eu soif lorsque j’étais pendu à la croix et j’ai encore soif par les pauvres afin de t’attirer par cela vers moi et de te rendre bon pour ton salut »…

Il dit en effet : « Quiconque reçoit ces petits, me reçoit (Mc 9, 37)… Je pourrais te couronner sans cela, mais je veux devenir ton débiteur afin que tu portes la couronne avec assurance. C’est pourquoi, alors que je pourrais me nourrir moi-même, je vais mendiant çà et là, je me tiens debout à ta porte et je tends la main. C’est par toi que je veux être nourri, car je t’aime ardemment. Mon bonheur c’est d’être à ta table. »

Jean ChrysostomeHomélie 15 sur la Lettre aux Romains ; PG 60, 543-548 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 126)

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Le Christ est ressuscité

Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité ! Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son Seigneur ! Que celui qui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le denier qui lui revient ! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire ! Si quelqu’un est venu après la troisième heure, qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâces ! Si quelqu’un a tardé jusqu’à la sixième heure, qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien ! S’il en est un qui a remis jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter ! S’il en est un qui a traîné jusqu’ à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur, car le Maître est généreux, il reçoit le dernier aussi bien que le premier. Il admet au repos celui de la onzième heure comme l’ouvrier de la première heure. Du dernier il a pitié et il prend soin du premier. À celui-ci il donne ; à l’autre il fait grâce. Il accueille les œuvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté. Il honore l’action et loue le bon propos. Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Seigneur et les premiers comme les seconds, vous recevrez la récompense. Riches et pauvres, abstinents et paresseux, mêlez-vous pour célébrer ce jour. Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, goûtez-en tous ; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun. Goûtez tous au banquet de la foi, au trésor de la bonté. Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous. Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés : il l’a fait disparaître après l’avoir subie. Il a dépouillé l’Enfer, celui qui aux Enfers est descendu. Il l’a rempli d’amertume pour avoir goûté de sa chair. Et cela, Isaïe l’avait prédit : L’Enfer, dit-il, fut irrité lorsque sous terre il t’a rencontré. Il avait pris un corps et s’est trouvé devant un Dieu ; ayant pris de la terre, il rencontra le ciel ; ayant pris ce qu’il voyait, il est tombé à cause de ce qu’il ne voyait pas. O Mort, où est ton aiguillon ? Enfer, où est ta victoire ? Le Christ est ressuscité et toi-même es terrassé. Le Christ est ressuscité et les démons sont tombés. Le Christ est ressuscité et les Anges sont dans la joie. Le Christ est ressuscité et voici que règne la vie. Le Christ est ressuscité et il n’est plus de mort au tombeau. Car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. A lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.

Jean Chrysostome (Homélie attribuée à)

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Le Christ pauvre

Tu veux honorer le Corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu. Ne l’honore pas ici, dans l’église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements. Car celui qui a dit : « Ceci est mon corps » (Mt 26, 26), et qui l’a réalisé en le disant, c’est lui qui a dit : « Vous m’avez vu avoir faim, et vous ne m’avez pas donné à manger » et aussi : « Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (Mt 25, 42.45). Ici le corps du Christ n’a pas besoin de vêtements, mais d’âmes pures ; là-bas il a besoin de beaucoup de sollicitude… Dieu n’a pas besoin de vases d’or mais d’âmes qui soient en or.

Je ne vous dis pas cela pour vous empêcher de faire des donations religieuses, mais je soutiens qu’en même temps, et même auparavant, on doit faire l’aumône… Quel avantage y a-t-il à ce que la table du Christ soit chargée de vases d’or, tandis que lui-même meurt de faim ? Commence par rassasier l’affamé et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel. Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas « un verre d’eau fraîche » ? (Mt 10, 42)… Pense qu’il s’agit aussi du Christ, lorsqu’il s’en va, errant, étranger, sans abri ; et toi, qui as omis de l’accueillir, tu embellis le pavé, les murs et les chapiteaux des colonnes, tu attaches les lampes par des chaînes d’argent ; mais lui, tu ne veux même pas voir qu’il est enchaîné dans une prison. Je ne dis pas cela pour t’empêcher de faire de telles générosités, mais je t’exhorte à les accompagner ou plutôt à les faire précéder par les autres actes de bienfaisance… Donc, lorsque tu ornes l’église n’oublie pas ton frère en détresse, car il est un temple et de tous le plus précieux.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 50, 3-4 (trad. bréviaire)

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Le don de la prière

Le bien suprême, c’est la prière, l’entretien familier avec Dieu… La prière est la lumière de l’âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes. Par elle, l’âme s’élève vers le ciel et embrasse Dieu dans une étreinte inexprimable. Comme un enfant pleurant vers sa mère, elle exprime la profondeur de son désir. Elle exprime ses volontés profondes et elle reçoit des présents qui dépassent toute la nature visible. Car la prière se présente comme une puissante ambassadrice, elle réjouit, elle apaise l’âme.

Lorsque je parle de prière, ne t’imagine pas qu’il s’agisse de paroles. Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible qui ne vient pas des hommes et dont l’apôtre Paul parle ainsi : « Nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables » (Rm 8, 26). Une telle prière, si Dieu en fait la grâce à quelqu’un, est pour lui une richesse perpétuelle, un aliment céleste qui rassasie l’âme. Celui qui l’a goûté est saisi pour le Seigneur d’un désir éternel, comme d’un feu dévorant qui embrase son cœur.

Jean Chrysostome – Homélie du Ve siècle attribuée à Jean Chrysostome ; PG 64, 461 (trad. bréviaire)

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Le havre de la prière

C’est une arme puissante que la prière, un trésor indéfectible, une richesse intarissable, un port à l’abri des tempêtes, un réservoir de calme ; la prière est la racine, la source et la mère de biens innombrables… Mais la prière dont je parle n’est ni médiocre, ni négligente ; c’est une prière ardente, jaillie de l’affliction de l’âme et de l’effort de l’esprit. Voilà la prière qui monte jusqu’au ciel… Écoute ce que dit l’écrivain sacré : « J’ai crié vers le Seigneur quand j’étais dans l’angoisse, et il m’a exaucé » (Ps 119, 1). Celui qui prie ainsi dans son angoisse pourra, après la prière, goûter en son âme une grande joie…

Par « prière » j’entends non pas celle qui est seulement dans la bouche, mais celle qui jaillit du fond du cœur. Comme les arbres dont les racines s’enfoncent profondément ne sont ni brisés ni arrachés, même si les vents déchaînent mille assauts contre eux, parce que leurs racines sont fortement enserrées dans les profondeurs de la terre, de même les prières qui sortent du fond du cœur, ainsi enracinées, montent vers le ciel en toute sûreté et ne sont détournées par aucune pensée de manque d’assurance ou de mérite. C’est pourquoi le psalmiste dit : « Des profondeurs j’ai crié vers toi, Seigneur » (Ps 129, 1)…

Si le fait de raconter à des hommes tes malheurs personnels et de leur décrire les épreuves qui t’ont frappé apporte quelque soulagement à tes peines, comme si à travers les paroles s’exhalait une brise rafraîchissante, à combien plus forte raison si tu fais part à ton Seigneur des souffrances de ton âme trouveras-tu en abondance consolation et réconfort ! En effet, souvent les hommes supportent difficilement ceux qui viennent se plaindre et pleurer auprès d’eux ; ils les écartent et les repoussent. Mais Dieu n’agit pas ainsi ; au contraire il te fait approcher et t’attire à lui ; et même si tu passes toute la journée à lui exposer tes malheurs, il n’en sera que mieux disposé à t’aimer et à exaucer tes supplications.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’incompréhensibilité de Dieu, n° 5 (trad. En Calcat)

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Le nom de chrétien

« Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras désormais Céphas, c’est-à-dire Pierre »… Voilà le nom que le Christ donne à Simon. Quant à Jacques et son frère, il les appellera « Fils du tonnerre » (Mc 3, 17). Pourquoi ces changements de nom ? Pour montrer que lui, Jésus, est le même que celui qui avait établi l’ancienne alliance, qui avait déjà changé le nom d’Abram en Abraham, celui de Saraï en Sara, et celui de Jacob en Israël (Gn 17, 5s ;32, 29). Il avait aussi donné leur nom à plusieurs personnes au moment de leur naissance : Isaac, Samson, les enfants d’Isaïe et d’Osée…

Aujourd’hui, nous avons un nom bien supérieur à tous les autres ; c’est le nom de « chrétien » ; le nom qui fait de nous enfants de Dieu, amis de Dieu, un même corps avec lui. Y a-t-il un autre nom qui pourrait plus nous rendre ardents dans les vertus, nous remplir de zèle, nous pousser à faire le bien ? Gardons-nous bien de faire quoi que ce soit d’indigne de ce nom si grand et si beau, lié au nom de Jésus Christ lui-même. Ceux qui portent le nom d’un grand chef militaire ou d’un personnage illustre se considèrent honorés et font tout pour en rester dignes. Combien plus, nous qui tirons notre nom non d’un général ou d’un prince de cette terre, ni même d’un ange, mais du roi des anges, combien plus devons-nous être prêts à tout perdre, même notre vie, pour l’honneur de ce saint nom ?

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Jean, n° 19

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Le paradis des Écritures

La lecture des saintes Écritures est un pré spirituel et un paradis de délices, bien plus agréable que le paradis d’autrefois. Ce paradis, Dieu ne l’a pas planté sur la terre, mais dans les âmes des fidèles. Il ne l’a pas placé dans l’Éden, ni en Orient dans un lieu précis (Gn 2, 8), mais il l’a étendu partout sur la terre et l’a déployé jusqu’aux extrémités de la terre habitée. Et puisque tu comprends qu’il a étendu les saintes Écritures sur toute la terre habitée, écoute le prophète qui dit : « Leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde » (Ps 18, 5 ; Rm 10, 18)…

Ce paradis a aussi une source comme celui d’autrefois (Gn 2, 6.10), source d’où naissent d’innombrables fleuves… Qui le dit ? Dieu lui-même qui nous a fait le don de tous ces fleuves : « Celui qui croit en moi, dit-il, selon le mot de l’Écriture, de son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38)… Cette source est incomparable non seulement par son abondance, mais encore par sa nature. En effet ce ne sont pas des rivières d’eau, mais les dons de l’Esprit. Cette source se partage entre toutes les âmes des fidèles, mais elle n’en est pas diminuée. Elle est divisée, mais elle n’est pas épuisée… Tout entière chez tous et tout entière en chacun : tels sont en effet les dons de l’Esprit.

Veux-tu savoir quelle est l’abondance de ces rivières ? Veux-tu savoir la nature de ces eaux ? En quoi elles sont différentes des eaux d’ici-bas, parce qu’elles sont meilleures et plus magnifiques ? Écoute à nouveau le Christ parlant à la Samaritaine pour comprendre l’abondance de la source : « L’eau que je donnerai à celui qui croit, dit-il, deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14)… Veux-tu aussi connaître sa nature ? Fais-en usage ! Elle n’est pas utile en effet pour la vie d’ici-bas, mais pour la vie éternelle. Passons donc notre temps dans ce paradis : soyons invités à boire à cette source.

Jean Chrysostome3ème Homélie sur l’inscription des Actes des Apôtres ; PG 51, 87

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Le paradis des moines

Transportez-vous au désert d’Égypte, vous le venez changé en un beau paradis. Vous y verrez des myriades d’anges revêtus de forme humaine, un peuple de mar­tyrs, des assemblées de vierges ; partout la tyrannie du démon renversée et le règne du Christ florissant. Vous verrez cette terre, berceau des poètes, des philosophes et des magiciens, si fière d’avoir inventé et transmis aux autres nations toutes sortes de superstitions, se glorifier maintenant d’un publicain, d’un faiseur de tentes, et se parer hautement de la croix du Christ. Vous verrez cela, non seulement dans les villes, mais surtout dans les déserts. Toute cette contrée n’est plus qu’une armée du Christ, une bergerie royale, où l’on mène la vie des puissances célestes.

… Souvenez-vous de l’ancienne Égypte, si rebelle à Dieu, adoratrice des chats, tremblante devant les oignons, et vous comprendrez la puissance du Christ. Qu’est-il besoin de consulter le passé, quand on décou­vre encore aujourd’hui tant de traces de ses anciennes superstitions ! Eh bien, ces hommes, qui se plon­geaient autrefois dans les plus graves erreurs, raison­nent maintenant sur le ciel et les choses célestes, ils déplorent les coutumes de leurs aïeux, plaignent le sort des générations antérieures, et méprisent la science de leurs philosophes. L’expérience leur a appris que toute leur philosophie n’était qu’invention d’ivrognes, et que la doctrine du Christ, la vraie sagesse, la seule digne du ciel, est celle que des pêcheurs leur ont enseignée.

… Et cependant ces mêmes hommes étaient jadis esclaves de l’argent, de l’intempérance, et des autres vices. Il y avait pour leur service ces marmites de viande que regrettaient encore les Juifs dans le désert ; on s’y adonnait aux satisfactions du ventre. Ils se transformèrent pourtant, dès qu’ils le voulurent, et embrasés du feu sacré du Christ, ils prirent leur essor vers le ciel. Ceux qui étaient plus ardents au mal, plus emportés et plus voluptueux que les autres, rivalisent maintenant avec les anges par leur tempérance et par leur impassibilité.

Jean ChrysostomeHomélies sur Matthieu VIII, 4-5, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 132-134 (Les écrits des saints)

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Le prêtre à l’autel

Qu’est-ce, en effet, qu’un prêtre ? Cet homme que Dieu a fait son ambassadeur auprès du peuple, que dis-je ? auprès du monde entier ; qui supplie le Tout-Puissant d’être propice à tous les pécheurs, les vivants comme les morts, que doit-il être ? Je doute que la familiarité d’un Moïse ou d’un Elie conversant avec Dieu, fût un titre suffisant pour une pareille prière. Chargé des intérêts de l’univers, père de tous, le prêtre ne s’approche de Dieu que pour lui demander la fin des guerres qui désolent la terre, le rétablissement de l’ordre, le règne de la paix, la prospérité, la disparition de tous les maux publics et particuliers. Priant pour tous les hommes, il doit se distinguer de tous par ses mérites, comme le protecteur se distingue de ses protégés.

Mais au moment où il invoque l’Esprit-Saint et offre le redoutable sacrifice, alors que dans ses mains il tient le souverain Seigneur de l’univers, dis-moi, quel rang lui donnerons-nous ? Quelle pureté, quelle ferveur n’exigerons-nous pas de lui ? Songe à ce que doivent être les mains destinées à d’aussi sacrés mystères ; à ce que doit être la langue qui prononce de telles paroles ; à ce que doit être la sainteté, la pureté d’une âme qui devient l’habitacle de l’Esprit-Saint ! À cet instant les anges entourent le prêtre ; les armées célestes, rangées respectueu-sement autour de l’autel où gît la victime, contemplent extasiées la sublimité et la grandeur du Seigneur. Ce qui se passe en ce moment à l’autel suffirait pour nous émerveiller.

J’en ai, de plus, le témoignage d’une vision arrivée à un vieillard vénérable, d’une grande autorité, et souvent favorisé des révélations d’en haut. Voici donc ce qu’il racontait à un confident de qui je le tiens. Un jour, il lui fut donné de voir durant le saint sacrifice (autant du moins qu’il était possible à un mortel) une multitude d’anges revêtus de robes éclatantes, entourer l’autel et incliner la tête comme des soldats en présence de leur empereur. Et pour ma part, je n’ai aucune peine à le croire. Un autre m’a raconté, non pour l’avoir ouï dire mais pour l’avoir vu et entendu lui-même, qu’au moment de quitter ce monde, ceux qui ont le bonheur de participer aux saints mystères avec une conscience pure, reçoivent la visite des anges, qui les escortent dans leur passage à l’éternité, par égard pour le dépôt sacré qu’ils portent dans leur cœur. Et tu ne tremblerais pas d’engager une âme comme la mienne dans un ministère aussi saint ?

Jean ChrysostomeDialogue sur le sacerdoce VI, 4 trad. B. Vandenberghe, p. 161-162 (Les écrits des saints)

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Le repentir de Judas

Judas avait exprimé son repentir : « J’ai péché en livrant un sang innocent » (Mt 27, 4). Mais le démon, qui avait entendu ces paroles, a compris que Judas était sur la bonne voie et cette transformation l’a effrayé. Puis il a médité : « Son maître est bienveillant, pensait-il ; au moment où il allait être trahi par lui, il a pleuré sur son sort et l’a adjuré de mille façons ; il serait étonnant qu’il ne le reçoive pas au moment où il se repent de toute son âme, qu’il renonce à l’attirer à lui s’il se relève et reconnaît ainsi sa faute. N’est-ce pas pour cela qu’il a été crucifié ? » Après ces réflexions, il a jeté un trouble profond dans l’esprit de Judas ; il a fait monter en lui un immense désespoir, propre à le déconcerter, l’a harcelé jusqu’à ce qu’il parvienne à le pousser au suicide, à lui ravir la vie après l’avoir dépouillé de ses sentiments de repentir.

Il ne fait aucun doute que s’il avait encore vécu, il aurait été sauvé : il n’y a qu’à prendre l’exemple des bourreaux. En effet, si le Christ a sauvé ceux qui l’ont crucifié, si, même sur la croix, il priait encore le Père et intercédait auprès de lui pour le pardon de leur faute (Lc 23, 34), comment n’aurait-il pas accueilli le traître avec une bienveillance totale, pourvu qu’il ait prouvé la sincérité de sa conversion ?… Pierre s’est rétracté trois fois après avoir participé à la communion des mystères saints ; ses larmes l’ont absous (Mt 26, 75 ; Jn 21, 15s). Paul, le persécuteur, le blasphémateur, le présomptueux, Paul qui a persécuté non seulement le Crucifié mais aussi tous ses disciples, est devenu apôtre après s’être converti. Dieu ne nous demande qu’une pénitence légère pour nous consentir la remise de nos péchés.

Jean ChrysostomeHomélies sur la conversion prononcées à son retour de la campagne, n° 1 (in Jean Chrysostome, « La conversion » ; coll. Pères dans la foi n° 8 ; trad. M.-H. Stébé ; DDB 1978, p. 32)

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Le sabbat continuel

« Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat »… La loi du sabbat était à son début de la plus haute importance : elle apprenait aux juifs à être doux et pleins d’humanité pour leurs proches ; elle leur enseignait à croire en la sagesse et en la providence de Dieu le créateur… Quand Dieu leur a donné la loi du sabbat, il leur a fait comprendre qu’il voulait seulement qu’ils s’abstiennent de tout mal : « Vous ne ferez rien en ce jour, sauf les œuvres qui concernent l’âme » (Ex 12, 16 LXX). Dans le Temple on travaillait en ce saint jour plus que d’ordinaire… Ainsi l’ombre de la Loi préparait la lumière de la pleine vérité (cf. Col 2, 17).

Le Christ a-t-il donc aboli une loi si utile ? Pas du tout : il l’a étendue plus loin encore… Il n’était plus nécessaire d’enseigner de cette façon que Dieu était le créateur de tout ce qui existe, ni de les former à la douceur envers les autres, puisqu’ils étaient invités à imiter l’amour de Dieu pour les hommes, selon cette parole : « Soyez miséricordieux, comme votre Père aux cieux est miséricordieux » (Lc 6, 36). Il n’était pas nécessaire de fixer un jour de fête à ceux qui étaient invités à faire de leur vie entière une fête : « Célébrons la fête, écrit l’apôtre Paul, non pas avec de vieux ferments, la perversité et le vice, mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité » (1 Co 5, 8)… Quelle nécessité d’une loi du sabbat pour le chrétien qui passe sa vie dans une célébration continuelle et pense toujours au ciel ? Oui, frères, célébrons ce sabbat céleste et continuel.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 39

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Le sel de la terre

« Vous êtes le sel de la terre » dit le Sauveur ; il leur montre par là combien sont nécessaires tous les préceptes qu’il vient d’énoncer. « Ma parole, leur dit-il, ne sera pas seulement pour votre propre vie, mais elle vous est confiée pour le monde entier. Je ne vous envoie pas à deux villes, à dix ou à vingt, ni à un seul peuple, comme autrefois les prophètes. Je vous envoie à la terre, à la mer, à toute la création (Mc 16, 15), partout où abonde le mal.

En effet, en leur disant : « Vous êtes le sel de la terre », il leur a indiqué que toute la nature humaine est affadie, corrompue par le péché ; c’est par leur ministère que la grâce de l’Esprit Saint régénèrera et conservera le monde. C’est pourquoi il leur enseigne les vertus des Béatitudes, celles qui sont les plus nécessaires, les plus efficaces chez ceux qui ont la charge de la multitude. Celui qui est doux, modeste, miséricordieux, juste ne renferme pas en lui-même les bonnes actions qu’il accomplit ; il a soin que ces belles sources coulent aussi pour le bien des autres. Celui qui a le coeur pur, qui est artisan de paix, qui souffre persécution pour la vérité, voilà la personne qui consacre sa vie au bien de tous.

Jean ChrysostomeSermons sur saint Matthieu, n° 15

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Le serviteur de tous

En convoitant les premières places, les plus hautes charges et les honneurs les plus élevés, les deux frères Jacques et Jean voulaient, à mon avis, avoir autorité sur les autres. C’est pourquoi Jésus s’oppose à leur prétention. Il met à nu leurs pensées secrètes en leur disant : « Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous ». Autrement dit : « Si vous ambitionnez le premier rang et les plus grands honneurs, recherchez le dernier rang, appliquez-vous à devenir les plus simples, les plus humbles et les plus petits de tous. Mettez-vous après les autres. Telle est la vertu qui vous procurera l’honneur auquel vous aspirez. Vous en avez près de vous un exemple éclatant, ‘puisque le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude’ (Mc 10, 45). Voilà comment vous obtiendrez gloire et célébrité. Voyez ce qui m’arrive : je ne recherche ni honneur ni gloire, et pourtant le bien que je réalise ainsi est infini ».

Nous le savons : avant l’incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu’il se soit humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, déverrouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité. Il a propagé la foi partout dans le monde. Il a chassé l’erreur et rétabli la vérité. Il a fait monter sur un trône royal les prémices de notre nature. Le Christ est l’auteur de biens infiniment nombreux, que ni ma parole, ni aucune parole humaine ne saurait décrire. Avant son abaissement, il n’était connu que des anges, mais, depuis qu’il s’est humilié, la race humaine tout entière l’a reconnu.

Jean ChrysostomeHomélie contre les Anoméens, 8, 6 ; PG 48, 776 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 299)

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L’enfant a tressailli

Quel mystère nouveau et admirable ! Jean ne naît pas encore et déjà il parle par ses tressaillements ; il ne paraît pas encore et déjà il profère des avertissements ; il ne peut pas encore crier et déjà il se fait entendre par des actes ; il n’a pas encore commencé sa vie et déjà il prêche Dieu ; il ne voit pas encore la lumière et déjà il montre le soleil ; il n’est pas encore mis au monde et déjà il se hâte d’agir en précurseur. Le Seigneur est là : il ne peut pas se retenir, il ne supporte pas d’attendre les limites fixées par la nature, mais il s’efforce de rompre la prison du sein maternel et il cherche à faire connaître d’avance la venue du Sauveur. « Il est arrivé, dit-il, celui qui brise les liens. Et moi je reste enchaîné, je suis encore tenu à demeurer ici ? Le Verbe vient pour tout rétablir et moi, je reste encore captif ? Je sortirai, je courrai devant lui et je proclamerai à tous : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29)

Mais dis-nous, Jean, retenu encore dans l’obscurité du sein de ta mère, comment vois-tu et entends-tu ? Comment contemples-tu les choses divines ? Comment peux-tu tressaillir et exulter ? « Grand, dit-il, est le mystère qui s’accomplit, c’est un acte qui échappe à la compréhension de l’homme. A bon droit j’innove dans l’ordre naturel à cause de celui qui doit innover dans l’ordre surnaturel. Je vois, avant même de naître, car je vois en gestation le Soleil de justice (Ml 3, 20). Je perçois par l’ouïe, car en venant au monde je suis la voix qui précède le grand Verbe. Je crie, car je contemple, revêtu de sa chair, le Fils unique du Père. J’exulte, car je vois le Créateur de l’univers recevoir la forme humaine. Je bondis, car je pense que le Rédempteur du monde a pris corps. Je suis le précurseur de son avènement et je devance votre témoignage par le mien. »

Jean ChrysostomeHomélie attribuée à Jean Chrysostome (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 1039 rev.)

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Les deux avènements du Christ

Lors de son premier avènement, Dieu est venu sans aucun éclat, inconnu du plus grand nombre, prolongeant de longues années le mystère de sa vie cachée. Lorsqu’il descendit de la montagne de la Transfiguration, Jésus demanda à ses disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. Il venait alors, tel un berger, chercher sa brebis égarée, et pour s’emparer de l’animal indocile, il lui fallait demeurer caché. Comme un médecin qui se garde bien d’effrayer son malade dès le premier abord, de même le Sauveur évite de se faire connaître dès le commencement de sa mission : il ne le fait qu’insensiblement et peu à peu.

Le prophète avait prédit cet avènement sans éclat en ces termes : « Il descendra comme la pluie sur une toison, et comme l’eau qui coule goutte à goutte sur la terre » (Ps 71, 6 LXX). Il n’a pas déchiré le firmament pour venir sur les nuées, mais il est venu en silence dans le sein d’une Vierge, porté neuf mois par elle. Il est né dans une crèche, comme le fils d’un humble artisan… Il va de-ci, de-là, comme un homme ordinaire ; son vêtement est simple, sa table plus frugale encore. Il marche sans relâche au point d’en être fatigué.

Mais tel ne sera pas son second avènement. Il viendra avec tant d’éclat qu’il n’y aura pas besoin d’annoncer sa venue : « Comme l’éclair qui part de l’Occident apparaît en Orient, ainsi sera la venue du Fils de l’homme » (Mt 24, 27). Ce sera le temps du jugement et de la sentence prononcée. Alors le Seigneur ne paraîtra pas comme un médecin, mais comme un juge. Le prophète Daniel a vu son trône, le fleuve qui roule ses eaux au pied du tribunal et cet appareil tout de feu, le char et les roues (7, 9-10)… David, le roi-prophète, ne parle que de splendeur, que d’éclat, que de feu rayonnant de tous côtés : « Un feu marchera devant lui, et autour de lui mugira une violente bourrasque » (Ps 49, 3). Toutes ces comparaisons ont pour objet de nous faire saisir la souveraineté de Dieu, la lumière éclatante qui l’environne et sa nature inaccessible.

Jean ChrysostomeHomélie sur le psaume 49 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 24)

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Les monstres du sanctuaire

L’âme du prêtre est battue par bien plus de tempêtes que les mers agitées par les vents. De tous les écueils qu’il rencontre, le premier et le plus terrible, c’est la vaine gloire ; écueil cent fois plus funeste que celui des sirènes dont parlent les poètes dans leurs fictions. Plusieurs navigateurs furent assez heureux pour échapper à celui-ci ; mais celui de la vaine gloire est si périlleux et si attirant pour moi, que dans l’état où je suis, bien que nulle violence ne me pousse vers ce gouffre, j’ai toute la peine du monde à l’éviter.

M’imposer actuellement la charge du sacerdoce, ce serait me lier les mains derrière le dos et me livrer sans défense à la voracité des bêtes féroces qui habitent cet écueil. Tu connais le nom de ces monstres : ce sont l’emportement, le dégoût, l’envie, les disputes, les calomnies, les fourberies, le mensonge, l’hypocrisie, les complots, les inimitiés non-raisonnées, la mauvaise joie causée par ceux de nos collègues que nous n’aimons pas, la tristesse causée par les succès et les talents des autres, la soif des honneurs (celle d’entre les passions qui ruine le plus le cœur de l’homme), la prédication où l’on cherche à plaire et non à instruire, les adulations serviles, les complaisances intéressées, le mépris des pauvres, les bassesses envers les riches, les honneurs immérités, les faveurs aussi dangereuses à ceux qui les font qu’à ceux qui les reçoivent, les craintes serviles dignes tout au plus des bas-fonds de l’esclavage, le manque d’une sainte liberté, les dehors affectés de la modestie sans humilité réelle, nul courage pour reprendre et blâmer, ou plutôt l’abus de ce droit vis-à-vis des petits, alors qu’on n’ose pas même ouvrir la bouche en présence des puissants.

Tels sont les monstres, et bien d’autres encore, qui vivent à l’ombre du sanctuaire.

Jean ChrysostomeDialogue sur le sacerdoce III, 9 trad. B. Vandenberghe, p. 81-82 (Les écrits des saints)

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Les portes brisées

En ce jour Jésus Christ est entré en conquérant dans les abîmes des enfers. En ce jour « il a brisé les portes d’airain, il a rompu les verrous de fer », comme le dit Isaïe (45, 2). Remarquez ces expressions. Il ne dit pas qu’il « a ouvert » les portes d’airain, ni qu’il les a enlevées, mais qu’il les « a brisées », pour faire comprendre qu’il n’y a plus de prison, pour dire que Jésus a anéanti ce séjour des captifs. Une prison où il n’y a plus ni portes ni verrous ne peut plus retenir de prisonniers. Ces portes que le Christ a brisées, qui pourrait les rétablir ? Ces verrous qu’il a rompus, quel homme pourrait les remettre ?

Quand les princes de la terre relâchent des détenus en envoyant des lettres de grâce, ils laissent subsister les portes et les gardes de la prison, pour montrer à ceux qui sortent qu’ils peuvent y rentrer encore, eux ou d’autres. Le Christ n’agit pas de la sorte. En brisant les portes d’airain, il témoigne qu’il n’y a plus de captivité, plus de mort.

Pourquoi des portes « d’airain » ? Parce que la mort était impitoyable, inflexible, dure comme le diamant. Jamais pendant tous les siècles avant Jésus Christ, jamais aucun de ses captifs n’avait pu lui échapper, jusqu’au jour où le Souverain du ciel est descendu dans l’abîme pour lui arracher ses victimes.

Jean ChrysostomeHomélie sur le mot cimetière et sur la croix

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Lisez les Écritures !

Quel est celui de vous tous qui m’écoutez maintenant, qui pourrait me dire par cœur ou un psaume ou quelque autre partie de l’Écriture, si je le lui demandais ? Il ne s’en trouverait pas un seul. Et ce qui est encore plus à déplorer, c’est que, étant si indifférents pour les choses saintes, vous êtes tout de feu pour les choses du diable. Car si l’on vous priait au contraire de dire quelqu’une de ces chansons infâmes, quelques-uns de ces vers lascifs et honteux, il s’en trouverait plusieurs qui les auraient appris avec soin, et qui les réciteraient avec plaisir. Mais comment excuse-t-on de si grands excès ? Je ne suis pas religieux ni solitaire, dit-on, j’ai une femme et des enfants, et j’ai le soin d’un ménage. Telle est en effet la grande plaie de notre temps, on croit que la lecture de l’Écriture n’est bonne que pour les religieux, au lieu que les gens du monde en ont encore plus besoin qu’eux. Car ceux qui sont au milieu du combat, et qui reçoivent tous les jours de nouvelles plaies, ont plus besoin de remèdes que les autres. C’est un grand mal de ne pas lire les livres qui contiennent la parole de Dieu, mais il y a quelque chose de pire encore, c’est de se persuader que cette lecture est inutile. Une telle pensée ne peut venir que du démon.

N’entendez-vous point ce que dit saint Paul: « Tout ce qui est écrit, est écrit pour notre instruction ? » (Rm 15, 4.) Si l’on voulait vous faire toucher l’Évangile avec des mains malpropres, vous ne voudriez jamais le faire, et cependant vous ne croyez pas qu’il soit nécessaire de savoir ce qu’il enseigne. C’est là la cause du dérèglement général que l’on voit aujourd’hui parmi les hommes.

[…] Ne négligeons donc point d’entendre l’Écriture sainte. C’est le démon qui nous inspire ce dégoût, parce qu’il ne peut souffrir que nous approchions de ce trésor, de peur qu’il ne nous en demeure des perles et des diamants qui nous enrichissent. C’est pourquoi il nous persuade qu’il nous est inutile d’entendre la parole de Dieu, afin qu’il n’ait pas le regret de nous la voir mettre en pratique après que nous l’aurons entendue. Reconnaissons donc cet artifice si dangereux, et fortifions-nous de toutes parts contre ces attaques ; afin que couverts de cette armure spirituelle, nous soyons invulnérables à notre ennemi, et que l’ayant vaincu et portant les marques de notre victoire, nous jouissions à jamais des biens du ciel.

Jean ChrysostomeHomélie II sur Matthieu

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N’oubliez pas l’hospitalité

À propos de cette parabole, il convient de nous demander pourquoi le riche voit Lazare dans le sein d’Abraham plutôt qu’en compagnie d’un autre juste. C’est qu’Abraham s’est montré hospitalier. Il apparaît donc à côté de Lazare pour accuser le riche d’avoir été inhospitalier. En effet, le patriarche cherchait à retenir même les simples passants pour les faire entrer sous sa tente (Gn 18, 1s). Le riche, au contraire, n’avait eu que dédain pour celui qui logeait devant sa propre maison. Or, il avait les moyens, avec tout l’argent dont il disposait, d’assurer la sécurité du pauvre. Mais il a continué, jour après jour, à l’ignorer et il a négligé de lui donner l’aide dont il avait besoin.

Le patriarche n’a pas agi de cette façon, bien au contraire ! Assis à l’entrée de sa tente, il mettait la main sur tous ceux qui passaient, à la manière dont un pêcheur jette son filet dans la mer pour y prendre du poisson, et souvent même de l’or et des pierres précieuses. Ainsi, en ramenant des hommes dans son filet, il est arrivé qu’Abraham prenne des anges et, chose étonnante, sans même le deviner.

Paul lui-même en a été tout émerveillé, ce qui nous a valu cette exhortation : « N’oubliez pas l’hospitalité. Elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges » (He 13, 2). Paul a raison de dire : « sans le savoir ». Si Abraham avait su que ceux qu’il accueillait avec tant de bienveillance étaient des anges, il n’aurait rien fait d’extraordinaire ni d’admirable en les accueillant ainsi. Il reçoit donc cet éloge uniquement parce qu’il ignorait l’identité des passants. En effet, ces voyageurs qu’il invitait si généreusement chez lui, il les prenait pour des hommes ordinaires. Tu sais bien, toi aussi, te montrer plein d’empressement pour recevoir un personnage célèbre, mais cela ne vaut pas que l’on s’en émerveille… En revanche, il est très remarquable et vraiment admirable de réserver un accueil plein de bonté aux premiers venus, aux gens inconnus et ordinaires.

Jean ChrysostomeHomélie sur Lazare 2, 5 ; PG 48, 988-989 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 444)

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Patience et douceur

Le Christ nous demande deux choses : condamner nos péchés et pardonner ceux des autres ; faire la première à cause de la seconde, qui sera alors plus facile, car celui qui pense à ses péchés sera moins sévère pour son compagnon de misère. Et pardonner non seulement de bouche, mais du fond du cœur, pour ne pas tourner contre nous-mêmes le fer dont nous croyons percer les autres. Quel mal ton ennemi peut-il te faire qui soit comparable à celui que tu te fais toi-même par ton aigreur ?…

Considère donc combien d’avantages tu retires d’une offense accueillie humblement et avec douceur. Tu mérites ainsi premièrement, et c’est le plus important, le pardon de tes péchés. Tu t’exerces ensuite à la patience et au courage. En troisième lieu, tu acquiers la douceur et la charité, car celui qui est incapable de se fâcher contre ceux qui lui ont causé du tort sera beaucoup plus charitable envers ceux qui l’aiment. En quatrième lieu, tu déracines entièrement la colère de ton cœur, ce qui est un bien incomparable.

Celui qui délivre son âme de la colère la débarrasse évidemment aussi de la tristesse : il n’usera pas sa vie en chagrins et en vaines inquiétudes. Ainsi, nous nous punissons nous-mêmes en haïssant les autres ; nous nous faisons du bien à nous-mêmes en les aimant. D’ailleurs, tous t’honoreront, même tes ennemis, même si ce sont des démons. Bien mieux, en te conduisant ainsi, tu n’auras même plus d’ennemi.

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 61 (trad. Véricel, L’Évangile commenté, p. 214 rev.)

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Pierre, faible et fort

Pierre devait recevoir les clés de l’Église, plus encore les clés des cieux ; le gouvernement d’un peuple nombreux devait lui être confié… Si Pierre, avec sa tendance à la sévérité, était resté sans péché, comment aurait-il pu faire preuve de miséricorde pour ses disciples ? Or, selon le dessein de la grâce divine, il est tombé dans le péché, si bien qu’après avoir fait lui-même l’expérience de sa misère, il a pu se montrer bon envers les autres.

Réfléchis bien : celui qui a cédé au péché, c’est bien Pierre, le chef des apôtres, le fondement solide, le rocher indestructible, le guide de l’Église, le port imprenable, la tour inébranlable, lui qui avait dit au Christ : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas » (Mt 26, 35), lui qui, par une révélation divine, avait confessé la vérité : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »

Or, l’évangile rapporte que, la nuit même où le Christ a été livré…, une jeune fille a dit à Pierre : « Toi aussi, hier, tu étais avec cet homme », et Pierre lui a répondu : « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 69s)… Lui, la colonne, le rempart, se dérobe devant les soupçons d’une femme… Jésus a fixé sur lui son regard… ; Pierre a compris, s’est repenti de sa faute et s’est mis à pleurer. Et alors le Seigneur miséricordieux lui a accordé son pardon…

Pierre est tombé dans le péché pour que la conscience de sa faute et du pardon reçu du Seigneur le conduise à pardonner aux autres par amour. Il accomplissait ainsi un dessein providentiel conforme à la manière d’agir de Dieu. Il a fallu que Pierre, lui à qui l’Église devait être confiée, la colonne des Églises (Ga 2, 9), le port de la foi, celui qui allait enseigner le monde entier, se montre faible et pécheur. Oui, vraiment, c’était pour qu’il puisse trouver dans sa faiblesse une raison d’exercer sa bonté envers les autres.

Jean ChrysostomeHomélie sur saint Pierre et saint Élie, 1 ; PG 50, 727

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Porter du fruit

Est-il rien de plus dérisoire qu’un chrétien qui ne se soucie pas des autres ? Ne prends pas comme prétexte ta pauvreté : la veuve qui a mis deux petites pièces dans le tronc du Temple (Mc 12, 42) se lèverait contre toi ; Pierre aussi, qui disait au boiteux : « Je n’ai ni or ni argent » (Ac 3, 6), et Paul, si pauvre qu’il avait souvent faim. N’objecte pas ta condition sociale, car les apôtres étaient humbles aussi et de basse condition. N’invoque pas ton ignorance, car ils étaient des hommes sans lettres. Même si tu étais esclave ou fugitif, tu pourrais toujours faire ce qui dépend de toi. Tel était Onésime dont Paul fait l’éloge (Phl). Serais-tu de santé fragile ? Timothée l’était aussi. Oui, qui que nous soyons, n’importe qui peut être utile à son prochain, s’il veut vraiment faire ce qu’il peut.

Vois-tu combien les arbres de la forêt sont vigoureux, beaux, élancés ? Et cependant, dans nos jardins, nous préférons des arbres fruitiers ou des oliviers couverts de fruits. De beaux arbres stériles…, tels sont les hommes qui ne considèrent que leur propre intérêt…

Si le levain ne fait pas lever la pâte, il n’est pas un vrai ferment. Si un parfum n’embaume pas ceux qui approchent, pouvons-nous l’appeler un parfum ? Ne dis donc pas qu’il est impossible d’avoir une bonne influence sur les autres, car si tu es vraiment chrétien, il est impossible qu’il ne se passe rien ; cela fait partie de l’essence même du chrétien… Il serait aussi contradictoire de dire qu’un chrétien ne peut pas être utile à son prochain que de dénier au soleil la possibilité d’éclairer et de réchauffer.

Jean ChrysostomeHomélie 20 sur les Actes des apôtres (trad. cf. AELF)

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Pouvez-vous boire à la coupe ?

Par l’intermédiaire de leur mère, les fils de Zébédée demandent à leur maître, en présence de leurs collègues : « Ordonne que nous siégions l’un à ta droite et l’autre à ta gauche » (cf. Mc 10, 35)… Le Christ s’empresse de les tirer de leurs illusions, en leur disant qu’ils doivent être prêts à souffrir des injures, des persécutions et même la mort : « Vous ne savez pas ce qui vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Que personne ne soit étonné de voir les apôtres dans des dispositions si imparfaites. Attends que le mystère de la croix soit accompli, que la force de l’Esprit Saint leur ait été communiquée. Si tu veux voir leur force d’âme, regarde-les plus tard, et tu les verras supérieurs à toutes les faiblesses humaines. Le Christ ne cache pas leurs petitesses, pour que tu voies tout ce qu’ils deviendront après, par la puissance de la grâce qui les transformera…

« Vous ne savez pas ce que vous demandez. » Vous ne savez pas combien est grand cet honneur, combien c’est prodigieux. Être assis à ma droite ? Cela dépasse même les puissances angéliques. « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Vous me parlez de trônes et de diadèmes insignifiants ; moi je vous parle de combats et de souffrances. Ce n’est pas maintenant que je recevrai ma royauté ; ce n’est pas encore l’heure de la gloire. Pour moi et les miens il s’agit pour l’instant de violence, de combats et de dangers.

Remarque bien qu’il ne leur demande pas directement : « Aurez-vous le courage de verser votre sang ? » Pour les encourager, il leur propose de partager sa propre coupe, de vivre en communion avec lui… Plus tard tu verras ce même saint Jean, qui pour l’instant cherche la première place, toujours céder la préséance à saint Pierre… Quant à Jacques, son apostolat n’a pas duré longtemps. Brûlant de ferveur, méprisant entièrement les intérêts purement humains, par son zèle il a mérité d’être le premier martyr parmi les apôtres (Ac 12, 2).

Jean ChrysostomeHomélie 65 sur Matthieu

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Qui vous accueille, m’accueille

« Celui qui reçoit l’un de ces petits, c’est moi qu’il reçoit » dit le Seigneur (Lc 10, 48). Plus ce frère est petit, plus le Christ est présent. Car lorsqu’on reçoit un grand personnage, on le fait souvent par vaine gloire ; mais celui qui reçoit un petit, le fait avec une intention pure et pour le Christ. « J’étais un étranger, dit-il, et vous m’avez accueilli. » Et encore : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35.40). Puisqu’il s’agit d’un croyant et d’un frère, serait-ce le plus petit, c’est le Christ qui entre avec lui. Ouvre ta maison, reçois-le.

« Qui reçoit un prophète en sa qualité de prophète, recevra une récompense de prophète. » Donc celui qui reçoit le Christ recevra la récompense de l’hospitalité du Christ. Ne mets pas en doute ses paroles, fais-leur confiance. Lui-même nous l’a dit : « En eux, c’est moi qui me présente. » Et pour que tu n’en doutes pas, il décrète le châtiment pour ceux qui ne le reçoivent pas, les honneurs pour ceux qui le reçoivent (Mt 25, 31s). Il ne le ferait pas s’il n’était pas personnellement touché par l’honneur ou le mépris. « Tu m’as reçu, dit-il, dans ta demeure ; je te recevrai dans le Royaume de mon Père. Tu m’as délivré de la faim ; je te délivrerai de tes péchés. Tu m’as vu enchaîné ; je te ferai voir ta libération. Tu m’as vu étranger ; je ferai de toi un citoyen des cieux. Tu m’as donné du pain ; je te donnerai le Royaume comme ton héritage et ta pleine propriété. Tu m’as aidé en secret ; je le proclamerai publiquement et je dirai que tu es mon bienfaiteur et moi ton débiteur. »

Jean ChrysostomeHomélies sur les Actes des apôtres, n° 45 ; PG 60, 318 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 184)

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Sauver les autres

Rien n’est plus froid qu’un chrétien non appliqué à sauver les autres. À cet égard tu ne peux pas prétexter la pauvreté : la veuve qui a donné ses deux piécettes se lèverait pour t’accuser (Lc 21, 2). Pierre aussi, qui disait : « Je n’ai ni or ni argent » (Ac 3, 6). Et Paul, qui était si pauvre que souvent il avait faim et manquait des vivres nécessaires (1 Co 4, 11). Tu ne peux pas non plus objecter ton humble naissance : eux aussi étaient de condition modeste. L’ignorance ne te sera pas une meilleure excuse : eux aussi étaient sans lettres… N’invoque pas non plus la maladie : Timothée était sujet à de fréquents malaises (1Tm 5, 23)… N’importe qui peut être utile à son prochain s’il veut faire son possible…

Ne dis pas qu’il t’est impossible de ramener les autres, car si tu es chrétien, il est impossible que cela ne se fasse. Chaque arbre porte son fruit (Mt 7, 17s) et comme il n’y a pas de contradiction dans la nature, ce que nous disons est également vrai, car cela découle de la nature même du chrétien… Il est plus facile pour la lumière d’être ténèbres que pour le chrétien de ne pas rayonner.

Jean ChrysostomeHomélies sur les Actes des apôtres, n° 20, 3-4 ; PG 60, 162 (trad. Orval rev.)

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Son corps sur l’autel

Le Christ, pour nous attirer à l’aimer davantage, nous a donné sa chair en nourriture. Allons donc à lui avec beaucoup d’amour et de ferveur. (…) Ce corps, les mages l’ont adoré quand il était couché dans une mangeoire. (…) Ceux-là, voyant l’enfant, le Christ, dans une mangeoire, sous un pauvre toit, tout en ne voyant rien de ce que vous voyez, s’avancèrent avec un très grand respect.

Vous ne le voyez plus dans une mangeoire, mais sur l’autel. Vous ne voyez plus une femme qui le tient dans ses bras, mais le prêtre qui l’offre, et l’Esprit de Dieu, avec toute sa générosité, plane au-dessus des offrandes. Non seulement vous voyez le même corps que voyaient les mages, mais en outre vous connaissez sa puissance et sa sagesse, et vous n’ignorez rien de ce qu’il a accompli. (…) Réveillons-nous donc, et réveillons en nous la crainte de Dieu. Montrons beaucoup plus de piété que ces étrangers, afin de ne pas avancer n’importe comment vers l’autel. (…)

Cette table fortifie notre âme, rassemble notre pensée, soutient notre assurance ; elle est notre espérance, notre salut, notre lumière, notre vie. Si nous quittons la terre après ce sacrifice, nous entrerons avec une parfaite assurance dans les parvis sacrés, comme si nous étions protégés de tous côtés par une armure d’or. Mais pourquoi parler du futur ? Dès ce monde, le sacrement transforme la terre en ciel. Ouvrez donc les portes du ciel, et alors vous verrez ce que je viens de dire. Ce qu’il y a de plus précieux au ciel, je vous le montrerai sur la terre. Ce que je vous montre, ce n’est ni les anges, ni les archanges, ni les cieux des cieux, mais celui qui est leur maître. Vous voyez ainsi d’une certaine façon sur la terre ce qu’il y a de plus précieux. Et non seulement vous le voyez, mais vous le touchez, vous le mangez. Purifiez donc votre âme, préparez votre esprit à recevoir ces mystères.

Jean ChrysostomeHomélies sur la 1ère lettre aux Corinthiens, n° 24, 4 ; PG 61, 204 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 383)

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Suivons les mages

Levons-nous, à l’exemple des mages. Laissons tout le monde se troubler ; mais nous, courons avec joie à la demeure de l’enfant. Si les rois ou les peuples s’efforcent de nous barrer le chemin, peu importe, ne ralentissons pas notre ferveur, repoussons tous les maux qui nous menacent. S’ils n’avaient pas vu l’enfant, les mages n’auraient pas échappé au danger qu’ils couraient de la part du roi Hérode. Avant d’avoir eu le bonheur de le contempler, ils étaient assiégés par la crainte, entourés de périls, plongés dans le trouble ; après qu’ils l’ont adoré, le calme et la sécurité se sont établis dans leur cœur…

Laissons donc là, nous aussi, une ville en désordre, un despote assoiffé de sang, toutes les richesses de ce monde, et venons à Bethléem, la « maison du pain » spirituel. Si tu es berger, viens seulement, et tu verras l’enfant dans l’étable. Si tu es roi, tes vêtements fastueux, tout l’éclat de ta dignité, ne te serviront de rien si tu ne viens pas. Si tu es homme de science comme les mages, toutes tes connaissances ne te sauveront pas si tu ne viens pas montrer ton respect. Si tu es un étranger ou même un barbare, tu seras admis à la cour de ce roi… Il suffit de venir avec frayeur et avec joie, ces deux sentiments qui habitent un cœur vraiment chrétien…

Avant d’adorer cet enfant, décharge-toi de tout ce qui t’encombre. Si tu es riche, dépose ton or à ses pieds, c’est-à-dire, donne-le aux pauvres. Ces étrangers sont venus de si loin pour contempler ce nouveau-né ; comment pourrais-tu…refuser de faire quelques pas pour visiter un malade ou un prisonnier ?… Les mages ont offert leurs trésors à Jésus, et toi, tu n’as même pas un morceau de pain à lui donner ? (Mt 25, 35s) Quand ils ont vu l’étoile, leur cœur a été rempli de joie ; tu vois le Christ dans les pauvres, manquant de tout, et tu passes outre, tu n’es pas ému ?

Jean ChrysostomeHomélies sur l’évangile de Matthieu, n° 7, 5

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Tenez-vous prêts

« C’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme viendra. » Jésus leur dit cela pour que les disciples restent éveillés, qu’ils soient toujours prêts. S’il leur dit qu’il viendra quand ils ne s’y attendront pas, c’est qu’il veut les pousser à pratiquer la vertu avec zèle et sans relâche. C’est comme s’il leur disait : « Si les gens savaient quand ils vont mourir, ils seraient parfaitement prêts pour ce jour »… Mais le moment de la fin de notre vie est un secret qui échappe à chaque homme…

Voilà pourquoi le Seigneur exige deux qualités de son serviteur : qu’il soit fidèle, pour qu’il ne s’attribue à lui-même rien de ce qui appartient à son maître, et qu’il soit avisé, pour administrer convenablement tout ce qu’on lui a confié. Il nous faut donc ces deux qualités pour être prêts à l’arrivée du Maître… Car voici ce qui arrive du fait que nous ne connaissons pas le jour de notre rencontre avec lui : on se dit « Mon maître tarde à venir ». Le serviteur fidèle et avisé n’a pas de pensée semblable. Malheureux, sous prétexte que ton Maître tarde, tu t’imagines qu’il ne va pas venir du tout ? Son arrivée est certaine. Pourquoi ne restes-tu donc pas sur tes gardes ? Non, le Seigneur n’est pas lent à venir ; ce retard n’est que dans l’imagination du mauvais serviteur.

Jean ChrysostomeHomélie 77 sur St Matthieu ; trad. cf. Véricel, Les Pères commentent, p. 252

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Tentations du prêtre

Les solitaires du désert, éloignés des villes, des places publiques et du tumulte des foules, jouissent dans le port d’une tranquillité parfaite, sans pourtant se fier à la sécurité de leur genre de vie ; ils multiplient les précautions et se surveillent minutieusement dans leurs paroles et dans leurs actes pour pouvoir s’approcher de Dieu avec toute la confiance et la pureté dont la nature humaine est susceptible. S’il en est ainsi, quels ne doivent pas être les efforts et l’ardeur du prêtre pour éviter à son âme toute souillure, et lui conserver toute sa beauté spirituelle ? Son état exige une pureté supérieure à celle des religieux. Étant exposé à plus d’occasions dangereuses, il ne peut y échapper que par une vigilance continuelle et une grande fermeté.

En effet, la beauté du visage, les grâces de la démarche et du maintien, la caresse de la voix, le fard des cils et des joues, l’élégance de la coiffure, la richesse de la toilette, le chatoiement des ors et des pierres précieuses, l’ivresse des parfums, en un mot toutes ces recherches de la coquetterie féminine, ne sont que trop capables de troubler une âme sacerdotale, à moins d’être immunisé contre d’aussi fortes impressions par les austérités de l’ascèse. Que l’âme soit parfois troublée par cette séduction, rien là d’étonnant. Ce qui étonne et déconcerte, c’est que le démon arrive à la subjuguer par des moyens diamétralement opposés. Le fait est là, prouvant qu’après avoir échappé à toutes ces séductions, des hommes se sont laissé prendre à d’autres plus grossières. Ainsi, un visage insignifiant, des cheveux malpropres, des habits sales, un manque de tenue, des manières triviales, un langage inculte, une sotte démarche, une voix désagréable, une vie misérable, méprisée, abandonnée de tous, commencent par incliner le cœur à la pitié ; on s’abandonne à ce premier sentiment, et l’on en arrive peu à peu aux pires catastrophes. Ce que n’avaient pu ni les vêtements, ni l’or, ni les parfums, ni toutes les autres séductions que j’ai signalées, la pauvreté et la misère l’ont accompli.

Jean ChrysostomeDialogue sur le sacerdoce VI, 2-3, trad. B. Vandenberghe, p. 157-158 (Les écrits des saints)

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Tout pardonner

Imitons notre Seigneur, et prions pour nos ennemis… Il était crucifié et priait en même temps son Père en faveur de ceux qui le crucifiaient. Mais comment pourrais-je imiter le Seigneur, peut-on se demander ? Si tu le veux, tu le peux. Si tu n’étais pas capable de le faire, comment aurait-il pu dire : « Prenez exemple sur moi, car je suis doux et humble de cœur » ? (Mt 11, 29)…

Si tu as du mal à imiter le Seigneur, imite du moins celui qui est aussi son serviteur, son diacre. Je veux parler d’Étienne. Lui en effet, a imité le Seigneur. De même que le Christ au milieu de ceux qui le crucifiaient, sans tenir compte de la croix, sans tenir compte de sa propre situation, implorait le Père en faveur de ses bourreaux (Lc 23, 34), de même le serviteur, entouré de ceux qui le lapidaient, assailli par tous, accablé de volées de pierres, sans tenir compte des souffrances qu’elles lui causaient, disait : « Seigneur, ne fais pas retomber sur eux cette faute » (Ac 7, 60). Tu vois comment parlait le Fils et comment prie le serviteur ? Le premier dit : « Père, pardonne-leur cette faute : ils ne savent pas ce qu’ils font » et le second dit : « Seigneur, ne leur retiens pas cette faute ». D’ailleurs, pour qu’on réalise mieux avec quelle ardeur il priait, il ne priait pas simplement debout, sous les coups des pierres, mais c’est à genoux qu’il a parlé avec conviction et compassion…

Le Christ dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Étienne s’écrie : « Seigneur, ne leur retiens pas cette faute ». Paul dit à son tour : « J’offre ce sacrifice pour mes frères, mes proches selon la race » (cf. Rm 9, 3). Moïse dit : « Si tu voulais bien pardonner leur faute, sinon efface-moi du Livre que tu as écrit » (Ex 32, 32). David dit : « Que ta main retombe sur moi et sur ma famille » (2S 24, 17)… Quel pardon pensons-nous pouvoir obtenir si nous faisons le contraire de ce qui nous est demandé et prions contre nos ennemis, alors que le Seigneur lui-même et ses serviteurs de l’Ancien et du Nouveau Testament nous exhortent à prier en leur faveur ?

Jean ChrysostomeHomélie pour le Vendredi saint « La Croix et le larron » (trad. Année en fêtes, Migne 2000, p. 285)

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Travailler sans faiblir

Je n’ai pas persuadé aujourd’hui mon auditeur, mais peut-être le ferai-je demain, peut-être dans trois ou quatre jours ou dans quelques temps. Le pêcheur qui a jeté inutilement ses filets pendant un jour entier, prend quelquefois sur le soir, au moment de partir, le poisson qu’il n’avait pu prendre pendant le jour. Le laboureur ne laisse pas de cultiver ses terres, quoiqu’il n’ait pas eu de bonne récolte pendant plusieurs années ; et, à la fin, une seule année répare souvent et abondamment toutes les pertes antérieures. Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler ; or, notre travail ne sera pas moins récompensé parce qu’on ne nous aura pas écoutés.$Il y a plus. Le diable ne cesse-t-il pas de tenter chacun des fidèles, parce qu’il prévoit que plusieurs seront sauvés ? Voyez avec quels soins, quelle infernale persévérance, quelle détestable sollicitude il poursuit l’âme jusqu’à ce qu’on ait rendu le dernier soupir : jusque-là il ne désespère pas ! Et vous croyez, que votre évêque ne fera pas, pour sauver votre âme, ce le diable fait pour la perdre ? Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas, et pourtant jusqu’à la fin il voulut tenter sa conversion, lui reprochant sa faute dans les termes les plus touchants : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » (Mt 26, 50) Or, si le Christ, le modèle des pasteurs a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré, que ne devons-nous pas faire pour ceux à l’égard desquels il nous est donné d’espérer ?

Jean ChrysostomeHomélie sur la Cananéenne, 10-11 (La prière, Cahiers de La pierre qui vire, Desclée de Brouwer, 1954, p. 176-177)

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Tu es de son sang

Veux-tu savoir quelle force est cachée dans le sang du Christ ? Vois d’où il a commencé à couler et d’où il a pris sa source : il descend de la croix, du côté du Seigneur. Comme Jésus déjà mort, dit l’Évangile, était encore sur la croix, le soldat s’approcha, « lui ouvrit le côté d’un coup de sa lance et il en jaillit de l’eau et du sang » (Jn 19, 33-34). Cette eau était le symbole du baptême, et le sang, celui des mystères eucharistiques… C’est donc le soldat qui lui a ouvert le côté ; il a percé la muraille du temple saint ; et moi, j’ai trouvé ce trésor et j’en ai fait ma richesse…

« Et il jaillit de son côté de l’eau et du sang. » Ne passe pas avec indifférence auprès du mystère… J’ai dit que cette eau et ce sang étaient le symbole du baptême et des mystères eucharistiques. Or, l’Église est née de ces deux sacrements : par ce bain de la renaissance et de la rénovation dans l’Esprit, par le baptême donc, et par les mystères. Or, les signes du baptême et des mystères sont issus du côté. Par conséquent le Christ a formé l’Église à partir de son côté, comme il a formé Ève à partir du côté d’Adam (Gn 2, 22).

C’est pourquoi Paul dit : « Nous sommes de sa chair et de ses os » (cf. Ac 17, 29 ; Gn 2, 23), désignant par là le côté du Seigneur. De même en effet que le Seigneur a pris de la chair dans le côté d’Adam pour former la femme, ainsi le Christ nous a donné le sang et l’eau de son côté pour former l’Église. Et de même qu’alors il a pris de la chair du côté d’Adam pendant l’extase de son sommeil, ainsi maintenant il nous a donné le sang et l’eau après sa mort…, car désormais la mort n’est plus qu’un sommeil. Vous avez vu comment le Christ s’est uni son épouse ? Vous avez vu quel aliment il nous donne à tous ? C’est de ce même aliment que nous sommes nés et que nous sommes nourris. Ainsi que la femme engendre de son propre sang et nourrit de son lait ses enfants, de même le Christ nourrit constamment de son sang ceux qu’il a engendrés.

Jean ChrysostomeCatéchèses baptismales, n° 3, 16s (trad. bréviaire rev. ; cf. SC 50 bis, p. 160s)

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Tyrannie de l’argent

Ah ! Pourquoi sommes-nous avides de richesses qui nous font manquer le ciel ? Dites-moi : si un roi de la terre déclarait qu’un riche ne sera jamais en faveur au palais et n’y aura aucune charge, tout le monde ne s’empresserait-il pas de repousser avec dédain les richesses ? L’argent qui nous mettrait mal à la Cour et nous fermerait l’accès des honneurs serait donc méprisable. Et quand c’est le roi du ciel qui nous répète insatiablement qu’il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux, nous hésitons à tout sacri­fier pour pouvoir entrer avec confiance dans le royaume des cieux ? Quel pardon méritez-vous de poursuivre ainsi avec tant d’ardeur ce qui fait obstacle à notre entrée dans ce royaume ?

Cet argent qui nous ferme l’accès du ciel, nous le serrons dans nos coffres, nous le cachons en terre, au lieu de le donner à Dieu qui le mettrait en sûreté là-haut. C’est imiter la démence d’un agricul­teur qui, au lieu de semer le blé dans un champ fertile, le jetterait dans un lac, où il ne profiterait à per­sonne, pas même à lui. Quelles raisons me donnent ceux que je condamne ici ? – C’est une douce consolation, disent-ils, d’avoir chez soi quelques ressources pour l’avenir. – Et je vous dis, moi, que le contraire est vrai. Si votre or vous garantit contre la famine, il ne vous garantit pas contre d’autres fléaux pires que la faim : la mort, la guerre, la cupidité des envieux. Survienne la disette, et le peuple, affamé, envahira votre maison les armes à la main. Bien plus, en cachant votre argent, vous contribuez vous-même à affamer les villes, et exposez votre maison à un malheur plus grand que la disette.

… Qu’y a-t-il de plus perfide que l’argent ? Pour l’acquérir, combien d’hommes voyagent, s’exposent, périssent ! Qui aurait pitié du charmeur que mord le serpent, dit l’Écriture (Si 12, 13). Puisque nous connaissons les tourments de cette cruelle tyrannie, il faut en fuir la servitude et détruire en nous sa funeste ardeur. – Comment est-ce possible, me demanderez-vous ? – En substituant à cet amour un autre amour, celui du ciel. Celui qui aspire à ce royaume, se rit de la cupi­dité. Le serviteur du Christ n’est pas l’esclave de l’argent, il en est le maître. Chose étrange, l’argent s’atta­che à qui le fuit, et se dérobe à qui le cherche ; il fait moins honneur à celui qui le cherche qu’à celui qui le méprise ; il se moque surtout de celui qui court après lui, et non seulement il s’en moque, mais encore il l’accable de chaînes.

Jean ChrysostomeHomélies sur Matthieu IX, 5-6, in Sermons christologiques, trad. B. Vandenberghe, p. 158-160 (Les écrits des saints)

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Un seul corps

« La multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 17). Qu’est-ce que ce pain ? Le Corps du Christ. Et que deviennent ceux qui le reçoivent ? Le Corps du Christ. Ils ne sont plus plusieurs corps, mais un seul. Que de grains de froment entrent dans la composition du pain ! Mais ces grains, qui les voit ? Ils sont bien dans le pain qu’ils ont formé, mais rien ne les distingue les uns des autres, tant ils sont unis.

Ainsi sommes-nous unis les uns avec les autres et avec le Christ. Il n’y a plus plusieurs corps nourris par divers aliments ; nous formons un seul corps, nourri et vivifié par un même pain. C’est pourquoi Paul dit : « Nous avons tous part à un seul pain. » Si nous participons tous au même pain, si nous sommes unis en lui au point de devenir un même corps, pourquoi ne sommes-nous pas unis par un même amour, étroitement liés entre nous par la même charité ?

Relisez l’histoire de nos ancêtres dans la foi et vous trouverez ce tableau remarquable : « La multitude des croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32). Mais, hélas, il n’en est pas ainsi aujourd’hui. De nos jours l’Église offre le spectacle contraire ; on ne voit que conflits douloureux, divisions acharnées entre frères… Vous étiez loin de lui, mais le Christ n’a pas hésité à vous unir à lui. Et maintenant vous ne daignez pas l’imiter pour vous unir de tout cœur à votre frère ?… A cause du péché, nos corps pétris d’argile (Gn 2, 7) avaient perdu la vie et étaient devenus esclaves de la mort ; le Fils de Dieu y a ajouté le levain de sa chair à lui, libre de tout péché, dans une plénitude de vie. Et il a donné son corps en nourriture à tous les hommes pour que, renouvelés par ce sacrement de l’autel, ils aient tous part à sa vie immortelle et bienheureuse.

Jean ChrysostomeHomélies sur la 1ère lettre aux Corinthiens, n° 24

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Une vierge, le bois, la mort

Vois-tu cette victoire admirable ? Vois-tu les réussites de la croix ? Vais-je maintenant te dire quelque chose de plus admirable ? Apprends la manière dont cette victoire s’est réalisée et tu seras plus stupéfait encore. Ce qui a permis au démon de vaincre, c’est par cela même que le Christ l’a dominé. Il l’a combattu par les armes que le démon avait employées. Écoute comment.

Une vierge, le bois et la mort, voilà les symboles de la défaite. La vierge, c’était Ève, car elle ne s’était pas unie à l’homme ; le bois, c’était l’arbre ; et la mort, la peine encourue par Adam. Mais voici, en revanche, que la vierge, le bois et la mort, ces symboles de la défaite, sont devenus les symboles de la victoire. Au lieu d’Ève, Marie ; au lieu du bois de la connaissance du bien et du mal, le bois de la croix ; au lieu de la mort d’Adam, la mort du Christ.

Tu vois que le démon a été vaincu par ce qui lui avait donné la victoire ? Avec l’arbre, il avait vaincu Adam ; avec la croix, le Christ a triomphé du démon. L’arbre envoyait en enfer, la croix en a fait revenir ceux qui y étaient descendus. En outre, l’arbre servit à cacher l’homme honteux de sa nudité, tandis que la croix a élevé aux yeux de tous un homme nu, mais vainqueur…

Voilà le prodige que la croix a réalisé en notre faveur : la croix, c’est le trophée dressé contre les démons, l’épée tirée contre le péché, l’épée dont le Christ a transpercé le serpent. La croix, c’est la volonté du Père, la gloire du Fils unique, la joie du Saint Esprit, la splendeur des anges, l’assurance de l’Église, l’orgueil de saint Paul (Ga 6, 14), le rempart des élus, la lumière du monde entier.

Jean ChrysostomeSermon sur le mot « cimetière » et la croix pour le Vendredi Saint, 2 ; PG 49, 396 (trad. bréviaire)

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Va d’abord te réconcilier

Voici ce que je proclame, ce que j’atteste, ce que je dis à voix retentissante : Qu’aucun de ceux qui ont un ennemi n’approche de la table sainte et ne reçoive le Corps du Seigneur ! Qu’aucun de ceux qui s’approche n’ait un ennemi ! Tu as un ennemi ? N’approche pas ! Si tu veux le faire, alors, va d’abord te réconcilier, puis reçois le sacrement.

Ce n’est pas moi qui parle ainsi, c’est le Seigneur qui le dit, lui qui a été crucifié pour nous ; pour te réconcilier à son Père, il n’a pas refusé d’être immolé ni de répandre son sang ; et toi, pour te réconcilier avec ton frère, tu ne veux même pas dire un mot, et prendre l’initiative d’aller le trouver ? Écoute ce que dit le Seigneur à propos de ceux qui te ressemblent : « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te rappelles que ton frère a quelque chose contre toi … » Il ne dit pas : « Attends qu’il vienne te trouver, ou qu’il reçoive la visite d’un de tes amis comme réconciliateur », ou encore : « Envoie-lui quelqu’un d’autre », mais bien : « Toi, en personne, cours vers lui ! » « Va-t-en, dit-il, va d’abord te réconcilier avec ton frère. »

Incroyable ! Alors que Dieu ne se tient pas pour déshonoré de voir laissé de côté le don qu’on allait lui offrir, toi, tu t’estimerais déshonoré de faire le premier pas pour te réconcilier avec ton frère ? Où trouver une excuse à pareille conduite ? Lorsque tu vois l’un de tes membres coupé, n’essaies-tu pas, par tous les moyens, de le réunir au reste de ton corps ? Agis ainsi pour tes frères : lorsque tu les verras séparés de ton amitié, vite, ramène-les, n’attends pas qu’ils se présentent les premiers, mais toi, le premier, hâte-toi de réussir.

Jean ChrysostomeHomélies au peuple d’Antioche, XX, 5 et 6 (trad. Tardif)

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Va te réconcilier

Le Christ a donné sa vie pour toi et tu continues à détester celui qui est un serviteur comme toi ? Comment peux-tu t’avancer vers la table de la paix ? Ton Maître n’a pas hésité à endurer pour toi toutes les souffrances, et tu refuses même de renoncer à ta colère ?… « Un tel m’a gravement offensé, dis-tu, il a été tant de fois injuste envers moi, il m’a même menacé de mort ! » Qu’est-ce que cela ? Il ne t’a pas encore crucifié comme ses ennemis ont crucifié le Seigneur.

Si tu ne pardonnes pas les offenses de ton prochain, ton Père qui est dans les cieux ne te pardonnera pas non plus tes fautes (Mt 6, 15). Que dit ta conscience quand tu prononces ces paroles : « Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié » et ce qui suit ? Le Christ n’a pas fait de différence : il l’a versé son sang aussi pour ceux qui ont versé le sien. Pourrais-tu faire quelque chose de semblable ? Lorsque tu refuses de pardonner à ton ennemi, c’est à toi que tu causes du tort, pas à lui… ; ce que tu prépares, c’est un châtiment pour toi-même au jour du jugement…

Écoute ce que dit le Seigneur : « Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande »… Car le Fils de l’homme est venu dans le monde pour réconcilier l’humanité avec son Père. Comme Paul le dit : « Maintenant Dieu a réconcilié avec lui toutes choses » (Col 1, 22) ; « par la croix, en sa personne, il a tué la haine » (Ep 2, 16).

Jean ChrysostomeHomélie sur la trahison de Judas, 2, 6 ; PG 49, 390 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 95)

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Vous m’avez accueilli

« J’étais un étranger, dit le Christ, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). Et encore : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Puisqu’il s’agit d’un croyant et d’un frère, même s’il s’agit du plus petit, c’est le Christ qui entre avec lui. Ouvre ta maison, reçois-le. « Qui reçoit un prophète en sa qualité de prophète, recevra une récompense de prophète »… Voici les sentiments qu’on doit avoir en recevant les étrangers : l’empressement, la joie, la générosité. L’étranger est toujours timide et honteux. Si son hôte ne le reçoit pas avec joie, il se retire en se sentant méprisé, car il est pire d’être reçu de la sorte que de ne pas être reçu du tout.

Aie donc une maison où le Christ trouve sa demeure. Dis : « Voici la chambre du Christ. Voici la demeure qui lui est réservée ». Même si elle est très simple, il ne la dédaignera pas. Le Christ est nu, étranger ; il ne lui faut qu’un toit. Donne-lui au moins cela ; ne sois pas cruel et inhumain. Toi qui montres tant d’ardeur pour les biens matériels, ne reste pas froid pour les richesses de l’esprit… Tu as un local pour ta voiture, et tu n’en aurais aucun pour le Christ vagabond ? Abraham recevait les étrangers là où il demeurait (Gn 18). Sa femme les traitait comme si elle était la servante, et eux, les maîtres. Ni l’un ni l’autre ne savaient qu’ils recevaient le Christ, qu’ils accueillaient des anges. S’ils l’avaient su, ils se seraient dépouillés de tout. Nous qui savons reconnaître le Christ, montrons encore plus d’empressement qu’eux qui croyaient ne recevoir que des hommes.

Jean ChrysostomeHomélie 45 sur les Actes des Apôtres ; PG 60, 318-320 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 184)

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