Douceur et discipline
Mon enfant, fuis tout ce qui est mal ou ressemble au mal. Ne sois pas emporté : la colère pousse au crime. Ni jaloux, ni querelleur, ni brutal : ces passions sont la cause des meurtres. Mon enfant, ne sois pas sensuel : la sensualité est le chemin de l’adultère. Que ton langage ne soit pas grivois, ni hardi ton regard : cela aussi engendre l’adultère… Garde-toi des incantations, de l’astrologie, des purifications magiques ; refuse et de les voir et de les entendre : ce serait… sombrer dans l’idolâtrie. Mon enfant, ne sois pas menteur, car le mensonge entraîne au vol. Ne te laisse séduire ni par l’argent ni par la vanité, qui eux aussi incitent à voler. Mon enfant, ne grommelle pas : tu en viendrais au blasphème. Ne sois ni insolent ni malveillant, cela aussi porte au blasphème.
Aie de la douceur : « les doux hériteront la terre » (Mt 5, 5). Sois patient, miséricordieux, sans malice, empli de paix et de bonté. Tremble sans cesse devant les paroles que tu as entendues (Is 66, 2). Tu ne t’élèveras pas toi-même, tu ne livreras pas ton cœur à l’orgueil. Tu ne t’allieras pas avec les superbes, mais tu fréquenteras les justes et les humbles. Tu recevras les événements de la vie comme des bienfaits, sachant que rien ne survient en dehors de Dieu.
Didachè – § 3 (trad. F. Quéré, Seuil 1980, p. 94)
____
Le baptême dans la Didachè
Veille à ce que personne ne te détourne du chemin de cet enseignement, car il t’enseignerait ce qui est en dehors de Dieu. Si donc tu peux porter le joug du Seigneur tout entier, tu seras parfait ; mais, si tu ne le peux pas, fais ce que tu peux.
Quant aux aliments, porte ce que tu pourras, mais abstiens-toi strictement de ce qui a été sacrifié aux idoles, car c’est un culte rendu à des dieux morts.
Quant au baptême, baptisez ainsi : après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit dans de l’eau vive.
Mais si tu n’as pas d’eau vive, baptise dans une autre eau ; si tu ne peux pas baptiser dans l’eau froide, que ce soit dans l’eau chaude. Si tu n’as ni l’une ni l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Avant le baptême, que celui qui administre le baptême et celui qui le reçoit se préparent par le jeûne et, si d’autres personnes le peuvent qu’elles fassent de même ; en tous cas tu commanderas à celui qui va être baptisé de jeûner un ou deux jours auparavant.
Que vos jeûnes ne soient pas en même temps que ceux des hypocrites : car ils jeûnent le deuxième et le cinquième jour de la semaine ; mais vous, jeûnez le quatrième et le jour de la préparation au sabbat.
(…) Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ; car c’est à ce sujet que le Seigneur a dit : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens.
Didachè – § 6-9
____
Les deux voies
Il y a deux chemins : l’un de la vie, l’autre de la mort ; mais il est entre les deux chemins une grande différence. Or le chemin de la vie est le suivant : D’abord, tu aimeras Dieu qui t’a créé ; en second lieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même ; et ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait, toi non plus ne le fais pas à autrui. Et voici l’enseignement signifié par ces paroles : Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis, jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Quel mérite, en effet, d’aimer ceux qui vous aiment ? Les païens n’en font-ils pas autant ? Quant à vous, aimez ceux qui vous haïssent, et vous n’aurez pas d’ennemis. Abstiens-toi des désirs charnels et corporels…
Deuxième commandement de la doctrine : Tu ne tueras pas, tu ne seras pas adultère, tu ne séduiras pas des garçons, tu ne commettras ni fornication, ni vol, ni magie, ni empoisonnement ; tu ne tueras point d’enfants, par avortement ou après la naissance ; tu ne désireras pas les biens de ton prochain. Tu ne te parjureras pas, tu ne diras pas de faux témoignage, tu ne tiendras pas de propos médisants, tu ne garderas pas de rancune. Tu n’auras pas deux manières de penser ni deux paroles : car la duplicité de langage est un piège de mort. Ta parole ne sera pas menteuse ; pas vaine non plus, mais remplie d’effet. Tu ne seras ni avare, ni rapace, ni hypocrite, ni méchant, ni orgueilleux ; tu ne formeras pas de mauvais dessein contre ton prochain. Tu ne dois haïr personne ; mais tu dois reprendre les uns et prier pour eux, et aimer les autres plus que ta propre vie.
Mon enfant, fuis tout ce qui est mal et tout ce qui ressemble au mal… Veille à ce que nul ne te détourne de ce chemin de la doctrine, car cette personne-là t’enseigne en dehors de Dieu. Si tu peux porter le joug du Seigneur tout entier, tu seras parfait ; sinon, fais du moins ce qui est en ton pouvoir.
Didachè – § 1-6 (trad. coll. Icthus, t. 1, p. 112s)
____
L’eucharistie des premiers chrétiens
Pour ce qui est de l’eucharistie, rendez grâces ainsi.
D’abord pour la coupe : « Nous te rendons grâces, notre Père, pour la sainte vigne de David ton serviteur, que tu nous as révélée par Jésus, ton serviteur ; à Toi la gloire dans les siècles. »
Puis, pour le pain rompu : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as révélées par Jésus, ton serviteur ; à toi la gloire dans les siècles.
Comme ce pain rompu, disséminé sur les montagnes et les collines, a été rassemblé pour ne plus faire qu’un, ainsi, que ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume ; car c’est à Toi qu’appartiennent la gloire et la puissance, par Jésus-Christ, dans les siècles. »
Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, excepté ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur ; car c’est à ce sujet que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré » (Mt 7, 6).
Après vous être rassasiés, rendez grâces ainsi :
« Nous te rendons grâces, Père saint, pour ton saint Nom que tu as fait habiter dans nos cœurs, et pour la connaissance, la foi et l’immortalité que tu nous as fait connaître par Jésus ton serviteur ; à Toi la gloire dans les siècles.
C’est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l’univers pour la gloire de ton Nom, et qui as donné aux hommes la nourriture et le breuvage en jouissance, pour qu’ils te rendent grâces. Mais nous, tu nous as gratifiés d’une nourriture et d’un breuvage spirituels et de la vie éternelle, par Jésus ton serviteur. Par-dessus tout, nous te rendons grâces, car tu es puissant ; à Toi la gloire dans les siècles.
Souviens-toi, Seigneur, de ton Église, pour la préserver de tout mal et la rendre parfaite dans ton amour. Et rassemble-la des quatre vents, cette Église que tu as sanctifiée, dans ton Royaume que tu lui as préparé, car à Toi appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles.
Que vienne la grâce, que ce monde passe ! Hosanna au Dieu de David ! Si quelqu’un est saint, qu’il vienne, si quelqu’un ne l’est pas, qu’il fasse pénitence ! Maranatha, amen ! Demandez aux prophètes de rendre grâces autant qu’ils le peuvent.
Didachè – IX, 1 – X, 7
____